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Full text of "Mémoires et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères"

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w. il 



I 






MÉMOIRES 



DE 



LA SOCIÉTÉ ROYALE 

ANTIQUAIRES DE FRANCE 

TOME DIX-HUmÈME. 



\ 



MÉMOm£S 



DE 



LA SOCIÉTÉ ROYALE 

ANTIQUAIRES DE FRANCE 

TOME DIX-HUniÈME. 



\ 



OUVRAGES PUBLIÉS 

fhK L'ACAOêlUE CELTIQUE ET PAR LA SOCIETE ROYALE DES 
ANTIQUAIRES DE FRANGE. 



MÉMOIRES 

DE L'ACADÉMIE CELTIQUE, 

5 wfA, iii«t*9 avec def planehei. Paris , I807«ItI2. 

ffoTA. Poiv qu^an eumplau-e «oit bi«n complet, il faut y joindre les 12% 
pcpniêret p«g«e à$. Vif wL, «{ni feoie* ont ^4 pubUe'e<f et qui «e relient ordt^ 
neireBMnt aie raite du tome V. 



/ MÉMOIRES ÏT DISSÏRTATIONS 

SUR 

LES ANTIQUItA» flATIONALM BT AtAAHGâRBS, 

16 "vol. m-8s avM dat plaaehei . Parit» I8I7oI8^. 

Nota. Lm neuf premien Tolnmet de cet Memoirei f« trouTent chei 
M. BottÎB, éditeur de TAlmenacb du Commerce, rue J.J. Rousieeu , n. SO. 

Let tome* X, XI, XII, XIII, XIV, XV et XTI le tendent au secrétariat de 
la Société', rue Taranne,.n. 13. 



imprtaifeirie d% DptiMSiB, rue de Verneutt, n* 4. 



MÉMOIRES ET DISSERTATIONS 



l 



SUE LES 



ANTIQUITÉS 

NATIONALES ET iTRANGÈRES, 

VDBLlis 

PAR LA SOCIÉTÉ ROYALE 
DES ANTIQUAIRES DE FRANGE. 



O 

irOUVBXiLB SÉBIE. 
TOME HUITIÈME 

ATXC DES PIiAHChÛT 



PARIS 

DUMOULIN, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ, 

QUAI DES AUGUSTINS, 13. 









»•* 



f ^' 









RAPPORT 



SUR 



LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ ROYALE 



DBS 



ANTIQUAIRES DE FRANCE 

PENDAIfT l'année 1844 
Par M. Ainip MAORT, SMrétain «urael. 



Messieurs, 

Lorsque la Société adopta, dès son principe, 
Tusage de faire paraître à de courts intervalles le 
résultat de ses travaux, elle pensa qu'elle ne 
devait accorder l'impression qu'aux Mémoires 
tout à fait neufs par leur sujet, qu'à ceux qui ap^ 
portaient des lumières nouvelles sur des points 
inconnus ou mal étudiés de la science archéolo* 

xvin. a 



ij RAPPORT SUR LBA TRAVAUX 

gique. Cependant il est une foule de Notices cu« 
rieuses, de recherches intéressantes, de disserta- 
tions consciencieuses que la Société reçoit tous les 
jours et qui, sam répondre complètement aux 
conditions imposées aux Mémoires destinés à être 
publiés, sans être rédigées sous la forme nécessaire 
aux écrits qui doivent être imprimés, n'en offrent 
pas «loipo d0s faits utiles à rappeler à votre sou^ 
venir. C'est à analyser ces communications im- 
portantes, objet habituel de votre correspon- 
dance, que le compte rendu annuel de votre se- 
crétaire a A:é ptus particuKèrement coosacré. 
Chargé cette année de cette tàclie difficile, je m'en 
acquitterai avec une exactitude qui vous rendra 
plus indulgent peut-être sur l'imperfection du 
travail et sur l'inhabileté de son auteur. Je suivrai 
dans mon analyse Tordre qu'a consacré le con- 
stant usage de mes prédécesseurs, c'est-à-dire ce- 
lui des temps auxquels tes monuments décrits, 
les faits examinés, peuvent être rapportés. 

M. Th. Lorin, un de vos correspondants, vous 
a adressé un Essai sur la déesse Vesla et sur l'éty- 
mologie de son nom. 11 y a dans sa dissertation 
beaucoup d\$Kiditioo, mais aucun résuhtt bien 
nouveau pour la connaissance de l'origine de la 
divinité latine. M. Loriu croit que le culte de. 
Vesta a pris naissance dans TOrient et s'est ré- 
pandu de là chez les Rominns. Cette déesse n'est 
autre, sdon lui, que le feu universel ou élémen- 
taire considéré comme l'àine du monde. Il fait 



dériver son nom du mot cbaldëen esta', feu, que 
Ton retrouTe encore dans le persan esta^ westa. 
M. Lorin suppose ensuite que le mot iaxicc^ fpyer^ 
lieu où Ton conserve le feu, a été pris méta- 
phoriquement dans le sens de maison, demeu* 
re, habitation. De là la conclusion qu'ont tirée 
quelques mythbgraphes, que la déesse qui por- 
tait ce nom avait enseigné aux hommes l'art de se 
bâtir des maisons. En somme, le Mémoire de vo- 
tre correspondant est plutôt un savant résumé de 
la matière qu'une étude fondée sur des rappro- 
diements nouveaux. • 

Un autre de vos correspondants, M. Mangon 
de Lalande, dont vous avez été souvent à même 
d'apprécier le zèle et les lumières, vous a envoyé 
un Essai analytique et statistique sur les monu- 
ments gaulois du «département de la Vienne. 
Cette riche monographie , accompagnée de des- 
sins soignés et de bonnes lithographies, est une 
des communications que vous avez le plus re- 
gretté de ne pouvoir publier dans vos Mémoires. 
Vous avez pensé que l'auteur ayant été amené 
par son sujet à revenir sur Texamen des caractères 
généraux des pierres et tumulus celtiques, carac- 
tères qui ne sont ignorés de personne, vous ne 
pouviez ordonner l'impression d'un travail dans 
lequel ces généralités tenaient une si large place. 
Si M. Mangon de Lalande avait resserré son tra- 
vail dans le cadre plus étroit de la description . 
des monuments loeaux qu'il a étudiés» la Société 



iV RAPPORT SUR LES TRAVAUX 

se fut empressée de le faire paraître en entier/ 
ToutefiDis vous avez élevé quelques doutes sur l'o- 
rigine réellement celtique de plusieurs monu- 
ments qu'il vous a signalés, et qui semblent ne 
devoir être regardés que comme des œuvres plus 
modernes de la main de l'homme. 

M. Gallois, conducteur des ponts et chaussées 
à Ne vers, se conformant avec le plus louable em- 
pressement aux instructions données à notre.in- 
stigation par le directeur général du corps auquel 
il appartient, vous a fait de nombreux envois de 
notices et de dessins. J'aurai occasion plus loin 
de revenir sur ces communications ; je ne parlerai 
ici que de celles qui se rapportent à la période 
gauloise et gallo-romaine. 

Le monument nommé la chaire à Butthiot, et 
qu'il vous a signalé comme ui)ie sorte de dolmen, 
vous a paru curieux et en tout point digne d'être 
étudié. Il appartient à une contrée intéressante et 
peu explorée, le Morvan, qui offrirait sans doute 
aux antiquaires plus d'un sujet d'observations. On 
sait que la civilisation n'y a pénétré que tard ; et, 
retranchés dans leurs montagnes, les Morvan- 
diaux rappellent en quelques points les Bas-Bre- 
tons. La tradition locale regarde cette sorte de 
ruine , située à Butthiot (commune de Yillapour^ 
çon), comme un ancien lieu de justice, et elle voit 
dans cet amas de pierres les débris du siège sur 
lequel se plaçait le juge. De là le nom de chaire 
qui lui est donné. Cette tradition tire vraisembla- 



DE LA SOCIÉTÉ, V 

blement son origine de la forme qu'affecte ce 
monument. Vous avez, Messieurs^ été peu portés 
à accueillir son origine celtique, et vous engagez 
M. Gfallois à fournir à cet égard de nouveaux ren- 
seignemehts.Cetamateurvousaégalement adressé 
le dessin d'une hache et d'un ornement inconnu, 
objets qu'il croit gaulois et qui ont été trouvés en 
creusant un champ. Cette indication ne vous a 
pas paru suffisante pour affirmer le caractère gau- 
lois de ces objets; toutefois vous n'avez remarqué 
dans leur forme rien qui dénotât formellement 
une époque plus récente. Quant à 4a figurine de 
.sanglier découverte dans le canton de Luzy, vous 
n'y avez en aucune façon reconnu le caractère 
gaulois, et vous ne balancez pas à le faire des- 
cendre à uneépoqueplusrapprochée, à vous en fier 
du moins aux dessins que M. Gallois vous a fait 
parvenir. Une des haches trouvées avec son moule 
sur le domaine de l'Atelier (commune de Che- 
venon; vous a présenté un caractère gaulois bien 
plus authentique. Deux clefs déterrées avec des 
monnaies romaines, l'une près du bourg de Saint- 
Réverien, et l'autre dans les fouilles du canal la- 
téral à la Loire, vous ont fourni un curieux mo- 
dèle de clefs romaines d'un genre plus compliqué 
que celles qu'on rencontre le plus généralement. 
Vous avez élevé des doutes sur l'origine ro- 
maine de deux statuettes ou figurines en bronze 
que M. Gallois possède dans son cabinet, et dont 
il vous a fait parvenir le dessin (n* a à 3j. Une 



VJ RAPPORT SUR LES TRAVAUX 

aulre statuette (le n» i), qui représente un jeune 
athlète, ou un discobole, ou un éphèbe oc- 
cupé à quelque jeu, vous a présenté un tout autre 
caractère d'authenticité pleinement corroboré par 
les poteries antiques avec lesquelles il a été 
trouvé. Le n^ 3 ne saurait même offrir la moindre 
apparence antique : c est une figure ayant appar- 
tenu , selon toute probabilité^ à quelque ancien 
chenet. Hien n'est plus fréquent que cette attri- 
bution à l'antiquité gauloise ou gallo-romaine de 
figurines de ce genre ; et l'un de nos plus savants 
confrères, M. Adrien'de Longpérier, l'a démontré 
dans une dissertation que vous avez publiée dans 
un de vos précédents volumes , et à laquelle il a 
donné depuis de nouveaux développements. 

M. de Fréminville, dont l'ardeur archéologique 
et les connaissances dans l'histoire de la Bretagne 
vous ont valu de si fréquentes communications, 
vous a adressé une note pour établir certains 
points relatifs à la question de Texistence de l'an- 
cienne forêt de Seissy. L'auteur de ce rapport a 
profité de ses judicieuses observations dans la 
rédaction des remarques sur ce sujet que vous 
avez bien voulu imprimer dans notre dernier 
volume, à la suite du Mémoire de M. Bizeul. 

La statistique des monuments de l'arrondisse- 
ment de Paimbœuf que vous devez au zèle de 
M. Verger, un de vos correspondants à Nantes, a 
le mérite de faire connaître l'existence de plu- 
sieurs monunients qui n'avaient point encore été, 



DU LA SOCIÉTÉ. ' Vij 

signaléB. Vous eussiez désiré plus de détails sur 
ehacuû d'eux, principaleiueut quelques dévelop- 
pements historiques reposant sur des textes. Pour 
étçe réellement utile à l'archéologie, la descrip*- 
tion des monuments ne doit jamais être séparée 
des documents et des recherches qui en établis- 
saient la destination et Torigine. Malgré toute 
l'estime que mérite le travail de Bf^ Verger, vous 
Taveî trouvé incomplet sous ce point. 

M. Mermet aine, votre correspondant à Vienne, 
vous a adressé le dessin et l'empreinte d'un sceau 
de Hugues Capet, trouvé à Estrablin. Vous avez 
entendu à ce sujet un rapport de M. Dessales* Ce 
sceau, différent du sceau connu de ce monarque, 
a soulevé de nombreux doutes parmi vous, fit 
après avoir consacré une séance k Texamen de 
cette communication, vous avez été d'un avisuna- 
niiue que c'était l'œuvre d'une (falsification ai|* 
jourd'hui fréquente, et qu'il importe de signaler 
aux amateurs* La Société ne saurait donc recom- 
mander sur l'aeoeptatioa des sceaux du moyen- 
Age trop de circonspection, et elle a tout lieu de 
penser qu'il y a encore à cette heure d0a faus-- 
saires qui se livrent à la fabrication de ces objets. 
Les sceaux ayant eu parfois pour la chronologie 
et l'histoire une grande importance^ l'ceuvre d'un 
faussaire pourrait faire avancer des faits inexacts 
et imaginaires. 

M. DouUet de Boisthibault^ votre ODrrespoQ- 
dant à Gb»tres^ vous a &ik oonnattM kl d^^*" 



Viij RA.PPOIIT SUR LES TRAVAUX 

verte de médailles à Bonneval, et M. (^làrd d^e 
Caudemberg, ingénieur en chef à SainC-Mala^ 
vous a adressé un vieux florin d'or du xv<% siécl^, 
trouvé dans cette ville sous un béton, et sur lequel 
il a interrogé vos lumières. 

M. Gallois, dont j'ai parlé plus haut, vous a fait 
parvenir le dessin de plusieurs médailles et une 
carte archéologique du Morvan. De si nombreux 
envois de la part d'une personne qui n'appartient 
pas à la Société est la preuve d'un zèle que vous 
ne sauriez trop louer et dont nous devons remer- 
cier personnellement M. Gallois. La Société l'en- 
gage à persévérer dans les relations utiles qu'il a 
établies avec elle, et surtout à augmenter, s'il est 
possible, Fintérêt de ses communications par des 
détails plus précis sur les lieux où les objets an- 
tiques ont été découverts, sur leurs relations de 
position avec les anciennes villes gauloises. 

M. Th. Lorin, auquel vous devez le travail sur 
Vésta dont je vous ai entretenu au commence- 
ment de ce rapport, vous a également adressé un 
Essai sur les mystifications connues sous le nom 
de poisson d avril. 

L'auteur, repoussant l'opinion assez générale* 
ment adoptée qui fait dériver Texpression de 
poisson d'avril du mot passion^ croit que ce nom 
a été donné aux attrapse que l'on comliine mali- 
cieusement au commencement de ce mois^ par 
allusion aux petits poissons qui servent d'amorces 
trompeuses pour en attraper de plus gros. Nous 



D£ LA. SOCliT£. \X 

avons retrouvé dans cel Essai rérudition quidû^- 
Uogoait déjà le premier travail, mais nous expri* 
merotis le même regret quant aux résultats aux- 
quels il conduit. 

M. Richard, de Remiremonl, vonsa envojfé un 
Mémoire intitulé les Droipts du Fauldeio ( Val- 
dajol), année 14^0. Ce travail, peu susceptible 
d'analyse, est un extrait du Mémorial ou livre de 
dépenses du chapitre de Remiremont, compilé 
pendant les xii% xiir et xiv* siècles sur des car- 
tulaires et manuscrits anciens de ce monastère. 
La Société eût fait paraître cette pièce curieuse 
dans le volume de ses Mémoires, si elle avait acquis 
l'entière certitude qu'une partie de ce travail 
n'avait pas déjà été imprimée. Elle regrette que 
M. Richard n'ait pas répondu aux questions qui 
lui ont été adressées à cet égard. 

M. Achille Jubinal, un de vos correspondants, 
vous a lu une note sur les manuscrits les plus 
importants, pour l'histoire du moyen-âge, que 
possèdent les bibliothèques de Belgique et de 
Hollande, et en particulier sur ceux de la biblio- 
thèque royale de La Haye. Parmi les manuscrits 
qull a signalés, plusieurs vous ont paru extrême- 
ment curieux; l'un intitulé : Anciens et singuliers 
usages concerrtant P administration de la justice, 
les criminels y les bannis dans les provinces de Bel^ 
giquej avec le$ différents genres de supplices auX" 
quels on condamnait lescoupablesy démontre l'an- 
cienneté du supplice de la guillotine. Un second 



X RiLPPORT SUR MS TRAviuX 

donne des renseignements sur les processions 
singulières faites jadis dans les Pays-Bas. D'autres 
renferment des documents sur les vieux usages 
et superstitions des Néerlandais. La note de M. J|i- 
' Wnal eût été pour vous du plus haut intérêt, si 
elle né se fût pas bornée à une nomenclature un 
peu sèche de tant de richesses fiistoriques. Si, au 
lieu de nous fournir des indications qui malheu- 
reusement ici, à Paris ^ loin de la capitale de la 
Hollande, ne sauraient nous être d'un grand se- 
cours, M. Jubinal avait fkit l'exf i*ait de quelques- 
uns des manuscrits dont il vous à entretenus, il 
eût rendu un véritable service à Tarchéologie du 
moyen-âge. Sans doute que le court séjour que 
cet écrivain a fait dans oe pays Ta empêché d'ac- 
complir cette tâche utile; la Société le regrette 
d'autant plus qu'elle ne retrouvera que dîflScile- 
ment Foccasion d^avoir de semblables renseigne- 
ments. 

Dans une autre communication, M. Jubinal 
vous a exposé l'état des études sur la littérature 
romane dans les Pays-Bas. Vous avez vu avec sa- 
tisfaction que dans ce royaume on avait accom- 
pli dans cette matière des travaux utiles et nom- 
breux, et vous avez tous senti combien il est fSI- 
cheux que des relations plus fV^quentes avec la 
Hollande ne nous rendent pas plus familières les 
publications qt|i y sont Mïeé journellemrat. 
Pleins de zèle et de savoir, les Néerlandais ne 
reçoivent pas» dans le progrès scientifique, la part 



^ DE ià SÔCIÉtÉ. il 

qui leur retient. Il ne faut en accuser que leur 
kugue, généralâlnettt pçu connue, tiui les isole 
des autres peuples et du nôtre en particulier^ 

Si M. Jubinal pouvait contribuer à Faire cesser 
cet isolement, en ce qui concerne la Société, il 
aurait bien mérité de nous. 

Telle est, Messieurs^ Tanalyse des communica- 
tions qui vous ont été faites peiidatit le cours de 
Tannée i844« Ce tableau rapide suffit pour voUs 
(aire voir que vos travaux ne se sont pas ralentis^ 
que le zèle dé vos correspondants ne vous a pas 
&it dé&ut. 

En remerciant lés auteurs des envois que je 
vous ai fait connaître, nous leur rappellerons, 
qu'ils doivent s'attacher à bboisir pour sujets de 
leurs recherches des monuments inédits ou mal 
décrits, à vous donner des détails circonstanciés 
sur les fouilles qui ont eu lieu dabs les localités 
qu'ils habitent. Il serait particulièrement utile 
qu'ils vous signalassent les usages, les croyances 
populairesqui subsistent encore dans nos diverses 
provinces, usages et croyances qui vont s'effaçant 
sans cesse, et que rétablissement des chemins de 
fer achèvera sans doute de faire disparaître. C'est 
maintenant qu'il faut se hâter de les consigner, 
avant qu'ils soient oubliés. On sait quel jour 
leur connaissance peut jeter sur notre histoit«, 
sur la religion des Gaulois, sur nos anciennes in« 
stitutions judiciaires, sur les mélanges de popu- 
latioiis qui se sont opérés sur notre soL Que nos 



Xij RAPPORT SUR LES TRAVAUX 

correspondants recueillent d^nc religieusement 
ces traditions dont un bien p^tît npmbre nous 
sont connues* Qu'ils imitent l'exemple de$ Alle- 
mands qui^ sous rimpulsion des frères Grifnm, 
ont commencé ce vaste travail de recollection 
dans toutes les parties de leur pays. Que nos Cor- 
respondants veuillent bien nous adresser les des- ^ 
criptions et les dessins de$ églises, des cl^àteaux 
qui se trouvent dans des localités éloignées des 
routes de grande communication, placés dans 
des cantons isolés, et qui pour cette raison échap- 
pent souvent à nos inspecteurs de monuments 
historiques. Enfin, que les nombreux amateurs de 
nos départements nous envoient directement, ou 
par l'intermédiaire de nos correspondants, des 
détails sur les pièces curieuses de leurs collec- 
tions. C'est en se conformant à ces instructions 
que nos associés donneroiQt à leurs travaux un 
but véritablement \itile, et qu'ils oontribuerout à 
fournir les matériaux de l'édifice archéologique 
qu'il nous appartient plus particulièrement, Mes- 
sieurs, de mener à fin. 

Placée au centre des lumières , en communi- 
cation incessante avec les diverses parties du 
royaume, la Société royale des anliquitaires est vé- 
ritablement constituée, autant par son règlement 
que par la force des choses, pour être l'anneau 
central qui rattache les diverses sociétés des pro- 
vinces. C'est elle qui peut imprimer l'unité dési- 
rable aux travaux isolés et aux œuvres fragmen- 



DS LJL sociiTi. xii] 

taires que le zèlè et le dévouement de tant d'éru* 
dits des diverses localités accomplissent patiem- 
ment; c'est elle qui peut établir entre ces divers 
travailleurs des relations qui leur manquent et 
des moyens nécessaires de ralliement. Telle est 
donc la voie dans laquelle doivent chercher à 
marcher ceux qui dans les départements nous ho- 
norent de leur collaboration. 

Les travaux des membres résidants n'ont pas 
été poursuivis avec moins d'ardeur que ceux de 
leurs associés. Je ne vous entretiendrai pas, Mes- 
sieurs, de ceux que la Société imprime en ce mo- 
ment 9 vous les avez entendus et vous achèverez 
de les apprécier après leur publication. Les ou- 
vrages et notices que nos confrères ont feit paraî- 
tre en dehors de la Société ont été l'objet de rap- 
ports toutes les fois que les auteurs sont venus 
solliciter votre jugement. M. Leroux de Lincy 
vous a lu un rapport sur l'édition et la traduction 
que M. le comte de Lescalopier a donnée de Théo* 
phile^ cette œuvre utile a fait le plus grand hon- 
neur à ce membre aussi zélé que savant. M. Gui- 
chard vous a fait connaître le Mémoire de M. Des- 
sales sur le Trésor des chartes, h^ insertion de ce 
travail dans le Recueil des savants étrangers de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres parle 
assez haut en faveur de son mérite pour qu'il soit. 

I inqtile d'ajouter aucun éloge. M. Bataillard a op- 
posé quelques objections aux recherches de 

) M. Kœnigswater sur les origines germaniques du 



dfott français. Il a loué réraditidn Ae l'Mtenr, tout 
en revendiquant noblement les droits de notre 
nationalité. Il a développé dans un travail spécial 
que vous imprimez les motifs de sa convictîoD. 
Vous afvez entendu les remarques pleines de sens 
cpie le travail de M. Denis, sur la montagne de 
Montelain, a suggérée^ à M^ Beaulieu. 

D'autres de nos confrères nous ont oommuni** 
que des travaux qui n'étaient point destinés it notre 
reoueil, mais qui n'en ont pas moins excité votre 
intérêt* M. Vincent vous a lu des remarques sur 
la notation musicale des Grecs; M. Bataillard uq 
intéressant Mémoire sur l'ancienne jurisprudence 
de la France; M. Aug. Bernard plusieurs fragments 
d'un ouvrage sur la topographie ancienne du 
Lyonnais. 

Différents objets antiques ont été adressés à la 
Société et sont venus enridiir sa collection. Vous 
en êtes redevables à la générosité de M. Verger et 
de M. A. Barthélémy. 

Vous a été assez heureux, Messieurs, pour n'a- 
voir perdu, en 18449 aucun des memt»*es titulai-^ 
res, mais vous avez eu i regretter dans la personne 
de MM. Duponceau et Schwinghamser^ deux de 
vos associés les plus éminents. M. Pesche vousare^ 
tracé dans une intéressante biographie les princiU 
pales circonstances de la vie de M. de AÏussay, que 
la mort avait enlevé plus anciennetnent à la ii$te 
de vos correspondants. Cette notice vous a fait 
connaitre tout ce que vous avez perdu dans ce 



cûUibpimlMr ^ H^ ^ftHift lemereies M» PMiAe du 
devoir pieu qu'il a rendu k un d^ membre de 
Yeire Gootipagoie* 

Plusieurs persoûDes ont sollicité de vou« le titre 
d'associé correspondant; vous Tavez accordé suc-> 
cessivement à MBi. le baron Bourgnon de Layre, 
Beaupré, Dumon et Guillemot, 

Avant de terminer ce compte rendu ^ Messieurs, 
qu'il me soit permis de vous rappeler le but prin- 
cipal de ce rapport annuel. 

En prescrivant au secrétaire de retracer chaque 
année le tableau des travaux tie la Société, le rè- 
glement a voulu que clf^cun de nous pût puiser 
dans cet exposé l'idée de travaux nouveaux à en- 
treprendre, d'étiides à faire ou à perfectionner; il 
a voulu que les questions agitées au sein de nos 
réunions repassassent sous nos yeux, afin que 
nous nous occupions de la solution de celles qui 
sont restées indécises ou que notre attention 
a oubliées ; il a voulu enfin que nous pussions 
juger là vaste tâche qui nous reste à poursui- 
vre, par la constatation du peu que nous avions 
accompli. Profitons de ces enseignements, ne 
nous reposons pas sur nos travaux passés, et ne 
jetons des regards en arrière que pour nous in- 
spirer du zèle et de l'activité de ceux qui nous 
ont précédés. Le grand nombre de choix nou- 
veaux que la Société a faits pour combler les vides 
que la mort avait produits dans ses rangs, nous per- 
met de concevoir l'espoir de voir nos publica- 



XVi RAPPORT SUR US TRAVAIfX DE LA SOGlÉTlf. 

tions prendre un ptiis grand développement, im- 
primer par-là un mouvement plus' animé à nos 
recherches et à notre correspondance avec ceux 
qui, dans les départemeitts, nous aident de leurs 
généreux efforts. Si ma tâche de secrétaire expire 
aujourd'hui, celle de membre me reste et elle ne 
m'impose pas des devoirs moins laborieux, de- 
voirs auxquels je prends Rengagement de ne pas 
faire défaut. 

Par suite d'ane erreur de pagmation, le rapport sur les 
travaux de la Société royale des antiquaires, pendant l'année 
IS44, se trouve précéder le coinpte-rendu des travaux de 
cette même Société en 1S33. Le lecteur rétablira sans peine 
Tordre de ces Rapports. 

( Note de la commission des Mémoires. ) 



RAPPORT 



SUR 



LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ ROYALE 



DBS 



AN'nOUAïRES DE FRANCE 

PEirDA.WT l'ani!îée 1843 
Par M. FiMsBOURQUELOTi menibre réndftiti* 



Messieurs, 

En m'appelant à remplir parmi vous les fonc-* 
lions de secrétaire, vous avez bien voulu me 
confier la mission de tracer Tbistorique de vos 
travaux pendant la durée de mon mandat. Je 
viens aujourd'hui remplir cette tâcbe; je viens 
essayer de rappeler à vos souvenirs leç sujets bis-* 
toriques dont vous vous êtes occupés , les ques-' 
XVUI. b 



XVilj RAPPORT SUR LES TRAVAUX 

lions que vous avez abordées ou résolues; je 
viens enfin vous entretenir un instant des con- 
frères que vous avez perdus, des membres que 
vous vous éteâ à^joiotâ, et /vous présenter en 
quelque sorte un état de situation morale de 
votre Société pendant l'apnée i843. 

Accoutumé depuis longtemps à votre indul- 
gj^WQ^ Messieurs^ j'ai à peine besoin.de la solli- 
citer dans la circonstance présente. Dans le 
compte rendu que vous allez entendre, j'ai tâché 
d'être clair et concis, et de suivre la route que 
m'ont ttfLcée <i'tloiïcfrid>l66^rédéce$i9e|:r9 y appelés 
depuis par vos suffrages aux plus liantes dignités 
de votre société., Puissé-je n'être point jugé trop 
indigne de leur* exemple et de la confiance que 
vous avez bien voulu m'accorder! 

Permettez- moi. Messieurs, de suivre, dans Tor- 
dre des matières, qui doivent composer ce compte 
rendu, la méthode adoptée avec tant de raison 
par les secrétaires qui m'ont précédé. Le volume 
de vos mémoires publié l'année dernière con- 
state les études que vous avez faites sur nos anti- 
quités nationales; il s'agit pour moi seulement de 
nientioniier oe qui n'est point sorti jusqu'à pré- 
sent idu secret de vos séances et de vos archives. 

lÊPOQtTE GAUI^OISE. 

' Avant d'aborder les travaux qui se rattachent 
(Spécialement à Thistoire de nos pères, je dois 



DB LA SOCIÉTÉ. xix 

tnentionner quelques travaux que vous avee 
écoutés avec intérêt : 

Un mémoire de M. A. Maury, intitulé : Coup 
d'œil sur l'architecture égyptienne et sur les prin- 
cipaux monuments qu'elle nous a laissés: 

Une lettre de M. Mauduit, jointe à l'enCoi que 
vous a fait cet archéologue de ses opuscules sur 
la Troade. Le rapport de M. Rey, sur les décou- 
vertes de M. Mauduit, fait partie du dernier vo- 
lume de vos mémoires; je n'ai donc point à in- 
sister sur ce sujet ; 

Un mémoire de M. Darttey, sur les Germains. 

Arrivons, Messieurs, aux antiquités qui sont du 
ressort spécial de votre institution. 

La question de l'origine de Gien et d'Orléans- 
est depuis bien longtemps controversée. M. Man- 
gon-Delalande, l'un des plus habiles et des plus 
fidèles champions de Gien- Genabum, vous a 
présenté de nouveaux arguments en faveur de son 
opinion. Dans son Examen de quelques objec- 
tions faites contre l'existence gauloise de la ville 
de Gien, M. Mangon-Delalande s'applique à ré- 
futer hs objections qui ont été faites à une pre- 
mière dissertation dont il est l'auteur, par feu 
notre confrère M. JoUois. Il montre, par exemple 
que si l'on ne trouve à Gien aucuns débris ro! 
mains ', cela n'a rien que de très naturel, puis- 
^ (1) Cette démonstration ne porte pas sur des faits exacts • 
d'abord on trouve des débris romains A Gien; en second lien 
«. Wlois n'a pointnié en réaUté l'existence de ces débris ro- 



mains. 



XK RAPPORT SUR LES TRAVAUX 

que Genabum est une ville gauloise détruite par 
César. Il rappelle les noms àe pont de la Génabics 
ûerue de Génabie^ qui, suivant lui, existent à 
Gien depuis une époque très ancienne. 11 soutient 
que Genabum a été ruiné de fond en comble et 
qu'il n'en est rien resté après César. Enfin M. De- 
lalande s'exprime ainsi : « C'est ici le cas d'ob- 
server que, dans le fait, c'est à Orléans, c'est dans 
cette ville qui a porté le nom àiAurelianum (sic)^ 
avant l'époque de la basse latinité, et qui , avant 
cette époque, parait s'être appelée jiveniiim\ 
nom que porle encore le plus ancien quartier de 
la ville, c'est, dis-je, dans cette cité que se sont 
retirés les Génabiens, après le sac de leur ville, 
ce qui a porté quelques auteurs à supposer que 
là où s'étaient retirés les Génabiens, là était Ge^ 
nabum. » Malheureusement cette retraite des Gé- 
nabiens à Orléans , cette prétendue erreur des 
écrivains qui ont parlé de Genabum^ sont de pures 
conjectures de M. Delalande , qu'aucune preuve 
historique ne confirme, et tout en respectant les 
convictions de votre confrère, vous avez jugé, 
Messieurs, qu'elles n'étaient pas suffisamment 
appuyées pour renverser les faits notables cités 
dans la* belle dissertation de M. Jollois, en feveur 
de Genabum-Ov\kzw%. 

M. Jeuffrain vous a adressé un mémoire sur des 
monnaies gauloises découvertes près d'Angers 

(1) Le quartier ^Avcnutn n'a été réuni à la ville ti*Orléaiis 
que vers Tan 1300, 



t>t LA SOCIÉTÉ. XXJ 

en i8ià8. Je ne puis mieux faire, pour vous par- 
ler de ce travail qui a excité toute votre attention, 
que de recourir au rapport qui vous a été lu à ce 
sujet par notre confrère M. D'AfTry. La trouvaille 
dont s'est occupé M. Jeuffrain a été examinée par 
M. Grille, bibliothécaire de la ville d'Angers, et 
M. de la Saussaye en a rendu compte dans la 
Revue numismatique, p. 3o3*3 1 o, année 1837. 
M. Jeuffrain a cherché à expliquer les types qui 
se voient sur les monnaies trouvées à Angers, et 
ces explications, quoique très ingénieuses, n'ont 
pas semblé à notre confrère suffisamment justi- 
fiées. M, D'Affry pense du reste, avec l'auteur du 
mémoire, que les pièces en question appartien- 
nent à la période qui s'est écoulée entre l'irrup* 
tion des Gaulois dans la Grèce et la conquête de 
la Gaule par les Romains. Il conjecture qu'elles 
ont été frappées dans TArmorique. 

Vous avez aussi, Messieurs, reçu diverse&com-» 
munications sur plusieurs découvertes d'antiqtii^ 
tés celtiques dont les associés correspondants, de 
votre Société ont bien voulu vous entretenir» 
Ainsi, dans la séance du 9 juin, M. Depping 
vous a rendu compte, au nom de IML de Fjré* 
min ville, d'une fouille faite en Bretagne, et qui 
a donné des résultats intéressants. Elle a eu lieu 
sous un men-hir, près de la rade de Brest; on 
a trouvé des armes et des ossements , ei; ce fait 
peut servir à confirmer l'opinion que les. men* 
hirs ont été Îa4i3 des pierres .siépulcrb)e8<r:L]»ne 



XIUJ RAPPORT StTR LE8 TRAVAUX 

autre découverte j que les journaux ont annoncée 
avec quelque exagération, vous a été présentée 
sous son véritable jour par M. de Fréminville. 
Daos la même province de Bretagne , un vent vio- 
lant a mis à nu des squelettes enterrés sous une 
dune, et principalement des squelettes d'enfents, 
dont Tun avait dans la bouche une obole. Cette 
pièce présentait d'un côté Tiinage de Rome, et 
de l'autre celle de la louve allaitant Romuliiset 
Rémus. Il n'y avait aucune trace de cercuei}. 

iPOQUE GALIO^-ROMAIITE. 

Les questions que soulève la position des dif- 
férentes localités mentionnées par les historiens 
et les géographes latins ont longtemps préoc- 
cwpé et préoccuperont longtemps encore les 
érudits. Aussi avez-vous aceueitti avec, une grande 
faveur là dissertation de votre 'dorrespondant, 
M. Desvaux, sur la véritable position du Srzvateê 
portas de Ptolémée. 

Vous avez aussi entendu un mémoire de votre 
confrère, M. Darttey, sur la nomenclature géo- 
graphique des noms grecs et latins , et une notice 
de M. H<enri sur les restes antiques conservés 
dans les murailles de Narbonne^ que l'auteur ap^^ 
pelle ingéniensemen t : Miuée mural de Narbonne. 
Vous^avez regretté , Messieurs, que de fâcheuses 
circonstances aient empêché M. Henri d'étudiei^ 
oomme il'Faur^it voulu , et co^nme il était si t^om*" 



pèlent pour le faire, les richesses arphéologiques 
de la cité romaine de. Narboi^De. 

M. Moutié vous abdjreisM ^n mémoire fort ou*. 
Vieux sur un cimetière I^Uo-pamam^) ou plutôt, 
mérovingien , qui a été découvert d^n» la buttei 
des Gargans, près de RambouîlWt^ et sur les' oh^ 
jets qu'on a trouvés dans lesLtomJx^au^» Ç^i^oJ^jeU» 
sont des fibules émaillées^ dbs ferA deJa^œ^eut 
bronze , des haches en fer .deœblablea à ii^eUe qu l> 
a été extraite du tombeau de Ghtldéric l*^^ Am 
vases de bronze, des poteries stgUliàès jet.ori«écS| 
de figures diverses^ M« Môutié wst rpnoùvéy d'u^te. 
manière incontestable , que >le!dnielière^dekG9r'* 
gans remontait à l'époque miétovîiigîeone priibif 
tive. Sur un plat en bronzé «stfurie jégende qUei 
M. Moutié n'a point déchiffrée , et qui nous» parait 
désigner le nom do .pmadssebmeli^Mnfaroier les 
mots : VT<R« FBLix; Le imébnoiafiide'Hl MoàAîa; 
vous a semblé présente» un «vif intSécèli et s'il n'a» 
point ébi inbérë dsns leidernîen.voiuaie de tqb: 
mémoires ^ c'est ^'11 «Tajt paru', fau) kdoîna 4m ^exn 
trait, dans le.joUrilal :-.Le eabinetnd^itamatiur* 
et de r antiquaire. . ., ï •. .--Xxf 

Dans une lettre que ^oiis ^a adrelisée Af« Dou- 
blet de Boistbibauk^ votre uélé ^otneapond^n^ 
vous a sigoaté la découviene.&ite. en^nQ^m- 
bre 1843 à Roinville so«» Auneau (arvdnditos-t 
ment de Chartres),.de brigues, de pèterieabrÎH 
sées, de coquiUes d'huiftres, de moffCMÛx d«tboii^ 
pttnt, do oiAiiirésr de differentea couleurs. «et 



XXiV ftAPPORt StTtlLï?S TRAVAUX 

d'une mosaïque appuyée sur des couches entre'- 
mêlées de briques et de ciment. La mosaïque se 
composait de deux parties : la première, longue 
de f mètre sur i mètre de large , était un assem- 
blage de petites pierres fines sans dessins; la se- 
conde 9 longue d'à peu près 2 mètres sur 2 mètres 
de large, présentait des dessins, des carrés , des 
ronds artislement disposés, et de petits dés de 
différentes couleurs. Les ouvriers qui ont décou- 
rett cette mosaïque l'ont malheureusement en 
partie détruite ; ce qui en restait a été déposé au 
nMiflee de Chartres. M. Doublet de Boisthibault la 
regarde ccHiime un otivrage romain; cependant 
il déclare reconnaître aucune mention d'unéta- 
btiftsement antique à l'endroit ou la fouille a été 
exécutée; . • - 

' La 'Commission. des beBUx««irts de Vienne vous 
a'Mhréssé le rapport de M « Delorme sur des fouilles 
opériées ^daiis le jardin de l'hospice de Vienne ^ 
et > vous aveK'VU avec plaisir ce& efforts teatés par 
une 'estimable Société pour rassembler tout ce 
qui'l^este enôore sur notire sol de traces de la ci-^ 
vilisation romaine. 

<M. Dusevel^ correspondanjt à- Amiens^ a en- 
voyé au .mois d'août une «lote ainsi conçue : 
' «Au mois de* juillet dernier, on a trouvé dans le 
jardin des Dâmes^da«Saeré-Cœur, sis au faubourg 
de Noyon, à Amiens, deux sarcophages en plomb, 
porteM chacun des X sur leurs couvercles, en 
grains d'orge, à peu près àembliAiies à ceux du 



DB LA SOGliri. XXV 

cercueil découvert , en i836, dans le faubourg 
de Beauvais de la ifiéme ville. Depuis, on a trouvé 
en plein sceau, dans des tourbières voisines de la 
maison de campagne du poète Gresset, une grande 
quantité de lances, d'épéds et de coins en bronze, 
dont une partie élait brisée. On ne peut faire que 
des conjectures sur la cause de cet amas d'armes 
dans un seul lieu. EnBn on a découvert à Allary, 
près Airaines , un tombeau en pierre renfermant 
un squelette près duquel étaient les tronçons 
d^une large épée en fer à un seul tranchant. Hors 
du cercueil gisaient une fiôIe bien conservée en 
Terre bleu, fort épais, et des débris de vases en 
terre noire grossière» ornés de hachures au trait. 
Nous n'avions point encore vu de fiole de ce 
genre découverte en Picardie. » 

Notre confrère, M. Kœnigswarter, vous a lu un 
rapport sur des découvertes faîtes par M. Lee- 
mans, en creusant dans les fortificaiions de la 
ville de Nimègue. 

MOYEN-AGE. 

Les antiquités du moyen-âge paraissent , Mes- 
sieurs, ayoir spécialement occupé la Société pen* 
dant Tannée 1^43 > et cette prédilection pour des 
époques si intéressantes du reste vous a tant 
soit peu détournés de vos études sur les antiqui- 
tés celtiques et romaines. 

M. Théodore Lorin, associé corresp<Midftiit, a 
envoyé dés Conjectures i^ùr F origine de la ioa^ 



XJtTJ RàPPORt sua LES/rAAVA.UX 

tion : Faire la vi^ue. L'auteur, après avoir déter-^ 
miné le sens général de cette locution, les circon- 
stances où elle se produit, les pays divers dan& 
lesquels on l'emploie , a donné son avis sur les 
origines qui peuvent lui être attribuées. Il croit 
que les mots ficOy fica, figue , sont dérivés de 
l'expression latine ficus , dans le sens de maladie 
honteuse, qui est fréquemment employée par les 
écrivains latins, et en particulier par Martial. 
Cette opinion est sans doute fort raisonnable , 
mais elle avait été déjà émise plusieurs fois avant 
M. Lorin, et ainsi le mémoire de notre confrère 
manquait de ce caractère d'originalité auquel. 
Messieurs^ vous attachez tant de prix. 

Je dois en dire autant d'un long travail qui 
vous a été adressé par M. de Concourt, et qui a 
pour titre : Du château au moyen-dge* L'auteur 
énumère les châteaux fondés dès le x"" siècle tant 
par les hauts barons que par les petits seigneurs 
des campagnes, obligés de se tenir sans cesse en 
garde soit contre les invasions normandes, soit 
contre les attaques de leurs suzerains et de leurs 
égaux. Il s'occupe ensuite des divers droits qui se 
rattachaient à la construction et à l'existence des 
châteaux, et des obligations de toute sorte impo- 
sées aux vassaux, obligations dont le nombre di- 
minue à mesure que le temps marche, que les 
masses se civilisent , et qui sont restreintes par 
l'élaUiftsement des communes et par les efforts 
nèmes de laioya«ité. fiafia M« de GonMqrt àé^ 



DK LAl SOCIÉTÉ. XXVij 

crit le chàteftu au point de vue matériel, sa forme, 
son étendue, ses moyens de défense, sa décora-» 
tion aux différentes époques de l'histoire. Vous 
ayez regretté, Messieurs, que l'auteur de ce mé^ 
moire 9 en puisant ses renseignements dans de» 
livres qui sont entre les mains de tout le monde, 
et qui, pour la plupart, n'ont point de valeur 
historique, ait compromis le résultat de ses loua- 
bles recherches, 

M. Gilbert vous a entretenus de la découverte 
faite à Paris d'un ancien pavé que l'auteur croit 
être le reste du pavé de Philippe-Auguste. Le mé« 
moire de M. Gilbert donne des indications pré* 
cieuses sur Tétat de Paris à la fin du xii^ siècle; 
cependant, en examinant les débris trouvés a Pa- 
ris, il semble que ces débris doivent être plutôt 
rapportés à l'époque romaine qu'au temps de 
Philippe-Auguste* 

M. Vincent vous a &it un rapport sur deux 
ouvrages offerts à la Société par M. Monnier, du 
Jura , correspondant , et relatifs aux localités de 
rancîenne Franche-Gocnté. 

M. Rœnigsfwarter vous a lu un mémoire inté^ 
ressaut sur las origines des noms de lieux* 
Vous aviez déjà reçu sur les noms de lieux de 
l'Orléanais une brochure bien faite de M. de Billy. 
11. Kœnigsv^arter a imis sur la question qu'il s'est 
posée des idées aouvellés , et il les a appuyées 
d'un appareil d'érudition, qui recommande. parti* 



XXviij HAPPOAT àUR lES TRAVAUX 

culièrement son travail à Fattention des^ amiâ de 
l'histoire. 

Vous avez entendu une note manuscrite en- 
voyée par M. Tabbé Bonnefoi, curé de Jarsy, 
sur les invasions des Sarrasins et sur leur séjour 
dans plusieurs parties des Alpes , et notamment 
dans la contrée des Bauges. 

M. de Rosny vous a communiqué le dessin 
d'une statue de l'église Saint-Spire de Corbeii. 
C'est la belle statue du duc Âymon. 

Dans la séance du ig mai, M. Bottée de Toul- 
mon a donné lecture à la Société d'un rapport 
qu'il a présenté au Comité des Arts et Monuments, 
et qui renferme des considérations historiques sur 
l'usage où étaient les compositeurs des xiv% xv* 
et XVI* siècles , de mêler à la musique sacrée des 
paroles prises dans la liturgie ou dans les chan- 
sons mondaines même les plus obscènes. Ces sor- 
tes de morceaux se nommaient m(^tSj et c'est 
ainsi qu'on les trouve désignés dans le traité dont 
Francon passe pour être l'auteur. 

M. Bottée de Toulmon cite uli passage de Jé- 
rôme de Moravie , qui attribue la composition de 
ce traité à Pierre de Picardie , et en fait remontev 
l'existence au xiii'' siècle. Notre confrère établit en 
outre que le traité : De Musica quadrata, qui se 
trouve dans les cQuvres de Bède^le** Vénérable, a 
pour auteur un nommé Aristole, contemporain 
de Francon ; il fait remarquer que la chaii9on de 



l»E liA SOCIÉTÉ. Xxix 

ï Homme armé et un passage de plain-chant 
ajouté au Gloria in excelsis, dans l'office des fêtes 
de la sainte Vierge, sont les deux thèmes sur les- 
quels les musiciens se sont le plus exercés dans 
la composition de leurs messes, qui leur doivent 
le nom de messes de V Homme armé et de Beata 
virgine. M. Bottée de Toulmon "a proposé au Co« 
mité des Arts de prier M. le ministre de l'instruc- 
tion publique de décider la publication par voie 
d'impression de toutes les messes de VHomme 
armé et de Beata virgine que l'on pourra se pro- 
curer. Celles qui sont susceptibles d'entrer de 
suite dans la collection sont au nombre de vingt 
et une, et elles ont pour auteurs l^s musiciens les 
plus importants depuis i38o jusqu'à i68o* « La 
publication d'un recueil de ces documents musi- 
caux, dit en terminant M. Bottée de Toulmon, 
ajouterait d'une manière utile aux renseignements 
que l'on possède sur la musique dans cet espace 
de temps. De plus, la comparaison des auteurs, 
subissant l'exigence d'une même condition, don- 
nerait la possibilité de mieux juger leurs mérites 
respectifs, et de prendre une idée complète de la 
marche et du développement de l'art musical. » 

Enfin j'ai eu moi-même l'honneur de vous lire 
une notice historique et archéologique sujr le 
prieuré de Voulton ( près Provins. ) 

ETAT IlfT£RIEUR DE LA SOGiETÉ. 

Quelques mots encore, Messieurs, sur la situa- 



, XXX RAPPORT SUR LES TRAVAUX 

tion intérieure de votre Société pendant Fannéc^. 
r843. La mort vous a enlevé M. Charles-Nicolas 
Âllou , que vous veniez de faire passer du rang de 
membre résidant à celui de membre honoraire, 
et M. le marquis de Fortia d'Urban, l'un des an- 
ciens membres de l'Académie celtique , l'éditeur 
de Jacques de Guùe, le respectable patriarche 
dont vous avez regretté de n'avoir pu suivre les 
obsèques, faute de convocation officielle. Vous 
avez perdu y parmi vos correspondants, M. Dela- 
croix de Valence, membre de la Chambre des dé- 
putés, correspondant de l'Institut et auteur d'une 
statistique estimée du département de la Drôme, 
et M. Gautier d'Arc, consul général à Alexandrie, 
d'abord membre résidant, et forcé plus tard de 
changer son titre, lorsqu*il fut appelé, en 1824, à 
remplir à l'étranger des fonctions consulaires. 
Enfin, une mesure rigoureuse, mais juste et né» 
cessaire, l'application de vos règlements, a éloi« 
gné de vous un certain nombre de vos confrères. 
D'un autre côté, des demandes nombreuses 
vous ont permis de combler les vides qui s'étaient 
faits parmi vous. Vous avez admis au nombre de 
vos membres honoraires le respectable M. Allou, 
dont la mort a suivi de près ce témoignage de vo- 
tre sympalhie ; vous avez nommé membres rési« 
dants M. Jules Marion, élève-pensionnaire de 
l'Ecole des chartes; M. Hippolyte Gaucheraud, 
M. Chabaille, M. de La Saussaye, alors correspond 
dant de V Institut f M. Auguste Bernard, M. Eu- 



DE LA SOCIÉTÉ. XXXJ 

^éne Piot, M. JérèmePioboo, auditeur au conseil 
d'État; M. le baron de ia Pyiaie, que vous aviez 
eu longtemps pour correspondant, et M. Charles 
Labitte, professeur de littérature étrangère à la 
faculté de RepnQs et suppléant de M. Tiss/>t au 
Collège de France. Vous vous êtes adjoint, comme 
associés correspondants, MM. Levrault, de Stras- 
boui^, Roussel dit Roux, professeur à Chartres, 
Guillaume, curé de Blénod^lès-Toul , l'abbé Mar- 
cellin à Montauban, et comme associé étranger^ 
M. Henri Schreiber, professeur à Fribourg, en 
Brisgaw. 

Je devrais vous entretenir. Messieurs,, des ef- 
forts que vous avez faits pour que l'administration 
supérieure des ponts et chaussées consentit à en- 
gager les ingénieurs à communiquer à la Société 
leurs découvertes archéologiques; du projet que 
vous avez eu de visiter la Sainte-Chapelle pen- 
dant que ce monument était en réparation, et 
d^eo faire une étude particulière ; enfin du prix 
que vous avez proposé sur une des questions qui 
intéressent le plus vivement notre histoire natio- 
nale. Mais par des circonstances fâcheuses, vos 
idées n'ont point eu le succès que vous aviez droit 
d'en attendre. Il vous restera, Messieurs, le mé- 
rite de les avoir conçues. La voie dans laquelle 
vous marchez est comme celle dont parle l'Écri- 
ture, la voie éti'oite; honneur à ceux qui y aont 
entrés ! 



NOTICE 

SUB 

LA VIE ET LES OUVRAGES 

DP 

t.-N. ALLOU 

Pfoe M. BEAU LIEU, membre rétîdant. 



MESSIEURS , 

Un an à peine s'est écoulé depuis que, debout 
devant une tombe entr'ouverle, j'exprimais en 
votre nom et au mien de sincères regrets, j'adres« 
sais de pénibles adieux. Deux fils éplorés^ de nom* 
breux amis écoutaient en silence et témoignaient 
par leur abattement de la vive douleur dont ils 
étaient pénétrés. C'est que cette tombe, Messieurs^ 
allait se fermer pour toujours sur les restes d'un 
homme aimé de nous tous, et qui, appelé succes- 
sivement aux fonctions de secrétaire, d'archiviste 
et de président de la Société royale des Ântiquai* 
res de France, lui a donné durant de longues an- 
nées des preuves multipliées desavoir, de zèle et 
de dévouement. Charles-Nicolas AUou n'est plus, 
et, conformément à vos intentions, je viens vous re- 
tracer en peu de mots les principales circonstances 



NOTICE SUR C.-N. A,LLOU. XXXÎij 

de la vie de celui qui fut votre confrère et mon 
ami. 

Âllou, né à Paris le 18 novembre 1787, fut 
l'un des élèves les plus distingués de cette école 
Polytechnique dont la France s'honore à si juste 
titre, et son rang de sortie laissa à sa disposition 
le choix de la carrière qu'il voudrait embrasser. 
Alors la gloire militaire éclipsait toutes les autres 
gloires, et les emplois civils étaient loin d'être aussi 
recherchés qu'ils le sont aujourd'hui. Aussi Allou, 
cédant à la tendance de l'époque, préféra-t-il Tanne 
de l'artilleriCi. Sa demande avait été adressée au mi- 
nistre; le hasard voulut qu'elle se perdit. Pendant 
ce temps ses projets changèrent, et, sur une de- 
mande nouvelle, il fut attaché au corps des mi* 
nés dont l'école était établie à Moutiers en Sa* 
voie. Les deux années qu'il y passa furent consa- 
crées aux études métallurgiques et aux recherches 
géologiques les plus sérieuses et les jrfus appro- 
fondies. A sa sortie on renvoyad'abord,en qualité 
d'ingénieur ordinaire, dans le département de la 
Vienne, puis successivement dans ceux de la 
Haute-Vienne, de la Sarthe et de Maine-et-Loire; 
enfin, en iBag, il fut appelé à Paris, grâce à Tin* 
tervention de M. de Martignac qui avait su l'ap- 
précier pendant que, lui-même, remplissait à Li- 
moges les fonctions de procureur^général, et qui 
entretint avec lui jusqu'à sa mort des relations d'a- 
mitié suivies. Allou fbt nommé ingénieur en chef 
de deuxième classe et chargé en cette qualité de 



XÏÏUH IfOTICE 

l'inspeQtkm dm trataux souterrains d'une parti€f 
du département de la Seine; son élévation à ïa 
première cla^ste ne se fit pas attoadre. 

JD'autjttSvC^'ÂlLtHb eussent été entièrement ab** 
sQcbéspar les devoirs de eette place; lui, tout tn 
%ei2 ajQ^uîMapg^t avec cette exactitude scmpuleose 
et oa^èïe ({Me youa lui connaissiez^ trottva eneorr 
fe teinpa de seUvrer ^ des études d'un autre or* 
dlTAf^.fle Qompoaer les ouvrages cpii htfi valurent 
r^poneux* de si^er parmi vous. 

. fovifté par IS« de Castéja, préfet de k Haute-- 
Yîi^poer; ^ rédiger uoi mémoire- sur les' «riticfuités 
de^ ee département^ il vit s'étendee sueeesstve» 
UMtPt ce tfavaU qu'il avait jugé d'abord d'une fai^ 
hlc^ importance. Lo«i^teiiips il pareoural le pays 
ei^toM^sevisi^Qoaapiilsa lès archives^ les bibliothè* 
qijie^ xi^îta le^ presbytères. Le résultat de ses t€h 
c^fçb^ fi^t la Hesoription des jântiquièés de Im 
Haute^f^iW^e- qu'il publia en i8aa et à laqu^le 
r^cadéuMe des ijascrtptioDS'décerna une médaiUe 
4'or. La cirainte d'élevev par trop le prix de cet 
oMvrage i'empécha de faire paraître en mène' 
teoips les plaaches noosbreuses q*ui en faisaient 
le cùmplémeni et qui, tout^, avaient été dess»* 
nées par lui avec kt plus grande exactitude. Le 
conseil municipal de Limoges, sentant le pris 
d'un semblable travail, en fift proposer Tacquiai-^ 
tion à Allou; elle eut lieu^et la ville de Limogna 
ef^t :inaii[iteQant proptiétaire de eette^. eoliectixH». 
vj^ment i^éfiieuse. 



SUR C«*ll. ALEOV. XnV 

En i6tt6, il fit pàrajLtre VE^ai$ur funiiwsalité 
de la. ùmgaejfrançaisei, dédîé m AocIrieiUL^ aon wW 
cîeo profet8ettr:eticfn «naâ^^oiiiriige.te'plus: cai^r 
pléi deJiotiâceiii <|«'onfaYait ju«fu'alcu*9 publiéfi 
sar cette matière. L'ÂcaddBOM fraiiç^ise liiiao- 
Gorda QDG meûtioii honorable ^ ^ \è miniatrede 
rinstriidlion publique :dëoLda que ce livre serait 
admia à faire pallie dèa bibliothèques des eôUég^ 
rayaux. On Voit qu'Alloo^ qud que fut aoli^;Qâ,t 
pour les études arehëologiques^ d> s^y it^tait pfls 
eitûlusi^qietif ; parfois ttérM il s'oiM^upatl de p*é- 
tàe^ et ees versiftont écrits avec .autant' db gafcce 
qae de facilita. ' ; 

FiMé défhiitiveuient :à Paris, AUou ffat adbnifc 
dftnéto€rë Sein, lu Soèîétérpfailoteohniqtie, criles 
dè^ géographie ei:dè l'faÎBtoite. de Vcanoe le eompf- 
taiefit parmi leur» nisaibrés les pêne aasidus et lea 
plus eélés, pendant qae:d'autres 001^» savants^ 
cdÈdme iea Aeaâéflciies de Bordeaux et du Brésil^ 
les Siyoiëtés' dés .antiquaires d'ÉCos^ et de Loii« 
dres^ se rattachaient à titre d-ase^idé corresppor 
dant« Allou élaifen outre run des collaborateurs 
des Annales deè minès^ dei^Seuue.eficyclopédit 
que, du Bulletifvsùiéntifiqme deFetrussac^ de l'^n- 
cyclûpèdie des gens du mande et de XAnnumre 
de la Société de Vhis^vre deWrunce. 

EU id35^ 1696^ 1&37, il fit paraître pltisieura 
frftgments td^vxtk lonig TraUi ^ur les arm^ et a^ 
mures du moyen-âge auquel TAcadémie des in- 
scriptions a;^corda à deux reprises une mention 



XWVi NOTICK 

honorable. Ce travail, auquel vous avez donné 
place dans votre recueil^ exigemt de longues re- 
cherches, l'étude attentive et minutieuse de la aé^ 
rie des historiens de France et de Télranger, tant 
imprimés que manuscrits, et celle des coHections 
d'armes et d'armures antiques de l'Europe entière. 
C'était un sujet vraiment neuf en France et l'œuvre 
de prédilection d*Allou. En Angleterre, il avait suffi 
pour fonder la réputation d'un savantarchéologue, 
le docteur Meyrick, auteur de plusieurs ouvrages 
très esthnés et possesseur d'une des pli» belles 
galeries que l'on connaisse. AUou fut la visiter et 
rassembla en même temps, tant à Londres qu'en 
Eoosse, de nombreux matériaux pour son grand 
travail. i4e8 premiers articles qu^il publia eurent 
un véritable succès. Le savant directeur du mu* 
sée de Dijon ', qui s'était depuis longtemps occupe 
d'une publication semblable, renonça à la conti- 
nuer et remit à AUou tous les documents qu'il 
avait déjà recueillis. Des dessins, des notices lui 
arrivèrent de Russie, d'Allemagne, d'Italie; des 
savants étrangers vinrent le consulter; des pein- 
tres célèbres, amoureux de^'exactitude en nmtière 
de costume, lui demandèrent des conseils... 

AUou avait alors peu de désirs à former. logé- 
nieur de première classe, nommérécemment mem- 
bre<le la Légion<l'Honneur,son rang d'ancienneté 
non moins que ses longs et utiles services l'appe* 

(1) M. de Saint-Mpsmin; 



SUR C.-lf. ÀLLOU. \XX\i^ 

laient à prendre bientôt place au conseil des mi- 
nes. Une femme qui Faimait tendrement, deux 
fils de la plus belle espérance complétaient son 
bonheur... II ne devait plus en jouir longtemps. 
Déjà les travaux auxquels il se livrait sans mena* 
gement avaient altéré sa santé; sa vue commença 
à s'affaiblir graduellement. Alors Allou sentit toute 
la gravité de son état, et la crainte de ne pouvoir 
terminer le travail sur les armes et armures, non 
moins que l'obligation de prendre sa retraite, 
l'affecta vivement. Une Notice biographique 
dJ.Le Noir^ insérée dans le i6* vol. de vos Mé- 
moires, fut le dernier ouvrage auquel il lui fut pos- 
sible de mettre fin. A une cécité presque complète 
vint se joindre cette atoniç morale et physique 
dans laquelle nous l'avons vu plongé pendant ses 
dernières années. Allou s'éteignit avant le temps. .. 
Sa mort fut calme, paisible comme l'avait été sa 
vie; ses amis garderont religieusement son sou« 
venir. 



NOTICE 



«UB 



LA VIE ET LES OUVRAGES 

DE J.-B.*Prospee JOLLOIS, 



HBMBU TITVI.AIM 
Par Bf« ALnuu» Bf JLDRT. 



Messibuesi 

La mort a bien éclairci nos rangs dans ces der- 
nières années; voilà cinq ans à peine (jue vous 
me fîtes Thonneur de m'admettre parmi vous , et 
combien de membres de notre société j'ai vus^ 
depuis cette époqu^ encore si rapprochée, arra- 
chés à nos travaux, à notre amitié par une fin 
cruelle et précipitée! En ce moment même la 
tombe ne vient-elle pas de se fermer sur deux 
d'entreeux,sur Fundesplus anciens etsurl'undes 
plus nouveaux de nos confrères, M. Berriat Saint- 
Prix et M. Charles Labitte! Au milieu des émo- 
tions cruelles que ces pertes nous font éprouver, 
nous ne trouvons de consolation que dans le 
culte du souvenir. La pensée de ceux dont on a 



^ NOTICJC, STC. XXXÎX 

partagé les travaux, les goûts, les habitudes, qu'on 
a aimés, estimés, les fait revivre en quelque sorte; 
et le cœur, en apprenant à connaître t par la leo^ 
ture de leur biographie, l'étendue des pertes qu il 
a faites, reçoit néanmoins de cette lecture un sidfi^vk^ 
cissement à ses regrets* 

Tel a été le sentiment qui a dirigé, ma plum^ 
lorsque j ai tracé cette faible esquisse de la vie 
d'un de nos plus honorables confrères, M^ JoUoisw 
En voyant cette vie si pleine, si active^ si lion«i 
néte, j ai compris combien était utile pour oous^ 
Messieurs, d'étudier l'histoire de nos devanciers; 
Il y a, dans cette analyse des travaux d*un sa? ant 
modeste et consciencieux comme le fut M» Jolioi's ^ 
des enseignements qui ne sont pas moins pro^ 
tables que ceux des livres et des monuments. Ce 
souvenir pieux, donné à ceux que la mort a frap« 
pés, outre les consolations dont je vous, montrais 
à l'instant qu'il estiaspurcei no^s fournît enoord 
d'heureux exemples , des leçons -préisieuses d'à* 
mour du travail et de dévoui^ept k laiscâence^ o 

Jean-Baptiste-Prospei; JpUoJ^^ naquit à;firinQn<» 
l'Archevêque (Yonne), le 17 août a 778, 11 mani*4 
festa de bonne heure des dispositions remiarqt|iâ4 
blés pour le dessip/Aprè^. ayoir\f^U d0 solidet 
études au collège 4'Au^erj*0^ iir4tait sjW'lepoinl 
de se livrer à la carrier^ d0 lV<^hitecture,, lorsque 
les événement dw 10 août 179a jincent chaîner 
l'état de la Frapce. Bïm 4^ jfMms-i^a; virent 
alors leurs projets forpém|snt modifiés; eliplii» 



Xl NOTICE 

d'un avenir^ qui semblait brise par cela même, fit 
place à des destinées nouvelles aussi heureuses 
qu'inattendues. Le jeune Jollois futde ce nombre; 
il attendit dans une inquiète incertitude l'issue 
du régime sanglant qu'avait amené le nouvel ordre 
de choses , sans cesser pour cela de poursuivre 
l'achèvement de son instruction. Avide de savoir 
et impatient d'embrasser une carrière qui le mit 
à même de se créer une position indépendante 
et conforme à ses goûts, il saisit la première voie 
qui lui fut ouverte. L'Ecole polytechnique venait 
d'être fondée par la Convention ; M. Jollois s'y pré- 
senta et y fut admis^ ayant à peine atteint l'âge re- 
quis pour les candidats : il entrait dans sa dix- 
septième année. Trop souvent cette précocité de 
l'intelligence n'est qu'un présage d'une vieillesse 
intellectuelle anticipée. Que d'enfants extraordi- 
naires par la maturité de leur raison et le déve* 
loppement insolite de leurs facultés ont vu , en 
grandissant, ces qualités brillantes se décolorer et 
disparaître! Il n'en fut pas ainsi de notre confrère; 
il conquit de bonne heure sa place parmi les 
hommes d'un mérite solide, sans qu'au déclin de 
l'âge il eût pour cela rien perdu de l'activité de 
son esprit. Il soutint constamment avec avantage 
la lutte avec ses rivaux ; la plupart étaient cepen- 
dant plus âgés que lui de quatre ou cinq années, 
et auraient dû trouver, dans une plus grande ma- 
turité inleUectoellé si nécessaire pour les sciences 
exactes» 4in élément de supériorité et de succès. 



StJa J.*B. PAOSPER JOLLOIS. xM 

Ltt élèves les plus distingués étaient revêtus, sous 
le titre de chefs debrigade> d'une certaine autorité 
sur leurs camarades , et comme chargés de diriger 
leurs études. M. JoUois obtint ce grade en 1796. 
£t pourtant, quel remarquable assemblage déjeu- 
nes et fortes intelligences offert par cette pre- 
mière promotion, qui vit encore dans le souvenir 
des élèves sous le nom glorieux de promotion de 
l'an III ! Seule école ouverte au sortir de l'anar- 
chie scientifique et de la désorganisation de Tin- 
struction publique, qui furent un des effets de 
ranarchiepolitique,r£colepolytechnîqueavaitvu 
accourir dans son sein Télite de la jeunesse stu- 
dieuse. Là se rencontraient des esprits remarqua- 
bles aux titres les plus divers et dont plusieurs 
devaient se faire un nom dans des matières même 
absolument étrangères aux études mathématiques, 
base de l'enseignement de cette école. Quatorze 
membres de l'Institut et trois ministres sont sortis 
de cette promotion fameuse de l'an III, et une foule 
d'hommes qui ont marqué dans l'administration, 
la magistrature, l'industrie^ les arts, les lettres, le 
génie civil et militaire, l'université et la guerre. 
Qu'il me soit permis de citer dans les sciences les 
noms de Malus, Biot, Héron de Villefosse, Poin- 
sot, Brochant de Villiers, Sédillot, Francœur; 
dansl'érudition eties lettres savantes, Walckenaer, 
Qiezy, Jomard; dans la littérature, Saint-A.u- 
laire, dé Wailty ; dans le génie civil et militaire , 
Butens, Lahcret, Lamandé, Brisson, général Ber- 



Xlij MOTWM 

nard, général Rohault de Fleury ; dans 1m arts ^ 
ChoroD ; dans la magistralure, AthaoaM Hondu, 
Frëtaau; dans radministradon, Chabrol de Vol- 
vie, Amb.Hendu, Tupiniar^pour donner une idée 
des condisciples de At. Jollois, de ceux parmi les- 
quels son mérite le fit encore distinguer. 

Au sortir de l'Ecole polytechnique, notre con-* 
frère entra dans le corps des ponts et chaussées; 
cette carrière, par son analogie avec celle à la*- 
quelle il s'était primitivement destiné, convenait 
mieux qu'aucune autre à ses dispositions et à ses 
goûts; elle lui fournit l'occasion, comme nous al* 
Ions le voir, de se livrer aux travaux par lesquels 
il s'est acquis le plus de réputation, et qui l'ont 
amené plus tard parmi nous. 

Le Directoire venait de former ce corps mémo- 
rable de savants qui devait aller conquérir, dans 
les sables de l'Egypte, deslaurier^ moips périssables 
et moins sanglants que ceux que la bravoure de 
nos soldats moissonnait au pied des Pyramides* 
Quelques ingénieurs des ponts et chaussées furent 
choisis pour en faire partie ; M. JoUois fut de ce 
nombre. Il s'embarqua avec M. de Yilliers, comme 
lui ingénieur ordinaire et comme lui sorti de l'fi* 
çole polytechnique, mais plus jeune de quelques 
années. 

C'est ici. Messieurs, que commence véritable* 
ment la carrièrç scientifique de notre confrère; 
mais avant de vous en résumer les traits priopi*- 
paux, qu'il me soit permis de m'arréter un instant 



SUR I.-B. PUMPSll lOLLOIS. xUij 

m le nom qua je viens de prononcer avec le sien. 
L'amitié de M* JoUois pow M» de Villier» a été si 
vive, si constante, elle a occupé une telle plac» 
dans sa vie ^ la preuve en ressort si visiblement de 
TÎogt années de travauji communs, que je vous 
retracerais une biographie incomplète de notre 
oonfrère si J9 ne vous faisais connaître en mém# 
temps celui qui fut en quelque sorte comme un 
second lui-même. Mêmes goûts, même talent de 
dessin, même dévouement à la science, même ad*: 
miration des monuments antiques : voilà ce qui a 
caractérisé ces deux hommes qui, uqe fois le pied 
surle sol égyptien, semblent n'avoir plus fait qu'uipi 
seul. Dans les nombreux mémoires dont ils ont 
enrichi le magn ifiqueou vrage de V Expédition â^i^ 
gSfpte^ rien ou presque rien ne leur appartient en 
propre; ils dessinent et décrivent ensemble lea 
ruines de Medinet^Abou, deQournah, de Louqsor, 
deKarnak, de Medahmoud, et dans leurs descrip* 
tiens ils s'effacent Fan et l'autre fievant leur sii" 
jet. IJne seule pensée les préoccupe, c'est de faire 
connaître ces ^uerveilles architectoniques si in*** 
connues alors à la France, et nullement l'hon* 
ueur personnel qui peut leur revenir d'avoir res- 
tauré, par la pensée, les gigantesques monuments 
de la terra de Sésostris. 

. On netroqvequedeuxendroilsde la description 
de TÉgy pte où le nom de M* JoUois ne soit pas ac^ 
^^^^Qipagné de celuidewn constant collaborateur; 



- Xliv NOTICE 

c'est dans la notice sur Rosette et dans le voyage au 
Delta. Cette circonstance fut indépendante de la 
▼olontëde notre confrère. Chaire seul par le géné- 
ral Menou de travaux hydrauliques fort impor» 
tants dans le Delta , et dont je dois dire en passant 
qu'il se tira avec honneur, il ne put partager ses 
travaux avec son ami; mais il associa, pour l'un 
de ceux que j'ai cités, M. Dubois-Aymé, qui l'avait 
accompagné. N'allez pas croire, Messieurs, que ce 
fut par défaut de moyens suffisants, par un juste 
sentiment de défiance en lui-même que notre con- 
frère s'adjoignit ainsi des collaborateurs et de- 
manda le secours des lumières d'autrui. Non, 
certes ; mais c'est qu'il savait quelle difficulté s'at- 
tache à la description rigoureuse, au relèvement 
exact des monuments égyptiens; c'est qu'il vou- 
lait que l'œuvre marchât vite, sans que les résul- 
tats en fussent pour cela moins certains, et qu'il 
sentait que le travail fait à deux était exécuté en 
même temps que contrôlé ! D'ailleurs les circon- 
stances dans lesquelles se trouvait M. JoUois ne 
permettaient pas de s'arrêter à une étude longue 
et approfondie de ces ruines intéressantes, et les 
événements politiques et militaires marchaient 
avec plus de rapidité que le crayon d'un dessina- 
teur ou la plume d'un antiquaire. Sans cette heu- 
reuse association des efforts des deux jeunes ingé- 
nieurs, nous n'aurions pas possédé sitôt cette 
description complète de Thèbes qui , bien que 



SUR J.-B. PftOSPRR JOLLOIS. xlv 

n'ayani été publiée qu'en i8i3, était déjà, six an* 
nées auparavant, arrivée à la connaissance du 
moode savant. 

Déplus, je le répète^ M. Jollois avait trouvé*| 
dans M. de Villiers, un honune digne de lui, ou 
plutôt ces deux hommes avaient[appris, par Tami* 
dé, à se connaître et à s'apprécier mutuellement^ 
et l'harmonie de leurs idées donnait à leur travail 
«De aisance et une unité qu'on rencontre bien 
rarement dans de pareilles collaborations. 

Parmi les travaux dont la science est particu- 
lièrement redevable à l'association de MM. Jollois 
et de Villiers, les plus importants sont, sans con- 
tredit, les recherches sur les bas-reliefs astrono- 
miques des %yptiens. 

Lorsque l'existence du zodiaque circulaire, dé- 
couvert à Denderah par le général Desaix, fut con- 
nue dans l'armée d'Egypte ^ les deux ingénieurs^ 
sentant combien il serait utile d'en avoir un des- 
sin fidèle , formèrent le projet de faire, dans ce 
but, le voyage de la Thébalde. Cette détermina- 
tion est une des plus belles pages de la vie de ces 
deux antiquaires. Ceux qui depuis se sont servis 
de leurs travaux, souvent pour les critiquer amè- 
rement, n'ont pas assez réfléchi à tout ce que de- 
mandait de courage et de dévoûment un sembla- 
ble projet. Ici, en effet, il n'y avait pas seulement 
à surmonter les fatigues insurmontables d'une 
pareille entreprise, à braver les maladies aux- 
quelles on s'exposerait par un travail aussi péni- 



biè; des difficulUi^ et des obslteles d'uD ftotre 
genre s'opposeraient à leur teatative. Les ennemis 
inquiétaient partout notre marche et les points 
^ue nous OGcupiond; le générai Belliard, comman- 
dant de la province, n'ayant pas assez de soldats 
pour {M^otéger les : e&oursions scientifiques y les 
avait sévèrement interdites. £h bien! c'est «n 
face de tant de dangers ^ quand loin de leur 
accorder un appui un officier généraMes mena** 
çait de toute la rigueur des peines miliramres, que 
tfos defi^ courageux et infatigables ingénieurs 
conçoivent on pareil projet et l'exécutenU N'ayant 
pour eua queleurzèle» leurardeur, ils parviennent 
h grand'peine^ et après avoir échappé à mille pé-«> 
rils, à ce temple si désiré de Dendenab| ils s'étar^ 
blissevt dans la salle même de cet édifice où le 
sBodiaqûe était sculplé , et l'ayant divtié en huit 
secteurs égaux , paf des fils tendus bôriwtitale-* 
ment an plafond, ils en font^ à la lueur des flam* 
beaux ^ avec une peine* infinie et une incroyable 
constance y la copie réduite que la commission 
d'Egypte a depuis publiée. 

Le vif intérêt qu'avall excité, chez MM. Jollois et 
de Villiersy un monument si précieux, les avait 
animés à en cherclier d'autres du même genre. Ce 
ist ainsi qu'ils découvrirent lea grands zodiaques 
de Denderah et d'fisneb, dont les dessins leur sont 
paiement dus. 

C'est donc^ vo us le voyez. Messieurs^ à M. Jollois 
et k son collaborateur que le monde savant est 



SUR J.-B. FBoatnR loLLOis. xhx] 

TtàmahU de la cannaissance de cts plafiiaphères 
égyptiens dont les dîscu&sions et les recbercbes 
(plis ont amenées font asse2 sentir Tittipoiiance 
iûstorique« 

U appartenait à ceox qui avaient si conscien** 
deasemenl dessiné les monuments d'en tenter 
d« premiers l'interprétation ; et leurs travaux k 
œt égard sont consignés dans le Mémoire sur les 
bas^eliefs i»tronomiques des Égyptiens. 

Ce n'est point ici le lieu^ Messieurs^, de vous 
retracer le tableau de la polémicfne animée dont 
Ittasodiaques égyptiens, et dès lors le travail de 
notre confrère, devinrent l'objet. Vous dsrvez tous 
coB^an la controverse s'est exercée à cet ^ard ; 
aujourd'hui même cette controverse se continue 
eacore au sein de l'Institut. Bomoos^ous aux 
seals faits qui touchent M. JoUois. S'aidant des 
id^es paranalelk>nii€[iies,les deux ingénieurs cher- 
cWrent, ainsi que tons les auteurs qui ont travaillé' 
les premiers sur ce sujet, à dé terminer l'état du del 
dont oe zodiaque était regardé comme la refn'é'^ 
smlalioD^ Sans douté kur détermination offre ce 
oràiae caractère d'arbitraire que l'on rencontre 
<^ celles de Bârckbardt^ de Dupuis, de Hamit- 
ton, de Nouet, de Rbode. RendonsJeur la justice 
à^iiw^ que , plus réservés que la plupart des an* 
ttiirs qae jp viens de ciler^ îks »e s'appuyèrent pas 
^ ^me explicatioD problématique des zodiaqcres 
PMr ttlribner à la civilisation égyptîesnë uneati- 
^^té démentie par la tradition et l'ananîme té* 



xWÙ] NOTICE 

mpignage des historiens. Leurs calculs firent re- 
monter le zodiaque d'Esnehà a ,6 1 o ans avant notre 
ère. Sans doute il n'est plus possible aujourd'hui 
d'assigner à des monuments dont l'origine, bien 
plus moderne y n'est plus mise en question, une 
semblable antiquité; toutefois remarquons que 
le problème n'a point encore reçu une solution 
définitive ; car tandis qu'un éminent archéolc^ue 
a cherché à démontrer que ces monuments pré* 
tendus astronomiques n'étaient que des thèmes 
astrologiques sans valeur pour la chronologie, un 
astronome et physicien d'un rare mérite,persistan t 
à y reconnaître des représentations exactes d'un 
état du ciel réel, fait voir que le calcul s'accorde 
avec les données astronomiques qu'elles fournis- 
sent. Sans adopter l'explication de MM. JoUois et 
de Villiers, ce savant ne s'en est pas moins 
constitué le défenseur d'un ordre d'idées dans le* 
quel notre confrère et son collaborateur ont 
marché les premiers. Sans doute il y a loin des 
a,6io ans de ceux-ci et des 700 avant notre ère 
de celui qui a paru un instant leur adversaire^ 
mais aujourd'hui ils se trouvent confondus dans 
la même cause, puisque la difficulté ne porte 
plus sur le chiffre des années, mais sur le carac- 
tère même des zodiaques. Ainsi l'hypothèse qui 
transforme ces monuments astronomiques en de 
véritables planisphères, quoique ayant soulevé de 
graves objections, est loin d'élre définitivement 
renversée, puisque nous la voyons encore dé* 



SUR J.-»B. PfiOSraR JOLLOIS. xUlC 

fendue par un champion si compétent et si ha- 
bile. Si elle n'est plus soutenue à l'aide des con- 
sidérations qu'avait feit valoir notre collègue^ elle 
s'élève encore du moins sur la base qu'il avait 
adoptée auparavant. Quoi qu'il arrive , d'ailleurs, 
il restera toujours à MM. JoUois et de Villiers 
l'honneur d'un travail dans lequel ils ont déployé 
le mélange si rare d'une solide érudition et de la 
connaissance des sciences exactes; il leur restera 
l'honneur d'avoir tenté une explication à laquelle 
la découverte de ChampoUion et l'exploration 
comparative du style des monuments ne peuvent 
enlever ce qu'elle a de séduisant et d'ingénieux; 
l'honneur enfin d'avoir, en montrant que là cor- 
respondance des phénomènes avec les noms des 
constellations peut exister sans avoir recours à 
une haute antiquité, discrédité ces idées chimé- 
riques par lesquelles on se flattait d'expliquer 
l'origine de toutes les religions. 

M. JoUois demeura en Egypte jusqu'à la fin de 
l'occupation française, et ce fut au Caire qu'il en- 
treprit la rédaction des travaux que nous venons 
d'analyser. De retour en France , il fut attaché à 
la ville de Paris comme ingénieur ordinaire, et 
peu de temps après décoré de Tordre de la Légion- 
dllonneur. 

Au centre des lumières, au milieu des membres 
delà commission d'Egypte, dont il était devenu 
secrétaire, il fut facile à notre confrère de com- 
pléter les recherches qu'il avait commencées au 
xynK d 



1 . irOTIGE 

bord du fi'û et de mettre la dernière main auK 
mémoires qui parurent; dans le grand ouvrage 
d'Egypte de 131731822^ 

. )^ 1819^ fli. JoUois fut nommé ingénieur en 
chef dii département des Vosges. Loin d^ Paris, 
a^ant épuisé le sujet qui ^ depuis vingt apnées , 
faisait l'objet de ses études, il cbercbait à ses goûts 
archéologiques un nouvel ordre d'occupations. 
Une pirconstance fortuite le lui fournit| presque 
(lès.sop arrivée à Épinai. Le gouvernement le 
chargea de rédiger et de présenter les projets d'un 
monument à la mémoire de Jeapne d'Arc, et sous 
sa direction ce monument fut élevé à Do^remy. 
La vie dç Théroïne française devint naturellement 
pour lui un objet de recherches, et cette circon- 
stance nous valut V Histoire abrégée de la vie de 
Jeanne dArc. Dès lors l'histoire et les antiquités 
locales attirèrent presque exclusivement ses tra- 
vaux. Diverses localités antiques du département 
des Vosges, Gran , le Donon, etc., lui fournirent 
le sujet d'un mémoire manuscrit qu'il envoya, 
en 1823, au concours de l'académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres pour les antiquités natio- 
nales, et qui fut jugé digne de la seconde mé- 
daille. Plusieurs parties de ce travail ont étéimpi:i- 
mées depuis, tant séparément que dansFÂnnuaire 
du département des Vosges. C'était débuter, dans 
une branche de l'archéologie nouvelle pour lui, 
avec bien de Téclat; et ce succès fut pour notre 
confrère un puissant encouragement à continuer 



SURJ.-B. PR08PBR lOLliOIS. Il 

des recherches dans lesquelles il croyait s'être sim-^ 
plement .essaye, alors qu'il les avait poursuivies 
en aDtiquaire consommé. 

La ville d'Orléans, voulant donner à M. J<^ 
lois un témoignage de sa gratitude pour la^ 
manière dont il avait honoré la mémoire d'une 
héroine qu'elle revendique, presque autant que 
Domremy, l'invita à la fête annuelle qiii se 
célèbre, le 8 mai, dans ses murs, en mémoire 
de la Pueelle. Notre confrère entra alors, avec 
les archéologues Orléanais dans des relations 
doDt la bienveillance mutuelle et Futilité qui 
en résulta pour ces derniers^ firent désirer à 
Orléans de l'avoir à la tête de ses travaux pu* 
blics, et l'administration des ponts et chaussées^ 
obtempéra à un vœu qui n'était pas moins par- 
tagé par notre confrère, en le chargeant du dépar- 
tement du Loiret. Placé dans un pays plus riche 
en antiquités que les Vosges, notre confrère put 
ainsi trouver un plus grand nombre de points 
à explorer. Son activité s'accrut à mesure que les 
ntttériaux se multiplièrent autour de lui. Possédé 
désormais de la passion des explorations archéo- 
logiques, il ne voulut laisser presque aucun lieu de 
rOriëanais sans l'avoir étudié et décrit. 

M. Jollois crut devoir payer à Jeanne d'Arc et 
a Orléans la dette de reconnaissance qu'il avait 
^ quelque sorte contractée par sa nomination 
comme ingénieur en chef dans cette ville. Il en* 
^prit de retracer l'histoire de la cité orléanaise à 



lij fxcmtË 

répoque mëiaorable de Thëroine; et, dans tin 
mémoife accompagné de plusieurs, dessins qu^il 
envoya, en i83oy au concours des antiquités na- 
tionalesy il fit connaître Tétat d'Orléans au temps 
d^ la Pucelle. Ce travail obtint une des premières 
mentions honorables. Cette dette acquittée, notre 
confrère retourna aux études qui étaient deve*- 
nues pour lui celles de prédilection, ceUes des an- 
tiquités gallo-romaines. 

Dans un mémoire sur un ancien cimetière rou- 
main, situé à Gievres, il détermina la position de 
l'ancienne Gabris. La grande question de l'empla* 
cément de l'antique et célèbre Genabum l'occupa 
surtout. Les antiquités découvertes dans le grand 
cimetière d'Orléans, en lui fournissant l'occasion 
de publier une excellente monographie, lui per*» 
mirent de traiter ce petit problème de géographie 
ancienne, qu'il reprit bientôt dans une disserta- 
tion sur lesantiquités découvertes dans des fouilles 
faites à la fontaine de l'Ëtuvée. Dans la polémique 
pleine de logique et de savoir qu'il soutint contre 
divers archéologues y il défendit avec succès les 
droits d'Orléans et laissa peu de prise aux défen- 
seurs de Gien. La description des antiquités du ci«* 
metière d'Orléans valut à son auteur une mention 
honorable au concours des antiquités nationales 
de i832. 

M. Jolloîs voulut reprendre, dans un grand tra- 
vail d'ensemble la description des antiquités du 
Lpiret qui, depuis onzeannées, fixait si vivement 



SUA J.-B. PA08FBR JOLLOIS. liij 

^Bon altentioD. Cette pensée nous a valu son on^ 
vrage sur lès antiquités du Loiret, auxquelles le 
concours des antiquités nationales de i834 dé- 
cerna la troisième médaille. 

Cependant le mérite de notre confrère, comme 
ingénieur, le fit appeler dans la capitale pour dU 
riger les travaux des ponts et chaussées. Nommé, 
en iSag, ingénieur en chef directeur du départe- 
ment de la Seine, il quitta la contrée qui avait été 
pour lui une seconde Egypte , et où il avait laissé 
de si honorables souvenirs ; mais en cessant d'ha- 
biter dans les murs de la cité d' Aurélien, il n'aban- 
donna pas pour cda les études historiques et géo- 
graphiques que son territoire lui avait fournies. 
S'il cessa, au sein de la Société royale des sciences, 
lettres et arts d'Orléans, dont il était un des mem- 
bres les plus éminents, d'animer par son exemple, 
par diverses communications dont il serait trop 
longde parler ici, les travaux des antiquaires Orléa- 
nais, il demeura au moins un de leurs associés 
les plus glorieux; il s'occupa encore, à Paris, de 
leur pays, et ce fut dans cette ville qu'il termina 
et imprima ses Recherches sur les antiquités du 
Loiret. 

Déjà associé à votre société. Messieurs^ comme 
correspondant, M. JoUois fut admis parmi vous 
comme membre titulaire , peu de temps après sa 
complète installation à Paris , le 9 mars i832. Il 
apporta à vos mémoires le tribut de son savoir: 
c'est à vous qu'il adressa, en 1 834> cette lettre in- 



àvûSfeQbdKbes^Ën i834» vous Télùtes voire vtce« 
(Hrésident, et eo i835 il fut placé, par votre vote, 
à la tête de vos travaux. Plus tard votre coofiance 
rappela, et à deux reprises diffm*eDtes, séparées 
par un intervalle aussi court que le permettait le 
règlement, aux fondions pénibles de trésorier. 
Il s'en acquitta avec un zèle qui ne s'est démenti 
que lorsque l'afiaiblissement notable de sa santé, 
longtemps robi^te, Teut contraint de concentrer 
ses forces épuisées sur les occupations les plus 
impérieuses de son grade. 

Bien que ce ne soit pas ici le lieu de parler de 
Fingénieur, je ne puis, Messieurs, à cette occa-* 
sion, passer sous silence des titres aussihonorables 
dans la vie de notre confrère ; habitants de cette ca« 
pitale, nous ne pouvons oublier que c'est sous sa 
direction qu'ont été exécutés la plupart des travaux 
qui, de i83o à i84a, ont si puissamment embelli 
et assaini cette grande ville. La construction des 
quais, celle des ports, l'ouverture des chemins vi- 
cinaux qui se croisent en tous sens dans le dépar- 
lement de la Seine, sont dus à son édilité. Cette 
impulsion si remarquable qu'il imprima aux tra- 
vaux publics de Paris lui mérita, dans les der- 
niers temps de sa vie, le titre d'oflScier de la Lé- 
gion - d'Honneur : il était digne d'une plus 
grande récompense, qui ne se serait pas fait long- 
temps attendis, si latnort ne l'avait frappé. 

La maladie terrible qui l'avait atteint vous fut 
révélée. Messieurs, quand^vous cessâtes de le voir 



SUR L-Bi 9ROBPBH I0XXOI8. Ivij 

paraître à vos séances; vous jugdites alors que 
voire confrère était bien sérieusement atteint; et 
en effet, le a5 juin 184^, il n'existait pins. 

11 mourut dans son cabinet de travail , n'ayant 
pas voulu un instant suspendre ses fonctions im- 
portantes d'ingénieur. La veille de sa mort, il ex- 
pédiait les afËiires de service^ le matin même il 
voulait eneore dicter un rapport qu'il avait, as- 
surait-il, tout rédigé dans l'esprit. Il expira avec 
ce courage qu'on doit re^rder comme jle plus 
grand de tous, celui de la tombe, et qu'il n'appar- 
tient qu'aux âmes fortes et aux consciences pui*es 
de posséder, serrant la main en signe d'éternel 
adieu à l'ami qui, depuis sa jeunesse, l'avait adopté 
comme son frère. 

M. Jollois a emporté en mourant d'unanimes 
regrets. Par moi-même, j'avais pu apprécier, dans 
des relations personnelles , cette honnêteté pro* 
fonde, cette bonté qui se cachait sous un air de 
brusquerie et de sévérité; cette apparence prove- 
nait de la franchise de son caractère, qualité qui 
en suppose toujours d'autres. 

Simple et consciencieux, M. Jollois aima l'ar- 
chéologieetl'érudition pour eiles-mémes,non pour 
les faveurs de la fortune, que quelques-uns savent y 
attacher. Sa vie se passa plus dans le cabinet et 
autour des monuments, que dans ces assemblées 
mondaines où régnent l'ignorance et la frivolité ; 
car il eut la sagesse de croire que les éloges que 
doit chercher le vrai M^ant ne sont pas ceux de 



Iviij iroTMB smt j.-b. prmpie joixois. 

la foule incapable de le juger. Il demeura étranger 
à cette école répandue de nos jours, qui s'efforce 
d'attirer le public à la science, en lui en cachant 
le but sérieux, et ne &it souvent que la déconsi- 
dérer au lieu de la populariser. Il resta encore 
plus étranger à cette autre école, s'il est permis de 
lui donner ce nom, dont l'artifice et le clinquant 
de paroles font tout le fond, et qui cherche à trom- 
per le crédule vulgaire par des faux-semblants 
d'érudition; il ne connut aucune de ces petites 
menées, de ces ruses ingénieuses, de ces moyens 
hypocrites de se £aiire valoir, soi et son œuvre, par 
la bouche des autres , et de tout simuler, jusqu'à 
la modestie, fin un mot, Messieurs, M. Jollois 
ignora toutes les voies qui ne furent pas celles-de 
l'honneur et de la probité. 



NOTICE 



8UB 



LA VIE ET LES TRAVAUX 

DE 

M. BERRIAT SAINT-PRIX 

DOTIN DESMEKBRIS RÉSIDAHTS Dl LA $OGlin 

Par V. A. TAILLANDIER, membre résidant. 



Parmi les pertes que la Société a essuyées depuis 
quelques années^ il en est peu qui doivent lui être 
aussi sensibles que celle qu'elle a faite dans la per« 
sonne de H. Berriat , Saint-Prix. Ce respectable 
eonfrère était le doyen de nos membres résidants; 
il était animé d'un zèle qui ne s'est jamais ralenti 
pour les intérêts de notre compagnie; il nous a 
honorés par ses talents et par ses travaux; il était 
d'une assiduité rare à nos séances et dans les di- 
verses commissions dont il fit partie. Aussi fut*il 
souvent appelé aux honneurs du bureau, et il s'en 
montra toujours reconDâksaut en rempiis&aat 
avec cette ponctuelle exactitude qui 'Ip 

traits distinctifs de son caractère^ I 

fonctions qui lui furent coi^'* ' 



< "^ 



Ix ^ WOTfCE 

Jacques Berriat Saint-Prix naquit à Grenoble ^ 
le aa septembre 1 769, d'un père qui était procu«- 
reur au bailliage de cette ville. Par les parents de 
sa mère, encore, il tenait aux fonctions judi— 
ciaires^; en sorte qu'on peut dire qu'il fut élevé 
dans la pensée de devenir un jurisconsulte. Ses 
goûts le portèrent en outre à la culture des lettres. 

Le jeune Berriat fit ses études au collège Dau- 
phin, principal établissement d'instruction pu- 
blique à Grenoble. Il était si studieux que, bien 
qu'on lui défendit, à cause d'un mal d'yeux, de 
travailler à la lumière^ il trompait la vigilance de 
sa mère et trouvait moyen de lire le soir ^a clarté 
vacillante de la lune. 

Après sa sortie du collège, M. Berriat étudia le 
droit en suivant les cours faits par Benoit Pal , 
avocat distingué, depuis professeur à l'École de 
droit et recteur de l'académie de Grenoble. En 
effet, les deux universités qui existaient alors dans 
le Dauphiné, cellesd'Orange et de Valence, étaient 
dans un tel état d'abandon et de nullité, que les 
jeunes gens de Grenoble qui se destinaient à la 
carrière de la jurisprudence, préféraient suivre 
des cours volontaires professés par des juriscon- 
sultes habiles de cette ville, à se rendre en pure 
perte à Tune des deux universités de la pro- 
vince. Néanmoins, M. Berriat dut aller pren- 
dre ses grades à Orange /. il a raconté lui-même 

(1) Le frère de sa mère, M. Trousset , est mort doyen des 
conseillers à la Cour royale de Grenoble. 



SUR M. BERHîÀt SAINT-PRIX. Ixi 

d'une manière piquante sa réception comme 
bachelier, au mois d'octobre 1 787. Le candidat 
descend d'abord à l'aubei^e, et il est conduit 
sur-le-champ par l'hôtelier chez le secrétaire de 
l'université : celui-ci le mène chez le recteur qui 
fixe son examen et sa thèse au surlendemain ma- 
tin; amélioration qu'il avait introduite, disait-on, 
sur la demande des aubergistes; car, avant son 
rectorat, on recerait les candidats le jour même 
de leur arrivée. De l'hôtel du recteur on se rend 
à la maison du professeur-trésorier. Après avoir 
fait consigner au postulant la rétribution du bac- 
calauréat , le professeur-trésorier lui dicte huit 
ÎTiscriptions sur huit registres différents et ouverts 
à des dates antérieures, savoir : le premier, à une 
date remontant à deux années; le second, à une 
date remontant à vingt-un mois; le troisième, à 
dix-huit mois, et ainsi de suite. 

Cet usage, de sauter pardessus les inscriptions, 
faisait appeler per saltum cette manière de déli- 
vrer les grades. 

Après la visite au professeur-trésorier arrive la 
visite au professeur des Institutes, qui était un 
vieillard octogénaire servant habituellement de 
patron ou présentateur au candidat. Le fils de ce 
respectable professeur remet à M. Berriatla thèse 
latine de droit canonique et deuxarguments contre 
cette thèse avec leurs réfutations ou réponses, 
puis le texte de l'examen entier à subir. Le jour des 
épreuves arrivé, après force salutations^ le postu- 



hij HOTICE 

laat . jQommeace la lecture de la thèse et estinvité à 
passer tout de suite à la dernière ligne. Les quatre 
agrëgés , assistant le recteur ^ et frois professeurs 
lui font, après beaucoup de salutations, des argu- 
ments ou questiqns auxquels il riposte par lejsré^ 
pooses écrites ; puis on le fait sortir pour procéder 
à un scrutin, toujours entremêlé de salutations, 
et de plusaccoqipagné d'une distribution dedroits 
d'assistance. Au bout de quelques minutes , oi^ 
l'appelle pour entendre prononcer son admiis,ion; 
le patron le conduit auprès du recteur, le fait 
mettre à genoux et lui donne à lire à haute voix 
le Symbole de Nycée; imaîs après les mots Credo 
in unum Deum^ le patron lui indique du doigt la 
diernjière l\gne^ef vitamventuri sûsculi*.. Toute la 
cérémonie 4w^piioins d'un quart d'heure, qi|i sç 
réduisit sa9^ doute à quielques minutes, si çn eq 
défalque les salutations et les formules Meçtornch: 
bilmipu(..*Ant0ç^upres cfiwuffis^imir» Candidate 
Q^Ttfltissif^e K , 

On conçoit qu'une semblable cérémonie ^.qu^ 
pe rappelle que trop çe)le du Malade imtiginairey 
ne tài qu'un jeu pour fi^ Berriat S^int^Prix. Nous 

(1) Non» ti^pof çe. véfit^ m l'abrégeant ^ du piscffurs sur 
renseignement d» droit en France avant et depuis la création 
des écoles actuelles^ prononcé par M. Berriat Saint-Prix le 5 
novembre 183S.— Charles Perrault, dans ses Mémoires (voir 
ses Œuvres choisies^ 18S6,p. xvj), raconte sa réception à 
Oiiéans, :en iSSl, et on y ivouTe une certaine aadogie avec 
oe qui se pasa^ à Or^e en 17S7. 



SUR M. BEBIUAT 6AINT-PEIX. Ixiî} 

av<His SOUS les yavoL un ouvrage manuisarit, eu 
entier de sa main^ ooaunencé, y est-il dit, le 17 
septembre 1787 et fini le 3o avril 1788, qui 
montre que le bachelier était sans doute beau^ 
coup plus instruit que les docteurs qui Tinterro* 
geaient. Cet ouvrage est intitulé : PanMiles ou 
Sommaires de ce qui est contenu d&ns chaque 
Htre du Codeetdu Diffsste^par le cHèbreCujOf, 
traduites librement du latin par Jacques Btniat 
Saint-Prix^ étudiant en droit. 

En même temps que notre confrère étudiait le 
droit, il s'occupait aussi des sciences naturelles et 
médicales^ et suivait des cours où elles étaient 
professées à l'hèpital de la Charité, à Grenoble, 
dont était prieur le P. Elysée , depuis chirurgien 
de Louis XYIII, et où ense^nait Villars, auteur de 
V Histoire des plantes du Dauphiné. 

Ainsi bien préparé à Tesercice d'une profesr 
Mon savante y AI* Berriat en fut distrait par les 
grands événement^ qui commençaient à poindrt^ 
et (dont le germe se manifi^sta dans sa province et 
en qu^que sprte sous ses yeux. 

On cpnpait la lutte qui 3'était établie, en 1738, 
entre les parlements d'une part et la cour de l'au- 
tre. Les parlements se refusaient à enregistrer les 
éditsbiirsaux au moyen desquels le gouvernement 
essayait de combler un déficit amené par des causes 
diverses. De toutes parts la réunion des états gé- 
néraux était demandée. Âpres une insurrection 
violente, une assemblée nombreusfe des notables 



de Jà vilfe de Grenoble adhéra, le i4 j^în 1788, 
aux arrêts rendus par le pariement de cette vitte, 
et réclama^n outre, le rétablissement des anciens 
étate du Dauphiné. De plus , elle invita les trcns 
ordres de toute la pravince à envoyer des députés 
à une assemblée générale qui devait se tenir à Vi«* 
zille le 21 juillet suivant, et où toutes ces grandes 
questions devaient être encore agitées. 

Ces mémorables événements, qui ont été juste- 
ment considérés comme l'aurore de la révolution 
française, impressionnèrent vivement le jeune 
Berriat ; il en suivit les mouvements avec un grand 
intérêt, et embrassa avec chaleur les principes qui 
en découlèrent. En 1790, il fut Tun des députés 
de la garde nationale de son département, à la fé- 
dération^ et vint à Paris pour la première fois K 

De retour dans sa ville natale, M. Berriat dut 
songer à embrasser un état. Les anciens collées 
d-avocats venaient d'être supprimés, mais il prit 
ratig parmi les défenseurs officieux , et commen- 
çait à exercer cette profession auprès des nouveaux 
tribunaux lorsqu'il fut nommé chef des bureaux 
du clergé et des contributions à l'administration 

(1) M. Berriat Saint-Prix ëtait resté l'un des témoins , si 
rares aujourd'hui, de oe grand éyénement. Aussi M. Couder 
s*adre$sa-t«il à lui pour avoir des renseignem^te dont il a fiât 
usage pour la composition de son beau tableau représentant la 
FédéraUon , qui se voit au Musée historique de Versailles, 
et qui fttt exposé au Salon de 1844. Le peintre 7 a représenté 
M. B. S. P. en uniforme de garde national. 



StrU Aï* BEABUl* SAIJST-PRIX. txV 

du district de Grenoble, ptiis archiviste du dépar^ 
temest de l'fsère. 

Le moment était arrivé où la grande coaililion 
européenne appelait sous les drapeaux tous les ci- 
toyens français en état de porter les artnes. M. Ber* 
riat dut^ lui aussi, entrer dans la carrière militaire.- 
Les goûts que nous lui ayons connus et qu'il avait 
contractés^p sa jeunesse, nes'alliaient guère, sans 
doute, à la vie des camps; aussi chereha-t-it, tout 
en payant sa dette à son pays, à prendre, de la par^ 
tie militaire, celle qui était le plus en rapport avec 
ses habitudes d'ordre et de tranquillité. Une loi 
du i4 octobre 1791 mettait au concours les 
fonctions de commissaire des guerres. M. Berriat, 
qui avait été nommé aide-commissaire, concourut 
à Grenoble, au mois de septembre 1792, pour une 
place de oommissaire. 11 fut reçu à l'unanimité des 
suffrages avec une note expresse portant que c il 
était en état dès ce moment de remplir la place. 1^ 
Mais le témoignage des juges du concours ne 
suffisait pas; il fallait la nomination par le minis* 
tre de la guerre. M. fierriat vint à Paris au com- 
mencement de iTgè'pour solliciter cette nomi- 
nation : il y apprit' qu'elle ne pourrait être ob- 
tenue qu'avec l'appui des députés et des hauts 
fonctionnaires montagnards de son département. 
11 ne voulut pas recourir à un pareil patronage, 
et dut renoncer à cette carrière. De retour à 
Grenoble, il fut nomme, par le choix de ses cama- 
rades, capitaine et commandant de l'une des com* * 
XVIIL e 



JXTI HOTICB 

pagnies franches levées lors de Tinvasioa pié« 
montaise en Maurienne et en TarenCaise pendant 
le siège de Lyon; il fit la campagne de Savcûe et 
s'avança jusqu'au mont Cenis; puis devint, c» 
'794» quartier-mative trésorier du lo* bataillon 
des volontaires de l'Isère. 

Cette vieagitée ne tarda pas àfinir, heureusemen I 
pour notre confrère : il put selivrer%|les occupa- 
tioi)s beaucoup plus en harmonie avec ses goùts^ 
lorsqu'il fut désigné par son département pour 
être l'un des élèves de la première et cél^re £oole 
normale ; il suivit les cours de ce grand établis? 
sementy qui n'eut qu'une eiistence éphémère, 
comme la plupart des institutions de cette épo» 
que; mais il profita beaucoup des leçons profes- 
sées par des maître^ tels que Yolney, Garât, Ber«* 
nardin de Saint-Pierre, Laplaceiy etc. 

Après la clôture des cours de l'Ecole normale, 
M. Berriat retourna à Grenoble, où il devint ad« 
ministrateur du district. Ce fut en 1796 qu'il fut 
appelé aux fonctions du professorat, qu'il a exer- 
cées avec tant de distincticm pendant tout le reste 
de sa vie. Ufut, à cette époque^ nommé professeur 
de législation à l'école centrale de l'Isère. Une 
beureuse réaction s'opérait alors dans les esprits: 
on n'était plus au temps où les académies étaient 
supprimées et où la culture des lettres rendait 
suspects ceux qui s'y livraient. Les écoles cen* 
traies présentaient l'avantage de réunir, sur un 
* même point, des savants que les événements an^ 



SUR M. BERtU.T SAUfT-PRIX. kvîj 

teneurs aident dd^fïersëé ou condamnés an si- 
ienoe* Celte salutaire influeneese fit sentir à Gre* 
noUe^ et les pirofesseurs de l'éeole centrale , sti* 
mules sortout par .notre confrère , conçurent 
et réalisèrent le pro|et de recoostituer l'ancienne 
aeadëmie delphînale sous le titre de Lycée^ nom 
cfue cette compagnie cc»)ser¥a jusqu'à la e^fiCion 
de rUaîversité^ ou elle prit eelui de Société des 
Sciences^ àe^ Lettres et des Arts. 

La première publieation de M. Berriat fut un 
Mémoire sur laJUature à froid de la. soie ^ qu'il 
ataitlii à cette société le ao^^tembre 1 796^ et qui 
fat inséré dans le Magasin encyclopédique de 
Millin ^. £n 1 799 , il lut à la même société une 
Notice historique sur Pierre Liotard, botaniste à 
Grenoble, et correspondant dé J.-J. Rousseau: 
elle fut aussi inaérée dans le même recueil pério» 
dique^* 

£n 1 800, outre son cours de législation, SL Ber* 
riat commença de professer un cours volontaire 
d'écenomie politique , dont le discours d'où ver* 
tare a été publié dans \w Mémoires d* économie 
poUtique du conseiller d'État Rœderer^. llconti^ 
nua ce cours graltntement pendant trois ans. 

« 

(1) TcMne IV, p. lïS et smv. 

(2) Tome XI, p. 504 et suiv.;. et, enp^^lie, dans les^ Sii^ 
des littéraires de Desessarts» et daii3 le nouveau DicttonnfUre 
historique de Chaudon et Delandine, où îï a fait aussi Tavti- 
cleJlciat. 

(3) Tome I, p. 3S2 et suiv. 



À partir de k même annéai âoo, et jusqu'enii dci3 
înclosivement, M. fierriat publia un j4nnuairû 
statistique de F Isère ^ renferinant des disserta* 
tions et recherches particulières sur divers su- 
jets d'histoire, d'oponomie publique, elc> 

INotre savant confrère, livré , comme on ^iesit 
de leipir, aux graves occupations du professorat^ 
s'amusa, le croiriez- vous, à composer ud roman. 
Cet érudit si patient, cet homme quia passé qua- 
rante ans de sa vie à méditer sur la procédure ci- 
vile et «uri'inâtruction criminelle, c'est<-à»dii« sur 
la partie la plus ardue de notre législation, a eu 
un înoment où il a voulu s'abandonner aux jeux 
de son imagination. Sous le titre de V Amour et la 
Philosophie ^ il a, en 1801., publié un véritable 
roman en 5 vol. in-12 i. Je n'ai pas besoin de dire 
avec quelle curiosité j'ai lu ce roman : il oifre des 
situations intéressantes , des caractères bien tra-* 
ces. Le personnage principal est un jeune homme 
élevé dans les principes de la philosophie stoï^ 
cÂenne, que l'amour conduit à reiaire ses babi- 
4ude$. et> à devenir aussi aimable qu'il était tdci- 
turne et.<B4uvii^e avant que sèa âme fût en proie 
à la passion qui le donûjue. Autour de lui se grou^ 
peut des personnages originaux; un vieux ipoine^ 
grand amateur de livres, un capitaine de vaisseau 
muni de la dose de brusquerie que l'on donnait 
alors aut marîris de comédie. L'héroïne est repré- 
sentée sous dès' couleurs vraies et touchantes. Les 

(I) Paris, Layîllette. ' 



S(JU Bï. BEEEUT 6AINT-P1UX. IxîjiC 

scènes $e passent en Dauphiûé, et on reconnaît, 
à la ideacpiplion de$ localités , Texactitude que 
M. Bdiriat appqrlak dans tous ses ouvrages. S'il 
était dépoitiUé de quelques longueurs, on peut dire 
que €^.f Oman semt dune leolure amusante et 
méfiterait "une'nouvèlle édition. 

Assurément M. Berriat Saint-Prix a été le pre- 
mier professeur de procédure qui ait su allier le 
récit d'aventures romanesques à l'étude de^ for- 
mes judiciaii^es, et il est peu probable qu'il trouve 
des imitateurs. 

En i8o3, M. Berriait publia le tome I" de son 
Cours de t^isiatian. Il contient le livre prélirai- 
natre, c'est-à-dire des notions sur le droit et les 
lois, line histoire du drçit romain et du droit fran- 
çais ancien et nouveau. L'année suivante, en i8o4y 
il fit paraître le tome II contenant un Traité des 
personnes *.Ces notions ont retrouvé en par ^e jeur 
place dans des ouvrages plus étendus qu'il publia 
par la suite et que je rappellerai tout à l'heure. 

Ces divers travaux n'empêchèrent pas notre 
confrère de payer sa dette à la Société des sciences 
de Grenoble. 11 lui communiqua un Mémoire sur 
les progrès de la population de la Frande et en 
particulier de là ville de Grenoble y pendant la 
révolution *. Puis, de i8o5 à i8 f 4, dix autres mor- 

(1) Prédis du cours de législation fait à P école centrale de 
nserCf anXIy in-8«, 1. 1, et an XII, t. II; Grenoble, Allier. 

(3) Imprimé dans les Annales de statistique française et 
étrangère (Paris, Ballade), t. VII, p. 1 et sniv. 



IXX WOTICB 

ceaux qui ont tous été imprimes, soit séparément, 
soit dans le Magasin encyclopédique. Les princi- 
paux de ces morceaux nous paraissent être des Ob^ 
servations sur les citations desoM^ursprofûituig, et 
surtout dH Homère^ dans les lois romaines^ ;ûtsRe^ 
cherches sur la législation cfiminelle et de poèiee^ 
au temps des dauphins ^; un Éloge historique de 
M. lUounier^; un Discours sur les jouissances ^def 
gens de lettres *. 

Lès écoles centrales furent supprimées en i Se», 
et les écoles de droit ne furent créées qu'en* t8o4« 
Durant cet intervalle, M. Berriat continua son 
cours et fit de nombreux et bons él^|tes. Le cot^ 
seillér d'Etat Fourcroy, directeur général de l^io»- 
truction publique , étant à Grenoble ^ voulut en 
voir les établissements littéraires : il visita notam- 
ment M. Berriat SaintrPrix, etrtrouva les notes re- 
latives à son cours particulier si utiles et si régu- 
lières qu'il en authentiqua le registre par sa si- 

(1) Ces Observations furent publiées dans le Magasin en- 
cyclopédique de lS05y t. y, p. 7S et suiv. Une nouvelle édit. 
en parut en 1839, dans la Revue étrangère et française de lé- 
gislation^ !'• série, t. VI, p. 292 et suiv. Ily en a eu un drage 
à part. 

(2) Magasin encyclopédique de 1S05, t. VI, p. 241 et suiv. 
Réimprimées avec des augmenUtions» après lecture à la Société 
royale des antiquaires^ et suivies d'une Notice sur Falbonnais^ 
et d'une description des repas d'Humbert II, in-8, 188S ; Pa- 
ris, Langlois. 

(3) Grenoble, Allier, 1806, in-8. 

(4) Grenoble, Pe]rromiard, 1807, in-S. 



mm M. BBRAIAT SAIHT-PRIX. Ixxi 

gnâlure/ pour feire foi en faveur des Hèvès qui 
la^ibritsmvi. 

Bientèt après , H. Berriat reçut la juste récom*' 
petise dHin zèle si éclairé. L'école de droit de Gre«- 
Qoble, ayant été organisée en iSoS^ il fut nonimé 
professeur de procédure civile et de législation 
criminelle à cette école. On sait assez quelle répu- 
tation il s'acquit dans cette chaire difficile ; elle lui 
valut plus tard d'être appelé à l'école de Paris; 

En 1^08, M. Berriat Saint- Prix publia la pre- 
mière partie de son Cours de procédure civile * ; la 
seconde et la troisième en 1810 2. Depuis, cet ou«- 
vrage^ destiné surtout aux élèves, mais auquel les 
jurisconsultes consommés ont souvent recours, 
augmenté d'un Cours de droit criminel^ a atteini; 
sa sixième édition et a été traduit plusieurs fois en 
italien ; le Cours de droit criminel a été aussi tra- 
duit en allemand* 

M. Berriat Saint-^Prix s'occupait exclusivement 
de son cours et de ses*travaux littéraire^ au mo- 
ntent, de la grande catastrophe de i8i4«Son àme 
patriote fut profondément affligée de l'invasion 
étrangère. Il était encore en proie à ces vives 
motions , lorsque les montàgpes du Dauphiné 
retentirent du nom glorieux de l'empereur. Lé 
7 mars 181 5^ au soir, Napoléon entra dans Gï'è- 
•'• 

(t) Grenoble, Allier, in-8. 

(3) Grenoble, Allier, 2 vol. in-». La 6« édit. du Cowrs a 
paru en 1S35. Paris, Nève, 3 vol. in-S. 



p/ffbk, Qfx il. ^lla occuper ^ne, modeste, aj^il^^rge. 
Le lendemain, le corps académique lui *ful^firé*- 
^nté« Apvè^ avoir adressé quelques mots aii:doyeu 
de la feculié ô^ di^oit, Napoléon arriveà M. fier^ 
tiât et. lui fait celle question : « Que pensez^vous 
4u Code de procédure? » 

Le professeur, ainsi iniwpelié catégorique^ 
ment> .n'hésite pas, tont en reconnaissant que 
cette législatian était la plus parfaite < que nous 
ayons eu sur cette branche du droit,; a déclarer 
qu^^elle laisse encore beaucoup à désirer. L'empe- 
reur lui demandant alors quelles en étaient les par- 
ties qui réclamaient un plus prompt changement, 
jVI. Berriat répond que c'était, suivant lui^ la sai- 
sie immobilière 1 et la vente du mobilier des mi-* 
veurs; et sur ié désir de son illustre interrogateur, 
41 se^ met à énumérer les formes qui accompa- 
gnaient les saisies immobilières^ et dont beaucoup 
étaient tout à fait inutiles. Napoléon s'écrie aus- 
sitôt : t C'est Treilhard!...* Voilà bien Treilhard ! . . . 
J'avais ei^ effet un sentiment confus que tout cela 
était trop niinutieux, trop long, trop chargé... Je 
crois même avoir essayé une fois de le représenter 
à Treilhard; mais Treilhard avait de la ténacité, et 
j'é^ais hors d'état de lutter contre lui dans une ma- 
tière à moi étrangère, et qu'il avait au contraire 
approfondie... Croyez*vous qu'on pût facileiltent 

(I) Celte partie du Code de procédure a été simplifiée et 
améliorée par la loi du 2 juin 184f . 



y remédier?» 'Mk fiemat répoiid>\ ^^ < Gehi Mige^ 
rait du temps et des médilatiàiis^^fiarce qàe4:^to 
matière est étendue et dî|fifi<tite;etse lie <^ilLeurs 
à pliisMurs pè4ntsfàrtimporlaùt»dii:G)de<civi^^ 
«Eh bie»! passooft^ dit^redspereiir^ à la vente du 
mobilier deft toineurs. » Le professeur énonce 
sdccioolenient les formalîtiés dilatoires et jcx^ù^ 
teuses qùiaccMiipagnentoetté procédure. Napo*^ 
léoD, après l'avoir récôuté avec une^ profonde at^ 
teotiony s'écrie : « Cela est claÂi«l voilà une chose à 
refermer» » Ëtilajoute:«QueUès seraient vos vu^ 
sur ce point? « Ml Be^riat dit eti peu de mots les 
réformes qn'il lui semblait xjme Ftin pourrait ap- 
porter daas^^eite matlèn?;' et Femperetir coupe 
court à cet entretjien^ en disan t : «r C'est bien ! c'est 
bien!» Eti il adresse la parole dti doyen de la fa- 
culté des sciences^ et successivement aux autres 
prefesiEieurs ée cette faculté et de celle desiettres; 
puis il fai't un demi«^our à droite,, traverse l'ovale 
que forment autour de lui les divers membres du 
corps académique > revient au prcyfesseur de pro- 
cédure , et lui dit r « Ce que vous m'avez exposé 
sur la vente du mobilier des mineurs m'a beau- 
coup frappé, et-, BJoute-t41 en portant l'index à 
«on front, j'y peHsètai. » 

Cette curieuse conversation', dans un pareil mo- 
ment, av<iit.fait une vive impression sur M. Berriat 
Saint-Prix; vingt-deux ans après il s'en rappelait 
parfaitement les détails et en rendait compte à 
l'académie des sciences morales et politiques^ dans 



vmMfmbiMsw^ ta iégislaUèn mlotiifte à U^v^tie 
dtt mobilier 'dfs.mùiâurs^é' > 

G6k.etti{N!es8emeDt qidu'avaitfiit m» les p^ 
«eur» de& diteUMS facultéft de Gfenolile à être pré- 
séoiés- à l1einpereitr;datileé«i:ttQdre sn&peots lors 
de la seconde reatauratiou. l»OTiaoteuede V.Kosidé' 
mieif en iiiéine^lierat{>a ptofiteseur à la faottltéde 
dwity ce même M. Pal que nouaevons vu être le 
preniiermaitte de Mn Benriat , fut révoqué; plu- 
sieurs professeurs fi^entiDquiétésyUOtàmmetiiliio- 
Ire coufrèire ^ qui fîlt Mspeudb ée $^ foneltOiAa et 
exilé à Montpellier t Toutefois il dut à l'interven- 
tion de quelques asims dévouée d'obteoir de: passer 
dans une maison de cain|Niigne, auprêadeGreno- 
iAdf le temps de^ œt exil. Sa sua|>ension dursi une 
année, après laqueUeU reitioBta^daaé sa.cbdiréet 
.put continuer sj^n utile enseignement. 

fin i 8 1 9^ M* RoyervCcdkvd^ chef dé yinatniction 
f>id)Iique *i appela ilotre. confrère .k Pans et Lui 
confia Tune des deux châtres. de procédure éta- 
blies auprès de la faoulté d^ droit de la capitale. 
M. Berriat n'était pas personnellement connu de 
l'homme illustre auquel tes d^tinées de Vensei- 
gnemènt étaient confiées, mais il lui suflisaM de 
savoir qu'un pareil choix étaît^diclépar la justice, 
et il lui avait été4ndiqué par M. Chabot (de l'Âl- 

(1) Inséré au Journal des avoués (t. LUI» p^ 385 et auiv.). 
Il y en a eu un tirage à part. Paris, Langlois, in-8, 1837. 

(2) En sa qualité de président de la commission derinstroc- 
lion publique. 



SUR M. BXRBIAT 8AIKT«-PIUX. IxXV 

Uer)^ inspecleur géoéwtà 4w étflhêàe droit^ qm^ 
dans ses touraëés à Grenoble, av«it pu s'atsiÉMr 
par l^i-mélpe du mérite. de: boire cônfî^é«i . ^ 
J'élis al<^8 assis sur tes liaocâ de l'école de 
droite et je puis albroaier que Ht. Bemat mii{di8f 
sait toutes Iç^eondittooS qui fou tie lion profes- 
seur: son enseiguetneut était lucide^ «sat science 
sans pédantisme, sa ponotiuyiité ^tréme^ pdusaéè 
ménae jusqu'à Texcès* H aî«|fat Je« im0»^0tw^H 
parsemait ses leçons de fia^Us ^Qift*ieuJt 4\ùi étaient 
destinés à soutenir l'atleiiliai^ de$;audilews,i,Son 
impartialité s'étendait ^ijnr tqiis les élè^%'^il se 
serait iait scrupule . d'aiTr^^ndbtr q^^lq)i^$it.uns 
des r^les auxquelles tous étaient aiisiyeMÎs.,. Un 
jour y le £ls d'un ministre, qui suivait; sçacOursi, 
lui dit que son père, le faisant travailler df|i^:S|OP 
cabinet, le priait de l'exempter des< appels iaits 
pour constater la présence des élèves^ J\l« 3erri(kt 
lui répondit: f Votre père est ministre defrip té* 
rieur; copiine tel il est chargé des affairf^ç de Vin/s* 
truction pubUque ^; qu'il fasse un nouveau règle- 
ment supprimanl: ceux qui exigent des appPsW ^^ 
alors je ferai ce qu'il désire* » Cette stricte jusU<» 
disait également aimer et vénérer M. Berriat de ses 
élèves. Il avait des notes sur chacun d'eux, etpouk 

(1) L'instruction publique est restée dans les attributions 
du ministre de Tintérieur jusqu'au 26 apÂt 1S24, époque où 
elle en fut séparée pour passer dans celles du ministre dss 
affaires ecclésiastiques. Le ministère spécial de l'instruction 
publique n*a été créé que le le lévrier lS)a. 



Ixx^i • ' NOTICE 

vait dire avec la |^$ grande exa«$â(mlè^à cdmbléri 
de4eoonsUsavaieût assisté en une a^Vi^^e, et eorfsfd^ 
ter leur jJus ou moins de pi'ogrès. Je donnerai 
une preuve suffisante de la ppnctuàHté qu'il met- 
tait (ians ses'fodctions en disant qu^I n'a manqua 
dabs^ses cinquante annëbs d'exerciee^ que sept le- 
çon^^-et encore 'élaît-ce en raison de ces deuils tJé 
fanilie qui ne peritièitent pas à un professeur de 
monter dans sa* chaire le jour où il a perdu un de 
)ses:paretit8 les pïn^ proches. 

Cette ai^tfité qileiM; Berriat mettait à remplir 
^s devers de profeissedr ne Tempêchaît pas de 
cofitifiti^r à cultitér les lettres. En 1817,1! pul)Ha 
son ouvrage sur Jeanne dArc *, qu'il avait com- 
posé pour un concours ouvert par une académie. 
•I.ja'foï^me qu'il dut employer nuisit à la composi- 
tion du livre. Ainsi le récit des faits est renfermé 
dans ùd espace de 96 pages, et l'auteur a réjeté 
dddfe des notes, qui'en occupent un beaucoup plus 
grand nomibre, non-seulement des citations et des 
pièces 5 mais encore des observatiotis qui lui ap- 
partienuent en propre. Parmi les pièces justifica- 
tives, il en est plusieurs qui n'ont pas un trait bien 
dît-ect à l'histoire de Jéaniie d'Arc; maïs il avait 
tkris le parti de les insérer dans son volume pour 
?ui donner plus de vingt feuilles et échapper à la 
censure qui pesait alors sur les ouvrages n'ayant 
pas cette étendue. Du reste, dans ses recherches 

(1) Paris, PiUetj 1 vol. in-8'. 



Stm M. BEKBIAT SAÎWT-PRIX. fîffVÏj 

sur JeaiuÉe «TAvc, M. Berriat supplique BoHoùtk 
relever les erreurs où Tod était tombé eh ne fai- 
sant pas assez d- atteûdon à la mobilité de la fête de 
Pâques parlaquelle commençaient alorslesannées. 
L'idnéraire de Jeaiine y est aussi tracé, mois par 
mois,et quelquefois jour p&r jour, avec une grande 
eiactitude. fin un mot, cet ouvrage sera toujours 
consulté avec fruit par ceux qui'^^udront étudier 
l'un des épisodes les plus dramatiques de notre 
histoire. 

La réception de M. Ben*iat Saint-Prix, dans le 
sein de notre Société, en qualité de membre rési- 
dant, se place entre la publication de son livre sur 
Jeanne d*Arc et celle de son Histoire du droit ro- 
main. A peine installé à Paris, dans sa chaire de 
1 école de droit, M. Berriat, qui depuis 1807 était 
correspondant d'^ord de rAcadémie celtique et 
ensuite de notre Société, se présenta pour être 
admis en qualité de membre résidant, et il fut reçu 
le 9 juillet 1820, après avoir lu une dissertation 
sur cette question : CujasfuUil refusé dans lade-- 
mande, quiljfit ^une chaire de professeur à Tou- 
louse^ ^ et son Histoire de V ancienne Université de 

(1) Céire Dissei^tatiôti, d'abord insérée dans la Thémis^ 1. 1.^ 
p. 207 et suiv., a été reproduite AdiuiV Histoire de Cufas^ par 
^t B. S.-P., p. 482 et suiv. En 184Î, un professeur de la fa- 
<!Ultè de droit de Toulouse» M. Benech, dans un ouvrage in- 
titulé Cttjas et Toulouse , a réfaté la thèse soutenue par 
^* B.S.-P. Celui-ci a répondu, dans. la Revue étrangère et 
française de législation^ année 1842^ p. 339 et suiv^ sa 



hamxî ironcE 

Çrrenobley qui a paru dans le tome III ée not Hé-* 
.moires^» 

L'année i8a i vit la publieation de l'un des pria* 
cipaux ouvrages de notre Udiorieuii cpnfrèreç vous 
voyesB que je veux parier de V Histoire du droit 
pomain^ suivie de VHi^oire de Ci^tK 

' Od retrouve, dans V Histoire du droit romain, 
toutes les qualités^ mais, je dois le dire aussi^ tous 
le« défauts de M. Berriat Saint^Prix. L'érudition 
de notre confrère est vaste, ses recherches mi- 
nuti^ases; mais son style n'a pas toujours Télé- 
gance et la précision que demandent les grandes 
compositions historiques. Après avoir relu cet ou- 
vrage, je ne puis que persister dans le jugement 
que j'en portais, il y a vingt*quatreans, dans un re- 
cueil périodique ^; « La méthode que l'auteur em- 
ploie^disais-je^al'avantaged'empêcher la confusion 
des matières; mais aussi elle présente l'inconvé- 
nient de détacher sanscesse l'attention du lecteur 
de l'objet principal. Le récit est décousu et offre, 
selon nous, plutôt des dissertations sur plusieurs 
points historiques et bibliographiques dû droit 

réponse avait été lue à la Société des antiquaires dans la 
séance du 29 mars 1842. M. Benech^ à son tour, ayant pu- 
blié une réplicpie aux observations de M. B. S. -P. (même 
Eevue et même année, p. 673 et 839), notre confrère publia 
de nouvelles observations sur la même question. (Paris , Yi- 
decoq, 1842.) 

(1) Page 391 etsmv. 

(2) Paris, Nève, 1 vol; in-8. 

(3) Revue eneyelopédique^ numéro de mars 1822. 



sim M. SE&iuâTSAnnvpBix. Ixxix 

romaiii qu'niie véritable faistmreidb ce ^roit » 
VHisioire du droit romain a été traduite en 
italien. 

On peut dire que H. Berrïat Saint^Prix avait 
voué un véritable culte à Giijas, et il est bien vrai 
que ce prince des jurisconsultes français en était 
ctigne sous tous les rapports. Les moindres cir- 
constances de sa vie ont été recueillies par notre 
confrère, et il s!en est occupé non-seulement dans 
f ouvrage spécial qu'il iui a consacré, et qui a été 
traduit en italien et en allemand, mais dans d'au*- 
très dissertations qui ont trouvé place en divers 
recueils. 

Je n'entreprendrai pas de rappeler ici , même 
nominativement, les nombreux travaux commu- 
niqués à notre Société par M. BerriatSaint-Prix^et 
qui presque tous ont été publiés dans le recueil 
de nos Mémoires. Je dois toutefois^ outre i'J7û- 
toire de V ancienne Université de Grenoble y que 
j'ai déjà citée, en mentionner quatre à cause de leur 
importance : ce sont ses Remarques sur les an-- 
dens feux des mystères^ ; son Coup d œil sur rem- 
ploi de la langue latine dans tés actes anciens et 
sur sa prohibition otu quinzième siècle* i son Rap- 
port relatif aux procès /dits aux animaux ^'^ et 
enfin ses Recherches sur ta législation et là tenue 
des actes de tétat civil j depuis les anciens jusqu'à 

(1) Mémoires de la Société^ t. Y, p. 433 et suiv. 
(3) Ib., t. VI, j>. 273 et suiv. 
(3) /*., t. Vin, p. nx €» suiv. 



nai Jours K(^ derpter mémoire suKôut offre ui» 
très §rtmd intérél. . . 

Cette série si nombreuse de travaux divers et 
d'occupations prof^^ssionnelles de la plus haute 
importance n'empêcha pas notre CQûIrère de pré- 
parer son édition des. ÛËai^r^^:c/e Sçileau^ qui 
parut de i83oà i834* » 

Cette édition, fruit d'immenses recherches^ tant 
pour la collation des textes que pour le$ détails 
biographiques, a .été le travail de prédileclioo de 
notre confrère, et Ta occupé pendant trente ans; 
Le tableau gpépéalo^îque de la famille de Boileau, 
comprenant plus de cinq cents personnes, sur- 
passe à lui seul tous les efforts qui ont été faits 
jusqu'ici pour éclaircir la vie non-seplement de 
Boileau, mais encore de tout autre grand poëte. 

Des travaux si nombreux et si honorables ouvri- 
rent à M.Berriat Saint-Prix 1^ portes de plusieurs 
,sociétés savantes. C'est ainçi qu'il fit partie de 
la Société académique des sciences de Paris, de 
l'Académie de Dijon, de la Société des antiquaires 
de Normandie, de la Société des sciences de Ver- 
sailles, de la Soçié|;é archéologique de Tours, etc. 

M. Berriat Saint-Prix avait tous les titres pos- 
sibles pour être reçu membre de l'Institut, et sa 
place pouyait.étre également marquée dans deux 
académies, celle des Inscriptions et Belles-Lettres 
et celle des Sciences morales et politiques. Ce fut 

f 
(1) Mémoires de la Société^ t. IX, p. 245 et auiv. 



SUR X. VÈMLlkT 8AI5T-PRIZ. . ItÈXÏ 

à cette dernière qu'il ^'attachai de prëfiérence. Pour 
préparer sa candidature , il fit diverse» lectures à 
cette Acadëitiie : il lui communiqua notamment, 
en i836, un très curieux Mémoire sw le rem-- 
boursement des rentes et sur F indemnité due aux 
rentiers du seizième siècle ^ j cherchant ainsi à ré- 
pandre les lumières de Thiâtoire sur une des plus 
grandes questions financières dé notre époqne. 
M. fierriat fut admis dans cette Â.cadëmie le a5 jan- 
vier i84oy en remplacement de M. le duc de Bsu^- 
sano, qui appartenait à la section de législation. 
Comme notre confrère ne faisait partie d'aucune 
coterie, sa nomination devint le sujet de quelques 
critiques de la part de certains journaux. Il n'y fit 
aucune attention , et il m'écrivait la veille de son 
installation : « Je dois être installé demain à midi 
dans unposteàl'occasion duquel des journaux ont 
fait du bruit. Ils ont bien de la bonté, et ils auraient 
pu employer plus utilement leur valeur. Depuis 
plus de quarante ans que je suis homme public, 
c'a été un parti pris chez moi de ne jamais faire de 
réponse que par ma conduite. Le grand courage 
d'attaquer à coups d'épée un homme qui dent et 
veut continuer à tenir les bras croisés!... Ce n'est 
pas que les moyens de défense me fissent faute, et 
bien loin de là, que je n'en eusse également beau- 
coup pour porter le combat sur le terrain ennemi. 
Des amis voulaient les employer, même à leurs 
propres risques; je. les ai conjurés de n'en rien 

(1) Paris, Langlois, in-S^ 1$37. ^ 

XVIII. f 



faire, #t }0 «tti» pRrvfnu à obtenir leur «îlenoe. » 
Mt Sarmt Ait diff^^mmt veDgé de çe% injustes 
ovitiqi»«4 p^r 1^3 applaudissement» dç se3 élèves. 
Kn e£(ett dao^ la séance de $oa oour^ qui suivit 
aa pomaatioiif an mpinaut où , seJQ^ çqq uMge , 
arrivéau milieu de rexpUoatioutil faisait uue pause 
de deu;^ qu trois mioQte», de& applaudissemepts 
uMaoimeget presque frépétiques égalèrent à trois 
reprises difTéfeotes, Le bon vieillard fut si touché 
jetai surpris de ce témoignage imprévu, qu'il ne 
put trouver uu seul mot pour reinerçier ses audii- 
leurs de eette haute marque de leur satisfactioq. 
Notre o^ufrère avait été puissamment secondée 
dans sa candidature par un membre de l'Acadé- 
mie, U, JUkauali qui avait présidé autrefois aux 
aéanees de TEcple normale, qu'M avait contribué 
à faim préer par la Convention dpnt il était mem- 
bre *• Slrlierriatlui en conserva une vive recon- 
naissance, et depuis lors ils s'aimèrent ^X s'estime- 
rant mutuellement. 

JMr l^erriat prit une part active aux travaux de 
r^oadémie de^ scienees morales et politiques; il 
lui donna lecture d'un Mémoire ^ur ladur^ ^t h 
$^9pemion rfe ki prescription^ ^ de ^^çherahçs 
sur 1$ pç.upérifmç w France au xvji* mcle^y 

(i)JU^>port sur l'établUsement des écoles normales, par 
Lakanal, 9 brumaire an III (30 octobre 1794). 

(3) Paris, Langloîs^in-B, 1841. 

(B) Inséré au t. IV des Mémoires de lUcaUmMdeê i^ûn^ps 
moraks et politiques. Tiré 4 jpsrt* 



SUR M. BEiBiâV SAiirr-PRix. hattAii 
d'Oia0i%tafi^nssur la UgUluUonrelative awa nul^ 
liêéi des actes (dèproôédure ^^ d'un Coup d't»il 
comparatif sur les lois civiles de la France et deé 
États-Unis ^9 4' un Mémoire sur la loi des Douae 
Tables ^j, d'ui^e Comparaison approximative de 
la enminaUté en France au x^ii^ et au xix^ siè^ 
ele K Ce daraier travail oou» ra^^elte qu^ ti<Hfé 
cenffère, qui ayaitfait une étude si attentive dti 
mofext*àgeei des* époques antérieures à la grande 
régenératioâ sociale qui a oaraetérîsé la fit) du der- 
nier siècle^ étadt profondément convaincu que 
notre temps peut soutenir sans désavatitâgé le pa^^ 
raUèle avec toute autre partie de nôfre histoire, 
ttirésumait cette pensée^ qu'il a manifestée dfeins 
phisîeurs de ses ou vrages^ lorsqu'il t^rmii^ah en cei 
termes l'écrit dans lequel il avait pris pour point 
de ooBftfkaraison la France^ au grand siècfe de 
Louis XIV et au temps où nous vivons : c Nous 
croyons avoir démontré que^ d'après lés divers 
faits énoncés dene notre b*availy tout annonce que^ 
avec beaucoup moins de jouissances et de lunriè^ 
res^ la société fVançaise du xvii* siècle n'^offrait paé 
moÎDs de penchant au crâme que celle du x1x^ » 
M. Berriat Saint-Prix, qui avait reçu en i83i 

(t) même Tolume et même tira|^. 

(3) Inséré dans le Compte^rendu des séances e$ trasaux 4$ 
la même Académie^ par MM. Loiseau et Vergé. 

(3) Inséré au t. V des mémoires de VAc€tdémie, Tiré à part. 

(4) Inséré dans la Heme de dfoit français et étranger^ 1. 1 
1645. Tirage à part. 



hxxiV KOTIOI 

Tordre de la Légion «d'Honneur, a été pluateiirs 
fois chargé par intérim dès fonctions de doyen de 
la faculté de droit de Paris. Ce fut en cette qualité 
qu'il prononça, à la séance solennelle de rentrée 
de cette faculté, le 5 noirembre i838, un discours 
sur renseignement du droit en France a^ant et 
depuis la création des écoles actuelles ^\ et le 7 
août de cette année, moins de deux mois avant sa 
mort, un discours 2 à l'occasion de la distribu- 
tion des prix, qu'il terminait en rappelant les prin- 
cipales améliorations apportées à notre législation 
civile et criminelle depuis quinze ans. 

J'ai dit en commençant combien M. Berriat 
Saint-Prix fut toujours dévoué à nos intérêts. Une 
circonstance qui se rattache à sa dernière prési- 
dence mérite d'être rappelée ici. La Société décida 
que les volumes de ses Mémoires composant ia 
nouvelle série seraient offerts au roi. M. Berriat 
^ sollicita une audience qui lui fut accordée d'abord 
pour le 3 décembre i8449 P^^^ remise au 1 1 mars 
suivant. Sa Majesté accueillit notre vénérable pré- 
sident avec une extrême bonté; elle le fit asseoir 
et écouta avec une grande attention le discours 
qu'il avait préparé. Le roi, après avoirdit à M. Ber- 
riat qu'il prenait intérêt à nos travaux, ajouta que 
l'étude des antiquités avait quelquefois aussi oc- 
cupé ses loisirs; que dans les lointains voyages de 

^(1) Paris, Langloîs, in-S, 188S. 
(3) Paris, grand in-S, 1845. 



SUR M. BBRRIAT SÀINT-PAlX. IxXXT 

sa jeunesse il avait trouvé une inscription portant 
les célèbres initiales S. P. Q. R. , ce qui semblait 
indiquer que les Romains avaient pénétré dans 
une partie du nord de l'Europe que Ton ne croyait 
pas qu'ils eussent visitée. «J'aidessiné cette inscrip- 
tion, continua le roi, et je dois l'avoir encore quei<- 
que part avec les observations qu'elle m'a suggé- 
rées. » ^— tEh bien ! Sire, reprit M. Berriat eu sou- 
riant, voilà un titre pour être reçu membre de la 
Société des antiquaires. » 

Cette sérénité d'esprit de notre confrère, la vie 
plus que méthodique qu'il menait, sa forte consti- 
tution, pouvaient faire espérer que nous le conser- 
verions longtemps encore; mais ses forces l'aban- 
doonèrent peu à peu, et ce fut en vain qu'il chercha 
à lutter contre le mal qui devait le conduire au 
tombeau et qui renrantait au mois de juin dernier. 
Malgré tout ce que purent lui dire ses enfants et 
ses collègues, il fit son service jusqu'au 3o Août, à 
quatre heures du soir; et, comme me l'a écrit son 
fils aine, « s'il ne l'a pas continué le 3i, c'est que 
c'était un dimanche et que l'école était fermée.» 
Il était impossible de porter plus loin la religion 
du devoir; il y avait dans celte consciencieuse 
exactitude quelque chose d'antique qui disparaît 
chaque jour davantage de nos mœurs* 

Huii jours avant sa mort, le samedi a7 septem* 
bre, M. Berriat se rendit à la séance hebdomadaire 
de l'Académie des sciences morales et politiques 
et y fit une lecture sur le Traiêé des assurances de 



)«:»xvi woTicjB 

M. Alauzet. Ses confrères s'aperçurent qu'il était 
fort souffrant et qu'il avait de la peine à l'achever; 
le mercredi suivant il disait à son fils aine : a Je 
n'ai encore manqué à aucune séance ; je veux aller 
à celle de samedi; tu me donneras le bras; ce^ 
• messieurs permettront que tu m'accompagnes jus- 
qu'à ma place : un fils peut suivre son père par- 
tout» Or, ce samedi, il avait cessé d'exister. Il est 
mort en effet le 4 octobre iâ45> À trois heures du 
matin, âgé de soixante-seize ans et douze jours. 
M« Berriat conserva jusqu'à ses derniers moments 
cette placidité d'esprit que nous lui avonsconnue. 
L'avant-veille de sa mort, pour se distraire, il se 
fit lire par ses enfants le Muet^ comédie de Brueys, 
etdes scènes de Turcaret^ puis il raconta uneanec* 
dote relative à Préville; il s'assoupit quelques 
heures après pour, ne plus se réveiller. Une dispo« 
sition de son testament a témoigné de sa recon* 
naissance envers l'Institut qui l'avait admis dans 
son sein. 11 a voulu que celles des éditions de Boi* 
leau, qu'il possédait en grand nombre, et que la bi» 
bliothèque de ce corps savant n'aurait paa, y fus-» 
sent déposées. 

La science de la législation a perdu dans M. Ber* 
riat Saint-Prix l'un des jurisconsultes français qui 
la cultivaient avec le plus de distinction; l'École 
de droit, l'un de ses professeurs les plus habiles ; 
l'Institut, l'un de ses membres les plus savants; 
ses amis, un homme excellent dont l'esprit, plein 
4^en}ouement,.leur offrait une conversation des 



SUR M. BERRIAT SAINT-PRIX. Ixxxvij 

plus attrayantes; notre Société , un confrère bon 
et vénéré, dont les communications étaient rem- 
plies d'instruction et forment Tune des parties les 
plus importantes àê la ocdlectioti de noê Mé- 
moires. 



NOTICE NECROLOGIQUE 

SUB 

M. G. -A. CRAi^ELET, 

MBMBBB BÉSIDANT 
Par i.'WUmm GUIGHARO. 



Messieurs, 

Cest un pénible devoir dont vous m'avez 
chargé que celui de vous entretenir de la perte 
d'un confrère qui nous a apporté, pendant quinze 
ans 9 le tribut de son zèle, de ses lumières, de 
son érudition, et nous a été enlevé soudainement 
à un âge où nous devions espérer le conserver 
longtemps encore au milieu de nous. Je veux 
parler de M. Crapelet, décédé à Nice le i î décem- 
bre i84^. ' 

Fils de Charles Crapelet, imprimeur aussi hono- 
rable par son caractère qu'habile dans sa profes- 
sion, M. Georges-Adrien Crapelet naquit à Paris 
le i5 juin 1789. Désireux d'apprendre, assidu au 
travail, ses goûts le portèrent de bonne heure vers 



NOTICE SUR G.-A. CHAPELET. IxXXÎl 

les deux occupations qui remplirent sa vie entière : 
la typo^apbie et la littérature. M. Charles Cra- 
pelet étant mort en 1809, notre confrère, qui n'a- 
vait pas vingt ans, se trouva dès lors chargé dé 
diriger l'établissement paternel. A cet âge, sans 
doute beaucoup eussent reculé devant une si 
lourde tâche, mais il n'en fut point ainsi de 
H. Grapelet; ce jeune homme était laborieux, il 
aimait son art, et il sut satisfaire à toutes les exi- 
gences que lui imposaient ses nouveaux devoirs. 
Les plus heureux résultats vinrent récompenser 
ses efforts, et il nous suffira de vous citer parmi 
les produits si remarquables sortis de ses presses : 
Les Œuvres dramatiques de Destouches, Paris, 
182a, 6 vol. in-8®; — celles de Regnard, même 
année, 6 vol. in-8<>; — les Poètes français depuis 
le Tm* siècle jusqiâà Malherbe^ publiés par M. Au- 
guis. Paris, i8a4, 6 vol. in-8®; — enfin la collec- 
tioD des publications de la Société de l'histoire de 
France. 

M. Crapelet ne se bornait pas à donner au pu* 
blic des livrés qu'on citera toujours comme des 
modèles de correction et d'élégance bibliographi- 
ques; il s^appliquait aussi à perfectionner les pro- 
cédés et la pratique de son art favori; puis il 
prenait la plume soit pour défendre les privilèges 
menacés de l'imprimerie, soit pour faire part 
aux typographes de ses utiles enseignements, soit 
enfin pour jeter quelques lumières^ sur les ori«- 
gines et les progrès de cette merveilleuse iniren*- 



XÇX NOTICE 

tion de Guttenberg, dont npus jouissons depuis 
quatre siècles. C'est dans ce but qu'il publia : 
I" Réponse à une lettre adressée par M. Henri 
Saint-Simon à MM. les ouvrier^ de Paris. i8ai , 
in-S**; — a^ sa traduction du Voyage biblipgra* 
phique, archéologique et pittoresque en France y. 
par M. pibdin. Paris, i8a5, in-8^; — 3^ Dapro^ 
grès de r Imprimerie en France et en Italie, cfu 
XVI® siècle et de son influence sur la littérature^ 
Paris, i836, \u-S''; — l^'' Études pratiques et litté- 
raires sur la typographie. Paria, 1837, in-8% 
Chacun regrettera, comme nous^ que cet impor* 
la^ut ouvrage, où Fauteur se proposait ^e conden«» 
ser et de discuter toutes les questions qui se ratta- 
cbentau mécanisme et à l'histoire de l'imprin^rie, 
n'ait pas été achevé; le plan de ce livre était exr- 
cellent; le tome I seulement a paru; -«S'* jPe$ 
Brevets dHmprimeur et des Certificats, de capu" 
cité; *— 6* £>e la profession d'Inq^rimeur efde U 
nécessité actuelle de donner à V imprimerie Içfi rè- 
glements promis par les lois; — 7* Robert Es-- 
tienne et le roi François f". Paris, 1 SSg, in-8°. 

Personne mieux que M. Grapelet n'a vu et dé- 
ploré Tétat de décadence où est malheureusepi^t 
tombée la librairie; personne plus qufs lui i^'a 
tâché d'y apporter remède ; personne enfin n'a su 
à un plus haut point montrer pur son exepiple 
(quel irole appartient aujourd'hui à un imprimeur 
pénétré, comme il Tétait lui-«méme| de la digi^té 
et de rim^fiortwce de sa profession» 



SUR G.- A4 CHAPELET. M» 

Jusqu'ici nous n'avons considéré dans M. Cra"* 
pelet que le typographe ^ il nous reste à vous 
parler do littérateur et de Tërudit. i"" Deux voya« 
ges faits à Londres, en i8i4et id&6, fournirent à 
notre confrère le sujet d'un livre rempli d'obser-* 
dations y de détails et d'éclaircissements curieux 
sur l'Angleterre et l^s mœurs de ses habitants^ sur 
la ville de I^ondres^ son histoire et ses monuments } 
oet ouvrage^ d'une lecture facile^ écrit sans pré« 
tention, parut, en 1817^ sous le titre de Souve-* 
nirs de Londres; %^Le$ noces de Thétis et dePélée^ 
trad* du latin de Catulle, annoncent chez le tra^ 
ducleur du savoir et un seotiment vrai de la 
poésie latine* S*" Une Notice sur Quinault^ Paris^ 
i8a4i in«8% se recommande par unst^le soutenu^ 
par une critique sage et mesurée. Le Compte 
rendu des travaux de notre Société pendant 
l'année i83ai, et un Rapport sur le romancero 
françois de M« Paria, insérés tous deux dans nos 
Mémoires {Xoay^Xi^ i^ série, et tome 11, nouvelle 
série), témoignent de la part que l'auteur prenait 
à nos publications* Mentionnons aussi une édi- 
tion des Fables de La Fontaine enrichie de notes 
instructives et souvent ingénieuses^ Mais parmi 
les productions dé M. Crapekt^ celle qui doit sur- 
tout appeler votre attention, c'est la Colle(^on 
des anciens monuments de Chist$ire et de la lan^ 
guefrançaiees. 

Ce n'est guère que ver$ les deraierea années 
de la Reitatiratioo, vous le iavet, MUiaieuf^ que 



XCxij TIOTICK 

cette reaction qui eut pour princTpal bal un re- 
tour vers les œuvres du moyen-âge commença ^ 
à pénétrer profondément dans l'opinion publi- 
que. On avait cru longtemps que la pensée hu« 
maine s^était comme endormie pour ne se ré- 
veiller qu'à la voix de Ix>uis XIV; on fermait les 
yeux devant les magnificenoés de Tarchitecture 
gothique; on laissait à Técart et dans l'oubli^ 
ainsi que des compilations inutUes, la période 
poétique, si riche et si brillante, comprise entre 
le Roman de la Rose et Malherbe; on méprisait 
fort le naïf et charmant langage de Joinville et de 
Froissart; enfin, du siècle d'Auguste à celui de 
Bossuet et de Racine, à peu près toutes choses 
semblaient barbares et indignes. Pour vous, 
Messieurs, qui étiez familiarisés par vos études 
avec nos antiquités nationales, vous sentiez l'in- 
justice d'un tel aveuglement, et vous vous effor- 
ciez de déraciner des préjugés si mal fondés. Eh 
bien! ce que le gouvernement ne songea pas à 
faii*e, un seul homme le tenta. M. Crapeiet, sans 
tenir compte de frais énormes, sans s'arrêter de- 
vant des difficultés de toutes sortes, commença 
la publication de sa Collection des anciens mo 
numentsde Vhisioire et de la langue françaises. 
Il n'y avait en effet que ce seul moyen de des- 
siller les yeux; à ceux qui niaient, il sqfBsait dès 
lors de montrer nos vieux poètes admirablement 
imprimés, annotés et éolaircis, reproduits d'après 
de^ textes purs, dioisiset doctement odhtioniiés. 



mil o,-A« cnâPBttT. xttiy 

Vooar MVes quel soio éclairé fet ittfat^bte notre 
confrère apporta à ces reprCKiuctioiis. Peu de li<* 
yites ont fait plus d'honneur à leur éditeur. Uq 
des premiers^ AL Crapelet comprit les beautés 
d'une littérature si peu connue de ses contempo- 
rains qu'elle devait passer, aux yeux de beaucoup, 
pour quelque chose d'inouï, d'inattendu et de 
tout à fait nouveau. Plein de confiance dans une 
opinion eorroborée par la lecture des monuments 
qu'il avait résolu de mettre au jour, il contribua 
puissamment, en ramenant les esprit&prévenus, 
à assigner à l'art du moyen-âge la place qu'il oc* 
oupe aujourd'hui; Ce sont là d^^iti'es qui laisse- 
ront une trace profonde, ei qui rendront la mé- 
moire de M. Crapelet toujours.cfaère aux admirar 
teurs des vieilles lettres fraiiçai^^fs* 

La collection de M. Crapelet s^ compose de i3 
volumes; en voici les titrée^. * 

Vers sur la Mort, par Thibaud.de Murly^ 

Lettrés de Henri FUI à A^ne de Bolejrn^ 
écrites en français, avec une notice historiqM^ sur 
Anne de Boleyn. 

Le Combat de trente Bretons contre trente Anr 
glais. 

Histoire de la Pjossion de Jésus-Christ^ coior 
posée en i490t par le.R« ?% Olivier Maillart. 

Le Pas d'armes de la Bergère^ maintenu au 
Tournoi de Tanucon; avec un précis de la che- 
valerie et des toumoia. 

V Histoire du châtehin de Couçy et de la 



IMhr mmÈÊB 

dame d& FêPfély mise en français (avée dit aote« 
btstoriqnês sur les dWerses famittet dont il eu 
(kit âiention dans l'ouvrage). 

Cèrémomes des Gages 4e batailles, sdcm les 
constitatîons du boa roi Philippe de France 
(Philippe IV, dit le Bel), repféseiitëes eo onze 
figures. 

Poésies morsÊle» et hisioriftMf d'JSastaehe Dw^ 
champs, ècufàr, huissier d'armes dm rais 
Charles Vet Charles VI, ehdietain de Fismes ûè 
bailli dé Senlis; avec un p^éda historiqn» et lit»* 
tëraire Biiv Tauteun 

Pro\^rbes et Dtotoms populaires, ^mm iss OUs 
du Sieroier et des Marehans^ et les Crieries de 
PaH$ auâ^ xm* st tîV slèetés. ' ^ 

Tableau de Mœurs an ^siècle, àu la Cour ai 
les Lots de H&weMe^Bon, rai dAherfrm^, de 
907 à 948 ; suivi de cinq plèeés de k langtiei îfSêtt^ 
çaise aui^ xi^'erïiii* sléolés, telle qu'elle se parlait 
eh Angleterre après la donquéte de Guitlaiimé de 
Normandie^ et terimné par une Notiee historique 
sur la langue anglaise, depuis son origine jus* 
<]fu^auxvnl* siècle.' *' 

l^s Demandez faites par le roi Charles^ VI ^ 
touchant soh éiat et le' gen^épnement de sa per- 
sonne, as^c les 'Réponses de Pierre Salmer»^ so^ 
seeriiah^e ef familier f puMiëes avee des mues 
historiques. 

Partonopeus de Blois, publié d'après le iiia«- 
nuscrit de la bibliothèque de TArs^ad ( deux vol.) 



au mois d'oolobrfe iS^S, M. Craflelèt fet dé- 
core de Topdre de la Mgipn^^HentieÙpJuste ré- 
ODmpense de set nombreut et utiles tMvaUJt; 
quelques mois ^rès', il venait siéger au milieu 
de vous. Il fut votre secrétaire pendant Tannée 
i83â, et votre président pendant l'année i834« 
Disons aussi que la Société de l'Histoire de France 
le comptait, dès sa fondation, au nombre des 
membres de son conseil. 

Au mois de juillet 184I9 notre confrère fut at- 
teint du mal qui devait le conduire au tombeau ; 
c'était un rhumatisme aigu, qui se fixa d'abord 
sur le bras droit. Ces souffrances le tourmen- 
taient cruellement. On crut que le climat bien- 
faisant de l'Italie rétablirait $a santé délabrée; il 
partit muni d'une mission littéraire que lui avait 
confiée M. Yillemain, ministre de l'instruction 
publique; mais arrivé à Nice, une crise plus 
violente survint, et il mourut dans cette ville 
loin de sa famille et de ses amis. 

Vous le voyez. Messieurs, peu de vies ont été 
moins agitées et cependant plus pleines que celle 
que j'ai essayé d'esquisser devant vous; on pour- 
rait la résumer dans un seul mot : travail. En 
perdant M. Crapelet, nous avons perdu un anti- 
quaire d'une instruction solide, zélé et dévoué à 
la science; quant à l'imprimerie, elle regrettera 
longtemps un typographe érudit et lettré, chose 
malheureusement trop rare aujourd'hui. Un des 
derniers ouvrages de notre confrère est une No- 



AOI^Ti , NOTICB &TO «.^A« dUtlLBT. 

Uce sur Robert Estienne} oeut qui liront ce petit 
livre diront avec moi qu'il y avait plus d'itn point 
de ressemblance entre le célèbre imprimeur du 
XVI* siède et son judicieux biographe. 



MÉMOIRES 
ET DISSERTATIONS 



SUR LES 



ANTIQUITÉS NATIONALES. 

SUR 

LA VÉRITABLE POSITION 

DU 

BRIVATES PORTUS 

DE PTOLÉMÉE 

Par ML DESVAUZ, astooîé oorrefpondAnt. 



Dans beaucoup de circonstances il est impos- 

*8ible d'opérer d'heureux rapprochements entre la 

géographie ancienne et la géographie actuelle, si 

l'on ne fait des études sur les lieux et surtout si, 

pour certaines localités , Ton n'apporte pas d'at- 

XVIII. 1 



a SUR LA VÉRITABLE POSITION 

tention au déplacement des eaux ou même à la dî^ 
minution des mers effectuée avec le laps des 
siècles. Cest le cas où Ton se trouve pour le 
Bridâtes portas cité dans Ptolémée (cap. 8). 

Jusqu'ici l'incertitude sur cet antique port est 
restée telle que sa position, suivant les auteurs, 
a été fixée à Vannes, Brest, au Croisic, à Méans et 
autres lieux. La moins grande probabilité est cer- 
tainement pour Vannes, car il n'est pas possible, 
quelque importance que l'on veuille dans l'anti- 
quité assigner à la petite rivière de la Visonne, 
qu'elle puisse avoir été le fleuve Heris ou Herius 
cité par Ptolémée, comme étant, au delà du j?r£- 
çates portuSf un des objets notables, lorsque l'on 
sait que la Vilaine est le cours d'eau le plus im- 
portant qui se jette dans l'Océan entre la Loire et 
Vannes. 

Pour ceux qui croient devoir placer le port 
cherché au Croisic, il est positif que laVilaine est 
à leurs yeux l'ancien Herius^ dont le nom rappelle 
le radical monosyllabique er^ or^ ar ou ir qui entre 
toujours dans la composition des noms des fleuves 
ou cours d'eau plus ou moins rapides, tandis que 
se et men s'appliquent plus ordinairement à de 
vastes étendues d'eau, à des marais ou à des ri- 
vièrje^^leute^. Nouscroyoqs donc que VHerios du 
géographe grec est bien certaineipeut la Vilaine, 
le seul fleuve qui, dans cette région, pouvait être 
cité convenablement, après l'embouchure de la 
Loire {Li^erisfiuminis ostid)^ dans un de ces ou- 



DU BRIVATBS PORTUS DE PTOL1SMÉE. 3 

vrages généraux ou l'on ne doit signaler que les 
objets les plus saillants. Qu'est-ce, en effet , que 
les trois petites rivières ou cours d'eau les plus 
rapprochés de Vannes comparés avec l'impor* 
tance de la Vilaine? 

Dès que le Brivates portas est indiqué après 
Fembouchure de la Loire et avant la Vilaine, 
nous devons le retrouver dans quelques-uns des 
points connus et marquants qui s'y trouvent. 

Si Ton admet que depuis plus de deux mille ans 
les choses soient restées dans l'état où elles se trou- 
vent actuellement , nous n'avons que le Croisic 
qui puisse être cet ancien port. Mais à Tépoque à 
laquelle nous devons nous reporter \ le Croisic, 
ainsi que le bourg de Butz, ne formaient que de 
petites lies, et s'il existait un très grand port, ce ne 
pouvait être que celui de Guérande, qui servit 
encore, en i34a, à Charles de Blois, à embarquer 
l'immense butin qu'il avait fait dans cette ville 
enlevée d'assaut. 

Ce que l'on nomme maintenant le grand trait 
a été lié, sans aucun doute, avec les marais salants 
de Guérande et de Saille, pour formef le port. 
L'origine de Guérande est due au Grammona des 
RomainS) fort élevé vers 47O9 pour dominer le 
liitus saxonicum , ou les habitants du Croisic, 

(1) Ptolémée, qui a rédigé son ouvrage vers les premières 
I aimées du 11* siècle, ne dut avoir que d'anciens documents 
sur la Gauie, les rapports alors entre les nations étant loin de 
ce qu'ils sont maintenant. 



4 SUR LA véniTABLE POSITION 

dont on était inquiété. Ce nom primitif Gram* 
monase changea, par des altérations successives, 
en Guérande, et rien ne donne à penser, surtout 
par l'examen des lieux, que le nom de passage, 
pont, ou brive {Briyates portus\ put lui être ap- 
pliqué. 

Bien, que Saint-Nazaire soit cité par l'histoire 
dès 677, il n'a jamais pu, même en ces temps ^ 
être considéré comme un port. 

M. Athenas, saVant distingué et que Nantes re- 
grette encore, regardait Méans comme étant le 
Brwates portus^ et par là il s'était plus rapproché 
que personne de la probabilité ^; il avait pu même 
s'aider de l'étymologie de la région voisine qui 
reçoit le nom de Brière, non pas que Verica vui* 
garis ou autre bruyère s'y trouve, mais proba- 
blement de Brij passage; le Brivet la traverse. 
Méans pouvait bien exister alors, il est vrai, 
comme rocher presque sous-marin, et être l'en- 
trée même du port, mais sans être le Brivates 
portas; il ne pouvait être ce port lui-même, puis- 
que le port, comme on va le voir plus loin, était 
derrière Méans. 

Ce que nous allons établir encore, relative- 
ment à Savenay , éloignera toute probabilité qu'il 
y aurait d'y trouver V^ncieu Bridâtes portas^ dans 
le cas où l'on se rattacherait à l'opinion d'un très 
grand retrait des eaux de l'Océan, opinion fondée 
sur les antiques traditions de ces contrées. 

(1) Lycée armoricain^ 1. 1, p. 146. 



J 



DU BRIVATES PORTUS DS PTOLÉMl^E. 5 

Le radical du nom de Savenay ou Savenai an- 
nonce l'existence de marais dans le voisinage, et 
cependant actuellement cette ville, placée à mi« 
côte du coteau, est éloignée de tout amas d'eau 
au bas du coteau et même de toute apparence 
analogue; seulement des prairies existent très 
près. Mais dans nos Considérations géologiques 
sur r arrondissement de Savenai nous avons dé- 
montré l'existence d'eaux et de marais près de 
cette ville à une époque remontant à dix4iuit 
siècles et qui ne permettent pas de voir en elle 
le Bris/ates portuSy qui eût été sur la Loire alors 
et non au delà. 

Toutes considérations établies, il ne nous reste 
plus que Pont- Château pour retrouver ou fixer 
la position réelle de ce Brivates portas. 

Les documents les plus anciens sur Pont-Châ- 
teau n'ont pu remonter au delà de io5o, et son 
nom primitif a dû disparaître à raison du chan- 
gementde langue et de l'importance qu'il a prise 
sous des seigneurs qui en reçurent même le nom 
de Pont'Château. 

La substitution du nom de pont, mot de la 
langue romaine ^, au mot gaulois bris y brive y 
hrigay indiquant un lieu de passage par-dessus 
l'eau, un pont enfin, est tirés ordinaire. La rivière 
qui passe à Pont - Château porte le nom de Brivet 
et reçoit tourtes les eaux d'un bassin de près de 
trois myriamètres de long, sur plus d'un myria- 

(1) Pont: élevé sur Teau. Pontifex: qui fait les ponts. 



6 SUR LK VERITABLE POSITION 

mètre de large, et dont le fond ou extrémité se 
trouve vers Saint-Gtldas-des-Bois. Ce bassin, en- 
touré de ruisseaux qui y versent leurs eaux, for- 
mait encore, en i84iy un vaste marais de 1800 
hectares, véritable lac en hiver, et inabordable en 
été. La seule^ ouverture pour le passage des eaux 
est, à Pont-Château, entre deux collines très rap- 
prochées. Pour nous, ce premier bassin, à l'ouest 
de Pont-Château, était un port antique, mais bien 
antérieur au Brivates portas , et au fond duquel 
nous avons observé une couche de calcaire ter- 
tiaire recouverte de terrain d'alluvion ou de 
tourbe, allant de Saint-Gildas à Cambon. Les eaux: 
de ce bassin, devenues douces par le retrait des 
eaux de la mer, durent se jeter dans le Bridâtes 
portas ou le port de Brivale, d'où la rivière reçut 
et a conservé le nom de BrWet^ et les marais qui la 
fournissent sont connus sous le nom de Marais 
du Haut-Brivet, tandis que ceux ou elle se jette 
au delà de Pont -Château sont connus sous celui 
de Marais du Bas-Bris^et. Ce sont ces marais, 
partant de Pont-Château, lieu où les marées se 
font encore sentir ^ , qui formaient le Bri9ates 
portas lorsque les eaux de l'Océan ne s'étaient 
pas encore retirées. Ce port méritait d'être cité 
dans l'antiquité, parce que la disposition des 
collines de terrain de transition, qui le limitaient 

(1) Toutes les fois que le barrage de Méans ne s*y oppose 
pas. 



BU BRIVATES PORTUS DS PTOttMÉE. 7 

parfaitement, entouraient une surface doublé et 
plus du premier bassin ou port antique que nous 
avons signalé» Sa circonscription était fermée par 
les coteaux élevés en devant de Savenai, ceux de 
Prinquiau, de Pont-Chàteau, Missillac^ Herbi- 
gnac, et les derrières de Guérande et de Saint** 
Nazaire, c'est-à--dire tout le pays désigné seus le 
nom de la Brière. 

L'ouverture de ce port dans la mer était vers 
Méans et Montoir, et TEtier de Méans est encore 
formé aujourd'hui par la rivière du Brivet : seul 
point d'où lés eaux de ce second bassiu, comme 
du premier bassin signalé, pouvaient s'écouler. 

Ce qui prouve que la circonscription que nous 
indiquons était un port maritime, c'est que la for- 
mation du terrain de calcaire tertiaire est connue 
dans la commune de Missillac près Sainte-Heine 
et qu'on en a trouvé aussi des indices à Saint- 
Liphard. Nous ne doutons même pas de l'exiâ^ 
tence de ce calcaire sous une partie dé cette ré- 
gion tourbeuse de notre port ancien . 

Le point habité dès les temps historiques 
dut être celui du Passage , Bri^ ou du Pont j lien 
important alors et où la féodalité, bâtit, peut- 
être vers le v« ou le vii* siècle, un château qui dut 
se nommer le Château du passage OMPorU-Châ'^ 
teauy substitué à Port de Brivate (Bridâtes portus\ 

(1) A Angers, le Brionau oale Petit passade est une chute de 
rétang ou longue rivière portant le méitie nonn, qui est tra- 
versé par la route de Nante». 



8 SUR Là VERITABLE POSITION, ETC. 

qui à cette époque s'était changé et est resté^ 
même jusqu'à ce jour, en marais. 

Pont-Chàteau était au moyen-âge une petite 
ville assez importante, mais tombée au rang de 
bourg moyen et où il, serait difficile de retrouver 
l'important et remarquable Brivates portas des 
Romains, sans les considérations que nous ve- 
nons d'établir et qui, dans notre conviction, 
fixent définitivement le lieu indiqué par Ptolé- 
mée dans son huitième chapitre. 

Le premier port, ou celui d'où sort le Brivet 
à Pont-Château, était déjà libre du temps des 
Romains ', car ceux-ci, dans la commune de 
Saint-Gildas, au Rio des Mortiers et dans le ma- 
rais, avaient établi un four à briques dont les 
débris et fondations étaient recouverts de trente 
centimètres de terre d'alluvion et où nous avons 
observé une immense quantité de vrais débris de 
briques romaines, et cela précisément ià où le 
hasard vient de faire établir en i843 une autre 
briqueterie, dans un pré marécageux, assaini 
maintenant par le dessèchement opéré sur tous 
le marais, et où Ton était loin de soupçonner 
l'existence d'une usine romaine. Cette dernière 
circonstance se rattache nécessairement à l'im- 
portance de notre BrWates portas et vient à l'ap- 
pui de notre manière de voir relativement à Pont- 
Château. 

(i) Les moulins établis par le» beigueurs de Pont^Château 
ont soûls déterminé la contiuuitéde VéWiX marécageux. 



r 



MÉMOIRE 



SUR LA 



MONTAGNE DU GRAND SAINT-BERNARD 



SOUS 



LA DOMINATION SARRASINE* 

Par M. BET, membre rétîdanl. 



Les incursions des Arabes, connus plus parti- 
culièrement sous le nom de Sarrasins, commen- 
cent en France avec le vin* siècle, c'est-à-dire 
vers Tannée 71a, époque où le sol de notre 
patrie à peine sortie de l'enfance était partagé 
entre les Francs du nord, maîtres de la Neustrie, 
de la Bourgogne et de l'Âustrasie , les Francs du 
midi, établis dans l'Aquitaine, entre la Loire et les 
Pyrénées, et les débris des Visigoths qui tenaient 

(1) L'ouvrage inédit duquel ce mémoire est extrait est in- 
titulé : Histoire de la Montagne et de f Hospice du grand 
Saint' Bernard, Il est divisé en deux volumes. Le premier con- 
tient l'histoire des lieux et l'histoire des temps; le deuxième, 
l'histoire naturelle et l'histoire morale. Ce que nous donnons 
est le troisième chapitre de V Histoire des temps. 



10 MI^MOIRE SUR LA. MONTAGNE 

encore une partie du Languedoc et de la Pro- 
vence. 

Lorsque le génie de Cbarlemagne^ à la fin de ce 
même siècle, fut parvenu à créer une sorte d'unité 
politique dans le gouvernement de ses vastes 
États, les Sarrasins non - seulement furent conte- 
nusy maisencore obligés de fuir .Cependant à peine 
le héros eut-il les yeux fermés que ses faibles suc- 
cesseurs , par le système de partage des États, four- 
nirent aux éternels déprédateurs de l'Occident 
d'excellents prétexte^ et d'heureuses occasions 
pour recommencer leurs courses en France. Cette 
époque de malheurs a été récemment décrite par 
M. Reinaud, savant orientaliste, dans une œuvre 
spéciale y et je n'ai point par conséquent à en dé- 
rouler de nouveau toute la déplorable histoire ; 
mais je ne puis me dispenser de dire au moins 
ce qui a rapport au séjour des Sarrasins d'Espa- 
gne dans la partie des Alpes où fut fondé depuis 
l'hospice du Saint-Bernard, et pour en parler 
d'une manière satisfaisante, je ne puis mieux faire 
que de puiser dans le livre du grave et judicieux 
écrivain que je viens de citer , après avoir toutc^ 
fois et malgré ma juste confiance dans un guide 
aussi sur, examiné moi-même les titres qu'il a in- 
voqués, afin de ne pas m'attirer le reproche de 
n'avoir été dans ce chapitre qu'un simple et 
aveugle copiste*. 

( I ) Reinaud, Invasions des Sarrasins en France^ et de France 
en Savoie et en Suisse. 



r 



DU GRAND SAIITT-BERKARD. 1 1 

«Loi*squ'en 889 Boson, sous le nom de roi 
d'Arles , régnait sur la ProTence et le Dauphiné , 
une frêle barque, partie des côtes d'Espagne , 
amena au fond du golfe de Saint-Tropez vingt 
pirates sarrasins, qui purent débarquer sans être 
aperçus. La nuit favorisant leurs desseins, ils 
égorgèrent les habitants du village le plus pro- 
chain et gagnèrent les hauteurs qui dominent le 
golfe vers le nord. A la nouvelle de ce premier 
succès, d'autres aventuriers accoururent de la 
même contrée et des côtes de l'Afrique, et en peu 
de temps toutes les hauteurs, depuis le rivage jus- 
qu'au commencement des Alpes, furent couvertes 
de forteresses sarrasines. La principale, qui était 
voisine d'un bois de frênes , en prit le nom de 
Fraxinetum, et ce nom devint dans la suite celui 
de plusieurs lieux élevés que les Sarrasins occu* 
pèrent en France, quoiqu'ils ne fussent pas tou- 
jours auprès de bois de frênes. 

« Dès 906 ils avaient traversé les Alpes du Dau- 
phiné et de la Provence, fait des excursions dans 
la Tarentaise, le Piémont, leMontferrat, les pays 
de Mice et de Gênes; pillant les lieux saints, entre 
autres les abbayes d'Oulx et de Novalèse, détrui- 
sant tout par le fer et la flamme. Nulle communi- 
cation avec ritalie n'était possible : les pèlerinages 
aux tombeaux des saints apôtres à Rome avaient 
cessé, car les simples voyageurs étaient compris 
dans la haine des Sarrasins pour tout ce qui por- 
tait le nom de chrétien. En France même, Aix, 



1 a miSmoire sur t a montagn c 

Blarseitle, Toulon, Frëjus, Embrun, Gap, Siste- 
ron, Riez, Grenoble avaient éprouvé les effets de 
leur fureur dévastatrice. Enfin en 939, pendant 
que les Hongrois envahissaient la Suisse par le 
nord, les Sarrasins, qui étaient maîtres de Tim- 
portante position du Mont-Joux, pénétrèrent dans 
la vallée du Rhône pour la dévaster, comme ils 
avaient dévasté partout. La célèbre abbaye d'A- 
gaune (Saint-Maurice) fut renversée presque de 
fond en comble. Us remontèrent même le Valais 
pour aller détruire dans la Rhétie (les Grisons) 
l'abbaye de Dissentis et l'église de Coire. Les tra- 
ces de ces dévastations, dont l'évêque Waldo se 
plaignait en 940, existaient encore en 962, lorsque 
Othon traversa le Rhin supérieur en revenant 
d'Italie. On voit même par un diplôme de 956 , 
portant donation de quelques biens à ce prélat, 
que Tempereur voulut concourir à cicatriser de 
si cruelles plaies par des bienfaits en argent '• 

« Les déprédations des Sarrasins devinrent tel- 
lement intolérables que Hugues , comte de Pro- 
vence, résolut d'y mettre fin. Il s'agissait de ré- 
duire d'abord la forteresse de Fraxinet , et l'on 
n'y pouvait parvenir que si on l'attaquait à la fois 
par terre et par mer. Hugues assembla une ar- 
mée et obtint de l'empereur de Constantinople, 
son beau-frère, une flotte et du feu grégeois. Le 

(1) Sprecher, Chronique Rhétine^ 1617, p. 68-197. — £e 
Collecteur^ recueil aWemaLudf I8II, p. 235, 



château fut enlevé et les barbares furent contraints 
de fuir sur les hauteurs voisines. Leur dernière 
heure 6ur le sol français allait sonner. <c Mais 
tout à coup Hugues apprît que Bérenger, son rival 
à la couronne d'Italie, qui s'était enfui en Alle- 
magne, se disposait à venir la lui disputer. Alors, 
ne songeant plus aux maux qui pesaient sur ses 
malheureux sujets, il renvoya la flotte grecque et 
maintint les Sarrasins dans toutes les positions 
qu'ils occupaient, à la seule condition que, s'ëta- 
blissant au haut du grand Saint-Bernard et sur les 
principaux sommets des Alpes, ils fermeraient le 
passage de l'Italie à son rival. Ceàt à ce sujet que 
Liutprand interrompt son récit pour adresser 
cette apostrophe à Hugues : « Voilà une étrange 
a manière de défendre tes États! Hérode, pour 
cr n'être pas privé d'un royaume terrestre, ne crai- 
cc gnit pas de faire tuer un grand nombre d'inno- 
ce cents. Toi , au contraire, pour arriver au même 
«but, tu laisses échapper des hommes criminels 
ce et dignes de mort. Sans doute tu ignores quelle 
« fut la colère du Seigneur contre le roi d'Israël, 
a Achab, qui avait épargné la vie du roi de Syrie 
« Benadab. Le Seigneur lui dit:Puisque tu as laissé 
<c vivre un homme que j'avais condamné à perdre 
a la vie, ton âme paiera pour son âme, et ton peu- 
oc pie pour son peuple. » 

«Liutprand, se tournant vers la montagne du 
grand Saint«Bernard, lui adressa ces vers : 



l4 MiMOIRE SUR LA MOKTAOlfG 

Mons transire Jovis, mirum 
Haud suetos perdere sanctos 
£t servare malos, vocitant 
Heu ! quos Domine Mauros, 
Sanguine qui gaudent hominum 
Juvat et vivere rapto. 
Quid loquarPEcceDei cupio 
Tête fulmine aduri 
Conscissusque chaos cunctis 
Fias tempore cuncto. 

« Tu laisses përir les hommes les plus pieux, el 
ce offres un abri aux scélérats appelés du nom de 
« Maures. Misérable ! tu ne rougis pas de prêter 
A ton ombre à des gens qui répandent le sang hu- 
« main et qui vivent de brigandage ! Que dirai-je? 
« Puisses-tu être consumée par la foudre ou bri- 
ce sée en mille pièces et plongée dans le chaos 
«éternel*! » 

« L'étrange politique de Hugues rendit les Sarra- 
sins encore plus audacieux qu'ils ne l'avaient été 
jusque-là. Ils commencèrent dès lors à se consi- 
dérer comme établis en France et dans les Alpes 
pour toujours. Ils épousèrent les femmes du pays, 
ils s'adonnèrent à la culture. 

« Les princes de la contrée se contentèrent d'exi- 
ger d'etix un léger tribut; ils les recherchaient 
même quelquefois. Quant à ceux qui occupaient 

(1) Liatprand, dans JUurmtori^ II, p. 468. — Reinaud, 
p. 178-179. 



DU GRAND SAIHT-BERNARD. l5 

les hauteurs, ils doonaient la mort aux voyageurs 
qui leur déplaisaient, et exigeaient des autres une 
forte rançon. Le nombre des chrétiens qu'ils tuè- 
rent fut si grand, dit Liutprand, que celui-là seul 
peut s'en faire une idée qui a inscrit leurs noms 
dans le livre de vie. » 

Cependant l'islamisme ne pouvait prévaloir au 
milieu de la chrétienté même contre les portes 
de rÉglise. Après une suite de succès et de re-> 
vers trop longtemps balancés, les Sarrasins furent 
enfin chassés du grand Saint -Bernard vers 960, 
et il est doux pour ceux à qui ce lieu célèbre est 
cher de penser que de là même sont partis les 
premiers traits qui ont frappé les infidèles et les 
ont forcés à la retraite. L'histoire ne nous a pas 
conservé les détails de cet événement glorieux, 
toutefois on peut croire que les Sarrasins opposè- 
rent une vive résistance. « Car, dit avec raison 
M. Reinaudy c'est dans celte partie des Alpes que 
certains écrivains postérieurs, plus occupés des 
récits romanesques qui avaient cours de leur 
temps que de la fidélité historique, ont placé le 
théâtre des guerriss de Charlemagne contre les 
Sarrasins et les exploits de Roland. Il parait en- 
core que saint Bernard de Menthon, qui bientôt 
construisit un hospice au haut de la montagne et 
qui donna son nom à la chaîne entière, ne fut pas 
étranger à ce triomphe ; car les mêmes auteurs 
parlent du rude combat que le saint fut obligé de 



l6 MÉMOIRE SUR LA. AfONTAGNK 

livrer aux démons et aux faux dieux, alors maîtres 
de lamontagne^» 

Ces réflexions- judicieuses sont corroborées en** 
core par un passage de la Chronique de Saint" 
Denis, où Ton fait honneur à Roland d'une expé- 
dition devant Grenoble, qui n'a pu avoir lieu que 
contre les Sarrasins. Voici ce passage dans lequel 
les temps sont évidemment confondus , niais qui 
dépose de la croyance où Ton était^ en un siècle 
bien postérieur à Charlemagne et auquel la Chro- 
nique appartient, que les paladins de la cour du 
grand empereur s'étaient .mesurés en France 
même contre un ennemi maître du Dauphiné. 

a Pour bonne exemple donner aux rois et aux 
princes qui guerre ont à mener contre les ennemis 
de la chrétienté, ne l'en doit pas cy endroit ou- 
blier une merveilleuse aventure qui avint à Rou- 
lant, au temps que il vivait. Avant que il entrast en 
Espaingne, il avint qu'il assist à grant ost une cité 
qui a nom Granopole. VII ans tout plains dura le 
siège. Tandis comme estoit asiègé devant celle cité, 
un messagier vint à lui et lui dit que ly rois des 
Vandres et ly rois de Sessaingne, et ly rois de Frise, 
avoient assis Charlemain, son oncle, en un chas- 
tel en la contrée Dalmatîe. Pour ce lui mandoit 

(1) Bollaadistesi 15 juin. Fie de saint Bernard.^'^'Beuguot, 
Histoire delà destruction dupaganisme en Occident jll^ p. 844. 
— Eeinaud, p. 196. 



i 
DU GRAND SAINT-BERNARD. I7 j 

ces oncle que il le secourus! tôt et hastement et 
le délivrast des païens. •••< » 

L'envahissement etjl'expulsion des Sarrasins du | 

Mont-Joux, où ils étaient parvenus; par la France, 
étant les seuls points de leur histoire que j'eusse 
à examiner , je devrais terminer ici ce chapitre. 
Toutefois quelques lignes sur le résultat définitif 
de leurs invasions dans notre propre pays ne sem- 
bleront peut-être pas hors de propos. 

Chassés du grand Sain t-Bernard, lapositiondes 
Sarrasins n'en était pas moins menaçante «encore 
tant en Provence qu'en Dauphiné. Mais ^n 9669 
Grenoble^ son diocèse et toute la vallée du Grai- 
sivaudan leur furent arrachés, et en 97a ils per- 
dirent Gap , Embrun et une hauteur voisiùe qui 
sépare Gap de la vallée du Drac, position forte 
d où ils dominaient sur cette vallée en face d'un 
pont nommé Orsières. Les guerriers qui prirent 
part à ces glorieuses expéditions se réservèrent la 
moitié des villes et des terres recouvrées, et offri- 
rent l'autre aux églises. 

Le Dauphiné libre , la Provence ne pouvait 
tarder à le devenir. L'année 976 était marquée 
pour être celle de l'entier affranchissement du sol 
français. Les Sarrasins, appelés en bataille rangée 
aux environs de Draguignan, y furent complète- 
ment défaits par Guillaume, comte de Provence. 

(1) Omniqnesde Saint- Denis^ liv. V, ch, ix, (^ 168, ms. 
du roi 8302. 

xvm. 3 



1 8 MiSmOIRB St7R LA MOITT AGl^B 

Ceux qui se rendirent, ceux qui habitaient les vil- 
lages et qui étaient inofTensifs, eurent la vie sauve. 
Plusieurs demandèrent le baptême. Leur défaite 
entraîna la prise du château de Fraxînet qûUls 
avaient possédé pendant plus de 86 ans. Tout îe 
butiti qu'on y fit fut distribué aux combattants. 
Le clergé, qui avait eu le plus à souffrir des rava- 
ges exett)és par les Sarrasins, et qui d'ailleurs agis- 
sant dans le sens de son institution , c'est-à-dire 
de la civilisation des peuples, s'était toujours mis 
à la tête dti tnouvement dont le but était de se- 
couer le joug odieux de l'étranger , le clergé ne 
fut point oublié par Guillaume lôrs de la répar- 
tition tant de ce butin qiie des terres. Peu à peu 
les villes sortirent de leurs ruines , et les popula- 
tions qui y dans leur reconnaissance pour le dé- 
vouement de leur prince, lui avaient décerné lé 
titre de Père dé ia patrie ^ reprirent entre elles des 
relations trop longtemps interrompues. 

Quelques personnes ont contesté, les uiiès le 
long séjour des Sarrasins en France, datis l'Hel- 
vétie, la Maurienne^ le Montferrat, etc. * les autres 
l'occupation qu'ils auraient faite de telle ou de 
telle ville, comme Àoste, Verceil, etc. L'erreur cîe 
toutes provient peut-être de ce qu'elles n'otit 
point fait attention que soUveiit, dans les chartes 
ou les chroniques^ les Sarrasins sont désignés seu- 
lement sous le nom de païens. Cette confusion 
n'aura plus lieu désormais : le beau travail de 
M. Reinaud la rend impossible. Par exem{)le) pour 



BU GRAND SAIirr-BEÀIfARD. I9 

ToccupatiôU de la vallée de Graisivaudàb et pour- 
eelle de la ville dé Grenoble ^ il cite une inscrip- 
tion tracée en 954 sur le clocher du prieuré de 
Saint-Donat, bâti par Isarn, évéque de Grenoble, 
«|iii et) fait foi, et une hymne que l'on chantait 
dans ce priteuré et dont voici les premiers vers : 

Quum a Mauris habîtanda diù Grannopolis esset^ 
Upsana sanctorum prsesul haltère cavet. 

Une charte dU ôartulaîre de saint Hugues, à Gre- 
noble, dit : ^ Nùtum sit omnibus fidelibus fUiiÈ 
dratîanopoiïtanœ ecclesiee^ quod post destruc- 
tionem paga^oram^ Isarnus episcopus edifica- 
wtecclesiam Gratianopolitam. » 

Une étiquette trouvée en 1^79, dans le tombeau 
de sainte Madeleine à Vézelay, portait que le corps 
de la sainte y avait été transféré d'Aix par la crainte 
des Sarrasins^ sôus le règne d'Odoin (Eudes). 

Nice a encore un quartier qui se nomme Canton 
des S^frasins. 

Maguelontle^âiijourd'hui ruinée, étaittellement 
fréquentée pat- eux, qu'elle s'appelait Porteur-- 
rasin. 

On a trouvé la niention de leur séjour dans les 
archives de Fos, de Berre et de Martîgues; et près 
de cette dernière ville, comme dans les environs 
d'Hyères, sont aussi des ruines sarrasines. 

Riez célèbre ertcore chaque année, à la Penîe- 
éôte y par d^s combats simtilés , son affranchisse* 
ment du joug des Sarrasins. 



20 MÉMOIRE SUR LA. MONTAGNE 

- Un lieu voisin de Sisteron a conservé jusqu^à 
présent le nom de Fraissinie; et un autre, celui de 
Peyro empio [Pétra impia) . 

On lit dans une charte de 993, publiée par Dom 
Martenne : « Cum gens pagana fuisset è finihus 
suis y videlicet de Fraxineto, expulsa.... » 

Le chroniqueur de l'abbaye de Novalèse parle 
d'un château nommé Frascenedellum qui servait 
d'asile aux Sarrasins. Est-ce deFrassîneto^ près de 
Casai, est-ce de Fenestrelles ? Ce nom vient-il du 
voisinage d'un bois de frênes, ou est-il l'imitation 
du fameux Fraxinetum de Provence, qui répond 
au village actuel de La Garde Frainet? Bouche a 
fait remarquer que plusieurs lieux portent le nom 
de Fraissinet, Frainet, Frenay, et qu'ils indiquent 
toujours l'ancien séjour des Sarrasins. Peut-être 
a-t-on dit absolument un Fraxinety comme ail- 
leurs on dit un Alcazar, un Kremlin, un Louvre. 
V La Suisse et toutes les contrées dont elle est le 
centre sont remplies aussi de noms qui rappel- 
lent le séjour ou le passage des Sarrasins. Il y a 
le MaurO'Fonte et le mur des Sarrasins auprès 
d'Avenches; 

Le Monte-Mor^ ou Moro, montagne voisine du 
Rosa, dans le Haut- Valais; 

Le pont des Sarrasins, à Saint-Vincent, sur la 
Doria-Baltéa ; 

Le mont Mor ou Maur, et par corruption 
Morty auquel l'hospice du grand Saint-Bernard 
est adossé : 



DU GRAND SAINT-BERKA.RD. 2 1 

La butte ou motte des Sarrasins qui existait 
dans l'ancien camp de Galba à Martigny. 

Dans les prés dits de Péterét situés sur la mon- 
tagne de ce nom, qui est avec le Mont-Rouge et le 
Mont-Broglia l'une des trois grandes bases du 
Mont-Blanc du côté de l' Allée-Blanche, il y a les 
chalets Fresnay^ à une hauteur où croissent en- 
core les mélèzes, mais où certainement il n'y a 
jamais eu de frênes, et près des chalets, en sor- 
tant d'un joli bois de mélèzes, il y a un glacier qui 
porte aussi le nom de Fresnay. Ces lieux sont 
très voisins du grand Saint-Bernard. 

Si l'on ne savait pas que la Maurienne portait 
ce nom dès le vi* siècle, on pourrait, avec quel- 
ques écrivains même éclairés, le croire sarrasin, 
surtout à cause du long séjour que les barbares 
ont fait dans cette contrée. Toutefois M^ Billiet, 
évêque actuel de Saint-Jean de Maurienne, écrit 
à M. Reinaud qu'il y a aux environs de Modane 
le Fallon des Sarrasins et le village de Fresney. 

La chronique de Saint-Gall donne quelque- 
fois aux Hongrois le nom àiAgareni^ que les écri- 
vains du temps appliquent aux Sarrasins; mais 
dans la relation d'un acte de courage et de dé- 
voument du doyen de l'abbaye, nommé Walton, 
qui tailla en pièces les Sarrasins, l'annaliste les 
appelle expressément de ce nom. 

Enfin, l'inscription Ismaelita cohorsde Saint- 
Pierre en Valais, que j'ai rapportée, est encore 
Une preuve irrécusable du séjour des Sarrasins 



ad M£IlfQI|l|| Syji LA j^OIfTAeUfi, «TG. 

^n Hcivélie. On ^ dit que les populaliona dea val-* 
lées de Visp, de Hérins, de Bagnes, etc., étaient 
formées des restes épargnés des Sarrasins au x' 
siècle. Il n'était pas sans intérêt de rechercher 
si, dans le langage actuel de ces vallées et dans 
celles d'Entremopt et d'Aoste, il n'y avait pas en- 
core des traces d'expressions sarrasipes ; je l'ai 
fait, mais je n'ai rien découvert K 

(1) CLBouche, Histoire de Prov. I, 703.— Jacq. deGuyse. 
Histoire de Hainaut, VIII, 203. — Durante, Histoire de Nice^ 
I, 150. -— Recueil des hist, des Gaules ^ IX, AS A. '^Statistique, 
des BoucheS'du'JRkéne, II, 475. — Milin, Foyiige au ift//Vii, III, 
S4. — D. UaLrienne^Jmpliss.ColfectiOyJf 849.— Malte-Brun, 
Précis, etc., VII, 544. — Simond, Voyage en Suisse, II, v."— 
Ebel, Brockedon, i 4. '^Mémoires de l'Académie des Inscrip^ 
fions, XI V , 9 — De Saussure, ch . 885 . — Chronique de Sainte 
Gally Recueil de Pertz, II, 137. — De Loges, 186. — Schîner, 
J)es€ription du départ, du SimpL, 134. — Th. Walsh, II, 175. 
— |lein£(ud, passim* 



f 



RECHERCHES 

SUR 

LES PROPRIÉTAIRES ET LES HABITANTS 

DU 

PALAIS DES THERMES 

ET DE L'HOTEL DE CLUNY 

(AUJOCRO'bDI MVSÉB des «QRUIIENTS VfiAlfÇ^IS) 

DANS LlNTERVAtLE DES ANNÉES 1218 A 1600 
Par m, loi ROUX db LINGT, iMmlm vM^ani. 



L'établissement du nouveau Musée des Monu- 
ments français dans les bâtiments de Fhôtel de 
Cluny, joints aux restes du palais des Thermes, 
vient de fixer de nouveau sur ces débris d'un au- 
tre âge l'attention des antiquaires et des artistes, 
r.es uns et les autres n'avaient pas attendu cette 
circonstance pour étudier avec le plus grand soin 
ces vestiges remarquables que la civilisation ro- 
maine et la renaissance ont laissés sur nqtre sol. 



^4 RECHERCHES 

Depuis la fin du xvi* siècle jusqu'à nos jours, des 
Notices, des Mémoires et des ouvrages entiers^ ont 
été consacrés à décrire le palais des Thermes et 
rhôtel de Cluny élevé sur ses ruines. Quant au 
palais des Thermes, le meilleur travail sur son his- 
toire est dû à l'un des membres de la Société des 
Antiquaires, dont chacun de nous regrette encore 
la perte récente. Dans un Mémoire consacré aux 
Antiquités romaines et gallo-romaines de Paris* y 
M. JoUois s'est livré aux investigations les plus 
minutieuses sur les restes de ce monument. Il y 
a joint toutes les indications qu'il a pu recueillir 
dans les historiens, les poètes et les écrivains di- 
vers; mais notre confrère n'a dû comprendre dans 
son travail que l'époque où le palais des Thermes, 
encore debout, était habité par les Césars , gou- 
verneurs de la Gaule, ou bien parles rois Francs, 
leurs successeurs. 

M. Dusommerard, dans l'ouvrage étendu qu'il 
nous a laissé sur les arts au moyen-âge 3, a con- 
sacré tout un volume à l'histoire du palais des Ther- 
mes et de rhôtel de Cluny. D'après un mémoire de 

(1) Foir^ aux Appendices, la Notice bibliographique sur le 
palais des Thermes, n® 7. 

(2) T. I, p. 1, des Mémoires présentés par divers mçants à 
l* Académie royale des Inscriptions etBeiles^LeUres, in-4°. 

(3) A. Dusommerard. Les Arts au Moyen-AgCy eo ce qui 
concerne principalement le palais Romain de Paris, Thôtel de 
Cluny, issu de ses ruines, et les objets d'art de la collection 
classée dans cet hôtel. Paris, 1838, in- 8% 4 vol. 



1 



SUR LE PALAIS DES THERMES. %5 

rhistoriographe Bonamy, il cite une charte de l'an- 
née 12 18 par laquelle Philippe-Auguste donne à 
Henri le Concierge, son chambellan, l'ancien pa- 
lais des Thermes ; puis il passe à l'achat de ce palais 
fait dans la première moitié du xiv* siècle par l'un 
des abbés de Cluny, et s'efforce de combler cette 
lacune avec les paroles suivantes : « Rechercher 
a ce que cette propriété de Henri le Concierge , 
«chambellan, devint depuis lâiSjusqu'àl'époque 
«où l'ordre si célèbre et si riche de Cluny en fit 
«l'acquisition pour la consacrer à la résidence 
« temporaire de ses abbés, serait au-dessus de nos 
« forces et sans doute aussi de la patience de nos 
électeurs*, ju 

Les travaux que j'ai entrepris depuis quelques 
années sur l'histoire de l'Hôtel-de-Ville de Paris 
m'ayant fait connaître plusieurs titres inédits re- 
latifs aux propriétaires et aux habitants du palais 
des Thermes depuis le xiu' siècle jusqu'au xvi% je 
me suis empressé de les réunir, pensant que la 
Société des Antiquaires en accueillerait la com- 
munication. 

Jilalgré l'insuffisance de ces titres, ils peuvent 
servir cependant à établir plusieurs points qui 
éclaircissent d'une manière notable l'histoire du 
palais des Thermes et de l'hôtel de Cluny. 

Le dernier titre connu, relatif au palais des 
Thermes, est un acte daté du mois de mars 1218. 

(1) Page 66. 



20 RX6HBBGHES 

Par cet acie, Philippe-Auguste donqe à Henri le 
Concierges Parisien, son chambellan^ en récom- 
pense de ses services, le palais des Thermes, qui 
fut habité par Simon de Poissi, avec le pressoir 
situé dans le même palais. Henri, sa femme et 
ses héritiers s'engagent à payer chaque année 
au roi, à la Saint-Remi, douze deniers de cens. 
D'après cette charte, les historiens de la ville de 
Paris ont cru pouvoir dire que toute la propriété 
du palais des Thermes avait été donnée par Phi? 
lippe -Auguste à son chambellan, tandis que ce 
dernier ne resta effectivement propriétaire que de 
la maison qu'il habitait. 

Un passage de Tétat des rentes dont jouissait 
THôtel-de- Ville de Paris en 1 292 prouve sans ré- 
plique que Philippe-Auguste abandonna aux bour- 

(1) Voici cette pièce que Bonamy a publiée d'après le regis- 
tre de Philippe-Auguste, déposé au Trésor des chartes. 

« Philippus, etc.» noveritîs quod nos Henrico Consergio 
Parisiensi, cambellano nostro, propter ejus fidèle servitium e' 
' haeredibus suis de uxoresua desponsata douamusin perpetuum 
palatiumde Teriuinis, quod fuit Simonis de Pissîaco, cum près- 
sorio quod erat in eodem Palatio ; ita quod idem Henricus et 
haeredes sui de uxore sua desponsata tenebunt praedicta de 
nobis et haoredibus nostris in perpetuum ad duodecim dena- 
nos censuales reddendos anni^^tim in fes^o sanct^ Remigii. 
Actum apud Pontem Arch. An. 1218. Mense Martîo. » 
^ Bonamy, Mémoire sur la Célébrité et F Etendue de Paris^ 
avant les ravages des Normands , t. XV, éd. in-4® des Mé- 
moires de l'Académie des Inscriptions ; t. XXIV, p. 108 éd. 
iu-12. 



r 



SUH LE PALA» i>£S THERMES. ^^ 

gçois la seigneurie du palais des Ther^cfa ^t 4^ 1{^ 
plus grande partie des terrains qui en 4épe|ir 
daient, puisque les douze deniers de cens réser- 
vés par Fhilippe-A.uguste étaient payés par les 
héritiers de Henri le Concierge, non plus ai^. fÇf{ 
de France, mais aux bourgeois de P^ris.. Op lit 
dans cet état : m La meson qui fu Henri le Gon-. 
c cierge, qui joint, à }a meson mestre Pierre Le 
c Blanc, xji deniers ^ » 

Peut-être aurai t-op lieu de s'étonner que le roi 
de France ait ainsi aliéné l'ancien ps^lais des Ce-* 
sars; mais il ne faut pas oublier que Philippe- 
Auguste, vers Tannée i a 1 1 , avait chargé |es bour-> 
geois de Paris de terminer Tenceinte commencée 
en 1192, et que non-seulement il avait payé de 
ses deniers pour l'achèvement de celle enceinte, 
mais encore abandonné aux bourgeois de Paris la 
propriété entière de toutes Iqs murailles, fossés, 
poternes ou portes de celte enceinte, à la charge 
pjir eux de les entretenir. L'enceinte avait été ou- 
verte sur une partie de l'ancien jardin du palais, 
par conséquent les bourgeois succédaient natu- 
rellement âux droits féodaux que s'était réservés 
Philippe-Auguste. • 

Le même passage de l'état des renies du Parloir 
nous fait connaître que sur le terrain occupé, au 
midi, par les jardins du palais, une rue avait été 
ouverte ; cette rue, appelée rue du Palais ( aujour- 

(I) Foir Appendice n^ 2. 



2S RECHERCHES 

d'kui rue des Mathurins ), avait été bientôt occu- 
pée par d'autres maisons que celle de Henri le 
Concierge. Ces maisons produisaient de cens cha- 
que année une somme de vingt-six sols neuf de- 
niers. 

Tous les bâtiments de l'ancien palais des Ther- 
mes ne paraissent même pas avoir été occupés 
par Henri leConciei^e, puisque nous \oyous Hue, 
surnommé du Palais, payer dix deniers, obole 
de cens, pour une maison qu'il avait dans les bâ- 
timents de ce palais. Cette maison ne devait pas 
être trop petite, car elle avait appartenu aupa- 
ravant à Robert de Courtenay, archevêque de 
Reims, et à son frère Jean de Courtenay, seigneur 
de Champignelles, mort en 1280*. 

Il existait encore d'autres maisons particulières 
construites sur le terrain même du palais, dont la 
ville possédait la propriété tout entière; ainsi 
Guillaume de Herèfort payait pour le loyer de ces 
maisons une somme de treize livres parisis, en 
quatre termes. Les héritières de l'un des premiers 
prévôts des marchands, les filles de Nicolas Arrode, 

devaient aussi à la ville sept sols six deniers, pour 

• 

p (1) Foir Appendice n® a. Une charte citée par M, Dusom- 
merard, t. I, p. 147, nous fait connaître que cette maison fut 
Tendue, en 1324, à Pierre, évêque de Bayeux, à raison de 
cinq cents livres parisis : « Laquelle maison, est-il dit, fut 
jadis nostre chier seigneur et oncle, M. Robert de Courtenay, 
archevêque de Reims, et mon chier seigneur et père Jehan 
de Courtenay, seigneur de Champignelles. » 



SUR LE PALAIS DtiS THEBMES. a^ 

la location d'une grange que tenait, avant elles, 
Philippe de Montlhery. 

Un autre passage, du même inventaire, con-* 
firme ce que j'ai déjà établi précédemment, sa- 
voir : que les bourgeois de Paris étaient devenus, 
dans les premières années du xiii* siècle, proprié- 
taires fonciers et féodaux de l'ancien paJais des 
Thermes; déplus, ce passage éclaircit l'histoire de 
la fondation du collège de Sorbonne, l'un des plus 
célèbres de Paris. Ce passage est ainsi désigné 
dans l'inventaire : 

« C'est ce que le roi acheta en la terre aux bour- 
geois, au palais des Thermes, que les gens de Sor- 
bonne tiennent en main morte. » Il résulte de ce 
passage que le roi saint Louis ne s'était pas con- 
tenté de donner à maître Robert Sorbon plusieurs 
maisons situées au midi, au-dessus du palais dès 
Thermes ; il avait aussi acheté une portion de ter- 

(1) On lit dans la Vie de sainiLouiSf par le confesseur de 
la reine Marguerite : « De rechief le benoist rois ûst acheter 
mesons qui sont en deux rues assises à Paris devant le paies 
de Termes, es queles il fist fere mesons bonne et grant pour 
ce que escoliers estudianz à Paris demorassent ilecquesà tous- 
jours. » Histoire de saint JLauiSf par Jehan sire, de Jcmivilley 
etc. Paris, Imprimerie royale, 1761, in-foL, p. 345. 

Du Breul et Du Boulay, qui ont parlé avec exactitude 
de la fondation du Collège de Sorbonne, ne publient pas 
l'acte de donation faite par saint Louis des maisons situées 
rue des Maçons. Du Breul, p. 618 de ses Antiquités^ analyse 
cette pièce que j'ai cru devoiri publier. Fojrez Appendice 



i 



3a BSCHERGHES 

assez de magnificence pour que le vulgaire attri- 
buât aux Sarrasins les ornements qui avaient au- 
trefois décoré cette demeure. Je crois devoir 
ajouter que Pierre de Chaslus, acquéreur du palais 
des Thermes , signala son administration par les 
cadeaux d'objets d'art de toute sorte qu'il fit à son 
abbaye. Je lis à ce sujet dans la Chronique de 
Cluny : (c II fit faire une horloge neuve qui est dans 
la grande église; il donna au couvent une grande 
statue de la vierge Marie, en argent, du poids de 
soixante marcs , qui est sur le mattre-autel ; il 
donna aussi huit petites statues d'argent, qui re- 
présentaient la vierge Mari^, les apôtres Pierre, 
Paul, André et Jacques; les saints abbés Benoit, 
Oddon et Hugues. Il fit réparer et couvrir la grosse 
tour où sont les cloches, et offrit à l'église une 
multitude d'ornements sacerdotaux^. >> 

Malgré l'état de délabrement dans lequel se 
trouvaient les restes de l'ancien palais des Ther- 
mes à l'époque où les abbés de Cluny en firent 
l'acquisition, ces abbés ne laissèrent pas que d'y 
habiter pendant leur séjour à Paris. Ainsi, Jac- 
ques, 1** du nom, 37* abbé de Cluny, au mois d'a- 
vril de l'année iSyS, datait de son palais des 
Thermes un acte par lequel il supprimait la sa- 
cristie de l'église Saint-Denis-de-la-Châtre et la 
réunissait à celle de Saint-Martin-des-Champs*. 

(1) Chronicon Cluniacense, col. 1678 de Bibliotheca CiU' 
niacensiSf etc., in- fol. 

(2) Datum ParisitSy in palatio nostro Thermamm. Abolitio, 



SUR LE PALAIS DES/niERMMS. ij 

En rapprochant ces indications d'un acte mo- 
derne* cilé par M. Dusommerard, on reconnaît ai- 
sément quelle était l'étendue de la propriété des 
abbés de Cluny : il est certain que les débris du 
palais des Thermes leur appartenaient; mais il est 
certain aussi, comme on va le voir, que ces abbés 

sea suppressîo sacristise prioratus sancti Dyonisii in €arcere , 
membri à monasterio Sancti Martini de Campis dependentis. 
Bibliotheca Cluniacencis, etc. 1614, ûi-fol., col. 1832. Le 
même acte a été réimprimé par dom Marrier, p. 334, de : 
Monasterii regalis Sancti Martini de Campis, Paris* Ordinis 
Cluniacensis historia. Parisiis, 1636, in-4<». 

(1) Notice sur V hé tel de Clurty et sur le palais des Thermes^ 
etc., etc. Paris, 1834, in-S», p. 258 : 

« Un titre du 7 mai 1789, dont nous n'avons pu prendre 
connaissance que très récemment, a levé nos doutes sur l'im- 
portance de racquîsîtion faite par Pierre de Chaslus. Il en 
résulte évidemment que la salle des Thermes y était comprise, 
et que l'ordre de Cluny est resté propriétaire de la totalité des 
restes du palais , jusqu'à l'époqne de la conversion des do- 
maines religieux en propriétés nationales. Dans cet acte: 
« M. Dominique de Larochefoucault, cardinal, archevêque de 
« Rouen^ abbédeFécamp, stipule comme ahbé, supérieur gé- 
«néral et administrateur de l'abbaye et de. tout l'ordre de 
« Cluny. Relativement à la location de l'hôtel Cluny, faîte pour 
«99 ans au sieur Moutard, cet acte fait exception de la ter- 
« rasse et de son emplacement qui jusqu'à ce moment a fait ' 

< partie dudit hôtel Cluny et qui forme la partie supérieure de 
« la voûte de l'hôtel de la Croix-de-Fer, loué à bail emphytéo- 

< tique au sieur Falaise, marchand tonnelier à Paris. » Il fallait 
que les deux localités appartinssent à l'ordre de Cluny pour 
qu'il disposât, en faveur de ses locataires, de la partie supé- 
rieu||e des bâtiments occupés par un autre ». 

XVIIL 3 



34 RECHERCHES 

payaient à la ville le cens féodal que Henri le Con* 
cierge avait payé au roi Pfailippe^ÂugusIe^ 

Il ne me reste plus qu'un petit nombre d'expli- 
cations à donner ^ur les extraits que j'ai recueillis 
des comptes anciens du domaine de la ville* Ces 
extraits, qui s'étendent de l'année 1 583 jusqu'au 
commencement du xvii* siècle, complètent les 
renseignements inédits jusqu'à ce jour que j'ai 
rassemblés sur le palais des Thermes et l'hôtel de 
Cluny. Us prouvent que la ville de Paris n'a ja- 
mais cessé de percevoir le cens que lui avait as- 
suré Philippe- Auguste en laia sur ce vaste pa- 
lais abandonné. Vers i44o> après les guerres qui 
depuis longues années désolaient la France, nous 
voyons que les maisons de la rue du Palais étaient 
inhabitées , et que l'abbé de Cluny lui-même ne 
pouvait acquitter les sept livres parisis de cens 
dont il était redevable à la ville. Le même fait s'é- 
tait déjà présenté en i424> lors de Toccupatiou de 
Paris par les Bourguignons réunis aux Anglais ) 
les magistrats municipaux avaient fait connaître 
par un crieur juré que ces maisons étaient à louer 
ou à vendre*. 

Les mêmes circonstances se reproduisirent plu- 
sieurs fois pendant le cours des années i4^7 «t 
14^8) Tune des plus malheureuses de cette épo- 
que de troubles et de dissensions politiques. Le 
6 septembre, l'administration municipale adjuge 

(1) Fojrez Appendices n^ 4, 6. 



SUE LE PALAIS DBS THBRMES. 35 

à son profit, pour la somme de soixante sous pa- 
risift de rente^ la location d'un hôtel qui faisait le 
coin de la rue du Palais du TermCy en la ceosive 
du Parlouer*auX'Bourgeois. 

Le 3 janvier, une maison de la rue du Palais, 
ayant appartenu jadis à Pierre du Palais, et qui 
portait pour enseigne le Dieu à^ amours ^ étant 
restée sans locataire, et ne payant pas le cens dont 
elle était grevée, fut vendue aux criées par ordre 
du prévôt de Paris , à la requête du prévôt .des 
marchands et des échevins. Le a3 novembre 1428, 
Jacquette de Lannoi était dépouillée de la pro- 
priété d'une maison à l'enseigne du BerseaUy rue 
de la Harpe, derrière le palais des Thermes, pour 
n'avoir pas acquitté, entre les mains des receveurs 
de la ville, les rentes dont cette maison était char- 
gée*. 

Ce fut sans aucun doute pour la même cause 
que, pendant les guerres de la Ligue, des comé- 
diens venus d'Italie obtinrent la permission des 
échevins de s'établir dans l'hôtel de Cluny, désert 
depuis plusieurs années et par conséquent sans 
produit pour la caisse municipale. Cette profana- 
tion ne pouvait durer longtemps ; aussi voyons- 
nous le parlement s'en émouvoir et donner Tordre 
au concierge de l'hôtel de ne plus l'ouvrir à de pa- 
reils hôtes, sous peine de mille écus d'amende*. 

(1) Voyez Appendice n* 6. 

[%) Extraits des registres dupariement^ Félibien, t. V, p« 19. 



36 RECHERCHES SUR LE PALAIS DES THERMES. 

Tels sont, en résumé, les détails bien incoin'- 
plets que j'ai pu réunir sur l'histoire de l'ancien 
palais des Césars; la destination nouvelle que les 
débris de cet ancien palais viennent de recevoir 
en assure la conservation, les place au rang des 
monuments d'utilité publique, et donne quelque 
intérêt aux indications qui précèdent. 



APPENDICE N° 1. 
CARTULAIRE DE SORBONNE. 

COPIE IN-Fo PAP. (ARCH. DU ROYAUME, L. 165.) 

ANNÉE >I265, 

PriviUege du roy sainct Loys par le quel est concédé au col" 
lege de Sorbonne de tenir certaines maisons. 



Ludovicus Dei gratîa Francorum rex, notum facimus uni- 
versis tam presentibus quam futuris, quod magisterRobertus 
de Sorbon, canonicus Parisiensis, clericus noster, asserens se 
tenere et possidere Parisius, duas domos sîtas in vico de 
Tyrondale^supra Secanam, sîbi invîcem contîguas, ad opus con- 
gregationis pauperum magistrorum Parisius in theologîa stu- 
dendum, que fuerunt Ly. Apprens. (sic) Epicopis et quendam 
locum qui dicitur Hospitale^ cum pertinentiis suis y qui fuisse 
dicitur G. de Sancto Quintino, situm in vico prope refecto- 
rium prions et fratrum predicatorum^ juxtà domum in qua 
habitant quidam monachi de Sancto Dyonisîo, et quamdam 
domum cum pertinentiis, sitam in magno vico que fuisse di- 
citur Sancti G. et primo fuisse dicitur Arnoudi dicti le Maçon; 
que sita est ex una parte, juxta domum Jacobi de Tornaco^ ex 
alia, juxta domum quand am Sancti Stephani des Grecz, propè 
domum dictorum fratrum. Quiquidem locus sive hospitale 
cum pertinentiis et domus sibi invicem sunt contigua c\ qua-- 



38 CARTULAlRfi DE SORBONNE. 

dam parte, aesscrens etiam idem raagister Robertus se habere 
potestatem plenariam alienandi premissas domo omnes pre- 
dictas et dictum locum scu hospitale cum eorum pertînen- 
tiis Qobis dédît et concessit à nobis in perpetoum possîdenda 
et ab illis qui causam habebunt à nobis pro domibus infra 
scriptis, quas ad opus dîctorura magistrorum eîdem in es- 
cambium et recompensationem dedimus et concessimus in 
perpetuum, jure bereditario ab eodem possedendas, et ab 
illis qui causam babebunt ab ipso. Hec eunt doinus quas ei- 
dem, ut dictum est, concessimus: domus nostra que quondam 
fuit magistri R. de Puaco in qua mansit, dnm viveret^ de* 
functus magister Johannes de Sancto Amando, quondam cle- 
ricus noster, sita ante Palatiuin Termarum, et etiam omnes 
domos quas habebamus in vico qui dicitur Ficus Lathomo^ 
Tum. Simili ter ante Palatium Termarum^ à puteo sito in eo- 
dem loeo, sive à viridarîo domus nostre, quam tenet dilectus 
et fidelis clericus noster Guillermus de Camoto, usque ad 
domum magistri Guillermi archidiaconis Abruncensis eclesie, 
sitam in capite ejusdem vici ; hoc salvo quod Guillermus de 
Belvaco, noster clericus , domum quam tenet ad presens in 
eodem loco, et magister Ludovîcus Phisicus domum similiter 
quam tenet. Inter domos supra dictas habitabunt quamdiu 
vîxerint, sine coactione exeundi, vel etiam dimittendi. Post 
decessum vero eorumdem ad ipsum magistrum R. vel ad illos 
qui causam habebunt, ab ipso libère et in perpetuum possi- 
dende^ ad opus predictorum pauperum magistrorum devol- 
vantur. Concedimus etiam eidem magîstro R. et congregationi 
predicte pauperum magistrorum, quantum in nobis est, quod 
omnes predictas domos teneant in manu mortua, salvo jure 
in omnîbiis alieno . Predictas autem duas domos contiguas, 
quarum una sita est ante refectorîum predictorum fratrum 
predicatorum, juxta domum monachorum Sancti Dyonisii, 
alla in magno vico juxta domum fratrum predicatorum, nobis 
à predicto R. concessas, quia eas uecessarias plurimum esse 
didicimus fratribus ante dictis. Pietatîs intuitu , et pro reme- 
dio anime nostre et autecessorum nostrorum, in puram et 



ANN^E Iâ63. 39 

perpetuam eelemosinam , dedimus et concessimus fratribus 
predicatoribus ante dictis, ab ipsis et eorum successoribus 
imperpetuum paeiûce possidendas. Quas quidem domos prefa- 
tus magister R. permisit se garentizaturum prefatis priori et 
fratribus ipsis, ad usus et consuetudines patrie contra quoscun- 
qae et pro ista garendia facieoda duas domos predîctas^ illam 
videlicet quam tenet Guillermus de Belvaco et illam quam 
tenet magister Ludovicus predicti priori et fratribus ante dictis 
in coDtraplegium assignavit. Et nos etiam ipsas duas domos 
dedimus dicto magistro R. hoc modo que essent obligate in 
contra plegium ipsis priori et fratribus , pro garentizandîs 
dictis hospitali et domo, cum pertiuentiis priori et fratribus 
supradictis. Quod ut ratum et stabiie permaneat in futurum, 
présentes litteras sigillî nostri fecimus împressione muniri. 

Actum Parbius, anno Domini miliesimo cc^ lx^ tertio , 
niense decembri. 



APPENDICE N» 2. 
EXTRAITS 

DE 

L'ÉTAT DES RENTES ET REVENUS 

DU PARLOIR AUX BOURGEOIS, 
AU MOIS DE FEVRIER ^ 292 ^ . 



LA PORTE D ENFER, EN DESCENDANT AU PALAIS DE TERMES, 
ET DU PALAIS TOUT CONTRE VAL JUSQUES AU BOUT DE LA 
RUE DE LA SERPENTE, 



Guillaume de Herefort por les mesons du Palais, xiii li- 
vres, à un termes. 

LA RUE DU PALAIS. 

La meson misire Robert de Corlenay, du Palais de Termes, 
X deniers obole. — Guillaume Le Picart, por ses ii mesons, 
desqaeles Tune fu Adan le Barbier, et l'autre Henri de Seînt 

(1) Cet état du domaine de la ville de Paris, le plui ancien qui soit 
parvenu jusqu'à nous, a été publié entièrement, pour la première fois, 
dans l'Appendice H d6 notre Histoire de l'Hôtel-de-Ville de Paris, suivie 
d'un Essdù sur l'ancien gouvernement municipal de cette 'ville. Paris, 
1844, in-fol., et Paris, 184j^, in-4". 



EXTRAITS DE L*ÉTAT DES RENTES, ETC. 4 « 

Cosme, III deniers. —Jehan Iç Chandelier, por sa me- 
son qui fuAdan le Barbier, ni oboles. — La meson Gile- 
bert de Seint Cosme , emprès , m oboles. — Hue du Palais , 
por la meson Monseigneur Robert de Cortenay, x deniers, 
obole. — Mestre Mahy d'Ynfer , por sa grant meson où il 
demeure, et por la grant meson du coing, où le Barbier de- 
meure , XX deniers. — La meson qui fu Henri le Concierge , 
qui joint à la meson Mestre Pierre Le Blanc , xu deniers. — 
La meson Tuechien, delez le cemetiere au Juis, ii deniers. — 
La meson Guillaume Le Poitevin, qui fet le coing de la rue au 
Fein , xvi deniers. — Les fiUies feu Nicolas Arrode , por ce 
que elles tîenent de nous , que nous eûmes de Seint Victor, 
xiiii sols, à la Seint Rémi, et pour leur granche de Termes, 
qui fu monseigneur Phelippe de Montleheri, vu sols, n de* 
niers. — Summa du palais : xxvi sols, ix deniers, 

c'est ce que LI ROYS acheta en la TERBE m BORJOifi, 

AU PALAIS DE TERMES, 

QUE LES SERBONNAIS TIENNENT EN MAIN MORTE. 

Sur la meson Gautier le Prestre, xxxv sols. -— Sur la me- 
son qui f u mestre Jehan Sygier, Vsols. — - Jehan de Sezane , 
en la meson que le prestre de Seint Benoast tient, x sols. — 
La meson Jehan de Chastellon, xxxiiii sols. — La meson 
Maynfroi , que mestre Guillaume de Sanz tient , vm sols. — 
La granche Morise le Charpentier, xxxiiii sols. — La meson 
mestre Aufour , xix sols , vi deniers. — La place Jaques de 
Bottloigne, x sols. -— Mestre Robert de Douay, xi sols, vi de- 
niers. — La granche Guillaume le Picart, v sols. — Sus les 
mesons que mestre Guillaume de Chartres tient, lxxvi sols, 
VI deniers. — Ce que mestre Robert dé Sorbonne tient de- 
vant le Palais, que mestre Jehan de Saint Martin tient, xvi 
sols , VI deniers. — Sus la meson au Prestre de Louvenz , 
XX sols. -— Sus les ii ovroiers de la meson devant, xlvi sols. 
— Et debent nobis pro hiis, iiii libras , vi denarios à un 
termes, c*est à savoir por chasçun terme xx sols, et vu de^ 



4a EXTRAIT DU LIVRE BES SENTENCES, ETC. 

nierS) obole. — Item , il nous doivent ii deniers obole por la 

meson Guillaume de Lungues assise au Palais. 



EXTRAIT 

DU LIYRE DES SENTENCES DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

4299, 22 MAI. 

MISE EN POSSESSION DE MiOSON. 

L'an de grâce m ce. iixi'' et dis et neuf, le vendredi après 
/este Saint Honoré f en maj, ballames à mestre Jehan Le- 
blanc, clerc, la sesine d*une meson qui fu mestre Pierre 
Leblanc , chanoine jadis d'Amiens , assise au palais des Ter- 
mas, en nottre censive et en nostre signorie , la quele sesine 
nous li ballames, sauf nostre droit et Tautrui en toutes choses. 



APPENDICE N^ 5. 



CONGO&DU INTER ABBATEM ET GONVENTUM €LU6IfIACENSEM 

ET MAGISTRUM FRATBES 

ET SOaORES DOMUS DEI PARISIENSIS. ( N"* 1 334. ) 



VHostel'Dieu cède son droit dans une place joignant le palais 
de Termes aux religieux du Clugny pour la somme de 40 /. 
parisis payés comptant. 

Universis présentes iospecturis decanus et capitulum 
Ecclesie Parisiensis salutem in Domino. Noveritis quod ce- 
ram nobis constituti magister et fratres domus Dei Parisiensis 
nobis immédiate subjecti dilectos suos ( au nombre de six ) 
presbyteros et fratres dicte domus exhibitores presentîum 
suos fecerunt procuratores etc. in cujus rei testimonium sigil- 
lum nostrî capituli Parisiensis presentibus duximus litteris 
apponendam. Datum anno Domini mccgxxxiv , die Veneris 
post festam cathedre S^ Pétri. 

Sur le débat pendant en parlement, en cas de noavelleté 
entre le maistre, frères et sœurs de THostel-Dieu de Paris, 
demandeurs d'une part, et les religieux, abbé et couvent de 
Clugny , deffendeurs d'autre , pour raison d'une place vide 
en partie et en partie bastie de ouvrages de Sarrazinois , te- 
nant d'une part à Guillaume de Nauges, alias dit du Palais de 
Termes, et d'autre part à la maison qui fut messire Philippes 
de Maraeil, et qui maintenant est aux dits religieux de Clu- 
gny, et aboutant par derrière à la maison des dits religieux, en 
laquelle place chascnne des dites parties disoit avoir droit, etc. 



44 CONCORDIA INTER ABBATEM^ ETC. 

Accordé est que les maistres , frères et sœurs de THostel— 
Dieu , cèdent leur droit aux religieux de Gluny qui , pour 
pris de la cession, paient comptant la somme de quarante li- 
vres parisis, etc. 

(Compilation de 14000 extraits des rouleaus du Parlement. 
Bibliothèque Royale, Gab. des chartes et diplômes, carton 
M.R. P.3.) 



APPENDICE N» 4. 

DU 

COMPTE DE L^HOTEL-DE-VILLE 

EN>I385. 



Maison et h6tel du Palais des Thermes devant le Palais des 
Thermes, la maison au comte d'Harcourt. ( Sauvai^ Jnti- 
quitez de Paris ^ t. III, p. 261. ) 

Du compte des confiscations de Paris, pour un an fini à la 
Saint Jean-Baptiste 1421 (pour les Anglois). 



MAISON HinS DE LA HARPB, FAISANT LE COIN DB LA RUE 
DU PALAIS DU THERHE. 

Hostel sois rue du Palais du Therme qui fu a M* Guil- 
laume Bourratîer archevêque de Bourges, tenant d'une part 
au collège de Clugny et à M« Philippe de Rully, et à M* Je- 
han de la Marche d'autre part; auquel hostel demeure le 
seigneur de Bouhac , pour garder l'hostel seulement. Le dit 
hostel appartient à M* Hébert Camus, procureur en parle- 
ment, (Sauvai, ld,y t. III, p. 295.) 

^425a4427. 

Maison qui fut à M* Guillaume Bourratier archevêques 



46 COMPTE DE L*HÔTEL-DÉ-VILLE. 

de Bourges scise rue dn Palais du Therme, tenant d'une part 
au collège de Cluny, donnée à M' Hébert Camus , procureur 
en parlement, (/t/., p. 315.) 

DOMAINE DE l'hÔTEL-DE-VILLE, >I575. 
EUE DU PMJklS DES THERHBS. 
M* Emont Lenfant, conseiller au parlement. 

RUE AUX MASSONS. 

Du comte d'Harcourt pour sa niaison faisant le coin de la 
rue dite aux Massons assise devant le Palais des Thermes. 
— C'est la maison du président Lemaistre. ( Id,^ p. 624. ) 

ANNÉE 4574. 

RUE DU PALAIS DES THERMES. 

L'hostel de Harcourt dit de Lorraine, appartenant de pré- 
sent à M' Gilles Lemaistre, président en la cour de parlement. 
(/rf.,p.645.) 



APPENDICE N-» 5. 
EXTRAITS DES REGISTRES 

DE BBCBITES BT DÉtBNSES 

DE L'HOTEL-DE-VILLE. 

ANNÉE 4424. 



Autre despence faitte par commandement de messeigneurs 
lesprepost des maPnhdndset eHhêHns en la manière qui s'en 
suit. £t premièrement: 

A Mathorin Gloyere et Nicolas de la Chapelle, serge^s à 
yefge do roy nostre sire au Cfaâtelet de ParijT, pour ayoir fait 
pour ladite ville les criées d'une maison assize en la rue de la 
Harpe, où pend Tenseigne du Bersel, qui fut et appartient à 
Jehan de Gieux, à sa femme, c'est assaroir pour la f* vii« p. 
et pour la 2*, la tierce, la quarte, pour chacune un* p. TaUent 
ensemble xix** p. pour ce xix" p. 

Aux dits Mathnrins Cloyere et Nicolas de la Chapelle, pou# 
avoir fait les criées des maisons qui s'ensuivent : c*est assa- 
voir de l'ostel d'Aligre, assize en la rue de Hautefeuille, éê 
l'ostel des escoliers de Laon, assis en la dite rue, un autre hos» 
tel nommé Yosteidu Palaii du Terme ^ de Tostel maistre Pierre 
ChampignoUes assises en la rue Saint* Jacques | de rhostel de 
Ilmage^Saint-Georges assis en la rue de la Harpe, deThostel 



48 EXTRAIT DES RECETTES ET DEPENSES 

de rimage'^Notre-Daine et Saint-Nicolas, assis en la dite rue 
Saint- Jacques^ du chantier qui fut Guillaume de Cambray 
assis en la rue de la Mortellerîe. Pour ce pour les criées de 
chacune des dictes maisons xix'* p* qui vallent en somme 
toute 7^ 12 s. p. pour ce. vii<?xu*. p. 

ANNÉE 4425->l426. 
I«k. 1060. — f>3vo. 

LA RUE DU PAUIS DU TEE9IE. ^ 

De M« Guillaume Bourratier, archevesques de Bourges, en 
lieu de feu M^* Jehan de la Marché, pour la maison qui fu aux 
hoirs Pierre du Palais, 4 9 parisis par an, à paier aus d. ter- 
mes, pour ce ycy pour les d. termes ....... nii<?p. 

LA RUE DE LA HARPE. 

Des. hoirs feu Jehan Fuguet en lieu de la fille feu M'' Yves 
le Mareschal pour leur maison qui £ait le cping de la rue du 
palais du Terme devers la rue de la Harpe, 4lP p. par an a 
payer comme dessus pour ce yci pour semblable . . inii^ p. 

De Jehan de Gien au lieu de Jehan Hecquelet, à cause de 
sa femme, jadis femnie feu Jehan le Breton, pour sa maison 
où pend l'enseigne du Bersel en la dite rue de la Harpe, 8^ 
10 s. p. par an à payer, aus dits termes; pour ce ycy, pour 
les (dit termes vm« x*- p. 

De Tabbé de Gligny, pour sa maison illec, où pend l'ensei- 
gne de la Marguerite, par an 8^ p. à payer comme dépassé; 
pour ce ycy viu^p. 

Du dit abbé pour une autre maison illec en suivant, où pend 
l'enseigne de TÉcu de Bretagne, par an^ vii^ p. ce pour les 
d. termes vu ^ p. 



4426iU27-4428. 

UMEDU PALAIS DUTERME.— LA RUE DE LA HARPE, /ifem. 

4440 ▲4444. 

RUE DU PALAIS DU TERME. 

De Poucet Jossouin, pour une maison séant en la dicte rue 
qui fu feu Guillaume Bourratîer, arcevesques de Bourges qui 
souloît devoir iin^ de rente. Et depuis a esté baillée au dit 
Poucet par la dicte ville pour le pris de xxvi s. parisis, etc. 

RUE DE LA HARPE. 

De Jehan Cadé pelletier, au lieu des hoirs feu Jehan Fiquet 
pour sa maison faisant le coing de la rue du Palais du Terme, 
par devers la dicte rue de la Harpe, qui souloit devoir nii0 pa- 
risis par an ; et depuis a esté baillée par la dicte ville au é, 
Jehan Cadé pelletier comme il est contenu es comptes pré- 
cedens à paier comme dessus ; pour ce pour la dicte an- 
née ••.....•..•.. XL s. p. 

De Guillaume Potier, pour deux maisons entretenans, as- 
sises à Paris en la rue de la Herpe, en Tune des quelles sou- 
loit pendre renseigne du Berseil, et en Tautre la Marguerite, 
tenant d'une part à une maison où soultoit pendre l'enseigne 
de la Ponune, et d'autre part abboutissant par derrières à la 
maison de l'abbé de Clugny , les quelles deux maisons souloient 
deroir xu^ xs. p. de rente, mais pour les causes contenues au 
précédent compte du dit receveur, elles ont esté modérées à 

vmf^ parisis par an 

De l'abbé de Clugny pour une maison en suivRot en des- 
cendant la dicte me oà demoure Regna«(t Damante vu ^ pa- 
XVIII. Â 



5o EXTRAITS mS RECETTES ET 0ÉPENSES 

risis par an, à payer comme dessus, pour ce pour la dicte 
année ..•••• vu^ 



Pohr autres deniers rendus sembtablement en la recepte 
de ce présent compte où est rendu de Tabbé de Clugny pour 
sa maison assise en la dicte rue ( de6 liiermes) où pend Fescu 
de Bretaigne, où souloit demourer Regnault Damance; sur la 
quelle la ville prend chacun an sept livras parisis de rente; 
dont le dit receveur n'a aucune chose receu pour ce qu'elle a 
esté vuide ^t fermée durant le temps de ce présent compte, à 
ceste cause Ta i^t le dit receveur mettre en criées qui com- 
mencèrent au jour des Mors mil cccc quarente, pour ce cy 
reprins pour la dicte apnée vii^p. 

RUfi DU PAUISDU ISBHE. 

De Poncet Jo$90uin pour une maison séant en la dicte rue 
qui fu feu W Guillaume Bourratier arcevesques de Bourges, 
qui souloit devoir quatre liv. parisis de rente; et depuis a esté 
baillée au dit Poncelet par la dicte yiHe pour le prix de trente 
s^x sols parisis par an à paier comme dessus. 

Pendant les années 1443, 1444, 144S) 1446 néant. 

4447. 

I ... 

D'une a«tre maison qui fut à l'abbé de Clugny, assise à 
Paris, en la rue de la Harpe, où souloit pendre pour enseigne 
Tescu de Bretaigae, qui souloit devoir à la dicte ville vui.. 
Mais elle est demourée par criée à la diote viUe^ comme il est 
.déclairé au vi* compte du dit receveur; et a esté louée par 
le. dit; vfMfiyeur à Sioioii Ghasteau pour Tannée unie à la 
St Jehan mil qqoû «pHurente sept^ pour le pris de ini L. parisis^ 



DÉ l*h6tkl-m-villé. Si 
4466. 

LA EUE DU PALAIS DU TEEME. 

l>es hoirs feu Jehan Poncet Jossouin pour une maison 
séant en la dicte rue qui fut M* Guillaume Bourratier arce- 
vesque de Bourges, par an xxs. Parisis. 

LA EUE DE LA HAEPE. 

Des hoirs feu Jehan Cade en son vivant peletier, pour une 
maison séant en la dicte rue, faisant le coing de la rue du 
Palais du Terme, par devers la rue de la Harpe, par an xli. P. 

De Guillaume Potier, à présent Adam Chennevote taver- 
nier, pour deux maisons entretenans, séans en la dite rue, en 
Tune des quelles pend pour enseigne le Berceau et en Tautre 
la Mai^erite, tenant à une maison où souloit pendre ren- 
seigne de la Pomme, et d'autre part aboutissant par derrière 
à une maison appartenant à l'abbé de Glugny, appellée le 
Palays des Termes, par an viii s. P. 

De Jehan Varrognier laboureur , pour ung hostel deux 
louages joignans à ycelluî sur rue, contenant ung puis avec- 
ques une granche derrière, estans sous la partie de l'hostel de 
Glugny ; et sur la quelle partie a ung jardin par hault au dessus 
dHcelle partie tout entretenant, assis en la dicte rue où souloit 
pendre l'enseigne de l'escu de Bretaîgne, tenant d'une part tant 
le dit hostel que les dits louages tout au long du dit hoste \ 
de dugny, d'autre partie tout au long à l'ostel de l'abbé de 
Yaulx CetnsLjf aboutissant la dicte granche qui est derrière 
io^uy hostel au d. hostel de Qugny ou à ses appartenances, 
par an. . . '. ♦ viiiL. P. 

4457. 
Oe Jehan Varroguier Uboureur, pour ung hostel deux 



5l2 EXTRAITS DES RECETTES ET DEPENSES 
louaiges joignant ;\ yceliiy sur me, court, cave, ung pois avec 
une granche derrière, estant soubs partie de Thostel de Glu- 
gny; et sur la quelle partie à ung jardin par hault au dessus 
d'icelle partie tout entretenant, assis en la dicte rue où sou- 
loit pendre l'escn de Bretaigne, tenant d'une part, tant le dit 
hostel que les dits louaiges, tout au long à Fhostel de l'abbé 
des Vaulx de Cemay, aboutissant la dicte granche qui est 
derrière iceluy hostel au dît hostel de Clugny ou à ses appar- 
tenances, par an « yiii s. P. 

447^. 

RUE DU PALAIS DU TJBRMB. 

Des hoirs feu Poucet Joussouyn à présent Jehan Boyreau 
et Nycaise Joussouyn son filz, pour une maison assise en la 
dite rue, qui fu à feu M* Guillaume Bourratier arcevesques 
de Bourges, tenant d'une part aux hoirs ou ayans cause de 
feu M*" Phelippe de Ruilly, depuis Emery de Belut, et d'autre 
part à unes estables qui sont joignans de Tostel de Harre- 
court, aboutissantpar derrière au dit Emery de Belut, par 
an XX s. parisis. Pour ce xx s. p. 

4600. 

; La déclaration par le menu des justices cen$iyes , lotz^ 
ventes^ droictz seigneuriaux, féodaux, maisons, places, loges, 
tours, bastides, guérîtes, portes, murailles, remparts, fossés, 
arrière fossés, antiens murs, acqueducs, fontaines, esgonts 
et quais de la ville de Paris appartenant aux prevost des mar- 
chans et eschevins de la dicte ville, tant à cause de leur fief 
du parlouer aux bourgeois, franc rozier que de leur domaine 
patrimonial. 



BÈ l'hÔTEL-BB-VIIiLE. 53 

I0EDUPALAISDETEEME AOTREHENTRUB DES MATHURINS. 

Sur une grande maison , jardin , estables et lieux assis en 
la dicte rue joignant lesMathorins, oùsouloit estre entienne- 
ment le Pallais des Termes, appellée maintenant Fhostel de 
Clugny, appartenant à l'abbé de Gtugny, par an audit jour 
sainct Remy dix deniers obole parisis , cy. • . x d. ob. p. 

Suz une maison size en la dicte rue, appartenant à M* Je- 
han Lemoine avocat, estant au lieu de M* Godefroy L*Huillîer, 
où est pour enseigne sur le portail d*icelle maison la Teste 
noire\ tenant d*une part par derrière au dit hostel de Clugny, 
d*autre part à M* Pierre Camus advocat, par an au dit jour 
S* Remy dix deniers obole« parisis, cy x d. ob. p. 

Suz une autre maison à présent séparée en deux, size en la 
dicte rue des Mathurins, l'une apartenant, qui est celle de 
derrière, aux héritiers du feu S. du Ruisseau de Ghamplevoy 
et l'autre sur le devant, au dît M* Pierre le Camus advocat, 
tenant d'une part la totalité de la dicte maison à la dicte mai- 
son de la Teste noire, d'autre à M' le président Rebours, 
aboutissant par derrière k Thostel de Clugny, et pardevant 
sur la dicte rue, par an, au dict jour sainct Remy, six deniers 
parisis de cens, cy vi d. p- 

Sur une autre maison size en ycelle rue, appartenant au dit 
sieur président Rebours, tenant d'une part aux dictz sieurs du 
Ruisseau et Camus, d'autre part à la maison d'Ëstuve Gassin, 
qui fait le coing de la rue par an, au dit jour saint Remy, 
douze deniers parisis de cens et fonds de terre , ^y. xii d. p. 



APPENDICE N« 6. 
EXTRAITS 

DTN REGISTRE IMPARFAIT 

DES ARCHIVES DU ROYAUME. 

K. 977, INTITULA : 

COPIES DE TITRES, CONTBATS, LETTRES ROYAUX ET AUTRES ACTSS 
! EN FAVEUR DES PREVOT DES MARCHANDS ET ECHEVINS DE PARIS. 



Lettres faisans mention d'un kosiel faisant le coing de la me 
du Palais du Temm^ ôaillée par les prévost des marchans 
et eschevins à Jehan Code^ pour le prix de soixante solspa- 
risis de rente au proyffiJt de la ville de Pans^ des quelles I0 
teneur s'ensuit : 

A tous eeulx qui ces présentes lettres verronti SyinoiHIIo- 
hier chevalier, seigneur de Villers, conseiller du Roy nostre 
sire et garde de la prévosté de Paris y salut : savoir faisons 
que 

Pardevant Estienne Tesson et Charles Gilbert clers, no- 
taires du Roy nostre dit seigneur de par lui establb ou chas- 
tel let de Paris, fut présent en sa personne Jehan Cade mar- 
chant pelletier, demourant à Paris, lequel de son bon gré 



EITRAITS p'uN REGISTRE IMPARFAIT^ ETC. 55 
bonne youlenté, propre mouvement et certaine science^ sans 
force, fraude , erreur ou décepcions auouns, mais pour son 
prouffit feire et greigneur dommage eschever, bien oonseillié 
et advisiéi si comme il disqit, recongnut et oonfeasa avoir 
prins et retenu, et par ces présantf» prent et retient , pour 
lui ses hoirs et ayans cause, à croix de cens ou rente an* 
nuelle et perpétuelle dès maintenant et à tousjours , de mes-r 
seigneurs les prévost des marchana et eschevins de la ville 
de Paris pour et ou nom d'icelle ville, une maison ainsi 
comme elle se comporte et estend de tontes pars, entrées, 
issues et appartenances quelzconques qui fut feu Jehan Fie* 
quet; et de présent appartient à la ditQ ville assis à Paris, en 
la rue faisant le coing de la rue du palais du Terme, tenant 
et aboutissant d'une part aux hoirs feu messîre Jaeques i» 
Ruîlly, et d'autre part tenant ^ la maison feu Simon des 
Marais boulengier, en la censive du parlouer aux bourgois, 
chargée en vint deux deniers maille parisis, de fon^ dç terre. 
Geste prînse et retenue faicte au dit cens et pour et parmy 
soixante solz parisis de rente annuelle et perpétuelle , que le 
dit Jehan Gade preneur pour lui ses hoirs et ayans cause , en 
sera tenus, promit et gaiga rendre et paier à ceulx au terme 
et ainsi que dit est , et lesdis soixante solz parisis ausd. pré- 
vost et eschevins pour ou nom et au prouffit d^icelle ville, à la 
recepte des rentes et revenues du dit parlouer aux bourgois^ 
ou au port de ces lettres pour eulx et à Gobert Gordier fils 
mineur d*ans de feu maîstre Jehan Cordier et de feue Gillette 
sa femme, à ses hoirs, successeurs et ayans cause ou temps 
avenir, ou au porteur de ces lettres pour lui. Les autres vint 
solz parisis et tout d'une mesme forme et condicion dorese» 
navant par chacun an à tousjours également par les quatre 
termes à Paris acoustumez, premier terme de paiement com» 
mençant à Pasques commençans prouchainement venans à 
chascun dlceulx termes quinze sols parisis dix solz parisis 
au dit Gobert. En et sur la ditte maison et lieu adeensé que 
ledit preneur, ainsi que dit est, sera tenu et promist tenir 
soustenir et maintenir en tel et si bon estât que les diz lx 9. p. 



56 EXTRAITS d'un REOISTBt IMPARFAIT 

de rente annuelle et perpétuelle y puissent à tousjours 
estre prtns et parceuz chaseun an, sans dechiet. Et par ceste 
présente prinse sont et demeurent toutes les lettres tant du 
dit parlouer comme dudit Gobert, iaisans mencion des rentes 
qu'ilz prenoient sur la dicle maison, mises au néant sinon et 
en tant que touche lesdiz quarante solz parisis de rente d'une 
part» et lesdiz vint solz parisis d'autre, et de Typotheque 
d*iceulx avecques lesdiz vint deux deniers maille parisis de 
fons de terre demourans en vertu. Promettant le dit preneur 
par son serment et par la foy de son corps pour ce baillée 
corporelment es makis desdiz notaires , ceste présente prinse 
eic» soubz l'obligacion etc. et rendre et paier etc. En tesmoing 
do ce etc. Fait l'an mil .cccc. vint sept, le samedi vi* jour de 
décembre 

Et signé Tsssoif et Gi^be^t, 
A la suite on trouve : 

>I0 DECEMBRE ^427. 

Lettres faisant mention de la renonciation faicte par Jehan 
Eappiout aux criées de la maison cy dessus decleirée, et de 
certaine opposition faicte ausdictes criées par raison de cer- 
taine rente qu'il disoit avoir droit de prendre sur la dicte 
maison. 

Autres lettres faisans mencion de la maison du Berceau 
assis en la rue de la Harpe, et comment Jaquette de Lannoy 
a esté condempnée par vertu de certain^ sentence envers le 
prevost des marchands et les eschevins, par deffault de garnir 
la dicte maison, pour certain droit de rente appartenant etc. 

A tous ceub qui ces lettres verront Symon Morbier cheva- 
lier seigneur de Villers, conseiller du roy nostre sire et garde 
de la preyosté de Paris. Gomme dès le moys d'aoust dérrenie» 
rement passé, les prevost des marcbans et eschevins'^de la ville 
de Paris eussent fait convenu et adjorner par devant nous ou 



DES ARCHIVES DU ROYAUME. 5^ 

Chasteliet de Paris Jaquette de Lannoy à certain jour lors 
ensuivant, et contre elle au dit jour fait, ou par leur conseil fait 
faire, leur demande, requeste et conclusions à la fin que ce sera 
plus à plain décléré cy après, de et sur ce que ilz disoient et 
proposoient estre vray que iceulx prévost des marcbans et 
eschevins de la ville de Paris, esdiz noms et à cause de la ditte 
ville, à bon et juste tiltre avoient droit estre, et estoient en 
bonne et sonffisant saisine et possession, tant par eulz esdiz 
noms, comme par leurs prédécesseurs et devanciers prévost et 
escbevins, et ceuls dont il es noms que dessus avoient cause 
en Geste partie d'avoir prendre et parcevoîr, par chascun an, 
aus quatre termes à Paris acoustumez , au moins une fois en 
Tan , huit livres dix solz parisis de rente annuelle et perpé- 
tuelle en et sur une maison ainsi et comme elle se comporte 
et ex tend de toutes pars, assize à Paris, en la rue de la Harpe 
en laquelle pend l'enseigne du Berseau, tenant d'une part à 
ung hostel où pend l'enseigne de la Marguerite, appartenant 
aux religieux abbé et couvent de Gligny, et d'autre part à 
l'hostel Guillaume Levavasseur, aboutissant par derrière à 
messire Phelippe de Ruilly trésorier du palais, en saisine et 
possession de gage etc. tendant et concluant par le procureur 
des diz prévost des marchans etc. et en conclusion a esté dit 
par ceste dicte sentence le droit de rente des diz prévost des 
marchans de la ditte ville, à cause d'icelle ville, et pour lequel 
droit de rente ils s'estoient et sont opposez aux criées sur ce 
faictes premier {précédent et avant constitué en et sur la ditte 
maison criée et avant le droit de rente de la ditte Jaquette etc. 
£q tesmoing de ce nous avons faict mettre à ces lettres le scel 
de la prévosté de Paris. Ce fut fait et prononcé en jugement 
au dit Chasteliet etc. le mardi xx!!!"" jour de novembre l'an 
de grâce mil cccc vingt huit« 

Ainsi signé Billard. 

A la suite, on trouve : 

Lettres attachées aux lettres de sentences cy dessus en 



58 EXTRAITS v'vSf BEGISTHE IMPAHFAIT, ETC. 
substance transcriptes, ces présentes lettres faisant meocion 
comment la dicte Jaquette a renoncé à tout le droit de rente, 
et autre quelconque, que elle avoit et pouvoit avoir, et de- 
mander en et sur la dicte maison criée, et comment elle a esté 
condempnée et despens fais et à faire en ceste poursuite. Ce 
fut fait Fan de grâce mil quatre cens vingt huit. 

Ainsi signé J. Billa&d. 

Lettres faisans mencion de quatre livres parisis de rente 
assizes sur une maison assise à Paris, en la rue du Palais du 
Terme, qui jadis fut et appartint à Pierre du Palais, où souloit 
pendre l'enseigne du Dieu^'Amours, et lequel hostel estoit 
demouré vuit et vague; et en tel point qu'ilz n'y avoient trouvé 
que galger; et pour ce, par vertu de previllege donné et ot- 
troyé au bourgois dcParis par feu le roy Phelîppe le Bel trans- 
cript ou vidimus des dictes ordonnances et previlleges, les 
prévost des marchans, et eschevins pour et ou nom de la dicte 
ville de Paris, firent mectre la dicte maison en criées, par vertu 
de leur dit previllege, laquelle leur fut et a esté adjugée par 
décret tout le droit que tous ceulx nommes et déclerez ou dit 
décret avoient et pouvoient avoir demander et requérir sur 
la d. maison etc. En tesmoing de oe nous avons fait mettre à 
ces lettres le soel de la prévosté de Paris. Ce fut fait et ad- 
jugé ou Chastelet de Paris le samedy ui* jour de janvier l'an 
mil quatre eens vint sept. Et estoient ainsi signé J. Dars. 



APPENDICE N« 7, 
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE 

L£ PALAIS DES THERMES 

ET L'HOTEL DE CLUNY. 



L'auteur le plus ancien qui fasse mention du palais des 
Thennes est Fortunat (Fortunati et ffrabmni Mauri Poemata^ 
cum notis^ Mogunti», 161 7 y in-49), dans une pièce de vers 
intitulée : De horio UlthrogotAonis ; il décrit les jardins du 
palais des Thermes. Le même auteur désigne ce palais dans 
un autre poëme sur le roi Charibert. 

Jean de Hauteville, moine de Saint- Alban, qui florissait à 
la fin du XII* siècle, auteur d'un poëme en neuf livres, mtX" 
(u\é JrcMtrenius (imprimé à Paris en 1517, in-4<^}, a donné 
une description assez étendue de Pancien palab des Ther- 
mes. Voir chap. viii du liv. IT : De jiuia in montis vertiee 
constituta. 

Le libraire Gorrozet qui, le premier, a essayé d'écrire l'his- 
toire des antiquités de Paris, parle d'une découverte qui eut 
lieu, en 1544, des aqueducs qui, du village d'Arcueil, condui- 
soient l'eau dans le palais des Thermes. F> 8, 'RP Des anti" 
qmieZf chroniques et singularitez de Paris, 1561, in-8o. 

Pierre de Sainct-Jullien de Balleure est le seul qui ait 
donné quelques détails sur la construction de l'hdtel de 



6o NOTE SUR LE PALAIS DES THERMES 

Gluny. Bien que ces détails fort courts aient été plusieurs foi^ 
cités , on me saura gré de les reproduire ici. • • « J'ai apprins 
de bonne part que frère Jaques ou doxn #aques d'Amboise 
evesque- de Glermont et abbé de Gluny, par un compte de 

trois années récent de son receveur cinquante mille 

angelots des despouilles d'Angleterre. Les quelles il employa 
à la réparation du coHege de Gluny situé entre les Jacobins 
et la porte Saint Michel à Paris : à Tediâcation et bastiment 
de fond en cime de la superbe et magnifique maison audit 
lieu, jadis appellée le Palais des Termes : assise entre la rue 
de la Harpe et la rue Saint Jaques près les Mathurins. . • • » 
(Meianges historiques et Recueils des diverses matières pour la 
pluspart paradoxalles et néant moins vrayes^ etc. par Pierre 
de Sainct-Julien , de la Maison de Balleure , doyen de Chalon 
etc, Lyon. h. d. lxxxviii. in-8. — - p. 98. ) 

Le père Jacques du Breul, dans son Théâtre des antiquités 
de Paris, Paris, 1612, in- 4°, ajoute quelques renseignements 
à ceux que donnent Gorrozet et Sainct- Julien 3 mais ces ren- 
seignements ont plutôt rapport à la fondation du collège de 
Gluny. Il cite Sainct-Jullien et donne l'explication du mot 
despouilles que j'ai souligné plus haut : « Il appelle des- 
pouilles ce que les autres nomment cottes mortes , qui sont 
les biens des religieux deceddez du dict ordre, des quels le 
seul abbé se dit héritier. » P. 619. 

Pierre Bonfons , dans les Antiquitez et choses plus remar^ 
quablesde Parist^ans, 1608, in-8^; Malingre, dans le volume 
in-folio publié en 1640 , sous le même titre , n'ajoutent rien 
aux détails donnés par Du Breul. 

Quant aux historiens modernes de la ville de Paris , Feli- 
bien, Lemaire, Brice, Piganiol de Laforce, Jaillot et plu- 
sieurs autres moins importants, ils n'ont fait que répéter ce 
qu'avaient dit Gorrozet et Du Breul. 

Dulaure , tome P% p. 142 et suivantes de son Histoire de 
Paris (édit. de 1825,in-12), a consacré un article assez long 
au palais des Thermes et aux jardins qui en dépendaient. 

Plusieurs savants des xvii' et xviii* siècles ont aussi parlé 



ET t^HÔfKLDS GLtJlfV. 6l 

dans leurs ouvrages du palais de$ Thermes et des ruinés qui 
sont encore debout. Je dterâi : 

Bernard de Montfaucon, AnHquîté expliquée^ t. III, p. 2 1 1 • 

Dom Mabillon, De re dipiomatica^ dans le livre consacré 
aux anciennes maisons de plaisance de nos rois , pp. 809 et 
seq. 

Adrien de Valois, dans sa. dissertation : De BasUicii quag 
primi Francorum reges condiderunt. 

Et dans l'introduction de son ouvrage inlfèulé \ Notiiïa 
Galliarum^ etc. 

De Caylus, t. II, p. 373 de son Recueil d'antiquités égyp^ 
tienneSy étrusques^ grecques^ romaines et gauloises. Paris, 
1762-1767,7 vol. in-4«; 

Bonamjy Mémoire sur la célébrité et l'étendue de Paris 
avant les ravages des Normands, dans les Mémoires de VAca^' 
demie des Inscriptions et Belles^ Lettre s, t. XV de Tédit. 
in-40, t. XXIV de Tédit. in- 12. ^ 

Quatremère de Quincy, Dictionnaire historique d'architec- 
turCf au mot Thermes, 

Plusieurs ouvrages modernes ont été consacrés au palais 
des Thermes et à Thôtel de Cluny; en voici Tindication : 

Notice sur P hôtel de Cluny et sur le palais des Thermes ^ 
avec des notes sur la culture des arts, principalement dans 
lesxy^ etuYil siècles, Paris, 1834, in -8^ (par M. Dusomme- 
rard.) 

Le même ouvrage a été reproduit avec des augmentations 
et forme le tome P' de : les Jrts au moyen^âge en ce qui con- 
cerne principalement le palais Romain de Paris, l'hôtel de 
Clunx issu de ses ruines, et les objets é^art de la collection 
classée dans cet hôtel. Paris , 1838, in-S^, 4 vol. et atlas in- 
folio. 

Notice historique sur les Thermes et l'hôtel de Cluny, Paris, 
Belin-Leprieur, 1841, 10 vol. in«12 de 122 pages. 

Chambre des députés, session de 1843, séance du 26 mai : 
Projet de loi pour l'acquisition de Phôtel de Cluny et de la 
collection de feu M, Dusommerard^ précédé de Pexposé des 



6% HOTE SUR IiS 9.khkl% DIS THBRMES, ETC. 

moiifi prétenté par M. iê mimistte feeréÊÊire d'ÉM mm éépmr* 
tementde l'intérieur; broch. iii-9<» de 4 pag« 
^€hambre des députés, session de I848, séance du 17 juin : 
Rapport /ait au nom de la commission chargée de Vesuumen du 
projet de loi relatif à un crédit esstraordinaire de 690,000 /r* 
pour t acquisition de l'hôtel de Cluny et de la collection defem 
Dusommerard, par M, Jragq; broch. io-So de 30 pag^ 

Chambre des pairs, séance du 4 juillet 1849 1 Pr^fci de 
loi relatif à fgcquisition de l'kdtei de CUmy eideia coUec^ 
tion de feu M. Dusommerard; broch. in-8<* de 4 pag« 
't Chambre des pairs, séance du 15 juillet \%^%x Rapport fait 
à la Chambre par M» le baron de Barante , au nom d'une 
commission spéciale chargée de l'exmmen du prqfet de loi 
relatif à t acquisition de P hôtel de Cluny et de Im coUectiort de 
feu M. Dusommerard; broch. in-S'' de 16 pag. 
\ Musée des Thermes et de rhétel de Clurty, Notice. Paria» 
h6tel de Cluny, 1844, in-18. 



OBSERVATIONS 

M» b'euaim 
DE LA LEGENDE DU SAINT GRAAL 

PiiT ■. M WÊABTONBBf 



En présentant les observations suivantes, nous 
n'avons été dirigé ni par le goût d'ube polémi- 
que étrangère à nos habitudes, ni par aucune 
inimitié, aucune rivalité personnelle ; nous avons 
simplement eu pour but de rectifier diverses as-^ 
sertions qui ont été dernièrement produites tou- 
chant la célèbre tradition du Saint Graal, assertions 
qui nous paraissent erronées. Nous avons pensé 
qu*il était du devoir de tout ami de la vérité et de 
la saibe érudition, de Combattre à leiir origine des 
opinions mal fondées qui, si elles demeuraient sans 
contradicteur 9 pourraient être ensuite acceptées 
de confiance par ceux qui sont peu versés dans ce 
gebré d'études. 

Dans le préambule de sa Légende de la Croix 
(Univers^ 8 août i843), M. Didrob avait (ait du 
bineus: Saint Graal des romanciers d'abord Un 
hassinj puis définitivement un calice. Il affirmait 
en outre qye les BrelQM aimeot topii les épopées 



G4 OBSERVAflONS 

des poêles champenois qui ont pour objet ce 
saint graal. Ces deux assertions , jetées dans un 
journal quotidien, nous avaient paru mériter d'ê- 
tre au moins discutées ; cependant, si leur auteur 
n'avait pas» par une publication postérieure et 
pour ainsi dire revêtue du sceau de l'autorité 
( Iconographie chrétienne ^ Histoire de Dieu ^ ), 
pris une haute position dans la science historique 
des monuments, nous aurions gardé le silence. 
Aujourd'hui nous ne pouvons laisser ériger en loi 
un tel système; nous demandons la permission de 
venir nous inscrire contre cette double proposi- 
tion à peine modifiée par la note ( i^ §, p. 277 ) 
sur le Christ en croix, les pieds posés sur un ca- 
lice où doit couler son sang , monument figuré 
p. a79, pi. 68, et dont on cite d'autres exemples 
dans le § â delà même note. 

Icil'auteur dit d'abord moins hardiment : t Qu V/ 
c est probable que ce calice est le graal si célèbre 
c dans nos romans du moyen-âge, et à la recher- 
c che duquel Perceval consacre une vie traversée 
« de mille aventures étranges. » 

Plus loin M. D. ne se sert plus guère que du 
mot de coupe, et il a raison, quant à ces monu- 
ments figurés, d'abandonner l'expression de bas* 
sin dont il s'était servi dans son article précité. 
Du reste» il persiste non-seulement à.transformer 
ces coupes en graals, mais à faire d'une tradition 

(1) Instmçtiçn dueomiié hislorique des wnonumenîSf iii-4^ 



SUn hH LÉCENDF. I>U .^AlNT GRA\t. 65 

commune à la chrétîentë, une donnée poétique 
exclusivement française et même champenoise^ 
que les Bretons auraient empruntée à nos poètes. 

Nous avions déjà manifesté notre intention à ce 
sujet, et nous disions, lorsque parut l'article de 
VUnivers : t< Tout le monde sait bien qu'un même 
objet ne peut pas être à la fois deux choses tout à 
fait différentes , telles qu'un calice ou un vase à 
boire y et un bassin ou une écuelle^ ou plat à mart- 
ger.n Ainsi, lorsqu'on avait qualifié là même le 
saint graal de bassin de matière commune, cela 
pouvait être vrai, s'il s'agissait réellement du sa^ 
cro catino en verre vert*, pris par Tignorance du 
moyen-âge pour un bassin d'émeraude *, et dont 
la matière véritable fut facilement reconnue «à 
Paris par nos savants. Mais la tradition disait un 
vase précieux^ ^ et jusqu'à nos jours l'opinion avait 
été d'accord avec elle. 

Là-dessus M. D. ajoutait : c Ce vase, dans le- 
c quel Jésus, à la cène et pendant laf consécra- 
« tion, changea le vin en son sang^ fut un centre 
c d'aventures extraordinaires très compliquées et 
c qui ont engendré tout un cycle d'épopées que 

(1) V. notice sur le vase que Ton conservait à Gènes sou 
le nom de Santo-eaUno^ par MUHn, 1807, in^*^, et Dissertation 
sur le mot graal on gréai ^ par RoquefortrG/o«r».<^ ia langue 
/oiîMMie, t !•% p. 702-706, 

(2) Le riche vaisseau smaragdm, (Annales de Louis Xll.) 

(3) Sctttelia lata forte argenteavel de aKft pretiosâmateriâ. 
{Eélin. Hist.) • . 

XVIII. S 



66 OBSEEVATIONS 

c nous possédons encore. » (Art. de Y Univers^ 
sup. cit.) 

11 paraissait d'abord difficile de supposer que 
notre Seigneur se fût servi d'un bassin pour of- 
frir à boire à ses disciples. Suivant les plus an- 
ciennes légendes ^ au conlpaire^ I9 saint graal 
était Vécuelle {paropfiis\ ou le vaisseau largeet peu 
profond dans lequel^ on croyait que Jésus -€hrist 
avait mangé l'agneau pascal avec . ^ux ^ . Aussi 
m. D. en avait bientôt fait un caliœ dans l'article 
àeVUniyers et dans sa note précitée de l'/co/io- 
graphie; il commence par dire : Il est probable 
que ce calice est le graal^ etc. 

« Plusieurs crucifiements, ajoutait-il (article de 
,€V Univers)^ peints et sculptés, montrent le 
4 GhriA posant les pied$ sur un calice où coule 
c le saDg 4e la victime céleste. Ce calice est le 
c graal^ à la recherche duquel Perceval consaora 
• une^.'vie traversée de çirille çiventures étranges. 
« Josepïi d'Arimathie, le juif converti, recueillit 
c d^ns le graal le sang qui coula des plaies de 

(I) De'catino flfo vel paropsidè in quo Dominas caenavit 
cùmdîscipu'IisdOis. Gradalis autem vel grûdcdeAlciinr scutella 
lata et aiiquantulum profunda {Helin, Hist.) in quâ pretiosae 
dapesy-énm suojure^ divisibur soient apponiiet dicitar no- 
vme 'graal. {Id.^ib^^.Bisioir^.âa Snint Graal, manuscrit de 
)a Bîbliothèquardyaie^ 6769^.. Eom. du Saint Graal f manuscrit 
de rÉgl. de Paris, 7 ; Dutens, Tabk généoL XUl^ et surtout 
vlk belleDIssertation^de M. P. Paris, sur le caractère, l'époque 
.de composition^ lès atiteurs et lesr imitations des romans en 
prose de la T, R.« Manuscrits fr^^ t« I» 190*174^ 



SUR LA tliGENDE DU SAINT GRAAL. 67 

• Jésus; puis par la suite des cvëneirients , le 
c mystérieux calice passa en Gaule, en France, où 
« il devint le sujet de nombreuses et très-longues 
t épopées. » 

Arrétons*nous ici pour remarquer que l'on ne 
parle pas de l'Angleterre, où jusqu'ici nous avions 
cru qu'était placé ce centre d'épopées fabuleuses 
connu sous le nom de Table-Ronde, et que, par 
conséquent, des Anglais seuls avaient intérêt à in*^ 
venter et à propager. 

« Quant au ^â^a/ que nous avons possédé quel* 
c que temps" à Paris, sous Napoléon ( de 1809 à 
t 1 81 5, /co/i. chrét.)f il est revenu à Gènes, où il 
c est précieusement gardé sous le nom de sacro 
«r catino. » 

Mais si legraal des romanciers est justement le 
même que le sacro catino, ce dont nous avons' 
des raisons de doutet , attendu que rien n'indi- 
que qu'il ait dû figurer sur la table du roi Arthus^. 
c'est toujours un bassin ou une écuelle^ ce n'est 
donc pas une coupe où thi calice. ' 

Il est vrai que,' dans une note subséquente de 
Y Univers et dans le paragraphe a de celle de VIcû^ 
nographie, citant quelques exemples de ces t^U*> 
cifiemenis du desipèrsonnâges reçoivent dansdes 
coupes d'or le sang de Jésus-Christ, rauteUM 
ajoute que de ces diverses coupes est sortï le* 
graai. Sans aller jusqu'à Gênes, on pouria'd^a-' 
bord se convaincre, par la figure jointe à la (lis* 
serlation de MilUoi que le saçro catiifô n'i^st riién 



68 • OBSERVATIONS 

moins qu'une coupe. Au reste, M. D., la décrivant 
lui-même, note de V Iconographie citée, indique 
sa forme hexagonale, munie de deux anses, et d'un 
mètre i5 centimètres de circonférence. 

Il y a plus : le type de ces crucifiements où des 
personnages reçoivent dans des coupes le sang 
du Sauveur se trouve dans des monuments bien 
plus anciens que les vitraux où nous le voyons re- 
produit. La sculpture en ivoire du xi^ siècle, gra-* 
vée dans V Iconographie, ne montre qu'un calice 
posé aux pieds du crucifix. Des monuments by- 
zantins représentent des anges approchant des 
calices des plaies du Sauveur*. L'origine de 
ces représentations pieuses se trouve dans cette 
pensée, que le sang de notre Seigneur était trop 
précieux pour qu'il fût laissé tomber sur la terre. 
La même pensée avait présidé, comme nous le 
verrons pins tard, à la légende du Saint Graal 
proprement dite. Il s'y joignait déplus la comme* 
moration de la Cène. C'est pourtant dans les re- 
présentations de crucifiements ( faites en France 
aux xiii'' et xvi* siècles) qu'est, suivsmt la doctrine 
que nous combattons a le germe de ces épopées 
dont le graal est l'objet *. » 

Ainsi ^l'art aurait précédé la poésie, et la re- 
présentation figurée les pieuses légendes. Nous 
ne le croyons pas, parce que le contraire est dé- 
montra par les faits, et nous avons pour nous 

(1) y. Gori, Thésaurus veter. diptych.^ t. III. 

(2) Note ûeVlcon. chréi,^ § 2 et art. cit. 



SUtt LA. LÉGENDE DU SAINT GRAAL. 69 

Tauteur lui-même. « Le graal, a-t-il dit plus haut, 
c est né dans les livres apocryphes qui sont tous 
« d'origine asiatique ou grecque, s^ ( /co/i.,§ i, et 
Univ.j loc. cit. ) 

C'est en effet dans la tradition très pieuse sur la 
Passion dont nous avons déjà parlé, que les ar- 
tistes ont pu secondairement puiser le sujet de 
ces compositions, dont Gori {Thés, vet.dipt.^ 1. 111, 
p. ii6) donne un exemple cité par M. D. à 
l'appui de sa proposition contraire. Mais nous ne 
voyons pas un rapport bien exact entre ces cru- 
cifiements^ dont on peut voir l'analogue, sinon 
pour la figure, du moins pour le sujet, à Saint- 
£tienne-du-*Mont, et la légende même du Saint 
Graal^ telle que la suppose une interprétation 
un peu large de l'évangile apocryphe de Nico- 
dème *. 

Car, seloti Dutens, Millin et Roquefort, et 
d'après la légende ici même invoquée , le saint 
graal ou gréai était une écuelle ou plat de ma- 
tière précieuse, qui servit à notre Seigneur à 
faire la Cène avec ses apôtres, et que Jésus-Christ 

(1) Cap. XIV et XV. Cad. apocryph., N. ï. ap. Fabrîc. — 
/i., ap.Thilo. Cod. apocryphe Ifovi Testam,^ cap. xi. 

(3) Jeta Sanetorum, 17 m^rt., t. II. Au surplus^ la raison 
de la différence est toute simple; le calice servit à recueillir 
par la main des anges, selon les raonuments, le sang qui cou- 
lait des plaies de Jésus expirant sur la croiX| comme le bassin 
servit à un usage postérieur à celui auquel il avait été em- 
ployé dans la Cène. 



70 OBSERVATIONS. 

était supposé avoir rapportée pleine de son sang 
à Joseph d'Arimathie, dans sa prison. 

Les textes français sur lesquels, à défaut de 
la légende originale^ ces auteurs se sont appuyés 
sont connus de tout le monde et, peut-être fe- 
rions-nous bien de ne pas les citer de nouveau. 
Tous se résument en peu de mots: c'est que 
Joseph d'ArimathiCi après avoir pris le vase dans 
lequel Jésus et les apôtres avaient mangé et s'en 
être servi pour recueillir le sang des plaies divi- 
neS| aurait emporté ce vase chez lui, etc. Nous 
verrons ce qu'il en fit plus tard. Mais quel était 
ce vase ? Ici nous laisserons parier les vieu& ro* 
manciet's normands qui ont paraphrasé Gautier 
iMap : . 

% Et quant Joseph vint en la maison, si demanda 
le lieu où il ( Dieu ) avoit mangié. Et on li mons- 
tra un lieu ou on mengoit à chief de fors et plus 
haut estage de la maison. Illuesques trouva Joseph 
rescuèle où li fieux Dieu avoit mengiet. Si le 
prist et l'emporta à sa maison, et si le mit el plus 
net Hu qu'i] trouva. » {Rom. du Saint Graal, ms, 
B. R. 6769, fol. 5, v% col. a.) 

ail trouva Vescuèle où le fieux Dieu avoit 
mengié, si s'en sésist, etc., et celé escuèle est 
appelée lesaintgraal. » (lie même, ms. de l* Eglise 
de Paris^ n. 7, fol. 4> v*, col. a.) «Si le coucha en 
uû sépulcre que il avoit fait trenchier en une 
roche où il méismes devoit être rois à sa mort. Et 
puis ala querre tescuète à sa maison. Et revint 



SUR LA hiGEJUDf, DU SA.1NT GAAAL. Jl 

anchois et reqaelll les goules del saoc^ tant 
comme il pot et les mist dedens tescuèle. Et puis 
Tenporta à m^isoUfVescuèle p tout le sauc.» (Ms«. 
6769^ sup. city foi., réct^ col. i. ) 

Ces récits sont conformes, sauf la désignation 
spéciale du vase, à celui de Robert de Lincoln^ 
cité par Math. Paris.. {Jp^ acta sanctor. tvii 
Mart. Jos. Arim.j § i^5.). 

c Lavit corpus illud... ipsamque aquani loturœ 
« rubicundam et sanguine mixtam et tinctam^ 
c non projiciendam, excepit in vasemundissimo, 
c reverentius tamen ipsu m puruin sanguinem à 
« vulneribus manuum. el pedum. distillatuto : 
c maximo autem timoré et honore ipsum sangui-*^ 
• nem cum aquà qu^m çensuit praacordialem à 
c latere dextro féliciter eliquatum et çxpressum 
« in vase reoepit nobilissimo, lanquam thesaurum 
« impretiabilem, sibi et successoribussuis sjiiecia- 
c liter reservandum. » A Ténuméi^tioD de ce que 
ce vase sacré eut à contenir^ qui ne voit qu'il 
fallait pour cela non un calice^ mais un bassim 
d'assez grande dimension, tel^ par exemple^ quq le . 
sacro catinOy et non pas la coupe et le calice eip- 
ployés dans les crucifiements ^ 

En effet, c'est toujours Fescuèle ou le bassin 
qu'on entend par le saint graaL Lorsqu'en puni- 

(1) Jouyenet) dans sa Descente de Croix ^ a placé un bassin 
d'airain sur le premier plan du tableau. Sauf la matière , ce 
vase est encore conforme à la tradition religieuse la plus an- 
cienne. 



ja OBSERVATIONS 

tion 4e l'ensevelissement du Sauveur, Joseph 
était enfermé dans un cachot pour y mourir de 
faim, « li sires por qui il souffri celle dolor ne le 
vot oublier. Anchois s'en vint au plus tost com il 
pot à lui. Puisqu'il se fu partis del sepulchre, et 
ci aporta Pescuèle qu'il avoit mis en sauf pour 
confort.» (Ms. 6769, zup. cit., fol. 6, v%col. i'*.) 

<c Sire, que ferai-je de vostre escuèle que je 
« vauroie que elle fust moult celée? Et la vois li 
« dit : Ne t'esmaïer de fescuèUy car quant tu venras 
« en ta maison, tu le trpveras en tel Heu ou tu Ta* 
« voies autrefois mise, quand jeu l'aportai chez 
« chi dedens« » (Ms. 6769, sup.cit., fol. 8^ r% 
col. 1"). 

« Ne jà n'enporteras nul avoir fors m' escuèle. 9 
( Ibid., V"., col. i**.) 

€ Enfin Joseph, délivré après ving-lrois ans de 
captivité ' par l'empereur Vespasien, qui avait été 
guéri par une iouailleque M ariel'Egyptienne avoit 
gardée depuis le crucifiement, et où éioit portraite 
la figure DameDeUy après qu'il s'en étoit essuyé, 
Joseph convertit soixante-cinq de ses parents. 
« Et quant il furent tout baptisié, si s'en issirent 
€ hors de Jérusalem, et tornèrent vers en France, 
« ensi corne nostre sires li avoit comandé. Et 
tf quant il vinrent à Brehaigne^, si comencha à 

(1) Dans l'évangile de ISficodème, sa captivité est beaucoup 
plus courte, mais il s*étoit évadé. {V, cap. xii^ ap. Thilo., 
t. !•% p. 605.) 

(2) Erreur du copiste pour Bretaigne. 



r 



SUR hk LÉGENDE DU SAINT GRAAL. 73 

ccavesprer. ■ (Fol. 9, r*., col. i"*.) «Alant laissa 
Joseph à parler, et estèrent tant qu'il \inrent au 
bois qui estoit à une lieue près de Bretaigne, etc., 
si apela nostre sires, et li dit à Joseph : « Et an- 

• chois que tu départes de ces bois feras tu à ma 
c escuèle une huche, en quoi tu le porteras ca - 

• senu jour Et quant tu voudras parler à moi, 

< tu ouverras Tarche , si que tous sens voies 

• Tarce et Pescuèle apertement, nais je voel que 
« nus ne touche à fescuèle^ fors tu et tes fiex.» 
(Fol. 9, r*., col. a). 

Nousavons suiyi l*escuèle^ legraûl^usqn'en An- 
gleterre. Nous rappellerons plus loin les passages 
de Lancelot du Lac et de Perceforest, cités par 
Roquefort et confirmant cette tradition. 

Nous devons toutefois rechercher comment une 
définition, pour ainsi dire négative, du Lancelot, 
a pu induire sur ce point en erreur. < Le saint 
• graalf y est^il dit, est le même que le vaisseau 
t en forme de calice qui n'estoit de métail^ ny de 
t bois, ny de corne, ny d'os, et dans lequel fut 
« mis le sang de nostre Seigneur. ■ {Rom. de 
Lancel^ t. II, fol. 5i, v^, col. a; -4/?. Roquef. 
Glùss.^ p. 704 ). Mais on sait que Lancelot du Lac 
a été composé plus tard. Ajoutons que M. Le Roux 
de Lincy, dçms la rédaction qu'il a donnée de la 
légende du Saint Graal {Essai sur Vabbaye de 
Fécamp, chap. iv, p. 107-108), dit en propres 
termes que Joseph d'Arimathie « se rendit dans 
t la maison où le Sauveur célébra la Cène et qu'il 



^4 OBSERVATiONS 

«s'empara du vase dans lequel ce divin maitre 
*«avoît bu. Ayant obtenu de Pilale le corps de 
a Jésus ^ Joseph le détacha de la croix, et lavant 
(c toutes ses plaies, il recueillit, dans le vase qui 
« servit à Jésus , le sang qui couloit de son 
a corps, etc. » 

Comme M, deLincy l'annonce {Préface^ p. ix), 
il a suivi la version du Saint Graal, rédigée en 
dialecte picard (n. 8188), qu'il considère comme 
la plus complète et l'une des plus anciennes. 
Mais cette rédaction, sauf meilleur avis, est au 
contraire moderne, relativement à celle du 0.6769 
de Robert de Borron, que nous avons principale- 
ment suivie, et que M. P. Paris regarde coaune le 
texte le moins développé et sans doute le plus 
rapproché de la composition originale* {Mss. fr.y 
t. I, p. Ida.) 

La tradition reproduite plus d'un siècle après 
dans le roman de Perceforest est également con- 
formeau plusancien \.e\\.eàuSaintGr{iaL9L0saint 
« graxil, le méesme que le sainct vessel dont on lit 
« icyl'hystoire^lesdouze apostresy avoient mengié 
a l'aignel le jeudi absolu, et il fust conservé en 
« Angleterre dans une tour bastie exprès à Coi^ 
« beniey. » {Percef.y t* vi, fpl. iao,.v%col. a.) 

Enfin, en i5oa, c'était encore le Saint Graal^ 
ce c'est assavoir le précieux plat auquel nostre- 
« Seignor Jhésuschrist mangea avecques sesapos-* 
« très le jour de sa Cène, qu'on montroit à Gènes 
c à Louis XIL » {Cronicques de Jehan d'Auton\ 



SUR LA LÉGCÏTDB DU SàlNT GRAÀL. 7$ 

et qu'on y peut voir encore. Notre rédaction est 
donc celle qui cadre le mieux a\ec la légende de 
Nicodènie^ avec le monument cru longtemps au- 
thentique dont nous venons de parler encore, 
avec toutes les désignations latines , françaises et 
italiennes du vase dont il s'agit. 

Cen est assez sur cette proposition. Il est temps 
d^en venir à l'origine et au développement des 
épopées champenoises ' . 

Patriotisme à part, il faudrait pourtant distin* 
guer. La légende primitive du Saint Graal, c'est-- 
à-dire du sang conservé par Joseph d'Arimathiet, 
n'est pas originairement plus bretonne que firan* 
çaise. Elle semble avoir appartenu en commun & 
tous les chrétiens, puisqu'elle est en germe dans 
TEvangile apocryphe qui a paraphrasé l'Ëvangtle 
authentique sous ce rapport. C'est un fait certain, 
comme le remarque notre confrère M. Le Roux 

(1) « On dit que la fable de ces épopées sort de la Bretagne, 
« il n'en est rien. Les apocryphes d*abord, puis les monuments 
« figurés, enfin les épopées de nos poètes champenois ; voilà 
« où Ton a puisé. » (Axt. de VUrUv, cit.) « Enfin les épopées 
« de nos poètes champenois et picards , voilà où les Bretons 
« ont puisé à pleines mains ce qu'ovs a tort d'appeler leurs in- 
« ventions.» (Note de Vlcon,^ § %.) « Les Bretons, s'ils sont 
« pour quelquecàose là-dedans^ se sont contentés de copier et 
« n'ont rien inventée » (C/ai/V., loc. cit.) « C'est en France, dans 
« la Champagne ^ à Troyes, que les événements dont il(\e graal) 
« est l'objet se sont développés sous la plume de nos poètes, 
« et c'est à la France que les Bretons ont emprunté ce beau 
• sujet. » (t/wiV. et Icon, chréi,^ § I*'.) 



^6 ODSBAVÀTIONS 

de Liûcy {Essai sur Vabb. de Fécampj cbap. iv, 
p. 104)9 qu'il a existé d'anciennes légendes 
latines empruntées à l'évangile de Nicodème, et 
qu'il n'y a rien d* impossible à ce que ces légendes 
aient été écrites dès le vu' siècle. Qu'une de ces 
légendes ait été conservée par un ermite breton 
au via' siècle, c'est ce que le témoignage d'Héli- 
nand, admis par Baie* et par Tanner^, ne per- 
met guère de révoquer en doute. Bien avant eux, 
Grégoire de Tours avait puisé dans cet évangile 
apocryphe^ les passages relatifs à Joseph d'Arima- 
thie, dont l'enlèvement du sang n'est qu'une 
conséquence. Le partage du précieux sang entre 
Joseph et Nicodème dérive de la même source, 
tel qu'il est rapporté dans Matthieu Paris ^ C'est 
sur ce partage qu'est fondée la légende latine de 
l'abbaye de Fécamp, également antérieure au xir 
siècle ^. Dans celle-*ci, c'est Nicodème qui, en en- 
sevelissant Jésus-Christ, eut soin de recueillir du 
sang de ses plaies dans une fiole qu'il laissa en 
mourant à son neveu Isaac. Celui-ci fit un 

(1) ScriptorMlustr. major. Brit. Cataiog.y 1. 1, p. 61, cent, X, 
ap. Le R. deL.,p. 102, 

(2)£iblioth. BriL Hibemica^ ib..^ 103. 

(3) Evang. Nicod, ap, Thilo,^ cap. xi, p. SOT. 

(4) Et cum rccessissent Joseph et Nicodemua, partit! sunt 
inter se liquores memoratos. (Mattft, Paris y ap. Act. sanct., 
§ 6, loc. cit.) 

(5) Légende du précieux sang. Ms. B. R. 7ô95«, n" 23 
et 24. Neustria pioy p. 256. V. au surplus rexcellenl ouvrage 
de M. Le Roux de Lincv. 



SUR LA LÉGENDE t)U SAINT GRAAL. 57 

voyage dans les Gaules, passa par le pays des 
Calètes^ et enterra son trésor au pied d'un figuier. 

Une tradition moins merveilleuse avait cours 
en Flandre. Thierry d'Alsace avait rapporté de la 
troisième croisade une partie du sang de notre 
Seigneur que Joseph d'Arimathie et Nicodème 
avaient tiré de Féponge avec laquelle ils lavèrent 
le corps au pied de la croix. Cette relique, gardée 
dans les caveaux du Saint-Sépulcre^ fut donnée au 
comte de Flandre par le patriarche de Jérusalem, 
en reconnaissance de ses services. Thierry la dé- 
posa dans la chapelle de Saint-Basile, à Bruges. 
{Foy. Urredius, Meyer, Sanderus, etc.) 

La relique semblable que possédait Henri III, 
roi d'Angleterre, venait aussi directement de la 
Palestine 1; et peut-être à une époque où les ro- 
mans de la Table-Ronde étaient dans ce pays une 
poésie nationale, ce fragment servit-il à consoler 
les Anglais de la perte de leur fameux graal; car 
tout cela n'était pas le saint graal proprement dit. 
Mais quant au voyage de Joseph d'Arimathie en An- 
gleterre avec son fils, si les boUandistes semblent 
avec peu de raison en attribuer la première in- 
vention à Tauteur des Gestes du roi Artus *, il 

(1) Magister enim TeinpU, etc., miserant quamdam por- 
ttonem sanguinis Dominici, in quodam vase crystallino ve- 
Qusdssiaio, etc. (Matth. Paris, Bût. anglJ) 

(a) Joseph ab Arimathœa nobilem decuricoem cum fiJio 
suo Josephe et alîjs pluribus in majorem Britanniam quae 
nunc Anglia dicta est venisse, et ibidem vitam finisse testalur 



^8 . OBSERVATIOirS 

faut reconnaître avec M. Paris * que le livre du 
Saint Graal destine à servir d'introduction aux 
histoires de la Table-Ronde, fut rédige par Robert 
de Borron, d'après une composition latine origi^ 
nale et bien antérieure, que Hélinand attribue à 
un ermite, mais qu'il dit n'avoir pu seprocurer ^.a 
Cette composition résultait de la combinaison 
des récits épiques ou lyriques chantés par les 
Bretons cambriens et armoricains, avec les apocry- 
phes cités plus haut. Or tout le monde sait que, 
dès le commencement du xif siècle, Gautier Map 
avait emprunté à la Bretagne armoricaine le Bruiy 
Brenhined que Geoffroy de Monmoutfa traduisit 
bientôt en latin , et d'où sont sortis les romans 
du Brut^ du Roi Artus, etc. (Et comme Geoffroy 
était Gallois, il est probable qu'il put lut-méroe 
recourir à des traditions directes pour compléter 
son ouvrage. Rien de tout cela n'existait pour les 
poètes champenois. "E^Xv^ilntroduction (o metrical 
romances)^ Turner (Quarterfy Rei^.^Jan. 1820), 
de La Rue (Bardes armoricains)^ Warton, annoté 
par Douce et Ritson, Ginguené {Hist. litt. dlt)j 
Roquefort {Not. sur Marie de France) , ce der- 

liber de gesds inclyti régis Arturi , in inqaisitione cujusdam 
militîs dicd Lancelotdu Lac^ facta per socios Rotundae Tabulas. 
(A.ct. sanct., loc. cit., § 9#) 

(1) Mss.fr. de la Bibl. du roi, t. I•^ p. 12Î. ^ Histoire 
iranslalét d« Uiîii en françois, édit. de 1516, fol. lxxxiii 
elcxv. 



SUR LA Ll^GENDB DU SAINT GRAAL. 79 

nier s'appuyant sur l'abbé de La Rue, avaient déjà 
pressenti les sources où ce vieil auteur avait pu 
puiser^ sources purement bretonnes et non pas 
autres. Aussi quand nous entendions dire autour 
de nous il y a six ans : « M. Fauriel a montré que 
les romans carlovingiens et ceux de la Table» 
Ronde avaient une origine méridionale, et qu'en 
remontant à leurs sources on arrivai ta des sources 
provençales^^ » nous répondions : « INi les uns ni 
les autres » . Comme nous l'avions écrit plusieurs 
années auparavant dans les mémoires de la So- 
ciété *, si la littérature romane du nord n'était 
pas copiée sur la littérature provençale^ la pre- 
mière ne devait pas davantage à la seconde ses 
traditions légendaires. Quant aux poèmes cheva- 
leresques perfectionnés, la simultanéité paraissait 
évidente, loin que la question d'antériorité fût 
résolue, comme le prétendait M. Fauriel, en fa« 
veur du midi. Il fallait même dire que la mise en 
œuvre de la plupart des sujets carlovingiens ap* 
partenait aux trouvères, parce que chez eux des 
traditions de la race septentrionale conquérante 
étaient religieusement conservées, et qu'ainsi que 
nous ne cesserons de le répéter, ce n'est point 
aux vaincus qu'il convient de célébrer leur défaite. 
Mais il faut être ju^te pour tous. L'origine des 
romans de la Table-Ronde, sagement rapportée 

(1) M. Ampère, Beviie des. Deux-Mondes^ 1839. 
(5) T, I«, nouv, série, p. aOO, De la langue d'ail et de la 
langue itoe. 



8o OBSRftVAtîOI^S 

par Tabbé de La Rue et les autres auteurs cités 
aux anciennes traditions de TArmorique et du 
pays de Galles, ne peut plus faire l'ombre d'un 
doute pour ce qui concerne ce dernier pays, de- 
puis qu'une savante dame anglaise, lady Guest, a 
publié sa collection d'anciens manuscrits de la 
littérature galloise, tirés du ms. d'Oxford, le Liseré 
rouge d'Hergest^. On retrouve, en effet, dans ces 
légendes les paladins d'Arthur qui deviendront 
Perceval, Lancelot et Gauvain des romanciers. 
Voilà du moins le germe des récits artkurieris 
que, suivant l'expression de M. Alb. Schulz % les 
Français ont appris à connaître par les narrateurs 
bretons, et que, par conséquent, ceux-ci n'ont pu 
leur emprunter. Voilà ces récils développés en 
latin et incorporés à la pieuse légende du graal 
d'après Geoffroy de Monmouth, écrivain gallois, 
imités, amplifiés si l'on veut encore par les frères 
Borron en prose française avant la fin du x' siècle, 
modifiés aussi dans des poèmes en vers octosyl* 
labiques par Ghrestien de Troyes et consorts. Ainsi 
donc, faits, personnages, écrits originaux, tout est 
cambrien ou breton, rien n'est français. Les pre- 
miers traducteurs sont-ils français? Pas tout à 
fait encore. Us sont du moins non pas cham- 
penois, mais bien anglo-normands. Enfin, de tous 

(1) The Mabinogion from the Lhyfr Goch o Hergest, and 
other anctent Welsch manuscrits. Lond.^ 1888-1 843 , 2 yol, 
in-8*. 

(2) Sources gaéliques du cycle de la Table-Ronde. 



SUR Là liGfiNDK DU SAINT GRAAL* 8l 

ces poètes champenois, que nous reste*t*ilniain< 
tenant? Un seul : Chrestien de Troyes qui, sui 
ces traductions en prose, rima des épisodes du 
grand cycle de la Table- Ronde, sous le titre 
d'Urec et à'Enide, de la Charrette, de Perceval 
etpeut-être aussi de Tristan. D'ailleurs ce dernier 
sujet, qui n'a qu'un rapport assez éloigné avec le 
graal, avait été rattaché à la fiction générale de 
Geoffroy de Monmouth, soit par Rusticien de 
Pise, soit par Luce du Gast, son traducteur ou 
pseudo-traducteur, selon l'opinion de W. Scott % 
rapportée par notre confrère, M. Depping 2. N'im- 
porte, ce n'est paslà encore une épopée française. 
Au surplus, l'illustre Écossais pense que Thomas 
d'Erceldoune, qui l'a traité, l'a tiré directement des 
légendes de Cornouailles, et que, d'après cette 
imitation, un poêteanglo-normand en fit un poème 
français, opinion que nous ne partageons pas, 
sauf le respect dû à la mémoire du savant anti* 
quaire '. 

Pour le Triturel de Guiot de Provins , autre 
poète champenois qui vivait encore au xiii^ siè- 
cle, et qui a inspiré Wolfram d'Eschenbach, Min* 

(1) F. Lettre à l'auteur de VÉtat de la poésie dans les xv? 
et xiii^ siècles^ AppencL, p» 471-72« 

(S) M. T>eip^\x^^ Lettre sur le romande Tristan ^résvaaé de 
k dissertation de Walter Scott, en tête de sir Tristam, et 
Metrical romance^ etc., Edimb.^ 1806, in-8<». {Ib,^ 471-70.)j|i 

(3) M. Ampère n'adopte pas cette opinion, mais il «yance 
que Thomas avait èxàpréeédépar les Prot'ençemw. £t la preuve? 
(R£9ue française^ t. VIII.) 

XVIII. 6 



8d OBSERVATIONS 

nesingêrj son contemporain ^j et sans doute aussi 
Geoffroy de Strasbourg, il est bien impossible que 
non -seulement les Bretons, mais même les ro- 
manciers anglo- normands lui aient emprunté 
le Saint Graal. Au reste le Triturai français est 
perdu. 

Tout cela n'empêche pas M. D. de s'écrier : « II 
eD est du Groo/et de toute$ les épopée du moyen- 
âge comme du style ogival. Le système gothique 
est né en France, en Picardie, dans rHe-de-France 
et en Champagne; c'est de là qu'il est allé en An* 
gleterre, en Suède, en Allemagne, en Italie et en 
Espagne. » Le style ogival ou gothique n'étant pas 
de notre sujet, nous laisserons à l'auteur de la Dis^ 
sertation sur la cathédrale de CotUanees^ le soin 
de réclamer, à ses risques et périls, au nom de la 
Normandie dont on ne parle pas ici* 

Quant a l'assimilation du saint graal avec le 
gothique, pour ce qui concerne la primauté ab- 
solue, nous nions absolument. Si au mot épopées 
on ajoutait earlonngiemies^ on aurait pleinement 
raison; mais ce n'est pas de celles-là qu'il est ici 
question. Dans les romans auxqueb la tradition 

(1) Ce roman mystique, que Ton a em à tortd*origi&eproven- 
çale» c'est-à'dire qu'un troubadour iaeomitt aurait alambiqué 
la donnée bretonne du Saint Graal (/^ Téd. de Magdeb., 1841 , 
par M. Alb. Schuitz), est prédsément une de ces fictions par 
lesquelles Chrestien de Troyes et Guiot de Provins ont déna- 
t«ré'on défiguré la donnée du Saint Graal. 

{^)Mim. de to iSoc, des Antiquaires deSértnandie^ 3* série, 
t.U. 



SUR LA L1ÊGERDB DIT SAINT GBAAL. 83 

da gràal sert de base et qu'on rima par émula-* 
tion avec les chatisons de geste, il y a mélange de 
cette légende, universelle comme nous l'avons vu, 
avec les Iradiltons locales purement bretonnes. 
Soit que ce mélange remonte à Tépoque de Mer« 
lin y c'est*à«dire au vi* aiede, soit qu'il n*ait été 
consommé qu'au viu% lorsque des auteurs ecclé- 
siastiques voulurent en quelque sorte sanctifier) 
par de pieux anachronismes, la mémoire des hé- 
ros bretons^ il est hors de doute que ces légendes 
galloises aient existé bien avant que la poésie fran- 
çaise s'en fût emparée. C'est ainsi qu'on les retrouve 
dans les histoires fabuleuses que GeoHro; de 
Monmouth composait en latin tout au commen- 
cement du xn* siècle, d'où le Normand Wace tira 
plus tard le roman de Brut en vers ^j les frères 
Borron leurs romans en prose; et enfin, en troi- 
sième lieu, Chrestien de Troyes ces épisodes ou 
fragments auxquels on accorde libéralement le 
nom à* épopées, et que d'ailleurs Chrestien ni au- 
cun autre poète champenois n'a créés et mis au 
monde d'un seuljet.(^ n'est donc pas en France, 
dans la Champagne, à Troyes enfin, que les événe* 
ments dont le^oa/ est l'objet, se sont originaire^ 
ment développés aous la plume de nos poètes; car 
ils ont été traités d'abord par des écrivains anglo» 
normands. Ce n'est pas en France qu'ils se sont 
passés, car ils sont censés avoir été accomplis en 

(1) F. le rotnao de Bmt^ publié par M. Le Roux de Liocy. 
(3) Histoire de V Abbaye de Péeamp^ par le même. ' ' ' 



84 OBSERVATIOHS 

ÀDgleterre; ce n'est pas davantage à la France 
que les Bretons ont emprunté ce beau sujet : ceux* 
ci mêmes auraient commencé à glorifier ainsi leur 
nation. Les Français ont été obligés de les copier 
à cet égard. 

Ce cycle d épopées que nous possédons encore, 
engendré par le saint graal^ où est-il donc? dans 
les poèmes français sur la Table-Ronde , soit. 

Mais d'abord Chrestien de Troycs, qui écrivait 
dans la dernière moitié du xii* siècle, n'est pas in« 
contestablementy comme Font cru bien des litté- 
rateurs, depuis Faucbet jusqu'à Van Praêt, l'auteur 
de la version Txméedn Saint Grcuiî^ dont un frag^ 
ment d'environ quatre cents vers existe à la Biblio- 
thèque royale, n* 1987, ol. 1^740, fonds Saint-Ger- 
main. Feu Raynouard en avait douté, M. de Lincy 
l'affirme, M. F. Michel, qui a publié ce fragment ', 
n'a pu rien trouver qui lui permit d'en indiquer 
l'auteur. Et quand ce serait Chrestien de Troyes, 
quid indè? 

On peut ne pas adopter l'opinion, d'ailleursassez 
probable, émise par M. dekVillemarqué *, savoir 
que le bassin magique des druides est devenu le 
vase qui renfermait le sang du Sauveur, le saint 
gr/^aa/ de Joseph d'Arimathie» Il n'en est pas moins 
vrai que la tradition bretonne est bien antérieure 
à répoque où Chrestien de Troyes s'est emparé du 

(l)]^rdeaux, 1841. 

(2) Conits populaires des onciens M retons» lotrod., p* 3, 
p. 161. 



SUR LA LiGIHDB DU SÀIlfT GtikkL. 85 

sujet de Percevalj pour versifier ses aventures, et 
qu'il s'agissait encore là d'un bassin, et non pas 
d'une coupe oo d'un calice quelconques, tels qu'il 
apluàChrestien d'en user. 

C'est bien assez pour la France d'avoir eu la 
gloire de populariser en Europe les romans de la 
Table-Bonde^ sans ravir à l'Angleterre l'honneur 
d'avoir ajusté la légende chrétienne aux fables 
galloises et armoricaines. Oui, l'on peut bien affir- 
mer que, sans les Borron , les Guiot et les Cfares- 
tien de Troyes, jamais ni Godefroy de Strasbourg, 
ni Wolfram d'Eschenbach, ni les nombreux poètes 
italiens n'eussent d'eux-mêmes transporté dans 
leurs idiomes des rédts empruntés aux peuplades 
celtiques qui couvrirent les deux Bretagnes. 

Lorsque les Mirmesingers, lorsque les poètes 
italiens écrivirent, le mélange des fables bre«* 
tonnes et des légendes religieuses était non-seu- 
lement consommé, mais devenu une propriété 
européenne du moment qu'il avait été traité par 
les prosateurs et les rimeurs français. C'est ainsi 
que les auteurs des ReaU di Francia empruntèrent 
leurs héros à nos chansons de geste, et fournirent 
ensuite à Boiardo et à l'Arioste le sujet de leurs 
compositions. 

Enfin, pour cequi concerne les poètes champe- 
nois, avant Guiot de Provins , Chrestien est le 
seul que nous connaissions comme le versifica- 
teur de quelques épisodes de la Table-Ronde, tels 
que Percevais la Charrette^ Tristan^ si l'on veut, 



86 OBSBEViiTIfmS 

et le roman d'Brec^ fiU de Lancelot du Lacy dont 
il a peiM-iètre été l'inventeur* Ce n'est pas à lai^ 
disons-nous, qu'on attribue maintenant le Smnt 
Graal, imité de Robert de Borron. Quelque poète 
cbampenois anonyme peut bien en être l'auteur; 
mais dans tous ces ouvrages rien d'original^ rien 
de natif, si ce n'est les détails du style. 

En résumé, la tradition religieuse du sang du 
crucifix recueilli pendant la Passion est r^ro* 
duite principalement dans des monuments d'art. 
L'autre tradition du sang conservé au moment 
qui précède l'embaumement est consacrée, comme 
conséquence naturelle du récit apocryphe ,par les 
monuments les plus anciens et les plus originaux. 
Cest par le fait même des poètes français posté-» 
rieurs qu'elles ont cessé d'être parallèles et qu'on 
les a confondues. Toutes deux ont leur source 
dans la vénération profonde qu'inspirait aux pre* 
miers chrétiens le mystère de la Rédemption, vé* 
nération qui s'est traduite de deux manières jus^ 
qu'à nos jours. A la seconde s'est mêlé le souve- 
nir de la Cène, caractérisée par la Table-Aonde 
sur laquelle devait être posée Fécuelle où notre Sei« 
gneur avait mangé l'agneau emblématique. Dans 
tous les cas, la dernière a été mise en ceuvre pour 
la première fois du vni* au xii* siècle par des écri- 
vains anglais pour la gloire particulière de leur 
nation. Rien donc n'autorise à dire que les Bre- 
tons aient emprunté à la France ce beau sujet 
de poésie qu'ils ont d'ailleurs illustré, on en con» 



SUR LA LteBRDB OU SAINT GRAAL. 87 

viendra volontiers. Si plus tard ces deux légendes 
ont été confondues, c'est longtemps après la ré* 
daction des légœd?« primitives et des romans 
bretons, et surtout lorsque toutes lei^ notions re- 
ligieuses et historiques, venant à s'altérer 8ous 
le pinoeau de& enlumineurs, devaient aeoréditer 
pour l'avenir des erreurs singulières ^, contraires 
même à la croyance qu'obtenait encore le saint 
graal ou ^acA>ca<i/io en original conservé à Gènes. 

(1) Une miDiature du xv« siècle, signalée à notre atteution 
par notre confrère M. Duchalais, ajoute au calice placé au 
pied d'un crucifix le mot graai. La confusion complète semble 
dater de cette époque, et l'on compraed qu*uu pareil monu- 
ment d'art, pas plus que les vitraux, n'a pu inspirer les roman. 
ciers da sti* sjMe. 



RAPPORT 

SUR UNE FOUILLE 

FAITE LE 20 SErTEMMlE 1843 

DAirs 

UNE TOMBELLE DE LA PAROISSE DE CROZON 

DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE. 
Par M. iw FRÉHINTILLE, aifoelé t 



Le village de Locmarc'h est situé à l'extrémité 
occidentale de la péninsule de Crozon, à une lieue 
et demie de ce bourg, et à peu de distance^éHine 
anse abritée au nord et au sud par des capes éle- 
vés, et bordée d'une belle plage de sable demi-cir- 
culaire dont Faccès est facile aux embarcations. 
C'est à cent toises ou deux cents mètres environ 
de ce rivage que sur un terrain sablonneux s'éle* 
vait une tombelle de trente pieds de hauteur. Au 
mois de mars i843, à la suite de violentes tem- 
pêtes, le vent ayant balayé presque en entier cette 
éminence, formée seulement d'un sable fin et lé- 



RAPPORT S0R UNE FOUILLe/eTG. 89 

ger, mit à déoouvert plusieurs squelettes humains 
bien conservés, quoique la grande légèreté et Tex- 
trême siccité de leurs os accusât une haute ancien- 
neté. 

Aucun souvenir, aucune tradition n'avait con- 
servé chez les habitants des environs la mémoire 
d'aucune inhumation faite en cet endroit; et la 
découverteexcita d'autant plus la curiosité, qu'une 
médaille romaine fut trouvée parmi ces débris. 

Cette médaille de bronze, qui n'avait pas plus 
de cinq à six millimètres de diamètre, fut mise 
entre mes mains. Elle représentait d'un côté une 
tête casquée entourée du mot m a as, très lisible- 
ment écrit; sur le revers on voyait la louve allai- 
tant Romulus et Rémus. 

Telle fut la découverte. 

L^attention du ministère en fut excitée, et afin 
d'éclaircir des faits qui paraissaient intéresser éga- 
lement l'archéologie et l'histoire, il donna des or^ 
dres aux autorités du département du Finistère 
pour que des recherches et des fouilles fussent 
pratiquées sous les yeux et sous la direction d'une 
commission spéciale. Les membres de cette corn-* 
mission, nommés par M. le sous-préfet de l'arron- 
dissement de Ghàteaulin, furent MM. Mercier, 
curé de Brest, Guyot et G]ievreul, capitaines 
d'artillerie, Tourbiez, ingénieur des ponts et 
chaussées, et moi. 

Sur l'invrtation de M. le sous-préfer, la com- 



go RAPPORT SUR UNE FOUILLÉ 

mission s'est réunie sur le lieu même le ao sep- 
tembre au matin. Un grand nombre de travailleurs 
y étaient rassemblés ; les travaux^ immédiatement 
commencés, ont été continués pendant la journée 
entière avec tout le soin et les précautions néces- 
saires. 

Je vais mettre sous les yeux de la Société un 
récit sommaire de cette fouille, et j'y joindrai mes 
observations personnelles. 

La fouille, dirigée un peu ati-des^us de la base 
de la tombelle, qui pouvait avoir quatorze mètres 
de diamètre, nous a d'abord fait découvrir, à une 
profondeur de six décimètres, un grand nombre 
de squelettes humains rangés en lignes parallèles 
et serrées. Mais ces corps ne se trouvaient pour- 
tant pas précisément à. la file l'un de l'autre; ils 
étaient disposés un peu obliquement et de ma- 
nière que la tête de chacun ^e trouvait placée à 
côté des genoux de celui qui le précédait. Cette 
disposition remarquable avait été prise évidem* 
ment dans le but de placer le plus grand noml>re 
de cadavres possibles dans un espace de peu d'é- 
tendue. Tous ces squelettes, àl'exceptioQd'un seul 
dont nous reparlerons ci-après^ étaient étendus sur 
ledos et dans toute leur longueur, les bras allongés 
de chaque côté du corps et les mains se réunis* 
sant sur la partie inférieure du ventre* Mais une 
particularité bien singulière et que je ne sache 
pas avoir été observée ailleurs, c'est qu'afin de leur 



r 



FAITE DANS UKE TOHBBLLE. 9 1 

maintenir la tête en haut et le visage comme dirigé 
vers le ciel, on l'avait assujettie entre deux grosses 
pierres plates^ placées de chaque côté contre les 
tempes. Les pieds étaient aussi assujettis entre 
deux pierres, mais de moindres dimensions. 

Ces squelettes, d'après l'examen des os et des 
dents , ont été reconnus pour avoir appartenu, 
en général, à des hommes de vingt à trente ans. 
Quelques-uns néan moins accusaient l'âge de quinze 
k dix-huit ans, ou de sept à douze. Ces derniers 
étaient spécialement rassemblés vers l'extrémité 
est de la sépulture. Parmi tant de débris humains, . 
f ai cherché à reconnaître s'il en existait qui pus*- 
sent avoir appartenu au sexe féminin : je n'ai 
trouvé qu'un seul squelette dans lequel l'évasé- 
ment des os du bassin m'a paru assez prononcé 
pour que j'aie pu leconsidérer comme celui d'une 
femme ; pourtant j'avouerai qu'il faudrait peut- 
être un œil plus exercé que le mien en matières 
anatomiques pour prononcer ici une affirmative 
absolue. 

Des squelettes de vieillards très âgés, puisque 
les alvéoles de leurs mâchoires étaient tout à fait 
oblitérés, ont été aussi reconnus, mais en très 
petit nombre. 

Il est important de faire observer aussi que les 
têtes de tous les squelettes étaient constamment 
dirigées vers l'occident. Us paraissent, au reste, 
avoir été déposés à nu dans le sable, sans aucune 
espèce de cercueil ou de sarcophage. 



gU RAPPORT SUR UXf £ FOUILLE 

Nous avons dit que parmi ces corps éteadus sur 
le dos, il s'en est trouvé un qui avait été posé sur 
le ventre et le visage en bas; c'était celui d'un 
homme dans la force de l'âge; mais son crâne 
nous présenta une particularité bien e&traordi* 
naire : il avait, à la partie postérieure du sinciput, 
une ouverture parfaitement circulaire, du diamè^ 
tre d'une pièce de cinq francs. La netteté des 
bords de cette ouverture, leur égalité ne permet- 
tent pas de s'arrêter à l'idée d'une fracture faite 
par suite d'un choc violent qui aurait brisé le 
crâne. Il est bien difficile d'expliquer comment a 
pu être faite cette trouée aussi régulière que si elle 
était due au trépan, instrument et opération assu- 
rément inconnus des anciens ^ 

£n mettant à découvert tous ces antiques cada- 
vres, nous avons trouvé une seuie petite médaille 
romaine à l'effigie de l'empereur Tétricus. Sa tête 
à longue barbe, et ornée de la couronne radiale, 
y était parfaitement représentée et bien conser- 
vée avec la légende ordinaire f mp. tktricvs. âu 
revers était une figure en pied, mais très fruste, 
avec la légende suivante: ex votomilitvm. 

Tout contre le point où reposaient tant de dé- 
bris humains, mais du côté du nord, on a mis à 

(1) Ayant rapporté cette tête à Brest, où je i ai déposée dans 
le cabinet d'anatomîe de l'hôpital de la marine, mon savant 
amî, le docteur Quoy, premier mcdociu en chef de la marine, 
l'a examinée, et m'a dit que l'ouverture qu'elle présentait était 
l'elfet d'une maladie des os que l'on appelle nécrose. 



FAITE DANS UNE TOMBÈLLK. g3 

découvert une construction en grosses pierres 
brutes , reliées ensemble avec une argile bleuâtre 
semblable à de la terre à modeler et encore sus- 
ceptîblede se pétrir sous les doigts. Cette construc- 
tion formait une enceinte ayant la figure d'un pa- 
rallélogramme de huit mètres de longueur de l'est à 
Fouest) sur cinq de largeur du nord au sud. Ses 
murs, dont la fondation reposait encore sur du 
sabie^n'avaient qu'un mètre de hauteur sur qua- 
tre ou cinq décimètres d'épaisseur ; on ne peut 
présumer si elle a été jadis plus élevée. Elle pré- 
sente sur son coté méridional trois espèces de 
redans faisant saillie à l'intérieur. Nous avons 
cru remarquer qu'une ouverture de soixante cen- 
timètres avait été ménagée du côté occidental. 

Au nord de cette enceinte on n'a plus trouvé de 
squelettes ni d'ossements. 

A cinquante ou soixante mètres de la tombelle, 
on a trouvé y presque à fleur du sol, une grande 
quantité de fragments de poterie. II y en avait de 
trois natures différentes : les premiers , et en petit 
nombre, étaient d'une pâte très fine, enduite de 
ce vernis rouge qui caractérise les belles poteries 
romaines; les seconds étaient d'une pâte rougeâ» 
tre, plus grossière et sans vernis; les troisièmes 
enfin et les plus abondants étaient de cette pâte 
grise d'argile mêlée de sable et de beaucoup de 
graviers quartzeux bien reconnue pour apparte- 
nir à )a céramique celtique. Nous avons décou* 
vert Picore: à petite distance du charbon en assez 



94 RAH>0|lT SUR UNE FOmtXîC 

grande quantité , des fragnient& de briques calci- 
péesy quelques morceaux de scories ferrugineuses 
ou màcbefer qui ne nous laissent pas douter qu'il 
n'y ait eu jadis sur cet emplacement quelques four- 
neaux ou forges. 

À. cent mètres au sud de la tombelle et du côté 
qui regarde le rivage de l'anse de Locmarc'h ^ nous 
avons reconnu un alignement de très gros blocs 
de pierre qui nous ont semblé les restes d'un re- 
tranchement ; nous avons pu voir encore qu'il se 
dirigeait nord et sud, puis est et ouest, comme 
s'il eût été destiné à enclore tout l'emplacement 
du lieu de nos rec^herches. Tous ces résultats 
m'ont porté à conclure qu'il avait existé jadis sur 
ce point un poste militaire, une sorte di oppidum 
ou de camp retranché destiné principalement à 
défendre l'accès de la baie de Locmarc'h où le dé- 
barquement est d'ailleurs très facile, et qu^enfin 
les squelettes exhumés dans l'enceinte de cet op^ 
pidum étaient ceux de ses habitants. 

A soixante mètres au sud du point des sépul«« 
tures, nous avons reconnu la base d'une enceinte 
circulaire en pierres brutes et maçonnerie sèche^ 
ayant un diamètre de quinze mètres. Cette en- 
ceinte, qui âe trouve comprise dans le retranche* 
ment carré de Voppidum , était probablement le 
lieu consacré aux cérémonies religieuses; c'était 
une sorte de cromlec'h perfectionné. 

Le nom de cet endroit et du village qui l'avoi- 
sAneme oonfirme encore dans le sentiment que je 



FAtTB Dans DUE TomvÈvLn^ 95 

viens d'exprimer, Loèmarc'h, contraction de Loc- 
marec'h, signifiant, encelto»-breton, le lieu desca^ 
f^â/ie/;r ) c'est-à-dire des guerriers, des militaires. 

Mais à quelle nation appartenaient les défen- 
seurs de cet oppidum , à quelle époque étaient-*ils 
établis en ce lieu , et enfin pourquoi leurs corps 
étaieni41s ensevelis en grand nombre et pressés 
dans un espace tellement circonscrit ? Voilà ce 
que Ton se demande et ce qu'il ne me parait pas 
facile d'expliquer. Toutefois nous allons essayer 
de le faire, sinon d'une manière absolue, du moins 
conjecturale, et en tirant nos inductions des 
faits eux-mêmes. Nous examinerons successive- 
ment ces trois quêtions : 

i"" Les squellettes humains, les constructions 
et autres objets antiques découverts dans les sa- 
bles de Locmarc'h, appartiennent-ils à l'époque 
chrétienne? 

SI* Appartiennent-ils à l'époque romaine, c'est- 
à-dire aux Romains pendant le temps où ils eurent 
des établissements dans l'Armorique? 

3* Sont-'ils dus aux Armoricains eux-mêmes, 
aux habitants indigènes de la contrée ? 

La première de ces questions sera facilement 
écartée; rien, dans les sépultures dont il s'agit, ne 
porte le caractère des inhumations chrétiennes : la 
manière dont les squelettes y sont étroitement 
pressés les uns contre les autres , la direction con- 
stante de leurs têtes vers l'occident» t^indis qu'au 
contraire celle dea cadavres chrétiens des anciens^ 



96 RAPPORT SUR niCE FOUILLE 

tombeaux est dirigée du c6té de Torient , Tab- 
sence de toute espèce de cercueil y tout cela prouve 
ëvidemment que ces ossements appartiennent à 
une peuplade païenne. 

La seconde question est plus embarrassante : 
les Romains ont effectivement eu quelques établis* 
sements militaires^ quelques postes retranchés 
dans la Basse-Bretagne, depuis l'an 44^ environ 
jusqu'à l'an 5oo. Ils en ont eu même un bien con- 
staté, assez près du boui^ de Grozon, au lieu 
appelé encore aujourd'hui Kerromen, où nous en 
avons reconnu les vestiges ; des fragments de po- 
teries et deux médailles romaines ont été trouvés 
parmi les sépultures de Locmarc'h ou dans le voi- 
sinage. Il n'en fautpasdavantage pour porter bien 
des personnes à se persuader que ces sépultures et 
les autres vestiges qui les accompagnent sont ro- 
mains. D'ailleurs , une prévention beaucoup trop 
générale porte une foule d'observateurs super- 
ficiels à attribuer à cette nation célèbre tout ce 
qui, même sur notre sol, parait d'une antiquité 
reculée. 

Mais ici on remarquera que la construction car- 
rée qui touche aux sépultures dont il s'agit n'a 
rien de romain. Elle est formée de pierres brutes 
et informes grossièrement appareillées, liées seu- 
lement par un peu de terre glaise. De semblables 
ouvrages ne se sont jamais trouvés dans les édi- 
fices romains où on remarque au contraire, miétiie 
dans les plus simples , une grande perfection de 



FAITE DANS UNE TOMBELIÉ. 97 

traTail ; les pierres an sont exactement équarries 
et taillées en cubes, appareillées avec soin el ma- 
çonnées avec un ciment dont la solidité et la dti- 
reté sont presque passées en proverbe. 

Les vestiges de retranchements que nous avons 
observés sont encore plus massifs et plus gros- 
siers. 

Dans tous les endroits destinés par les Romain^ 
à des funérailles, ils déposaient des médailles en 
quantité, et on les y trouve encore aujourd'hui en 
très grand nombre. Ici deux seulement ont été 
rencontrées, et leur présence en cet endroit n'est 
peut-être due qu'au hasard. 

L'expérience a démontré pareillement que, dans 
toutes les stations romaines , les fouilles ont fait 
trouver, outre les médailles, des anneaux, des ba« 
gués , des stylets à écrire , des débris de colliers , 
de lampes, etc., et une foule d'autres menus us- 
tensiles dont pas un seul n'a été découvert parmi 
les squelettes de Locmarc'h. 

Je ne crois donc pas .que les débris antiques 
qui nous occupent puissent être attribués aux Ro- 
mains. 

Il me reste à répondre à la troisième question, 
et ici j'avoue que je penche pour l'af&rmative et 
que je crois que ces débris appartiennent aux 
peuples indigènes, aux Gelto-Bretons. Les con- 
structions en pierre sont tout à fait dans le genre 
du petit nombre de celles que ce peuple érigeait. 
La forme carrée que semble avoir eue la grande 
XVIII. 7 



9$ Bàf PQRt StJA tJK£ FOGlLLE^ 

enceinte extérieure de cette station appâitient 
aussi beaucoup plus à la castramétation des Celtes 
qu a celle des Romains, dont les camps retrao* 
elles étaient ordinairement de figure circulaire ou 
ovale. 

Deux; médailles seulement^ ^t cpielques frag'^ 
ments de poteries romaines , se sont trouvés en 
ce liau^ à la vérité; mais il n'est pals surprenant 
que; c^s objets aient pu se rencontrer entre les 
mains ' des indigènes ^ qui pouvaient les avoir 
reçus des Romains , c^uxroi ayant occupé pen* 
dant une grande partie du v^ siècle divers points 
de ce pays. 

. La situntjion des squelettes de Locmaro'li est 
aussi en rapport avec ce que nous oOnnaissons des 
sépultures ce^ques, pu jies exhumations failes 
soit dans des tombelles , soit dans d'autres mo« 
numents funéraires, nous ont fréquemment of- 
fert les cadavres réunis et pressés en assez grand 
nombre , et généralement déposés à mi , ou tout 
au plus entre quatre pierres plates. 

.On se demande actuellement par quelle cir* 
constance ceux dont les cadavres ont été exhumés 
pai* nous à Locmarc'h ont pu être mis à mort tous 
à la fois, enterrés tout ensemble dans un espace 
peu étendu et où on les a pressés si étroitement 
les uns auprès des autres. Vordre dans lequel on 
Les a placés, le soin et Tarraugement qu'on y a 
miS|Semblenten effet démontrer qu'ils ont tous été 
inhumés dans un même jouri ou du moins dans 



PXtflR DANS tlWE TÔMfeÈlLË. 99 

Tespacè de (}(iëlques jours. Le peu cTéten- 
due du terrain qu'ils occupent est encore une 
chose à considérer à Tappui de ce sentiment. Il 
faut donc qu'ils aient été réunis ainsi sur un 
même point et en même temps par suite de quel- 
que subite catastrophe. Essayons d'expliquer ces 
faits par defs conjectures qui, si elles ne peuvent 
pas être matériellement prouvées, paraîtront, je 
trois, vraisemblables. 

Oîî saitquedanslesiv* et v* siècles, des pirates 
danois et frisons faisaient de fréquentes descentes 
sur les côtes de TArmorique, où ils venaient sac* 
cager les habitations^ massacrer les habitants, ou 
les réduire à Tétat d'esclaves et enlever les trou- 
peaux. Les invasions multipliées de ces barbares 
mirent les Armoricains dans l'obligation de se 
tenir dans une vigilance continuelle, et de mettre 
en état de défense tous les points accessibles de 
leurs cètes, tous ceux qui présentaient à 'ennemi 
un lieu de débarquement facile et un abri pour 
les vaisseaux, tels que les baies, anses et embou- 
chures de rivières. Nous voyons encore aujour- 
d'hui en Basse-Bretagne, sur la plupart de ces 
localités, de noml>reux vestiges de ces antiques 
fortifications ou postes militaires retranchés, des- 
tinés à s'oppos#r aux agressions des audacieux 
pirates du Nord. 

L'ansedeLocmarc'hleur présentait un point de 
débarquement qui réunissait pour eux les con- 
ditions désirables et leur offrait l^ccès facile de 



lOO RAPPORT SUR UNE FOUILLE 

toute la péninsule de Crozon \ contrée qui devait 
exciter leur cupidité, car on ne peut douter que 
dans ces temps reculés cette presqu'île ne fût ha- 
bitée par une peuplade riche et puissante, si l'on 
en juge par le nombre et la grandeur des monu- 
ments celtiques de toute espèce dont elle est 
encore couverte. Les Danois et les Frisons devaient 
donc faire dans cette anse des tentatives multi- 
pliées d'invasion, et, de l'autre part, les habitants 
du pays ont dû réunir tous leurs efforts pour s'y 
opposer ; c'est sans doute dans ce but qu'ils éle- 
vèrent Voppidum dont nous avons retrouvé les 
ruines. 

Actuellement je pense qu'au milieu de quelque 
nuit les pirates auront pu débarquer silenoieu* 
semen t dans l'anse, surprendre l'oppidum celtique, 
le saccager et le détruire après avoir tué ceux qui 
l'habitaient. Après la retraite de l'ennemi, les ha- 
bitants des lieux circonvoisins seront venus re- 
cueillir les corps de leurs compatriotes massacrés, 
les auront réunis au centre du lieu même de la 
conflagration 9 puis religieusement enterrés selon 
leurs rites et usages particuliers et en élevant une 
tombelle sur leur sépulture. La présence de sque- 
lettes de femmes et d'enfants unis à ceux des 
combattants ne repousse point oette ^hypothèse ; 
on sait que dans les temps de guerre ou dans 
un moment de danger, chez les nations celtiques, 

(1) Cette péninsule se trouve resserrée entre la baie de 
Brest et celle de Doiiarnrnez. 



FAITE DANS UJN £ TOMBELLE. 1 1 

les habitants du pays de tout sexe et de tout âge 
abandonnaient leurs habitations dispersées dans 
la campagne, et venaient se réfugier dans un oppi- 
dum à leur portée. 

On peut évaluer à quatre-vingts ou cent le nom- 
bre des corps ainsi réunis sous la tombelle de 
Locmarc'h. Nous avons dit que tous y étaient 
éteodus sur le dos, à l'exception d'un seul qui 
était couché sur le ventre et par conséquent le 
visage tourné en bas. Cette circonstance est d'au- 
tant plus digne d'être remarquée, que bien cer- 
tainement eU^ n'est pas due au has^d. IN'aurait-on 
pas voulu ici flétrir par cette position humiliante 
le corps et la mémoire d'un lâche, d'un poltron 
qui n'aurait pas fait son devoir pendant le com- 
bat ? Cette explication me parait d'autant plus na- 
turelle que ks Germaius, peuple aussi d'origine 
celtique, en usaient ainsi eu pareil cas, et que cet 
usage se retrouva même chez les Francs pendant 
le regarde nos rois mérovingiens. 

A l'égard delà construction carrée immédiate, 
ment adjaceiite à la tombelie^ nous n'entrepren- 
drons pas d'^pliquer quelle fut sa destination ; 
elle priante trop p0u de sîgues caractéristique? 
pour que nous puissions le faire d'une manière 
satisfaisante, et nous laisserons sur son sujet le 
(^amp libre aux conjectures et aux spéculations 
des autres aniiquaires« / 



OBSERVATIONS 
L'ÉCOLE DES GERMANISTES 

A L'OCCASION DES TEAVAUX DE il. KGBlflGS WARTER 

GONCERNANT 

LES ORIGINES oeUfAIlHlOES DO AIMHT €IVa ffRANCAift. 



Le mouvement imprimé depuis vin^^inq ans 
aux. études historiques a produit, sans contredit, 
de grands résultats; mais il était difficile qu'il 
n'entraînât pas au delà du but que tousPs'efïbi^ 
çaient d'atteindre quelquesmns' des hommes 
laborieux qui s'élançaient dans la earrîèra. Par^ 
mi les écrivains ntùris par de fortes étudepet qui 
détruisaient de vieilles erreurs, il se plaça d'ar^ 
dents novateurs aussi sincères da&s leurs con<« 
victiôns, mais que devaient égarer: les sédueliaaa 
du paradoxe. Peut«-etr«f nous lrouvera«tH>n un peu 
téméraire, si nous nous përm«t]^oiie* de> rangnr 
parmi ces derniers les historiens qui ont entre- 
pris de démontrer que la civilisation et les lois 



OBSERYATIOVS^ ETC. Io3 

modernes découlent moins des lois et de la eivi* 
lisatic»! romaine que des codesr et des mœurs des 
peuples germains. Ces hiistoriens ont fom^ Vét 
cole des Oermanistes^ par opposition aux autres 
qu'ils ont appelé^ Romanistes. L'école des geiv 
manistes, bien nouvelle encore, n'est oepend^nt 
pas sans gloire. Parmi ses chefs, elle compte Gans, 
Rosshirt, Philipps, Tûrk, Crabbe, Beseler; mais 
leurs ouvrages, écrits dans des langues étrangères^ 
n'ont pas été traduits dans la nôtre,et leurs idées ne 
se sont guère propagées quede Tautre côté du Rhin : 
Klimrath, dont la vie fut trop courte, a, dans quel- 
ques études (sur les coutumes notamment), %on^ 
levé un instant en France l'étendard des germa* 
nistes. Un autre écrivain, M. Kœnigswarter, vient 
de l'arborer hautement. On annonce enfin qu'une 
traduction de l'ouvrage de Gans sur le Droit de 
succession dans ses rapports avec V histoire géné^ 
raie est à la veille de paraître - . Si cette traduction 
n'a point pour résultat de populariser en France 
les opinions des germanistes, elle ne saurait man- 
quer du nicâns d'appeler la controverse sur un ter* 
rain encore nouveau. Il n'est donc pas sans oppor* 

(1) La paf de de cet onvrage qui concerne la France vient 
d'être publiée sous le titre suivant : Histoire du droit de suc^ 
cession en FntmdB tmmioffen-^ge^ pur. Edouard Gan»; traduite 
ta fran^is par L* de Xoméiiie, prQQédée.d'une Notice sur la 
vie et les ouvrages de Gans, par M. Saint-Marc Girardin, in- 13 
de U feuilles et demie. A Paris^ ches Moquet et chez Ohal- 
lamel. t » .. V 



104 OA5£RVATION$ 

limité aujourd'hui d'euminer avec un peu d'at- 
tention les travaux de M. Kœnigswarter, que l'on 
peut considérer comme les avant-coureurs d'une 
doctrine naissante et destinée sans doute à laisser 
dans l'histoire de la science quelques traces de 
son passage* 

Depuis plusieurs années M. Kœnigswarter s'est 
livré à d'intéressantes recherches sur les origines 
germaniques du droit civil français. Il avait déjà 
posé quelques assises de l'édifice qu'il se proposait 
d'élever % lorsqu'il s'arrêta tout à coup et revint 
sur ses pas, comme pour réparer unouhli. Procé- 
dant aiors logiquementyil commença par former, à 
laide d'une judicieuse critique, la bibliothèque où 
il devait trouver ensuite réunies les sources de 
notre droit civil. Les éléments celtique et romain 
y tiennent une étroite place ; l'élément germa- 
nique en occupe une plus large ; enfin il en con- 
sacre une plus grande encore aux anciens monu- 
ments de notre droit coutumier ^ 

Les travaux de M. Kœnigswarter, publiés dans 
la Revue de législation et dej urisprudence^ for- 
ment une série de six articles, où il a rapproché 
des lois germaines la plupart de nos lois actuelles 
sur la constitution de la famille, la naissance et la 

(1) Reme de légùlaiion^ t. XiV, p/3e. Études historiques 
sur le droit cml français. De V Etude historique du droit civil 
en France. 

(2) Même Repue ^ t. XVI, p. 165. Sources et monuments pour 

l'histoire du droit civil français^ 



SUR l'École j^bs geruanist£5. io5 

viabilité des enfants, l'autorité paternelle, la légiti- 
mation, radoption, la majorité, Téniancipation, 
la tutelle % les fiançailles, le mariage et le régime 
des biens entre époux ^. Deux derniers articles 
ont été consacrés à des rapprochements semblables 
sur les successions testamentaires et parentelaires, 
sur la distinction des biens eu égard au droit d'hé- 
rédité, les privilèges d'ainesse et de masculinité, 
le retrait successoral, la saisine héréditaire, les 
institutions contractuelles et les donations entre 
époux ^ . 

Le point de départ de l'auteur est celui-ci : 
c L'invasion des peuples germains ne trouva dans 
c les Gaules que des sujets romains et un seul 
c élément, l'élément romain. C'est de lui et de 
c t élément germanique , auquel il fiiut ajouter 
c Vêlement canonique y que s'est formé le 
c droit français ; d'où la conséquence que tout 
c ce qui, dans le droit coutumier, ne dérive 
« pas de l'élément romain et canonique, est d'o- 
c rigine germanique ^. • A chaque matière qu'il 
traite, l'auteur applique la règle qu'il a posée, re- 
dierchant à toutes nos lois actuelles une des ori- 

• 

(1) lR.ePue de législation y t. XVI, p. 891. Les Origines germa- 
niques du droit civU/rançais. 

(2) Même RsffuCi C. XYII, p. 393. Les Origines germani- 
ques^ etc. 

(3) Même Revue^ t. XIX, p. 321 et 513. Les Origines ger- 
maniques, etc. 

(4) Revue de législation, t XIV, p. 3, et t. XVI, p. 322. 



106 OBSBRVATIOirS 

gines qu'il a signalées comme les uniques sources 
du droit français; et c'est presque toujours à i e-- 
lément germanique qu'il rattache, de préférence, 
nos récentes institutions. 

Les travaux de M« Kœnigswarter, sorigneuse* 
ment élaborés, abondent en rapprochements cu- 
rieux. L'on y trouve partout une solide érudition 
et une saine interprétation des textes indiqués. 
Un vif intérêt et d'ingénieux aperçus soutien- 
nent l'attention. Sous ces divers rapports nous 
avons beaucoup à louer, et nous le faisons avec 
empressement. Mais les louanges ne sont souvent 
qu'un moyen de se soustraire aux obligations 
qu'impose au critique l'examen d'une œuvre sé- 
rieuse. On loue les ouvrages médiocres et Ton est 
quitte envers leur auteur, M. Kœnigswarter ne 
doit pas être ainsi traité, et nous croyons donner 
un témoignage d'estime à ses écrits aussi bien 
qu'à son caractère, en nous permettant de signa<^ 
1er ce que son système a, suivant nous, de trop 
absolu. 

L'élément germanique nous parait se manifester 
dans nos lois modernes beaucoup moins que ne le 
pense M.Kœnigswarter. L'élément romain, nous le 
croyons du moins, y domine, et noua ajouterons 
qu'il ne pouvait manquer d'en être ainsi.On a dit 
avant moi la raison pour laquelle les tribus qui 
se répandirent sur le territoire de l'empire ro- 
main, qui se le distribuèrent et y fondèrent de 
nouveaux Ëtats, s'approprièt^^nt $a civilisation. 



sus h^ÉcMM i»s anaMAïf isTSS. 109 

« En cela elles obéirent instinctiveaieiii à la loi qui 
c veut que lorsque deux peuplea sont en contact 
• et se mêlent ensemble,cbacun d'eux emprunte à 
f Tautre ce qui lui manque^ Elles comBiuniquèrent 
c dès lors au monde ancien épuisé la forqe qu'il 
f n'avait plus, et reçurent de lui la Givilisatiqn 
c qu'elles n'avaient pas encore^ . » Ce que les lois 
germaniques connues généralement sous le nom 
de Lois des Barbares ont de plus satisfaisant au 
point de vue philosophique n^est ordinairement 
qu'un reflet des lots romaines. Pour s'en convain- 
cre, il suffît de lire attentivement^ par exemple, 
la loi des Burgundes. Les historiens modernea^et 
particulièrement les jurisconsultes allemands, ont 
démontré cetta vérité par de savants travaux sur 
la fusion du droit romain dans les lois germaines. 
Ce qui donne à ces lois leur caractère d'origina'- 
lité est précisément ce qui tient davantage à la 
rudesse de leurs auteurs et ce qui, par conséquent, 
était le moins propre à survivre au contact de la 
civilisation romaine. C'est que la constitution de 
la famille avait pour but principal^cbez ces nationa 
guerrières, de pourvoir à la défense et à la veiv? 
geance. La société publique n'étant pas organisée 
de manière à protéger l'indi vidii> c'était à la société 
domestiqua à le faire, i La parenté entière prenait 
«fait et caille pour un de ^es membres. Elle pow^ 

(1) ]^. Mignet, Introduction de la Germanie dans la société 
chilisée de l'Europe ocôideniale» Notices et Mémoires Hisiori' 
ques, t. II, p. 9. 



I08 OBSERVATIONS 

« suivait Tagresseur et la parenté de œlui-ci jus-* 
« qu'à ce qu'ils eussent racheté le méfait et obtenu 
<i la paix au moyen d'une composition... Le ca- 
(c ractère moral de l'action n'existait pas... Dès 
« que la parenté mécontente était satisfaite et la 
« paix rétablie, les traces du mal étaient effacées. 
« Les actions répréfa^asibles ne relevaient pas 
« encore de la morale et du droit, mais de la pas- 
« sion et de la force^» Ce qu'on pouvait avoir sur- 
tout à craindre dans cet état de la société, c'était 
qu'une famille plus forte qu'une autre n'abusât du 
droit de représailles pour exiger une composition 
exorbitante. Aussi est-ce sur la fixation de ces in- 
demnités que les codes des barbares se sont le 
plus appesantis. Plusieurs de ces codes, ceux des 
Saliens et desRîpuaires entre autres, ne sont guère 
que des tarifs des compositions dues pour tels ou 
tels actes de spoliation ou de violence. 

M. Kœnigsvirarter reconnaît dans le Droit cano- 
nique un troisième élément, mais auquel, à notre 
avis, il n'accorde pas assez d'importance. Ce mot 
d'ailleurs, s'il exprime bien ce qu'une législation 
peut avoir emprunté aux canons des conciles et 
aux décrétâtes, n'a-t-il pas le tort d'indiquer im- 
parfaitement et même de laisser oublier une in- 
fluence plus puissante? Je veux parler de l'in- 
fluence du christianisme ou de l'Évangile qui, 

(1) AL Migaer, Notices, et Mémoires historiques^ t. II, 
p. 119. 



SUR L ÉCOLE DES CBRMANISTES. I09 

faisant de tous les hommes des égaux et des frères, 
adoucissait les mœurs, tempérait la rigueur des 
lois, préparait l'affraiicliissement des esclaves, puis 
des serfs, inspirait aux faibles le sentimentde leur 
dignité, aux forts le respect des droits dautrui^et 
préparait, parfois en dépit du droit canonique 
Iqi-méme, le renouvellement dû monde. 

Enfin il est un élément plus puissant qu'aucun 
autre, indépendant des lieux et des temps, et base 
de toutes les législations, à tel point qu'elles ont 
été appelées bonnes ou mauvaises, suivant qu'elles 
l'ont respecté ou méconnu; c'est le droit; fondé 
sur la nature de l'homme, sur son organisation, 
sur ses besoins physiques, intellectuels et moraux, 
sur la nature des choses soumises à son action ; 
c'est le droit natureI.Ce droit, cependant, M.Kœ- 
uigswarter ne lulaccorde aucune place, c U ne le 
i reconnaît pas du moins comme élément àe^ lois 
« d'un peuple. C'est au contraire , selon lui et 
« uniquement, le ^i^^^ l'idéal vers lequel toute lé-* 
c gislation positive doit tendre : moins il y aura 
« de disparate entre les lois d'une nation et le 

< droit naturel , c'est-à-dire la philosophie du 
« droit, et plus ce peuple sera avancé dans la voie 

< que lui a assignée la Providence^ » U y a sans 
doute quelque chose d'ingénieux et de vrai dans 
les derniers mots de cette pensée; mais de ce que 
toute législation doit tendre, par ses perfection-» 
nements, au but indiqué par M. Kœnigsv^arter, il 
ne s'ensuit pas assurément que le droit naturel. 



110 OtiSEilVAtlCWS 

tel que nbus l'avons défini tout à Theure, ne soit 
pas aussi un point de départ. Il est inévitablement 
au nombre des éléments primordiaux constitutifs 
de toute législation ; il est même le plus puissant 
de ces éléments. 

De ce que le droit natu rel n'est pas admis (^mme 
élément par l'esprit trop souvent exdasif de M^Kœ- 
nigswarter^ il résulte que s'il trouvé, à plusieurs 
siècles d'intervaUe,des dispositions analogues, par 
etemple des lois prdtèçtrices de la vie ou des in-»- 
téréts des enfants^ il franchit cet intervalle sans 
hésitation : tel article du code civil n'est pour lui 
que la reproductien d'une loi des Frands on du 
moyen-àge. 

Citons des exemples à l'appui de nos critiques. 

La loi romaine permettait d'exposer l'enfant 
nouveau-né. La loi salique et celle des Allemans 
protégaient son existence; elles lui reconnaissaient 
les droits de membre de la famille, dès qu'il avait, 
par ses cris, donné signe dé vie: Une disposition 
analogue se rencontre dans les établissements de 
saint Louis ^ M. Kœnigswarter en tire cette eon«- 
clusion, « que l'art. 7215 du code civil, qui exige la 
tt viabalité des enfants pour succéder, et en partie 
<K le principe qu'en fait de succession le niori sai^ 
« sit le vif, tirent leur origine des anciennes con^ 
« tûmes germaniques ^ » Croit-on que les rédac- 
teurs du code civil aient puisé dans les établisse* 

(1)1,2. 

(i) Rtwe de législation^ t. XVI» p. 326 . 



St)R L léCOtE DES (^«AMANtSTfiS. t ï t 

ments de saint Louis, et saint Lbliiâ dans k loi 
salîque^ la pensée de protéger l'enfance? Cette 
pensée est dans le cœur de tous les hommes* Les 
Romains l'avaient, il est vrai, subordonnée à un 
autre princip^e également respectable : en exagé^- 
rant Tautorité paternelle, ils avaient étouffê la loi 
naturelle par la loi civile. Lés Germaiti^ avaient 
écouté la voix de la tlàture. L'eussedt-ils tfaécoH'- 
uue à leur tour, tous les législateurs imbus du 
spiritualisme chrétien n'en eussent pas moins 
proclamé, avant et après saint Louis, que l'enfant 
adroit k la protection des lois àutatitquô l'homme 
fait, et plus encore^ cbt* il a dé plUs que l'homme 
et la faiblesse de son corps et la pureté de son âme. 

Nos lois sUr la puissance patertielle , sur là tu- 
telle, sur là majorité qui afiVànefait un Hh de toute 
autorité lorsqu^l est d'âge à se dlHgër èeul, i»em^ 
blent à M. Kœnigswarter d'origine germanique. 
N'est-ce pas parce qu'il s'est iinposérobligatiol) de 
les faire dériver de cette origine ou de la source 
romaine ? A mes yeux , ces lois ne sont encore que 
Fejcpression ibtelligente des vceux de la nature* 
De toutes nos coutumes, où ces matières sont 
traitées à peu près au même point de vue d^Une 
protection nécessaire jusqu'à l'âge de virilité et 
superflue ensuite, en est-il une seule que l'on 
puisse dire avoir été rédigée sous Tinfluence du 
droit germanique? 

t Dans leb établissements de saint Loms, dit 
% M« Kœnigswarter , Télément romain et cano- 



lia OBSERVATIONS 

« nique commence déjà à se faire sentir ^ » En 
convenir aussi faiblement, c'est rester beaucoup 
au-dessous de la vérité. Les lois romaines et les 
lois canoniques sont citées presque à chaque ar- 
ticle des établissements et souvent plusieurs fois 
dans un même article, aussi bien dans ceux con- 
cernant les personnes et l'organisation de la famille 
que dans ceux relatifs aux choses, aux contrais et 
aux actions. Ce monument capital a résumé les lois 
et les coutumes de la fin du xiii^ siècle; il a été Je 
point de départ de la législation moderne. Vous 
y trouverez l'élément romain, l'élément canoni- 
que, le droit naturel et le spiritualisme chrétien à 
chaque page. Cherchçz-y l'élémient germanique! 

Passons des personnes aux successions. 

L^s biens d'un défunt semblent devoir être dé- 
volus suivant les degrés de parenté et les afTec- 
tions que cette parenté permet de supposer; il 
faut néanmoins reconnaître que les lois civiles 
peuvent réglementer cette matière avec plus de 
liberté que l'organisation de la famille, sans être 
accusées pour cela de méconnaître la loi natu- 
relle. 

Chez les Germains nul ne pouvait tester. Parmi 
ces peuples qui ne connaissaient ni commerce 
ni industrie, les terres formaient la presque to- 
talité des fortunes. Les terres étaient, pour ainsi 
dire, la propriété commune de la famille, et l'on 
ne pouvait s'en dessaisir en faveur d'étrangers 

(1) Revue de législation^ t. XVII, p. 897. 



StJR L'icOtB DES GERMANISTES. 1 13 

sans le consentement de ses héritiers légitimes. 
Une préférence marquée était donnée, dan^ Tor- 
dre de succession aux mâles, à la lignée pater- 
nelle. L'Église, n'ayant aucune chance de recueillir 
sa part de successions ainsi dévolues, fit d'immen- 
ses efforts pour introduire parmi les Germains 
l'usage des testaments qui étaient essentiellement 
romains. Les lois salique et ripuaire n'autori- 
saient les donations à cause de mort que sile do- 
nateur n'avait pas de descendants. D'autres lois 
n'admettaient d'exceptionsqu'en faveur de r%lise 
ou des établissements pieux et seulement jusqu'à 
concurrence d'qn dijLième de la succession. Quel- 
ques législations enfin, par exemple celles des 
Burgundes et des.Golhs, rédigées sous l'influence 
du droit ronaaini laissent plus de latitude à la fa- 
culté de tester* Les capitulaires et les formulaires 
ont rendu plus commun l'usage des testaments, 
mais ils sont restés une exception à la règle des 
successions légitimes et les anciens principes ger- 
mains sont demeurés la base du droit ^ 

Dans la législation coutumière des siècles féo- 
daux, M. Kœnigswarter voit l'élément germani- 
que sortir victorieux d'une lutte contre les élé- 
ments romain et canonique. Dans la quotité ré* 
servée à certains ascendants ou descendants sur 
les biens d'un défunt parla plupart des coutumes 
et par le code civil, il croit reconnaître la prédo* 

(I) Revue de législation, t. XIX, p. 394-833. 

XVIIL • 8 



t f 4 OBSERVAnONS 

minance des lois des barbares suivant lesquelles 
nul autre que Dieu ne pouvait faire un héritier, 
sur les lois romaines qui laissaient aux testateurs 
une liberté sans limite '. 

Ici enccHre Tauteur nous paraît se laisser en- 
traîner trop loin par sa prédilection pour Télé-» 
ment germanique. Si la loi des xît tables a donné 
aux testateurs un droit absolu sur leurs biens ^, 
les lois plus récentes de Rome ont singulièrement 
modifié les premières. On avait subordonné Tex- 
hérédation des enfants à des conditions de forme 
qui devaient entraîner souvent la nullité des tes- 
taments faits à leur préjudice \ Dans divers cas, 
certains enfants jn^terits^ c'est-à-dire omis, pas- 
sés sous silence dana îe testament de leur père , 
obtenaient de concourir pour une part de la suc* 
cession avec les héritiers institués *. Les enfonts 
sortis de la famille par rémancipation, et qui 
semblaient avoir perdu par là tout droit à Thérédîté 
paternelle, recouraient, dans certaines circonstan- 
ces, au préteur qui leur accordait la possession 

(1) Revue de législation, t. XIK, p. 888-337. 
- (9) Uti legassit super pecunia tutehve suœ reî, ità jus esto. 
Tabula quints. 

(8) Jnstit, Just.^ lib. II, tit. xiu, De e^kœredatione libe- 
rorum, — Gaii Instit,^ Gomment. ^^^X^Z.'^lJlpianifragtn,^ 
tit. XXII, § 16, etc. 

(4) Prseterltde istse personae, scriptîs heredibus in partem 
adcrescunt... — Gaiiinst.f Gomment. 2, § 124. — Jnstit, Just,^ 
Hb« II, tit XIII. -« Vlf./ntg.^ tit. xxii»\$ 1 7 et 20. 



SDB l'école DBS GIRMAUTISTES. 1 15 

des biens nonobstant l'institution rëgtilière d'un 
héritier ; c'est ce que l'on appelait : Bonorumpos- 
sessio contra tabulas testamenti\ Un fils avait-il 
été exhérédé avec toutes les solennités et les con- 
ditions prescrites , mais sans motifs suffisants , il 
attaquait les dernières volontés de son père comme 
inofficieuses, c'est-à-dire comme contraires aux 
devoir du sang»; on supposait qu'une exhéréda- 
tion injuste ne pouvait procéder d'un esprit sain 
et sous prétexte de démence (hoc colore), le tes- 
tament était cassé. De testamentaire la succession 
devenait alorsr légitime et dévolue aux héritiers 
ordinaires'. Enfin on ssàt qu'une légitime, telle à 
peu près qu'ellea été admise dans noscoutumes et 
dan8lecodecivil,avait été établie à Rome enfaveur 
des enfants, puis favorisée et accrue en dernier 
lieu par les Novelles de Justinien*. Sur les suc- 
cessioDS, comme sur beaucoup d'auti'es points, 
nous pensons donc, contrairement à M. Kœnigs- 
warter, que l'ëlëment romain l'emporte dans nos 
lois actuelles et même dans nos anciennes cou- 
tumes sur l'élément germanique. 

Nous dépasserions les limites qu'il convient 
d'assigner à ces observations sur des travaux qui 

(1) ln*t. Just., lib. n, tifc WK,$ 3. — Gaius, Ulpien, etc. 

(2) Rectè quidem factura, non autem ex officio pietatis... 
LuL/ust., lib. II, »it. xviu. 

(a) Digest. De itio{jficio»o Ustamento. — Intu Just., lib. II 
tit xnu. ' 

(4) Nov. I«, ci^ I, et Nttv. 1 i&, cap. m tx iv. 



Il6 OBSERVATIONS 

sont eux-mêmes d'une étendue limitée, si nous 
suivions leur auteur dans les détails où son sujet 
l'obligeait d'entrer sur Tordre parentélaire des 
successions, la représentation, le privilège du dou- 
ble lien, le terme imposé à la parenté légale, la 
distinction des biens en paternels et maternels , 
en propres et conquêts, les privilèges d'atnesse et 
de masculinité, et le retrait successoral à l'aide 
duquel Ton conservait et l'on conserve encore les 
biens dans les familles. Ce retrait et la saisine hé* 
réditaire, ou l'adage : Le mort saisit le vif, consa- 
crés par de nombreuses coutumes, et en défini- 
tive par le code civil, paraissent à M. Kœnigswar- 
ter dériver exclusivement du condominium ou de 
l'espèce de co-propriété qu'avaient tous les mem- 
bres sur les biens et possessions de la Emilie parmi 
les Germains. Ace rapprochement on pourrait ce- 
pendant en opposer un autre. Le condominium 
n'était pas inconnu non plus chez les Romains, 
où les héritiers siens (sui hœredes)^ c'est-à-dire 
ceux qui étaient sous la puissance du père de fa- 
mille au jour de son décès , étaient considérés 
moins comme acquérant un héritage que comme 
continuant de posséder les biens communs de la 
fa millet 

M. KœnigsMrarter reconnaît que nos lois sur 

(!) Sui quidem baeredes ideo appellantur quia domestîci 
bœredes suut, fit yivo quoque parente quodam modo domini 
existiroaiitur. Gaii I/jstU.y Comment. 2, § i^l.^^Ifistit. JusLf 
lib. Ily tit. XIX) De liaredum qualitate et differenAa^ § 2. 



SDR L ÉGOXE DES GBEMAIVISTBS. 1 1 7 

l'institution contractuelle et les donations entre 
époux ne dérivent point des lois gerdiaines, mais 
il en convient à regret. « Le chapitre ix du titre 
«. du code civil sur les donations et les testaments 
< fait, dit^il, une assez triste figure parmi les ori- 
c gines germaniques; aussi n'est-ce que pouir 
« avoir voulu pousser notre examen jusqu'à la fin 
cde ce titre y que nous en avons dit quelques 
cmots^. » 

En résumé, M. Kœnigswarter s'est laissé en- 
traîner trop loin par l'école des germanistes. Au 
lieu de voir» dans des lois édictées à douze ou 
quatorze siècles d'intervalle » la matière de rap- 
prochements curieux et d'études intéressantes sur 
la manière de procéder de l'esprit humain appli- 
quant ses méditations à une même matière dans 
des lieux et des temps éloignés les uns des autres, 
l'auteur a cru trop facilement à des connaijssances 
historiques qui n'existaient point au moyen-âge. 
Ces connaissances cependant eussent été néces- 
saires pour opérer la transfusion réelle du texte 
ou de l'esprit de telle loi ancienne dans le texte 
ou l'esprit de tel)e autre loi plus récente. Si le 
système de M. Kœnigswarter était fondé, si son 
auteur était dans le. vrai, si nos lois modernes 
enfin avaient autant d'analogie qu'on le prétend 
avec les lois des Germains, l'état de notre société 
ressemblerait aussi beaucoup à l'état de la société 

(1) Resfue de légiskaion^ X. XIX, p« 599, 



Il8 OBSfiRVAVlOlirs 

germanfique; car les lois sont ]a plus manifeste et 
la plus sincère expression de la civilisation des 
peuples. 

M. Kœnigswarter n'a, dit-il, «qu'efReuré cha- 

< que matière, tandis qu'elle pourrait former se* 

< parement Tobjet de détails et de développe* 
« ments ultérieurs ; c'est un travail qu'il se réserve 
• de tenter plus tard^.» Cette appréciation que 

l'auteur a faite de son œuvre est, à notre avis, ou 
trop modeste, ou trop sévère. Il n'a pas effleuré 
son sujet ; il en a traité les diverses parties avec 
laconisme , mais toujours d'une façon éminem- 
ment substantielle. Les développements qu'il pro* 
jette lui permettront d'entrer dans des détails de 
mœurs et d'histoire, de signaler l'esprit des lois 
soumises à son examen et d'envisager son sujet 
d'un point de vue philosophique y que ne com- 
portaient pas les étroites limites assignées par lui- 
même à son premier travail. Conduit à mettre sans 
cesse en parallèle les lois des Germains et celles 
des maîtres du monde, il voudra consacrer à l'é- 
tude de celles-ci autant de veilles qu'il en a donné 
à l'étude des autres. Il était trop profondément 
pénétré de Tesprit des institutions germaines, 
trop exclusivement nourri de leurs textes, pour 
être juste envers Ulpien, Paul, Papinien, et à plus 
forte maison envers Justinien et ses successeurs. 
Eu méditant de nouveau leurs écrits, M. Kœnigs- 

(1) Revue de législation^ t. KIX, p. 639. 



SUR L ECOLE DES GERMÂ-IVISTES. 1 IQ 

warter s'y attachera , comme il s'est attaché aux 
lois des barbares. Plus maître alors de lui-même, 
il lui sera facile de se montrer moins exclusif et 
de faire, avec indépendance, la part de chacun 
des éléments dont le cours, tantôt séparé des au- 
très, tantôt confondu avec eux, tantôt troublé, 
tantôt épuré par de nombreuses révolutions , a 
fini par produire la législation qui nous régit. 



NOTICE 

tua 

UN SCEAU DU Xlir SIÈCLE 

TEOUVE DANS LES EIWIEONSDE DEÇUE (NIÈVRE ) 
Par M. E. GOVORT, affoeié eon«fpaiiâant. 



Dans une curieuse collection de sceaux, cachets 
annulaires et autres qui font partie du riche ca- 
binet de M. Gallois, on en remarque plusieurs 
qu'à leur forme allongée en ellipse et à leurs em- 
blèmes particuliers on reconnaît tout d'abord 
pour avoir appartenu à des dignitaires ecclésias- 
tiques ^ Dans le nombre, un surtout nous sem- 
ble digne d'attention. Au premier aspect, la lé- 
gende offre à la lecture quelques difficultés. Les 
lettres sont, à l'exception d'une seule% des capi- 

(1) Les sceaux de figure ovale appartiennent ordinaire- 
ment aux évcques, abbés, prieurs et autres ecclésiastiques 
constitués en dignité. ( Hist, de Bourgogne^ par les bénédic- 
tins, note, p. 524, t. II. ) 

(2) "Vh du mot monachi (voy. plus bas), qui est une 
minuscule romaine ou gothique. 



taies romaines capétiennes, assez notablement 
corrompues. Elles font remonter notre monament 
sigiilaire à cette époque de transition où les beaux 
caractères graphiques que l'ancienne Rome avait 
portés chez les différents peuples de son vaste 
empire, altérés et confondus avec des éléments 
étrangers, étaient abandonnés pour l'écriture roide 
et anguleuse qu'on appelle vulgairement gothi- 
que, et qui n'est qu'une corruption de l'alphabet 
romain. 

A cette époque, en effet, nous voyons faire quel- 
ques belles mais vaines tentatives pour remettre 
en honneur l'écriture Caroline^ digne rejeton de 
celle de Rome; mais en même temps on aperçoit 
dans Part graphique un état général de fluctua- 
tion et d'incertitude dont ne peut triompher la 
réforme capétienne. Plusieurs alphabets sont usi- 
tés simultanément; ils dominent tour à tour, et 
souvent se mêlent et se confondent : l'oncial ca- 
pétien avec le romain carlovingien , et tous les 
deux avec le gothique, qui finit par l'emporter, et 
persiste jusqu'au xvi* siècle'. 

Tel est précisément le caractère de l'inscription 
de notre sceau. Des abréviations assez considé* 
râbles en rendaient la lecture encore plus diffi- 
cile. Enfin nous avons eu le bonheur d'arriver à 
un résultat confirmé d'abord par l'explication que 
nous a fournie la Société royale des antiquaires, 

(1) Voy. la Naw^elle ^tplomaUqwe^ par les bénédictias. 



\ 



1 



122 NOTICE 

à laquelle M. Gallois avait envoyé l'ecopreinte de 
son cachet, puis par la figure très remarquable 
qui se trouve dans le champ, et dont nous don* 
nons ci-après une interprétation « 

La légende, à Tune des pointes de Tellipsolde, 
en parcourt la circonférence, en allant de droite 
à gauche ; on y lit d'un c6té : 

® S'GDAHVSOIS HOAah 

Et de Tautre : 

I 9CMA9I AVTISS 

C'est-à-dire 

Sigillum. Guidonis De munois monach 

I sancti Germani Autissiodorensis 

Sceau de Gui de Munois moine 

De saint Germain d'Auzerre. 

Dans le champ de ce sigillom se trouvent des 
figures qui confirment, avons^nons dit, l'explica- 
tion que nous donnons de la légende, dont elles 
ne son t que la reproduction symbolique, une sorte 
d'idéographie. 

D'abord l'espace compris entre les deux lignes 
elliptiques de l'inscription et limité lui-même par 
un léger cordon, formant une autre ellipse plus 
petite, concentrique à celle qui embrasse le con- 
tour du cachet, offre évidemment la représenta- 
tion idéographique du ciel ou de l'air figuré par 



SUR Uir SCEkV 0D XIII SIÈCLE. ii»3 

e 

la lune et par les étoiles. Immédiatement au-des- 
sous du croissant lunaire^^et entre deux étoiles, 
se trouve un singe encapiechonné, tenant d'une 
main un bâton et de l'autre se serrant la partie 
postérieure du corps jusqu'au bas du dos. 

Or, en songeant au sureau d'Agnès Sorel ou 
Surel, à l'abricotier du médecin de Louis XI, 
Coictier, qui s'était mis, loin de la cour, à l'abri 
des soudains et terribles revirements de la for- 
tune, si communs en ces temps-là , surtout dans 
la spbère élevée où il s'était placé; eu nous rap- 
pelant encore, parmi une foule d'armoiries par- 
lantes y le chat armé d'un maillet de la famille 
Maille-Chat*; les trois épis d'orgje montants des 
d'Orgemont; les trois limaçons d'argent , rayés et 
ombrés d'or de Robert-le-Maçon , chancelier du 
roi Charles VI, et mille autres encore, voici l'in- 
terprétation raisonnable, ce nous semble, que 
peuvent admettre les figures décrites plus haut. 
Le singe dans l'air, qui d'une main se serre le dos, 
nous parait symboliser ces mots : singe-air-main- 
dos-serre, que nous lisons, en les assemblant 
ou les décomposant au besoin : Saint- Germain 
d'iuxerre. 

Si ace commencement d'explication nous ajou- 
tons celle du capuchon, emblème évident de l'é- 
tat monacaly comme le bâton que tient le singe 
rappelle l'idée de la dignité de prieur, nous avons 

(1) Voir XHisU deBreiagnSf par dom Lobineau, t. IL 



124 NOTICE 

d'abord, ainsi que nous l'avons dit, l'idéographie 
de rinscription et de plus une particularité bio- 
graphique concernant Gui de Munois : la posses- 
sion par lui du priorat dans la célèbre abbaye 
d'Auxerre. 

Tous ces détails se trouvent confirmés par Tar- 
licle assez étendu consacré dans la Gallia chris- 
tiana au moine que d'anciens chroniqueurs ^ ont 
appelé Firum prasdicabilis memoriœ et prascla-- 
rum sanctitate. Cet article du livre fameux de la 
savante congrégation de Saint'^Maur nous donne 
en outre le moyen de fixer, à quelques années 
près, la date de notre sceau. 

En effet, Gui de Munois (en latin Guida Munia- 
censis) était né au village de Munois, situé sur la 
Loze , à deux kilomètres environ de Flaviguy , 
clief-lîeu de canton de la Côte-d'Or, et non Join 
du bourg de Sainte-Reine et des ruines d'Alizé , 
la vieille cité celtique, où expira la liberté gauloise 
dans les derniers efforts d'une lutte désespérée. 
Parent de Jean V' de Jocevalle, abbé de Saint-Ger- 
main, Gui fut élevé sous les yeux de ce digne pré- 
lat, et dès sa plus tendre enfance il vécut dans le 
monastère à la léte duquel il devait être placé un 
jour. «11 y fut imbu, dit h Gaule chrétienne, de 
«la piété et des bonnes lettres. » Jeune homme, 
il fut envoyé d'abord a Orléans, puis à Paris 

(1) Le biographe de l'abbé Gaucher, successeur de de Mu- 
nois. 



SUR UN 8CE4U DU XIÏV SIÈCLE. 125 

pour étudier le droit canonique et ia théologie 
dans ces universités, les premières du inonde. Il 
passa neuf années dans ces deux villes. A peine 
de retour au monastère, Fabbé de Jocevalle lui 
confia la charge de granetaire; c'était une sorte 
d'économat ^ Ensuite il fut fait aumônier du mo* 
nastère de Moutiers {Meteredum) , qui dépendait 
de l'abbaye de Saint -Germain, puis prieur du 
même monastère, doyen de Requeneu {Recogni" 
to/w)*, et enfin il obtint le prieuré de Saint^er- 
main lui-même. 

H occupait cette haute position monastique 
lorsque l'abbé Jean de Jocevalle mourut, au mois 
d'avril 1278. Bientôt on procéda à l'élection d'un 
nouveau chef des bénédictins d'Auxerre, et les 
suffrages se partagèrent entre Gui de Munois et 
Jean de Thianges, prieur du célèbre monastère de 
Lewes, en Angleterre, fondé en 1078 par Guillaume 
de Warren y gendre de 6uillaume-Ie-Conquéraut. 

Il y eut une sorte de schisme qui dura sept ans. 



(1) Secundiis est qni annonam recipit, quem et granata- 
rium yocamus... Pîstores sunt sub ejus manu... (Udalric. 
Consuet. ciuniac.f 11b. III, cap. xviu. ) 

Secundum offîcium fait omnîa roonasterio, aedifica susten- 
tare. Testes et salaria servientium monasterio ac nundorani, 
panem, cervisiam, ligna, turbonesi minora lunûnaria per ho^ 
pitium et caméras, allas, patellas, pottas, scutellas ac omnla 
ustensllia providere debebat. (Johan. Iperii, Chronic, Sanct, 
Bertini, apud Marten., t. III, anecd. col. 707. ) ] 

(3) Lebœuf, Histoire d*Auxerre. 



ia6 NOTICE 

Après de vifs et interminables débats. Gui se 
rendit à Rome, où il fit ratifier son élection par le 
Pape Honorius IV, qui la déclara régulière et en 
bonne forme, et écarta de la dignité abbatiale un 
opiniâtre compétiteur (septembre i285). De Mu-* 
nois reçut la crosse et la mitre dea mains du car^ 
dinal évêque d'Ostie , et revint à Âuxerre, muni 
de chartes et diplômes du saint-siége, confirmant 
les droits, privilèges et immunités de l'abbaye, et 
lui en conférant de nouveaux. 

Toute la vie de Gui de Munois se passa ainsi à 
les faire respecter et à les étendre ; il fit dans ce 
but deux autres voyages à Rome, entra en rela«* 
tiens avec différents papes, et notamment avec le 
célèbre Boniface VIII, l'intrépide adversaire du 
roi de France, Philippe-le*BeL 

Ce pontife lui octroya une charte d'immunités, 
en vertu de laquelle l'abbaye de Saint-Germain 
n'était tenue à loger et héberger Févéque d'Auxerre 
que durant les six premiers jours qui suivaient sa 
promotion au siège épiscopat et à ne dépenser 
que dix livres par jour pour le service de son 
hôte. 

L'activité du digne abbé était infatigable, sur- 
tout quand il s'agissait de l'honneur ou des inté- 
rêts de la maison qu'il dirigeait. Mous l'avons vu 
défendre avec énergie les prérogatives de l'abbaye. 
Il éleva aussi à l'histoire de cette antique demeure 
religieuse un vaste monument que les âges n'ont 
pas respecté ; c'était une énorme compUation des 



SUR UN SCEAU DU XIIl* SIÈCLE. 1*17 

Fai^ et gestes des abbés de Sainte-Germain, de* 
puis ran ^c) Jusqu'en 1^77, c'est-à-dire rhis- 
toire des bênédictÎDs d'Auxerre pendant trois 
cents des plas ténébreuses années du moyen-âge* 
U fit en outre transcrire et classer les archives du 
couvent, et coordonner entièrement les innom* 
brables pièces du cartulaire. 

Non moins libérai qu'il était actif et laborieux, 
de Munois abandonna au monastère quelques 
biens qu'il avait acquis près de Diges, à condition 
qu'on célébrerait un service funèbre à chaque 
anniversaire de sa mort. 

Enfin chargé dWs et ^d'infirmités, il résigna la 
dignité al^atiale au mois de mai iSog, et mourut 
quatre ans après (mars i3t3)* On lui fit de magni- 
iHpies obsèques auxquelles assistèrei^t tous les 
ordres monastiques du pays, et soo ccups fut dé- 
posé près de ceux des abbés Regnauld et Jean de 
Fooevalle, s^ prédécesseurs et ses parents» 

Chasteté, abstinence, piété profonde et sineère, 
le moine Aymon des Bordes, qui a éarit sa vie, 
attribue à l'abbé Gui de Munois toutes ce» vertus 
qui font le mérite et la gloire de la vie monasti* 
que. 

D'après ces détails biographiques, on peut fixer 
approxiinativement au nioins la date de notre si*' 
gillum. 

Nous renuu*quons d'abord qu'en i3o9, la se* 
conde des trois dates importantes que nous 
aycms, Gui de Munoia résigne les fonctions d'abbé ^ 



1 aS NOTICE 

à cause de sa vieillesse. On peut donc lui donner 
à cette époque de soixante-quinze à quatre-vingts 
ans. Nous voyons d'autre part qu'avant de passer 
au prieure d'Auxerre il avait obtenu celui de 
Moutiers, et l'on sait que l'on ne pouvait être re- 
vêtu de cette dignité avant vingt-cinq ans. Mais 
il est probable que de Munois, qui avait consumé 
neuf années à l'étude du droit canonique et de la 
théologie, qui, à son retour de Paris, avait été in- 
vesti de différentes- charges avant d'arriver au 
prieuré de Moutiers, n'y parvint guère qu'à l'âge 
de trente-cinq ans environ. Si l'on suppose main* 
tenant que dans ce poste et dans le doyenné de 
Requeneu qui lui fut conféré ensuite, il ait passé, 
ce qui est fort probable, quatre à cinq ans, nous 
trouvons qu'il en avait quarante environ quand 
il fut promu au priorat de Saint-irermain. 

Si l'on admet enfin que le bâton qui se trouve 
dans la main du singe soit l'emblème du priorat, 
nous lirons cette conclusion définitive, que le 
sceau de Gui de Munois, moine prieur ou prieur 
de» moines de Saint-€ei*main d'Auxerre, remonte 
environ à l'an 12170, époque approximative où lui 
fut conférée cette dignité. 

Tout porte à croire , en effet , qu'il garda ce 
poste quelques années, et qu'il eut le temps de 
s'y faire remarquer assez par ses talents et par ses; 
vertus pom* que le choix des moines vint tom- 
ber sur lui quand il fallut élire un nouvel abbéj 
Or, notre date remplit parfaitement cette condi- 



Stia UN SCËA.U ou XIIl' SIÈCLE. T29 

tion, puisqu'elle laisse Gui de Munois pendant 
huit ans en possession du prieuré avant 1278, où 
il fut porté à la tête de Tabbaye, après la mort de 
Jean de Jocevalle. A cette époque d'ailleurs, il au- 
rait eu, selon notre calcul, quarante-huit ans, âge 
bien convenable pour remplir d'aussi hautes foncr 
tionâ que celles dechef d'une grande communauté 
religieuse. 




XVIIL 



NOTICE ARCHÉOLOGIQUE 



SUR 



LA VILLE D'ARC-EN-BARROIS 

(DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE) 
Par M. DEPBIMO, membre honoraire: 



Langresy déjà importante comme chef-lieu des 
Lingones et comme résidence de leur roi , acquit 
une importance nouvelle sous la domination ro- 
maine. Elle devint alors le siège d'une colonie ro- 
maine, fut ornée de plusieurs monuments publics, 
entre autres d'un théâtre et d'un arc de triomphe; 
elle fut la résidence des fonctionnaires publics 
ordinaires , et de plus d'un inspecteur de com- 
merce (censor mercaturcé). La famille des Jules y 
posséda des biens considérables dont l'adminis- 
tration était confiée à plusieurs préposés i. Enfin 
de grandes voies marquées de bornes milliaires 

(1) Tous ces faits résultent des inscriptions trouvées à Lan* 
grès, et insérées et expliquées par Mahudel, t. IX des il|e- ' 
moiret de V Académie des Inscriptions et Melles-Lettres. Paris, 
1736. 



1 



r 



NOTICE ARCHÉOLOGIQUE, ETC. l3l 

entretinrent la communication entre Langres et 
les autres cités principales des Gaules. 

A Tendroit où l'une de ces voies, celle de Lan^ 
grès à Sens, voie dont ou retrouve les traces sur 
plusieurs points des départements de la Haute- 
Marne, de la Côte-d'Or et de l'Yonne, traversait la 
petite rivière de l'Aujon et la vallée daqs laquelle 
son cours est enfermé , existait sans doute déjà du 
temps des lioipaips soit unc£|inp,^oit un fort pour, 
protéger et défendre ce point qui se prétait d'au- 
tant mieux à un système de fortification que le 
passage de la rivière est dominé par une butte ap^ 
pelée la Motte. Celle-ci portait peut-être une tour 
d'observation et de garde; et l'emplacement pré^ 
sumé du camp ou du fort ancien est encore asse^ 
bien indiqué par la situation du château actuel. 
Au moyen-âge c'éta^ une demeure seigneuriale, 
ayant des murs de près de deux mètres d'épais^- 
seur, flanqués de tours et munis de fossés. Toutes 
ces fortifications ont disparu , et il ne reste plus 
du château féodal qu'une portion à laquelle a été 
ajoutée , il y a plus de deux sièqles, une seconde 
partie sans accord avec le j^e^le et saps aucun. ca- 
ractère monumental. 

Auprès du camp ou du fort ancien a du naître 
de bonne heure le bourg ou la ville dont les mai-* 
sons paraissent s'être alignées le long de 1^ voie 
romaine 9 pu groupées autour du fort. L'endroU 
a pris le nom d'Arc; serait-ce à cause du vieux fort 
oa arx ?. Gela est aa^ez vraisemblable ; cepeadaat 



m 



l3îl ^ÏOTiCÊ ARCHÉOLOÔiQUK 

ii se peut que ce mot ait une autre origine. A 
l'ouest du bourg, la où la voie romaine arrive au 
haut de la pente qui commence au bord de TAu* 
jon, étaient probablement rangées quelques tom- 
bes romaines^à en jugerparun petit monument qui 
git maintenant renversé sur le sol, et dont le dessin 
est joint à ce mémoire {voy. pi. I, fig. i). Il est d'une ï ^ 
seule pierre dont la face, tournée vers la grande 
route^représente en sculpture un autel sur lequel le 
feu est allumé; unearcadesurmontecetautel,etau« 
d'issus de l'arcade, et dans une espèce de fronton, ^ 
on lit une inscription de trois mots qui annonce ^ 
que le monument était consacré à la mémoire de 
Paulin, fils de Senilis. Des trous carrés qu'on remar- 
que derrière la pierre prouvent qu'elle était scellée 
dans un mur ou un massif qui la soutenait. Un 
monument semblable, sauf l'arcade qui y man- 
quait, a été trouvé à Langres; il était dédié à un 
Romain nommé Flanus Mercurius (yoy. fig. li). 
Les monuments de Langres contiennent aussi 
dans leurs inscriptions plusieurs noms de femmes : h 
peut-être en trouveràif-on aussi à Arc, si toutes les 
pierres sépulcrales étaient à découvert. Ainsi l'une 
des inscriptions trouvées à Langres portait : Fa- 
biœ Forîunatœ Jtiius Tutticanus a tribunatu 
kg. II. Aug. conjugi. Sur une autre pierre était 
sculpté le corps d'une femme qui paraissait tenir 
un parchemin carré. Au-dessus de cette figure on 
lisait le mot de Findicila , peut-être celui d'une 
Gauloise. Enfin un autre bas-relief dépourvu d'in-* 



/Yajit'À^ / , 




iTTip parTriicnv rrr^eÉ d Fàr;5. 






V{ 






>." \'d 



SUft LÀ. VILLE DABO-EN-BAHROIS. l33 

scriplion représentait une femme couverte d'un 
vêtement long dont le bas était garni de franges. 
Sa coiffure consistait en une étoffe roulée et nouée 
autour de la tête; d'une main ou d'un bras elle 
tenait un linge, et de l'autre main un sceau de la 
forme des bénitiers de nos églises *. 

Sur le bord de la voie romaine , d'Arc à Sens , 
à l'endroit même où a dû être érigé le monument 
sépulcral romain dont je viens de parler, il y a eu 
ensuite un cimetière où l'on enterrait les morts 
dans des cercueils de pierre, comme on a fait à 
Montribourg, Saint*Loup et autres villages des en- 
virons d'Arc, à Langres, et à Quarré-les-Tombes \ 
La pierre calcaire abonde dans les carrières du 
pays; elle se taille et se creuse facilement; aussi 
en fait*on de grandes auges et des margelles de 
puits d'une seule pièce. 11 n'était donc ni dispen* 
dieux ni difficile d'en faire des cercueils qui ne 
différaient guère des auges. Encore ceux qu'on 
trouve dans cette partie de la Champagne, et qui 
se montent, dans le cimetière d'Arc, à une cin- 
quantaine sur un terrain d'un hectare de superfi- 
cie qui n a pas été entièrement fouillé, ne peuvent 
se comparer avecle nombre prodigieux qu'on en 
a trouvé à Ci veaux eu Poitou, où on les compte par 

(1) Inscriptions^ cercueils et statues qui se sont tfonvés ez 
travaux des fortifications de Langres en l'an 167 S, inanuscric 
de la Bibliothèque du roi, ii** 7169, in-fol. 

(2) Dissertation sur les tombeaux de Quarrée^ village de 
Bourgogne, Lyon, 1 724 , 1 3 p. , ia - 8". 



l34 NOTICE ARCHÉOLOGIQUE 

milliers comme on sait^ et où les carrières du voi- 
sinage avaient facilité également ce genre de sé- 
pultures *. 

. Les départements d'IUe-et- Vilaine, de la Sarthe, 
de la Mayenne, de Maine-et-Loire et de la Vienne 
possèdent également des localités où le même 
genre a été en usage, du moins pendant quel- 
ques siècles, lorsque le christianisme était déjà 
introduit 2, Dans le premier de ces départements, 
il y a cela de particulier que beaucoup de ces cer- 
cueils sont ou en briques ou en pierres factices, 
qui paraissent être un composé de mortier de chaux 
et de sable durcis*; quelques autres sont en gra- 
nit de plusieurs pièces et ont un couvercle en 
pierre d'ardoise. 

Il est rare de trouver sur les cercueils en pierre, 
dans quelque partie de là France que ce soit, des 
représentations de symboles religieux; et c'est 
là ce qui rend plus douteux l'âge auquel ils ap- 
partiennent. Quelques cercueils d'Arc portent un 

(1) B.-R. ( Routh. )Recherches sur la manière (Pinhumer des 
anciens^ à f occasion des tombes de Cipeaux , en Poitou, Poi- 
tiers, 1738, in- 13. 

(2) Foy, Ch. Drouety Notice sur la découverte de neùftom- 
beaux ou sarcophages en pierre^ faite en 1841 dans la corn- 
mune d'Jllonnes, prés le Mans, Le Mans, 1842, ia-8. 

(3) Rallier. Mémoire sur les cercueils en pierre qui ont été 
trouvés en diverses communes du département dllle-et- 
Vilaine j t. IV des Mémoires de la Société royale des AnU^ 
quaires de France, 



SUR LA VILLE d'aRG-BN'^BARROIS. 1 35 

signe semblable à une croix renversée ou un X ; 
mais ce peut être un chiffre romain ou un orne- 
ment de fantaisie. A Quarré-les-Tombes, on en a 
pourtant trouve six qui étaient munis d'un signe 
de la croix. On regarde communément les cer- 
cueils en pierre comme bien moins anciens que 
les tombes renfermant des vases pleins de cendres, 
parce qu'on croit que les combustions ont précédé 
les inhumations. Cependant il est prouvé que Tin- 
humation se pratiquait aussi chez les Romains, 
quoique moins fréquemment que la combustion; 
et le grand nombre de cercueils dernièrement 
trouvés dans la Fouille attestent l'usage qu'on en 
faisait dans le temps où les colonies grecques flo^ 
rissaient dans la Basse-Italie ^. 

Il n'y a qu'une partie des cercueils d'Arc qui 
aient des couvercles , ou du moins qui les aient 
conservés ; on y voit des sculptures , mais sans 
inscriptions visibles. La plus remarquable de ces 
sculptures est celle dont le dessinjest ci-joint {yoy. 
fig. m *). Elle représente un homme n'ayant pour 
tout vêtement que le sagum ; sa tête est nue et très 
chevelue; le visage est malheureusement effacé; 
il a la main droite abaissée sur une espèce d'en- 

(1) Andréa, de Jorioi Metodù per\in»enire e frugare i sepol- 
cri degli aniichi. NapoU, 1824, in-8» avec pL 

(2) Je dois ce dessin, ainsi que le précédent, à la complai- 
sance du docteur PouUain, médecin à Arc. Depuis que cette 
notice a été composée, le monument a été transporté au Musée 
de Langres, ainsi que celui qui est figure sous le n° 1. 



jS6 ÎVOïiCE ABCfiÉOLCmiQUK 

dume , qui peut être la matx{ue de la profession 
lia dëfuDt. Dans ce cas, le bâton qu'oD voit au* 
dessus de Tenclunie présumée peut avoir figuré 
le manche d'un marteau , et l'homme représenté 
sur le cercueil aurait été un forgeron. Comme il y 
a encore maintenant des forges auprès d'Arc, et 
comme les environs contiennent des mines de 
fer, rétat de forgeron a pu être pratiqué ancien- 
nement dans c^tte localité. A Civeaux un des cer- 
cueils portait également la représentation d'un 
homme muni d'un marteau. Il parait avoir été 
d'usage chez les Ungones de représenter des 
hommes en sagum sur les cercueils de leurs morts. 
A liangres on a trouvé plusieurs couvercles de 
cercueils sculptés de cette sorte. L'une de ces 
sculptures représentait un Gaulois revêtu du sa- 
gum, ayant la tête nue et la chevelure ronde, te- 
nant d'une main un chien et de l'autre une petite 
boite. Au-dessus de la figure on lisait cette in- 
scription : 

D. . . M. 

CRIGIRIBLEO AMV. 

VICTOR nOMI. P. C. 

que je crois pouvoir compléter et expliquer ainsi 
qu'il suit : Dec optimo maximo. Criciribleo amico 
Victor Domitius poni curavit Malgré la forme an- 
tique de cette inscription, je ne pense pas qu'elle 
soit du temps du paganisme, ni ({ne Criciribleo ^ 



r 



SUR LA VILLE B^AKC-EIC-BABRÛIS. I ^7 

nom vraiment gaulois qui se retrouve, à la finale 
près, sur des médailles des Gaules, indique une 
divinité topique. Les dédicaces romaines ont pu 
rester en usage dans les premiers siècles du chris- 
tianisme, et la formule Deo optimo maximo a pu 
sans scrupule être adoptée par les chrétiens. 

Une autre sculpture trouvée à Langres repré- 
sentait encore un homme en sagum et avec la tète 
nue; sa chevelure épaisse enveloppait des deux 
côtés la tète comme d'une perruque. De plus, ce 
personnage portait sur Fépaule une espèce de vé< 
tement roulé à la manière des capotes de nos sol- 
dats^ et passant sons le bras gauche où il était tenu 
par la naain gauche de Thomme , tandis que sa 
main droite abaissée tenait un bâton court, mais 
gros et plat, autour duquel était roulé un bout 4e 
corde : peut-être ce monument était-il fait pour 
un roulier. 

Chaque cercueil contenait ordinairement un 
seul corps ; cependant on a trouvé à Arc des cer- 
cueils dans lesquels un squelette était superposé 
à un plus grand; et dans un cercueil de Langres, 
deux squelettes étaient juxtaposés. Au couvercle 
était inscrit le mot certainement gaulois de sagbo* 
BARii. Enfin, à Quarré-les-Tombes, on a trouvé 
trois squelettes superposés l'un à l'autre dans le 
même cercueil. 

(1) Voy. la Notice de M. de la Saussaie, dans la Kevue nu,^ 
nmmatique^ f* année. 



l38 NOTICE ARCHÉOLOGIQUE 

Le propriétaire du terrain- où sont enfouies les 
tombes d'Arc a fait ériger une petite chapelle sur 
le bord de la grande route et à Fentrëe de l'ancien 
cimetière. Une chapelle plus grande, ombragée de 
huit tilleuls séculaires qui sont très beaux et dont 
le plus considérable a un tronc de cinq mètres de 
circonférence, existe au bas de la route sur la rive 
droite de TAujon : elle est sous le vocable de 
sainte Anne« A la suite d'une contagion pestilen* 
tielle,quia ravagé Arc en Tan i587> on a enterré 
derrière la chapelle les victimes de cette maladie. 
Une troisième chapelle plus remarquable, au delà 
du hameau de Montrot, dans une vallée solitaire 
de l'Aujon, est construite au-dessus d'une source 
dont le bassin s'ouvre à l'entrée du sanctuaire. Aux 
y^ux des habitants. du pays, ses eaux limpides sont 
douées de vertus particulières, surtout pour ceux 
qui vont en pèlerinage à ce lieu vénéré et font 
leurs dévotions à la sainte Vierge, dont la statue 
très noire, exposée sur l'autel, a été trouvée mira- 
culeusement dans la terre, selon une tradition qui 
est commune, comme on sait, à beaucoup de lo- 
calités. Il est probable que déjà, avant le christia- 
nisme, la source recevait un culte de la part des 
villageois, et peut-être y vénérait-on quelque 
idole. 

Arc a un petit hôpital hors de Tenceinte du 

(1) Inscriptions j cercueils et statues^ etc. Manuscrit déjà 
cité. ; 



SUR LA VILLE E^ARC-KW^BARROIS. iSg 

bourg; c'était anciennement une maladrerie ou 
léproserie. Le bourg est chef-lieu de canton, et 
contient, avec les hameaux d'alentour, environ 
I9600 âmes. Les seigneurs de ChàteauviUaîn 
avaient dans leur domaine Arc avec une vingtaine 
de fiefs, et aujourd'hui encore ces deux terres ne 
forment qu'une propriété. En i3a6, ils affran- 
chirent les habitants d'Arc moyennant une cor- 
vée qu'ils leur imposèrent fja charte originale, 
écrite sur parchemin, remarquable en ce que, ré-» 
digée dans le dialecte champenois , elle expose 
très nettement les droits et les devoirs des habi- 
tants, est conservée aux archives de la mairie; 
malheureusement plusieurs passages en sont de- 
venus illisibles. Pour prévenir la destruction en- 
tière de ce document précieux, l'autorité publique 
en a fait faire une copie exacte par l'archiviste du 
département. Comme cette charte est encore iné- 
dite, je crois devoir l'insérer ici. 

CHARTE D'AFPRÂNGHISSBBIENT DB LÀ COMMUNE D'ÂRG 

PAB LES ANCIBNS SEIGNEURS» £N DATE DU 18 AVRIL 13S6. 

Je JehaDs sires de Ghastelvilain et d'Arc » et je Guillaume 
freires dudit Jehans, d'aige conyenaisble à ce faire, faisons 
savoir à tous cels qui verront et orront ces présentes lettres, 
que nous, de nos propres voulenteis, et de nos bons greis, par 
le conseil de bonnes gens saiges, et de nos amis, bavons 
franchi et franchissons, par nous, nos hoirs et subcesseurs, 



i 4o NOTICE iULCUÉOL0GlQU£ 

et tous cels qui auroient ou purroicnt avoir cause de DOUSf 
eu temps à advenir, seigneurs d'Arc, à tous jours mais, tous 
nos homiuesy toutes nos femmes, tous leurs hoirs présents et 
advenir, demourants et habitans aud. Arc en Barrois; c'est à 
savoir cels qui y sont, et qui dehors y sourvanront, et qui 
après y seront, tours (eufans) et lours hoirs, de toute prlnae 
de cors, excepté tous quas criminex, et tous autres quas ci- 
après contenus, qui requierront prinse de corps. 

Item^ les quittons de toutes tailles, de toutes surprises . • . 
... de toutes nouvelleteis non dehues , de toutes servitudes, 
de toutes courvées de corps, de toutes courvées de bestes, et 
de tous charrois de quelques bestes que ce soit. 

ttem y les quittons de Tavoine qu'ils nous dévoient 

pour Tusage des bois. 

Item^ nous quittons et laissons à tousjours uiais osd. habi* 
tans et leurs hoirs, le banc que nous avions à Arc, de vendre 
vin. 

Pour lesqaeilies cbouses dessur dittes, tuit cil et celles de 
lad. franchise, présens et à advenir, devroient. « • • • rendre et 
payer cheîscun an à Arc , le lendemain de la fête de tous 
saints, cinquante livres de tournois monnoye coursaublc. 

Item y nous rendront et payeront cheiscun auJendemata de 
lad. fête de tous saints, cent sols de tournois monnoye cours- 
auble quitté et laissié. 

Corvées. 

Item, tuit cil, et celles habitans en lad. franchise de iiostre 
ville, et chastel d*Arc qui auront charrois de chevaux, d*as« 
nés, de bœufs ou d'autres besies, nous devroient cheiscun an 
un jour de courvée d'une charfette, ou deux soûls, c'il ne 



SUR LÀ VILLE I>^\RC>KPr-BAltaOIS. t^t 

veuit faire cheif d'hosteil noas devra deux courvées 

eni'an, ou huit deniers, c'il ne veult faire lesd. courvées. 

Et toutes les wormes femmes-cheifs d'osteîl, qui seront à 
trois souls ou à plus, nous devront cheiscun an une courvée, 

on quatre deniers. Et tant cil et celles et qui difîaiera 

de faire la courvée, ou payer le -prix que mis y est, il nous 
paiera douze deniers d'amande, et refera la courvée, ou 
paieroit le prix. 

Lesqueiiles courvées seront mises en soutenir et retenir les 
murs et forteresse de nostre chastel d'Arc. Ne nous, ne nos 
hoirs, ne povons, ne devons requérir lesd. habitans de faire 
lesd. courvées en fenaison^ en moissons, ne en vendange, et 
si les devons faire annoncier ou temps que les devons poure, 
deux jours d'avant. 

Répartition des 50"«* et ie$ lOO»". 

Item, cheiscun an seront eslehus douze prudhomes de lad. 
franchise par les habitans d'Arc, liqueix douze en aliront qua- 
tre; liqueix quatre, ensemble un preudhomme loyaul qui de 

par nous y sera mis tauxeront, gitteront, départiront 

lesd. cinquante livres par leur sairemens sur cels de lad. fran- 
chise, excepté pour tousjours les meubles des prêtres et des 
cleres. Et pourront faire jusqu'à la somme de quarante souls 
outre, pour payer loors despens, et sardenier le réménant 
desd. quarante souls, se point y a, àlourvoulanteis, sans ocoi- 
son^'amande. Et seront li douze elsehus cheiscun an , par le 
commun des habitans d'Arc, dedans l'octave de la my-aoust, 
et sera la tauxation faite desd. deniers, chebcun an dedans la 
feste de la Nativité Notre-Dame en septembre. Desqueils 
douze prudhommes, li quatre eslehus des huit, ensemble 
celui qui de par nous y sera mis tanxeront les huit et les 
autres de lad. franchise, et li huit tauxeront les quatre, et sera 
teaa ce quils feront dou giest. Et nous y devons mettre un 
prudhomme léal pou^r le giest fait annoncier et lesd. deniers 



l4a NOTIGB ARCHÉOLOGIQUE 

recevoir aux jours dersurcjits. £t cil qui diffaiera de paîer le 
giest à qu'il sera mis^ dçus paiera trois soûls d'amande, et 
paiera le giest, £t s'il étoit si paouvre qu'il ne pehut paier le 
giest qui fait lui seroit, ^es habitans de lad. ville nous paie- 
roient led. giest^et les trois soûls d'amande; et sera tauxiés le 
defTauty ensemble les trois soûls d'amande par les quatre 
prudhommes dersurd« sus cels de lad. fr^cbi^e. Jie nous ne 
povons, ne dovons nul des habitans de lad. ville franchir» ne 
q^îttler qu'il ne paieroit ce à qu'il sera tenu dou giest, 

Item^ demoureront li francs et clercs en touf état de fran- 
chise, tant comme il$ vivront, an teil comme il avoit au jour 
que nous donosmes osd. habitans ces lettres de franchise ^ et 
ce que li francs doient deschiefs, vaura en la somme des cin- 
quante livres pour nous paier. £t de ce que li francs, prêtres 
et clercs aquerront d'aritages, ils paieront auxi comme li au- 
tres des cinquantes livres; et aussitôt comme li hiritaîges qu'ils 
tiennent vienront de lour main à autre, clerc, ou lay, sub- 
cesseur universeil ou singulier, cil qui loir tienront paieront 

des cinquante livres dersurd .les mettront; et avec ce, 

useront de la franchise que nous avons donnée osd. habitans, 
et auront 'po voir li quatre preudhommes dersusdits, ensemble 
celui qui de par nous y sera mis^ de gittier et dépostîr les 
cent soûls pour cause dou banc, sor tous les habitans en . . . 

Droit de sçel. 

qui achetteront ou vepdront haritaiges, nous paie- 
ront de la livre deux deniers pour le seiL. De lettres de con- 
noiscence , de la livre un denier. De lettres d'arsigoaul, ou 
de guaigièrci de la livre une maille. 



SUR LA \lLh^ d'aRG-EN-BARROIS. i43 

lienif tuit 11 pentil dou chastel d*Arc demoreront à cil à 
(ja'il sont. 

Et si nous ou nostre hoirs avions guerre wertè, il les mu- 
reroient autour c'il en estoîent requis, et après la guerre, 
tieoront lesd. pentils comme d'avant. 

Pmts. 

Item^ cil de lad. franchise doient faire et retenir les ponts 

d'Arc autour , et nous lour dovons bailler bois de 

chasnes souffisans pour les ponts faire et soutenir. Exceptey 
le pont de nostre moulin d*Arc, lequeil nous devons faire et 
soutenir au nostre. 

Droit âf entrée. 

Item^ se aucun vient demourer à Arc pur eitre de lad. 

franchise, il nous paiera deus soûls d'entrée et sera 

de lad. franchise. 

ChangemenU de domicile. 

liemy nous voulons pour nous, et pour nos hoirs, que lî ha- 
bîtans de lad. franchise se puissent mairier, et aillent de- 
moureir en nostre terre et chastellenie de Cbastelvilain et 
d'ArCy ou autre part ; et pourront tenir leur héritaiges de lad. 
franchise dans les lieux 4>ù ils demoureront sans acquérir, 
parmi le giest à qui li quatre prudhomes les mettront pour 
lourd, héritaiges, U queils demeureront tousjours justiciables 
à iMMu et à QOi ftuboeaaeurs seigneiirs d'Aro« 



i44 ^one.t kîicniohoùïQVt 

Po$$ې$i(m. 

Item^ nous voulons pour nous et pour nos hoirs seigneurs 
d'Arc , que tuit cil de lad. franchise qui tiennent kérltaige 
fuers dou finaige d'Arc en nostre terre, ou que ce soit, que il 
et leurs hoirs le teîgnient à tousjours mais, par teil rente 
paiant comme il en devoit, davant que ces lettres de fran- 
chises furent faites. 

liem^ nous voulons pour nous et nos hoirs que li habitans 
en lad. franchise d'Arc puissent acquérir en nostre terre, et 
es ressorts, sauf nostre drmt et l'autruy. 

DroH de moulure. 

Itemy nous voulons, se li habitans de lad. franchise demou-* 
rent plus d'un jour et une nuy au morre lour bleis à nostre 
moulin d*Arc, qu'ib puissent alleir mourre à autres moulins 
sans accoinson, parmi dinué la mouture payant à nostre mu* 
gnier, et doivent mourre les habitans davant les estroinges. 

DraU de pêche. 

Item^ nous voulons que li habitans d'Arc ayent lour usaiges 
de poischeries en la rivière, dois le pont à la gravisse, jus- 
qu'au pont de Giey. 

Drûit de vatiie pâture. 

lum^ nous voulons que li habitans d'Arc ayent leulrsusaiges 
de vaine-pasture, en bois, et en plains, /lour totaes ieÊtrt besies 
granes et menues^ excepté revenus moindres d'aiges ; esqueil- 



SUR LA VILLE d'aRG-EN^BARROIS. i45 

les nous voulons qo*ils puissent envoyer lours bestes la seraine 
feuille parsée sans accoiason de nous, ne de nos hoirs. 

Droit de glandie. 

Item^nous voulons qu'ils puissent envoyer tous lours porcs 
propres, et cels qu'ils tienront des usaigiers, par la commune 
Poirson, de tous nos bois, le jour de la S*-Remy parsey,pottr 
quatre deniers le porc ; et cil qui tienront des gens estrainges, 
pour huit deniers le porc, ainxi comme ils l'ont usey dou 
temps parsey. 

Droit d'usage. 

lient ^ nous voulons pour nous et pour nos hoirs que les ha- 
bitans d'Arc puissent prenre es bois d^ArCy de Giey et des ap- 
parnancesy tous bois, fors excepté chasne semay. 

Droit de mort bois, 

hem ,que les habitans d'Arc puissent prenre erd boisyl'épiney 
le tremble, le saule, le til, l'airauble, Hem le charme à trou* 
nier et à branchier pour lour profit. 

Item, qu'ils puiss^t panre la vieille coune, excepté coune 
pour soclerie. 

hem^ nous vouIqds qu'ils puissent panre erd bois, tous bois 
cheus, pour toute lour aisance, faire des bois dersusdits. 

Item^ nous voulons que li habitans d'Arc puissient panre en 
susd. bois loiîens pour loiier leurs biens, excepté chasnes. 

Iteniy qu'ils puissent panre en nos bois pur charipes et 
herches, et pour quanqne à charme appartient. 

Boiê réservés, 

item^ dous panrons en temps de la saisson le chesnoy, ou 

xvin. 40 



l4ti NOTICE hACUÉOhOGiqVE 

le fouart d'A.rc, U 4|iieU qiti niiac aoiis plâir«, did^as huii jours 
après la Sf&eaiy; ei \i kabitafts d'Aictuverroat lours porca, 
et cil qu'ils tienront, d'aatruy au bois que nous aurions 
laissiée. 

£t si nous n'avions pris Tun desd. bois dedans le terme 
dersusd., li habîtans d*Arc envoirroient ou pourroient envoyer 
lour dits porcs , et cil qu'il tienroient d'autruy ou queil que 
miea lour plairait, sans acoinson d^amande. 

Amendes. 

Item y se porcs étoient pris dans nos bois bannaux 
ou temps de la paisson» qui fuissient osd. habîtans d*Arc, ou 
tenuissent d'autruy, sans guarde^chiescuns porcs paieroit deux 
deniers, de nuit huit deniers. 

Iienij ung troupiaux de menues bestes que prises seroient 
osd. bois, ou temps de la paisson, chiescunes bestes devroit 
deux deniers ; la grosse beste quatre deniers ; sauf les voyes 
que elles ont accoutumey à alleir en pasture, par le temps de 
la paisson. 

liem^ qui sera preins en nos bois copant chasne vart, à char- 
rette, diit soulsy au foui cinq soûls. A coul au chasne trois 
soûls ; au foui à coul deux soûls. — Ou chasne semey, à char- 
rette dix soûls. Au pomier, au parier, à Tallicier, à Tarlousier, 
à charrette dix soûls, au coul trois soûls. Au charme copé par 
pied) douze deniers ; à planne copée deux soûls, la coudre 
pour soclerie, douze deniers. 

hemy nostre fourestier ne pourroit panre les habitans de 
lad. franchise d'Arc, ne lonr commandement, en nos bois, puix 
qu'ils auraient chargié et loyé et se seront départis dou tronc, 
et en plain. 

Amendes pour piehes^ etc. 

Itenif se aucuns des habitans est prins poischant en nos 
rivières bannaux, vingt soûls ^ de nuit» sexante soûls. 



fiUK L4 VILLE d'aM>1N-BARROIS. M^j 

iiem^ »e aucuns desd. habitans est prias poischaot ea nos 
fouTMts, de jour, sesante soûls; de nuit à nostre vouiooté. 

Item^ se aucuns desd. habîtaos est prias cbarsaot «o 00$ 
guaranes, de jour en plain, dix soûls; ou bois» seloo les us e| 
coustumes dou pays. 

Bixes* 

Itemy nous voulons p¥XT nous et poiir nos hoirs que qui 
traira coustel ou armes amoùlues sur autruy , et cil sus cui on 
le traira san plaint, dix soûls d'amande. 

Item^ cil en furt, et li férus n'en muert, quarante soûls, «c 
le dommage au blessié. 

Item^ qui fierra autry de paume ou de poing san 

plaint, trois soûls; c*tl y a sanc, et li férus s'aa plaint, dix 
soûls et le dommage au b'essié. 

lum^ de sanc de nais, d«'ux souIs, si li férus s'an plaint; 
et c'il y a blessure apperte, dix soûls, et le dommage au 
blessié. 

Item y qui fierra llomme ou femme de pierre, ou de baston 
sans sanr. . . . . • cinq soûls; c'il y a sanc, dix soûls; cil y • 
os quafsié ou blécié vingt soûls, et li donunaige au blécié. 

Injures. 

Qui damantira autruy en jugement, c'il ne l'appelle de 
mauvais fait, cinc soûls. Qui dira laid de cors à autre, se cil 
cui ou le dira s'an plaint, cinq souis s'ils san plaint. 

Qui clamera femme mariée de bon nain, putain, quarante 
soûls, c'elle s'an plaint. Qui clamera femme saos mari de bon 
nain , putain , quarante soûls celle s'an plaint. Qui clamera 
femme coinmuue, putain. • • . • . c'elle s*t;u plaint. Qui repro- 
chera à autruy ce dou les amis aura été justiciez, c'il san 
plaint, dix soûls. 

Qoi gittera, ou fermera guaige de bataille par devant nous 



l48 IfOTICE ARCHEOLOGIQUE 

OU nostre commandement, de meurtre, de rat, de larcin 

et se il sen Yuelt retraire , faire le puet parmi, 

sexante sous payans à nous, et fera grey à son adversaire, 
au reguart de nostre court, se il ne se paet escorder sons 
nous ; et nous rendra les mîrsiaus que nous aurions faites 
pour ce fait, d'avant ce qu'ils se fussent retrait com- 
mandement. 

Réb$UUmé lajuiiiee. 

Item, si li habitans d*Arc brisent saisine que par nostre 
bailly. Ou nostre préVost sera faite, cil qui la brisera nous 
paiera vingt soûls d'amande et restaublira ce qu'il aura saisi. 

Itenij qui rescoura à notre prévost, quarante soûls; qui 

mettra main à lui officiant, cent soûls prévost, et 

on le trouve bon et léaul, vingt sous. Qui rappellera le 
jugement de notre bailly et on le trouve bon et léaul, qua- 
rante sous. Se nostre bailly ou noâtre prévost rapportent 
j ugement , cil contre cui il le rapporteront le doient 
blasmeir ains qu'il parlent de davant la justice. Qui. ...•••• 
saisine qui par nostre sergent sera faite , dix soûls , et 
restaublis ce qu'il aura ostey. De faux pois, de faulse mesure, 
vingt soûls. Qui rescoura guaiges, présent le sergent, cinq 
souis, et restaublira ce qu'il aura rescoux. Qui rescoura au 
sergent, dix soûls, et restaublira ce qu'il aura rescoux. Qui 
rescoura à merseiliers, ou mettra main à lui sans sanc, en of- 
ficiant, cinq souIs, et c'ii y a sauc, dix souls^ s'il s'en plaint. 

Item^ pour un faux clam, deux soûls ; pour un escort, 
cheiscune partie douze deniers, 

Item^ de défaut de jour^ deux soûls, sauf le droit au plai- 
gnant. 

DéJiU ehantpilres. 

Qui sera pris en autruy jardin, ou courtil dommaîge faisaiit, 
de jour, trois soûls, de nuit, dix soûls, et le dommaîge rendu. 



SUR LA VILLE 1>'aH€«EN-<BARKOIS. i49 

Qui sera pris en autruy preys« herbe cueillant, de jour« 
douze deniers ; de nuit, cinq sols, et le dommage rendu. Qui 
sera pris en autruy, gerbes ou javelles prenant, de jour, cinc 
soûls ; de nuit, dix soûls sans charrette. Et à charrette, sexante 
soûls, et le dommaige rendu. Qui sera pris en autruy, bleîs 
herbe cueillant, douze deniers. Qui sera pris à autruy clausure 
prenant, ou dopésani, de jour^ douze deniers ; de nuit, cinc 
soûls, et le dommaige rendu. 

liem^ pour chiescunes menues bestes qui sera prise dom- 
maige faisant en bleis, en preys, ou autre part, puisque mar& 
sen»! moyen, sans guarde, de jour un denier; de nuit deua 
deniers. A guarde, de jour deus deniers , de nuit quatre 
deniers. 

liem^ les grosses bestes de jour sans guarde, deus deniers ; 
de nuit quatre deniers. A guarde, de jour, douze deniers, de 
nuit, deus soûls, et le dommaige rendu. 

lienij des bestes d'échappé, noyant, fors que le dommaige 
rendu. 

Item^ se sergens ou maîgniers des habitans de lad. franchise 
d'Arc sont pris par nos sergens en lad. franchise, en bois, eo 
preys, en bleifs dommaige faisant, nous nous entartrons osd. 
sergens ou maigniers de Tamande pour la prise, c*il ont tant 
vaillant en nostre terre ; et dou défaut qu'ils ne pourroient 
payer dt l'amande pour la prise dessusdite, nous nous entan- 
ronsès mabtres jusqu'à la somme de vingt soûls en avant, et 
non plus ; et nostres sergens qui pris les auront, li devront 
faire savoir es maistres dedans le second jour de la prise. 

Item^ qui sera pris de nuit puis l'ourre sonnée, gent souppas- 
neus, sans feu, deux soûls. 

Item^ cil de cui on se plaindra de guaiges vendus, deus 
soub. 

Itenij de borne parsée voisin contre autre, se partie s'en 
plaint, cinc soùb. 

Item^ de borne parsée en chemin don lonc , ou en pads, 
dnc soûls. Despoy de charrue, noyant. 



l50 KOTIGB ARCHKOLOGIQUB 

iHm^ de borne arraichiée , se partie s'an plaint, dix iouls* 

hêm^ seli habitants de lad. franchise fazoient amande par 
eommiinaiitey, ils nous paieroient dix livres pour se- 
rait départie par les quatre prodhommes dessusd., sus cela 
de lad franchise; excepte fait qui reguarderoit nos personnes, 
ou nos officiaulx expressément. 

//enf , li douze prudhommes mettront mersoillers et tout 
pastres de bestes, et nostre privaj ou ses Hou tenants 

Iteniy se aucuns ou plusieurs de lad franchise estoient pris 
on dommaige, pour nostre fait, nous par nostre sairemens les 
devons ponrchairsier aux nostres, et rendre coûts et ëom- 
niaiges. 

iLrmtir«i. 

Jtem^ doit avoir chiesenns chiefs d'osteil^un pourpoint* • • 
• ••eieepté prestres et clercs qui ne les auront cil oelour 
ploit; ne on ne pourra guaigier lesd. habitans de lour armeure. 

Guerre. 

Item f nous ne pouons mener cil de laditte franchise en 

ost, ne en chevauchié, ne envoyer, ce ne n'est pour 

Ilqueil nous y pouons meneir pour monseigneur le duc, pour 
nous, ou pour nos amis charnex une journée loin d*Arc 
à lour dépens, et non plus. Ne nous ne pouons mander, 
ne semondre partie d*aulx, se nous ne les mandons et se- 
moignons tous ensemble, ce n*est pour la défense de nos- 
tre terre d'Arc, et en teil quas qiiil fnest péril d'atandre 
tout le commun. Et ne pourrons mander, ne semondre 
lesd. habitans pour mauvaise achoisoo, et pour avoir la 
lour. £t cil qui ne pourroit, ou vou droit aler à nostre man* 
dément, nous enverroit homme soufîzant en leu de lui, cil 
■*avoit ersoone loianl; et cil qui auroit sexante ans ou plus, 
en seroit quittes. 



SUR LA yiLLB o'âlIC-'EH-Bâ.RllOIS. iSl 

MeubUs wmriiMobkê. 

lUffif nous TouloQs qu'on ne paisse guaigier dou'lit au 
seigneur, ne de la dame de Fosteil , ne de ehouses appartenantes 
an lit, ci comme de dras, sarges, couvertures ou contre- 
pointe qui sus le lit soit, pour nostre debte, ne pour Tautruy, 
cil ont d'autres biens des queilles on les puisse contraindre. 

Item , ne ne lour pouvons ne devons mettre lour biens en 
bannée ou temps de fenaison, ou de moirsons , ce n'est par 
Tacentement de la plus grant partie des babitans dt; la fran- 
chise d'Arc, ou ce n'est pour ehouses cogneubes ou adjugiées 
contre aucuns d'aux ; et cil qui brisera le banc qui mis y sera 
par nos gens, et par l'acentement des habitans, nous jSaiera 
trois soûls d'amande. 

Item^ se aucuns cris raisonnaiibles est fait par nos gens, 
dl qui n'obéira pas au cris paiera deus soûls d'amande. 

Item , li habitans de la ditte franchise ne sont tenus à 
mettre main à homme ne à femme qui par nos gens soit jus- 
ticiez ; mais ils sont tenus à aleir avec nos g^Hs, de cheiscui^s 
hosteil une personne pour voir faire la justîee, et pour eux 
guarder de fourcr ce mestier est. Et qui en défaura, cil n'a 
personne leiaul, il nous paiera deus soûls d'amande. 

Item , nous voulons que li habitans d'Arc ayent lour ai- 
sances es places davant et darier lour maisons soiens à Arc, 
sans empeschement de nous, ne de nos hoirs, sans édifices, en 
nostre droit, ou chouse du commun. 

Item , quant nous vourons voir lour armeures, nous lour 
devons faire savoir huit jours devant, et panrons li jour de 
lour faire monstreir à jour fairauble. £t cil qui n'aura ar- 
meures souffisans« si comme dessus est dit, nous devra trois 
soûls d'amande, et sera contraint à l'avoir cil est souffizant 
au reguart des quatre prudhommes dessusdits. 



l5âl irOTIGE ARCHÉOLOGIQUK 

Droit de tierce. 

Iterrif nous voulons que li habîtans en lad. franchise toi- 
gnient lour terres franches de tierce, anxîn comme ils les ont 
tenus en temps parsey. 

Item y nous voulons que li habitans d*Arc puirsent dachar- 
gier lour gt^rbes tiersaubles puis quil auront appeley le tiercies 
trois moz à haute voix par intervalle, cil est en la ville, et cil 
n*y est,appeloit Tun de ses voisins, ou deus prudhommes, ou 
deus femmes, et mettre le droit de la tierce d'une part. 

Entretien de l'église, des pants^ etc. 

Item , nous voulons que se li habitans d'Arc ont mestier 
d'argent pour lour église , ou pour lour pons , que li quatre 
prudhommes dessusd. en puissent faire giest sus cels de la 
franchise, appeley nostre commandement ou uostre prevost 
d'Arc avec aux au faire le giet. Et voulons que li habitans 
d'Arc puissent panre les moinchettes en nos bois, anxin 
comme il ont usey on temps parsey. £t voulons qu'ils puis- 
sent, panre en «os bois le pommier et le poirier pour enteir. 

Changement de domicile. 

Item, se aucuns des habitans nous venlt délaîrsier , et faire 
autre seigneur, faire le puett, et en pourra porter les meu- 
bles sans empoîschement de nous, ne de nos hoirs ; et pourra 
vendre son héritaige dedans un an après ce qu'il se sera dé- 
parti de lad. franchisCy et nous déavouey ; et cil ne l'a vendu 

dedans led. an, il sera hoirs; et ne pourra retourner en 

lad. franchise cil n*est nostre homme ; et durant le temps, il 
paiera de l'héritaige qu'il tanra en la franchise d'Arc , ce a 
que H quatre pruedhommes le mettront, 



SUA LA VILLE l>*ARO-£fir-BijeiHOiS. J 53 

Droit de $ceL 

Item, se li habitans avoieni mestier de sceillier procura^ 
tion que ne feust contre nous ou nos. . . • • • souIs* 

Item y nous, ne nos hoirs seigneurs d'A.rc ne povons, ne 
devons panre homme, femme nCvenfant de lad. franchise, ne 
mettre en prison tant comme il aura de biens meubles dersous 
nous, de quoi il puirse paier Tamande dou méfait qu'il aurait 

tait, se ce n'est giet le méfait. £t généralement nous 

voulons que tous les excès, tous les quas, tous les trop faits 
que en ces présentes lettres ne sont contenus ne devisay, que 
li habitans d'Arc on usient dou tout selon les points que on en 

use à Chatoillon • pourraient monter à sexante et une 

soûls, ou à plus, que li habitans de lad. franchise d'Arc ea 
soient quite pour vint soûls, ce n'est en quas de crime ou eu 
autre, pour quoi ils fourseut tenus à payer amande arbitraire 

que nous mettrons sergens juriez bons et leiaulx, 

pour nostre droit et le droit des habitans d'Arc guarder. 

Promesse d^observer. 

Item , promettons pour nous et pour nos hoirs seigneurs 
d'Arc que nous et nostre hoir$ ferons sairement chiescuns en 
sa vie osd. habitans tous les points et toutes les con- 
venances sans courrompre, qui en ces présentes lettres sont 
contenues et devisey. Et le sairemens ferons nous et nostres 

hoirs dedans les deus mois que nous en serons requis 

de lad. franchise d^Arc ne seroient tenus à payer à nous, ne à 
DOS hoirs, )a somme d'argent dersusditte; ne les y pourions^ne 
devrions contraindre jusques à tant que nous ou nostres hoirs 

seigneur d'Arc ' pourons faire nulle nouvelletey, ne 

servitudes, ne empoischier qu'ils n'usient des poins de lour 
franchise. 

£t à plus grante suretey , nous li devant^ dit Jèhans et 



1 54 H OTi€E ARCHÉOLOGIQUE 

Guillaumes freires » eheu délibération à nostre conseil , re» 

guardé et Taccroissement dou chastel et ville d*Arc, 

et des habitans, faite information souffizant seur ce, voulons, 
consentons et ouetroyons, et quant est à nous, confermons 
pour nousy et pour nos hoirs, et à tous autres qui causes au- 

roient ou pourroient avoir de nous présent et à advenir, 

pour quellque cause et occasion que ce pourrait estre; et pro- 
mettons en bonne foi à tenir lad. franchise et tons les articles 
dersus contenus^ de point en point, sans rien les parseir. Et 
quant à tenir, et à fermement guarder les chouses dersusd* , 
et chiescunes d*icel1es, nous soumettons et avons soumis, nous 
et nos hoirs , et cels qui de nous auront causes, nos biens et 
les biens de nos hoirs présens et à advenir, en la jurisdiction 
de très excellent et très puissant prince le duc de Bourgoigne, 
nostre seîgoeur, par lequeil ou par ses gens nous voulons 
estre contraint à la requeste des habitants de lad. franchise 
d'Arc, à tenir et à guarder, nous et nostre hoirs, de point en 
point, toutes les chauses dersus dittes. Prions et supplions 
humblement aud. nostre seigneur le duc que il de sa très 
grande autorité et puissance souveraine, plaise , veulle con- 
sentir et confirmer es haUtans de lad, franchise d*Arc tous 
les poins et tons les articles contenus en ces présentes lettres; 
et que il le vuelle bailler lettres de sond. consentement et con- 
fermation dersousd. son scel. 

£t pour plus grante seuretey de toutes les chouses dersusd . , 
et chiescunes d'icelles tenir et guarder à tous jours mais, dv, 
nous et de nos hoirs, et d'autres qui de nous aurient cause, 

je Jehans dersusdit tey, et consentement de Guillaume, 

mon frère, ai scellées ces présentes lettres de mon propre 
scel et de mon contre-scel, pour tesmoignaige de véritcy. 

Et je Guillaume freires de Jehans dersus dît , toutes les 
chouses dersusd., et chiescunes d'icelles, promets en bonne 

foi et guarder à tous jours perpétuellement, pour 

moi et pour tous les autres qui de moi pourroient avoir 
cause, ou temps présent et advenir, et ai voulu et consenti 



SUR Là VILLE d'arc- Sir-*BÀEROIS. l55 

^•Jehan, mon frères dersusd.y ait mis son scel en ces présentes 

lettres pour promets en bonne foi, et par mon saire- 

mens faire lettres osd. habitans, contenant de point en point 
toutes les chouses ci-dessus escriptes^ sans nul couttemens 

desd. habitans d^Arc tontes fois que j'aurai seel ba- 

Ktans de lad. fraoebbed'Aro ee m*auroBt requis. 

Ce fat fait en Tan de rincarnation nostre seigneur mil trois 
cent Tint et six, le dix et buitaisme jour d'ayril. 



Dans la suite, les comtes de Listenay, devenus 
seigneurs d'Arc, voulurent soumettre les habi- 
tants à une autre corvée, celle de faire le guet et 
la garde du château. Une requête fut présentée, 
en i5ii^ par les échevins, manans et habitants 
au bailliage de Chàtillon ; et deux ans après, le ^8 
juin 1 5 i3,unarrétdu bailli leur donnagaindecause 
contre la prétention de leur seigneur. Cet arrêt est 
conservé également aux archives de la mairie. 

Louis XIV érigea le comté deChàteauvillain, y 
compris Arc, en duché-pairie, pour le comte de 
Toulouse. Comme les letlres-patentes expédiées à 
cet effet font connaître Tétat civil et judiciaire de 
la seigneurie dans les siècles précédents, je vais en 
transcrire les principaux passages d*après les re- 
gistres du secrétariat de la maison du roi. 

• Notre... fils naturel et légitimé,., ayant acquis 
• de ses deniers les terres, seigneurie et marquisat 
« d'Arc-en-Barrois, et comté de Chateauvillain, 
« saisis réellement sur les tuteurs des demoiselles 
« de Morstin, et s'en estant rendu adjudicataire. . . 



l56 IVOTICE ARCHÉOLOGIQUE 

« lesdites terres consistantes, savoir led. marquisat 
c en lad. ville d*Arc scise en Bourgogne ^y sur la ri- 
c vière d'Aujon, fermée de murailles, flanquée de 

< plusieurs grosses tours et de fossez remplis d'eau 
c vive, au milieu de laquelle ville est un chasteau 

< bien fortifié, environné de fossez avec eau vive, 
« dans Tenceinte duquel est la paroisse dont les 
c seigneurs sont fondateurs, ainsy que de trois 
«chapelles, d*un monastère de récollets , d'un 

< couvent d'ursulines , de plusieurs abbayes, 
« de riiôpital et de la maladrerie de lad. ville, 
c dans laquelle il y a haute, moyenne et basse 
«justice, et dont les appellations sont portées 
« devant un bailly; duquel marquisat les bourgs 
€ et villages de Valbruan, Gyé, Cour-l'Évesque, 

< laTressey, Bugnière, Richebourgavec le hameau 

< de Vaulargot font partie, dans tous lesquels 
c lieux nostre dit fils a haute, moyenne et basse 
«justice dont les appellations sont portées au 
« baiIliaged'Arc,etensuiteàceluydelaMontagne; 
« duquel marquisat relèvent plusieurs villages el 
« fiefs, et entr'autes ceux de Briçon , Semoutier, 
« Prasiay, Apprey, Novelle, Cresnay, Marat, Vil- 
«liers, Tursuisse, Montrect, l'EfTond, Roche- 
« taille, Chameroi, Levarens et autres dont les 
« appellations sont portées au bailliage d'Arc; en 

< droit de tabellionage, et de mettre des notaires 

(1) Quoique située en Champagne, Arc faisait partie de la 
Bourgogne. Il était du ressort du bailliage de Ghâtillon ou 
de la Montagne, 



S€R LA VILLE J)'aRC-EN-BARROIS« iS*] 

c non seulement dans l'estendue de son marquU 
• sat, mais encore dans les terres qui en relèvent, 
I avec le scel authentique, quatre foires fran- 
I cheSy etc. » Donné à Versailles, mai 1703. 

Du comte de Toulouse, la seigneurie de Châ* 
teauvillain et Ârc a passé au duc de Penthièvre 
et à la maison d'Orléans : celle-ci possède encore 
les deux terres dont le revenu annuel est évalué à 
près d'un demi-million de francs. C'est, comme on 
voit, une des plus grandes propriétés qu'il y ait en 
France. S. A. R. madame Adélaïde, sœur du roi, à 
qui elles ont été cédées, a ordonné la réparation 
générale du château. 

Aux environs d'Arc, il faut remarquer d'abord 
l'ancienne abbaye de Longuay, qui fut fondée en 
1119 P^^ ^^^ comtes de Champagne; saint Ber- 
nard y envoya des religieux de Clairvaux. C'est 
maintenant une propriété particulière. On y voit 
l'ancien grenier à dîmes, édifice gothique à deux 
étages dont les voûtes sont soutenues par des 
piliers. Il existe une charte, ou plutôt une portion 
de charte, par laquelle l'abbé de Longuay affran- 
chit les habitants d'un bourg voisin, celui de Dan- 
cevoir, moyennant un cens annuel de lao livres 
eu numéraire, et de vingt livres pesant decire.La 
répartition du cens entre les taillables devait être 
faite par douze hommes de&plussuffsanisetdela 
flus saine partie de la population. On ne connaît 
pas la date de cet affranchissement. 

Une autre ancienne abbaye des environs d'Arc, 



tSS KOTICS ÀACHiOLOGIQUfi, ETC. 

ceUedeMormaat,a étéfoDdéeégaleiuentau xii^siè- 
de : elle a été fortifiée dans la suite; en 1792, en 
ouvrant les caveaux, on y a trouvé des inscrip- 
tions qu'on a négligé de copier. Il faudrait main- 
tenant, pour les retrouver, bouleverser le sol au- 
dessus de ces souterrains , lequel est cultivé en 
chanvre. 

Non loin de là estLeffonds, où existe une église 
de templiers, bâtie au xii^ siècle, si Ton ajoute foi 
au millésime qu'on voit en relief au milieu d'une 
croix des chevaliers figurée au-dessus du chœur. 
Ce que ce bâtiment a de plus curieux, ce sont ses 
collatéraux avec ogives obliques. L'autorité muni- 
cipalea, dit-on, décidé la démolition de ce monu- 
ment; mais les archéologues du pays, parmi les- 
quels il faut citer le docteur Poullain, espèrent 
obtenir la révocation de cet arrêt, qu'aucune cause 
urgente ne parait motiver; car l'édifice est solide, 
et peut encore rester longtemps debout. 

Il s'est conservé dans le pays peu d'usages an- 
ciens. Je n'en citerai que le carolet^ c'est la cou- 
tume de sonner la cloche de l'église paroissiale 
d'Arc pendant un quart d'heure le soir, depuis le 
i*' octobre jusqu'au i" avril, sonnerie qui est ré- 
pétée par tous les villages d^alentour. C'est selon 
les uns l'ancien signal du couvre-feu; selon d'au- 
tres, c'est un avertissement pour les gens égarés 
dans les bois, et un moyen de leur faciliter l'ache- 
minement vers un village. 



OBSERVATIONS 



CACIITS DES lÉDEGINS OCULISTES ANGIERS 

APtOfOS 

DE CUTQ PIEERES SIGILLAIRES Df ÉDITES 



Lorsque nous avons entrepris ce mémoire, 
notre intention était seulement d^expliquer cinq 
pierres sigillaires inédites. Dans ce but, nous 
avons du nécessairement consulter les auteurs 
qui avaient écrit sur la même matière. Quoique 
trouvant leurs livres généralement bons, mais in- 
complets sous certains rapports, nous avons voulu 
y suppléer, en tâchant d approfondir davantage 
les points qu'ils avaient le plus négligés; c'est de 
oeite manière que nous avons été amené à corn* 
poser le chapitre préliminaire intitulé : Des pierres 
sigillaires en général. Toutefois, nous ne saurions 
trop le répéter en écrivant ces Observations, nous 
n'avons point eu la prétention de faire un traité 



l6o OBSERVATIOVS 

complet sur la matière, mais simplement un re- 
cueil de petites dissertations sur quelques points 
contestés ou obscurs. Tout à fait étranger aux 
sciences médicales , nous ne nous sommes pro- 
posé que de donner des textes exacts et des expli- 
cations ressortant de la spécialité de nos études; 
on voudra donc bien nous excuser si parfois il 
nous est arrivé de pécher contre les préceptes 
d'Hippocrate. 

Ce mémoire sera divisé en trois chapitres; nous 
venons de donner le titre du premier ; le second 
sera consacré à Texamen des cinq nouveaux ca- 
chets d'oculistes que nous publions ; enfin le troi- 
sième contiendra la transcription de toutes les 
inscriptions du même genre, qui ne se trouvent 
point dans le livre de Tôchon*, devenu pour 
ainsi dire classique sur cette matière; ces in- 
scriptions étant dispersées dans une foule de re- 
cueils qu'il est difficile de se procurer, nous avons 
cru bien faire de les réunir toutes^ et de former 
ainsi une sorte de supplément à cet ouvrage, 
sur le plan duquel notre dissertation a été conçue. 

(t) Dissertation sur l'inscription grecque lACONOC 
AYKION, et les pierres antiques qui servaient de cachets 
aux lïkédecins oculistes, Paris, 1816, in-4* de 72 pages et 3pL 



SUR LES I^IRRRSS SIGIILAIMS. l6f 

CHAPITRE PREMIER. 

OBSERVATIONg GÉNÉRALES SUR LES PIERRES SIGILLAIRE8. 
§ I. Des pierres sigillaires en général. 

Les pierres sigillaires sont, comme on sait, de 
petites tablettes de forme carrée ou quadrila- 
térale , épaisses dé quelques ceotimètres , et sur 
les tranches desquelles se voient des lettres gra- 
vées à rebours. Toutes celles qui ont été retrou* 
vées jusqu'ici ont été taillées dans une sorte de 
stéatite dont la couleur est verdàtre ou tirant sur 
le brun. Ces monuments varient quant à l'épais- 
seur, la longueur ou la largeur. 

Les lettres des tranches sont rangées quelques- 
fois sur une ligne ^^ plus ordinairement sur deux; 
on ne connaît qu'une seule pierre où elles soient 
rangées sur trois lignes ^ Généralement ces lignes 
remplissent les quatre tranches des tablettes; ce- 
pendant il arrive aussi quelquefois qu'une ou 

(1) Voyez la première pierre de Nîmes, Xop/^ nemausensis î^ 
Tôchon,p. 67, n® 17. 

(2) La seconde pierre de Paris, Lapis parisiensis fl, du 
même ouvrage, p. 66 . 

XYIIL 11 



1^ <^f»AVATJQKS 

deux de ces tranches sont restées vides et n ont 
reçu aucune atteinte du burin ^ 

La surface plane de ces tablettes est générale- 
ment lisse ; si l'on y observe que]ques lettres ou 
quelq[ues figures, ces lettres ou ces figures, au lieu 
d'être gravées à rebours, comme celles des tran- 
chesy sont au contraire placées dans le sens ordi- 
naire, de gauche à droite. Le^ prefcniàres étaient 
donc faites pour être imprimées sur une matière 
molle, pour former des empreintes; les autres, 
au contraire, pour être lueâ, pour servir au pos- 
sesseur du cachet; car les pierres sigillaires ne 
sont autre chose que des cachets. 

Tous les cachets de ce genre qui ont été lus et 
publiés portent soit un nom de remède seul \ 
soit le nom d'un remède et réoumération de ses 
qualités^, soit en outre u n nom propre, eeloi du mé* 
decin qui avait composé le remède; cette dernière 
formule est la plus ordinaire. Comme presque tous 
ees remèdes sont des collyres, on en a conchi que 
tes pierres stgtUaires servaient e^iclusivement aux 
médecins oculistes, et^ on les désigne également 
sous le nom de cachets des oculistes. 



(1) Lapis parisieHsis /, T6chon, p. ©4. 

(2) Tôchon, Lapis nernausensis^ p. 67. 

(3) Voyez, entre autres, la pierre que nous publions sous le 
titre de Lapis parisiensis III. 



suM LIS mawHi tioi&LA.iaE». t93 

( n. Des âuleun qui oat traité des pierres sigillaires. 

Depuis la fin du xvii^ siècle jusqu'à nos jours, 
on a beaucoup écrit sur les pierres sigillaires; on 
peut même compter jusqu'à vingt-sept antiquaires 
qui se sont exercés sur ce sujet ^ Parmi ces sa- 
vants, les uns se sont contentés de décrire les 
cachets qui leur étaient tombés entre les mains; 
les autres, au contraire, se sont appliqués à réu- 
nir tous ceux que l'on connaissait de leur temps. 
Entre cesderniers, nous ne citerons queTôchon 
d'Annecy, dont le livre, publié en i8i6, est né- 
cessairement plus complet que ceux de ses prédé- 
cesseurs: trente cachets d'oculiste y sont expli- 
qués. Depuis que cet ouvrage a paru, Grivaud de 
la Vincelie a publié deux nouveaux cachets*; 
M.fiottin, un'; M. Rêver, trois ^; M. Éloi Johan- 

(1) Spon, Bauhîn, Lebeuf, Caylus, Falconnet, Walchius, 
Saxiasy Cuper, Smetius, ChishuU, Maffei , Muratori, Gori, 
Dunod, Beroldy Dulaure, Grivaud de la Vincelie, T6ckon 
d* Annecy, Rêver, MM. Denis (de Commercy), 6ottin, Plti- 
quet, Eloi Johanneau, fieaadot (rainé, de Dijon), Lenz, Févret 
de Saint-Mesmîn, Richard Gough. 

(2) Recueil de monuments antiques la plupart iHédits et 
découi^erts dans t ancienne Gaule, Paris, 1817, tome I, p. 279 
à 289. 

[t) Mémoires de la Société des antiquaires de France^ t. II , 
p. 449 et 463. 

(4) Supplément au mémoire sur les antiquités de LiUè-^ 
bonne. Évreiix^ 1821 . 



l64 OBSlKVjlTIOHS 

neau, deux; ii a en outre commenté de nouveau 
celles que M. Rêver avait fait connaître l« M. Fevret 
de Saint- Mesmin en a donné deux nouvelles*; 
et dans ses notes, il en a copié deux autres qui, 
bien qu*explîquées, en 1809, par MM. Baudot' et 
Lenz % étaient, pour ainsi dire, passées inaper* 
çues ainsi que trois autres éditées par M. Gougb, 
et dont personne en France n'a encore fait usage. 
On comptait donc jusqu'ici quarante-cinq cachets 
de médecins oculistes; maintenant, nous pou- 
vons en énumérer jusqu'à cinquante, en y com- 
prenant les cinq que nous allons faire connaître ^ 

§ III. Des pays où les pierres sigillaires se trouvent 
le plus fréquemment. 

Si Ton en croit Tôchon (p. i5), ce genre de 
monument serait particulier à la Gaule, à la Ger- 



(1) Mélanges d*archéologie publiés par M. Bottin (1825), 
p. 109 à 118. 

(2) Mémoire de la commission des antiquaires du départe^ 
ment de la Câte-d'Or^ t. P% p. 388. 

(3) Magasin encyclopédique y année 1809, t. II, p. 105. 

(4) Magasin encyclopédique^ année 1809, t. P', p. 102. 

(5) Nous recommandons surtout à l'attention de nos lec- 
teurs les ouvrages de MM: Rêver et de Saint-Mesmin ; le 
premier a réuni une foule d'observations curieuses; le second 
ne s'est pas contenté de les analyser, il y a ajouté une histoire 
intéressante des efforts tentés jusqu'ici pour l'explication de 
ces monuments. 



SUR LES PJERRES SIGILL AIRES. l65 

manie, à la Grande-Bretagne; et les médecins ocu- 
listes dont les noms y sont gravés auraient été 
attachés à la suite des armées romaines. 

Sur le premier point, nous n'osons pas afBr- 
mer que Tôchon ait tout à fait tort, puisque les 
deux localités les plus méridionales où Ton ait 
encore trouvé des pierres sigillaires sont Vérone 
et Sienne. La seconde de ces villes est, il est vrai, 
située en Étrurie, mais pourtant à une distance 
assez peu éloignée des limites de la Gaule cisal- 
pine; et la première se trouve comprise dans cette 
province. Il n'y aurait, d'ailleurs, rien d'extraor- 
dinaire qu'un monument de ce genre ait été égaré 
sur le sol de l'ancienne Toscane. 

I IV. Que les remèdes indiqués par les pierres sigillaires 
n'étaient pas spécialement réservés aux soldats romains. 

Quant à la seconde conjecture, nous ne sau* 
rions l'accepter. En effet, la seule raison sur la- 
quelle Tôchon puisse s'appuyer, c'est que sur la 
première pierre de Nimègues on voit figurer un 
collyre nommé stratiotioum ( m. v l p i. he r a- 
CLETis. stratioticum), collyrc que Marcellus 
Ëmpiricus désigne comme étant propre à guérir 
les caliginesei cicatrices ex iiinere etpuhere col^ 
lectasK On conçoit, en effet, que les soldats étant 
plus exposés qu'aucune autre classe de personnes 



l66 0B8BAVAT10MS 

aux maux d'yeux causés par la poussière et lea 
longues marches, on ait donné leur nom au eol«- 
lyre destiné à guérir ces maux; mais cela ne prouve 
pas qu'eux seuls se servaient de ce collyre, et à 
plus forte raisoii on n'en peut rien conclure pour 
les spécifiques mentionnés sur les autres pierres 
aigtilaires. Nous ferons d'abord observer que si les 
oculistes, dont les cachets sotit parvenus jusqu'à 
nous, avaient été attachés au2( armées, l'organisa** 
tion militaire de l'empire étant partout la méme^ 
on devrait retrouver de cas cachets partout, et en 
beaucoup plus grand nombre dans lea provinces 
d'Orient, où les ophthalmies ont été de tout 
temps beaucoup plus communea qu'en Europe* 
Voyez d'ailleurs l'ouvrage de M. Rêver (p. i6, 
paragr. 36), qui le premier a attaqué Terreur d« 
Tôchon. 

§ V. Que les noms propres gravés sur les pierres sigîllaires 
sont ceux de médecins célèbres dans rantîqntté , et non 
ceux des possesseurs de ces cache ts. 

Selon le même auteur, le nom propre qui pr^* 
cède d'ordinaire renonciation du collyre appaiv 
tiendrait non à l'inventeur de ce remède, mais à 
celui qui le débitait. Cette opinion, pi^rtagée jus* 
qu'ici par tous ceux qui ont écrit sur les pierref 
aigillaires, ne peut cependant; sQu^enir le moindre 
examen; et nous nous étonnons même d'être le 
premier à la réfuter. Interroffeon^ laa ndottumests, 



SUR LES PIUBBS Sl<2rILLA.IRES. | Çj 

ils ttous répondront eux-oiçmes. Sur la pierre de 
Gènes on lit le nom de c. cap. SABiNiAiri^; et sur 
la première de Besançon, celui de c. stat. sabi*> 
NiANi'; sur celle d'Iéna parait un phronimys '; 
et Ton voit àCarbec un t. l. froitimys^. Userait 
bien singulier, on en conviendra, que Sabinianus 
eut successivement débité des médicaments à Be- 
sançon et à Gènes, et que la même particularité se 
présentât i propos de Phronimus; car nous ne 
pensons pas qu'on veuille voir dans le Sabinianus 
de Gènes un personnage différent du Sabinianus 
de Besançon , et dans le Phronimus d'Iéna un 
autre individu que le Franimus de Vieux. 

Il est vrai que le nom de Sabinianus est pré^ 
cédé des sigles o. cap« sur U pierre de Gènes et 
des sigles c. stat. sur celle de Besançon : c. stax. 
s ABiNiAiri; mais nous le démontrerons plus tard, 
toutes les pierres sigillaires ont été gravées à la 
même époque. Oi", sHl n'est pas absolument im- 
possible qu'il ait existé en même temps deux hom- 
mes exerçant le même état^ portant le même 
agnomen et le même cognomen , mais avec un 
nomen différent, nous le demanderons, un 
hasard si singulier paraitra-^t^it bien probable? 
Ne connaissant les pierres de Gènes et de Besan- 

(1) Tôch<]^, p. 6t, pierre o'» 3. 
' (2) là,, p. 68, pierre n» 9. 

(3) irf*, pt 66^ pierre a» 1^. 

(4) Rêver, Appendice aux At^tiquUé^ de LâUebonn€% p. 45. 



l68 OBSERVATIONS 

çon que d'après les auteurs qui en ont parle ^, et 
dans l'impossibilité où nous nous trouvons de 
vérifier les leçons qu'ils en donnent , n'est-il pas 
tout simple de croire qu'une de ces pierres a été 
mal décliiffrée? Cette opinion admise , comme la 
pierre de Besançon ne porte qu'une seule inscrip- 
tion, et que celle de Gènes, au contraire, en oHre 
quatre bien complètes, il faut, selon nous, regar- 
der les lettres stat comme fautives, et croire que 
ces deux cachets désignent un seul et même per- 
sonnage, C. Cap. Sabinianus. 

Que Phronimus et T. Lollius Fronimus soient 
un seul et même homme, cela est de toute évidence 
et a déjà été reconnu par MM. Rêver et Éloi Jo- 
hanneau 2. La substitution de I'f au ph est si fré- 
quente dans les inscriptions, qu'il est inutile d'en 
donner des exemples. Quant à renonciation de 
Yagnomen et du nomen sur la pierre de Vieux, 
et à leur absence sur celle d'iéna , cette circon- 
stance ne vient rien infirmer; car sur cinq pierres 
trouvées à Naix on voit paraître un individu 
nommé q. ivn. tavrvs \ et sur une sixième pro- 
venadt de la même localité, le même personnage 
n'est plus appelé que ivir. tavrvs *. 



(1) Spoo, Caylusy Saxius, Walchius, Diuod, Muratori. 

(3) Rêver, passage déjà cité. —M. Eloi Johann eau, Mé^ 
langes d'archéologie^ p« 1 14. 

(8) Tôchon, p. 69, pierres n«« 3S, 94, 95, 96 et 97. 

(4) /(flf., p. 71 , pierre n» 98. 



SUm LES PIERmES âlGlIXJLUL£S. 169 

Il y a phiSy le cachet de Mandeure dous montre 
un oculiste nommé sur une tranche, c^ylp.htphts, 
et sur trois autres, htphvs simplement *. Il Ëillait 
donc que les hommes dont les noms se trouvent 
eo télé de ces inscriptions ne fussent ni d^obscurs 
médecins ni d'obscurs pharmaciens, puisqu'il 
suffisait de les faire reconnaître sans préciser 
exactement qui ils étaient. Cet argument n'est pas 
QD des moindres de ceux que nous appdlerons à 
l'appui de notre raisonnement. 

Sur la pierre de Bavai , on voit paraître deux 
noms : c. ivl. FLoavs et i.. sil. babbaevs'. 11 en 
est de même sur la cinquième pierre de Maix, 
Q. iVNt. TAVRvs et L. CL. MARTiicvs '; sur ccUe de 
Brumath: gai. caec. nobi et catavovs^; sur la 
pierre de Gotha, t. cl. apollikaris et q. carmut. 
QviNTiAN ^; et enfin, sur celle de Cessi-sur*Tille : 
€• CL. paiMi et crvL. libtci ^. On a prétendu que 
Cataudusj L. CL Martinus et L. SU. Barharus 
avaient succédé à Gains Cœcilius Nobilis^ à 
Q. Junius Taurus et à C. Julius Florus, ou vice 
versa; qu'ils avaient continué à débiter, sous les 
noms de leurs prédécesseurs, les médicaments 

(1) Tèchon, p. 63, pierre h!" 8. 

(2) /</,, p. 7J, pierre n» 30. — Mémoires de la Société des 
antiquaires^ t. EL, p. 450. 

(3) TôchoD, p. 70, pierre n« J7. 

(4) Eloi Johanneau, ouvr. cité. 

(6) Magasin encydopédique , année 1809, t. !*% p. 103. 
(6) M. de Saint*Mesmin, ouvrage cité. 



1 JO OBSSRVA.TIOVS 

composés par ceux-ci et jouissant de quelque ré- 
putation; enfin qu'ayant hérité, outre leurs client- 
tèles, du matériel de la pharmacie, et entre autres 
choses de leurs cachets^ ils avaient utilisé les tran- 
ches restées vidés en y faisant graver leurs noms 
et celui des remèdes nouveaux qu'ils avaient com- 
posés et qu'ils vendaient. Du temps de Tôchon et 
de Grivaud de la Vincelle, la cinquième pierre de 
Naix était la seule pierre portant deux noms que 
l'on connût (il semble en effet que celle de Bavai 
ne leur soit parvenue qu'après coup). Une telle 
supposition était donc possible alors ; mais la dé- 
couverte des cachets de Brumath, de Gotha et de 
Cessi-sur-Tille est venue changer entièrement les 
idées qu'on pouvait se faire à cette époque; car il 
faudrait «dmettre encore un bien singulier hasard 
pour supposer que, dans cinq endroits si éloignés 
les uns des autres , la même idée se fut présentée 
à l'esprit d'individus différents. 

Dans l'antiquité, et cela se fait encore aujour- 
d'hui, on donnait quelquefois à un remède le nom 
de celui qui l'avait inventé. Cet usage est attesté 
par tous les écrivains qui ont traité de matière mé- 
dicale; on n'a, pour en trouver des exemples, 
qu'à ouvrir presque au hasard les œuvres des prin~ 
cipaux médecins. Prenons celles de Galien, par 
exemple ; nous y trouverons indiqués les médi- 
caments suivants : Charitow antidotus adpha- 
langiarum monm S FU^i^fHi catapùHum ad 

(1) G^rien, éd. 4« Kùtfé, t. XIV, p. lêO. 



SUE LES PIXBRBS SIQItLAIlUSS. I71 

phthisim^yéâlexandriparteUiadcapitisdùlorem\ 
Sergii monohemerum^y Heraclidis melinum*, 
TrypJionis authemerum • ; et puis l'auteur entre 
dans les détails nécessaires pour expliquer la ma- 
nière dont ces divers remèdes devaient être pré- 
parés. Il n'y a donc pas de doute possible; les an* 
ciens avaient leur anlidote de Chariton , leur 
catapotium de Flavien, leur partelli d'Alexandre, 
de même que nous avons notre médecine Leroi, 
notre \in deSeiguin, notre pâte de Regnauld; seu- 
lement comme ces remèdes n'avaient pas besoin 
d'une approbation spéciale pour être débités, et 
que la propriété n'en était pas réservée aux pre- 
miers auteurs de la découverte, ainsi que cela se 
pratique de nos jours, chacun pouvait préparer 
des partelli, des catapotium, des antidotes sui- 
vant la formule d'Alexandre, de Flavien, de Cha- 
riton et de qui bon lui semblait. Cela posé, Il 
sera tout simple de donner aux noms placés sur 
nos pierres le sens que nous indique Galien. Le 
cachet de Cessinous fournira un nouvel argu- 
ment, puisqu'on y lit c. cl. primt terentianv. Ce 
que nous expliquerons par remède de Térence 
perfectionné par Caius Claud. Pri mus. 



(1) Galien, éd. de Rûoe, t. Xin, p. 73. 

(2) Id., t. XII, p. 680. 

(3) Id., t. Xn, p. 75^1. 

(4) Id., t. xn, p. 79. 

(5)Id,, t. XIII, p. 351. 



17a OBSERVATIONS 

Il y a plus; c'est qu'il eût été fort difficile aux 
pharmaciens et aux oculistes romains de préciser 
d'une manière à la fois plus brève et plus claire 
les remèdes qu'ils employaient; car sous le même 
nom on comprenait souvent toute une classe de 
médicaitients, ayant la même base sans doute, 
mais préparés d'une façon différente, puisqu'on 
les employait dans des cas divers. Ainsi Galien 
décrit trois sortes d'authemeron *, et ne dit point 
que dans leur composition on se servit de blancs 
d'œufs. Pourtant l'authemeron de Lucius Caemus 
Paternus est appelé authemeron leœne ex ovo. 
L'examen des pierres que nous allons publier 
fournira d'ailleurs plus d'un exemple analogue. 
Un tel procédé évitait l'énumération des proprié- 
tés du médicament; puis, lorsque le médicament 
était vulgaire, on se contentait de mettre son nom 
seul, ou son nom et ses qualités, comme sur la 
première pierre de Nimes * ou sur la seconde 
pierre de Paris ^. Disons-le donc maintenant sans 
crainte, les noms qui se lisent sur les cachets des 
oculistes sont des noms de médecins célèbres; ces 
cachets ne leur appartenaient point et servaient 
seulement à indiquer qu'un remède était composé 
suivant leur formule. Si l'invasion des barbares 
dans l'empire et les convulsions incessantes qui 



(1) Galien, éd. de Kûne, t. XIV, p. 180. 
(3) Grîvaud de la Viacelle, passage cité. 
(3) TôchoD, p. 67, pierre n» 17. 



SUR LES PIERRES SI6ILLÀIRES. I73 

bouleversèrent le monde pendant le moyen-âge 
nous ont fait perdre une bonne partie des chefs- 
d'œuvre littcraires que vit nattre l'antiquité, les 
sciences médicales n'ont pas été les mieux trai* 
tées , et les œuvres d'une foule de médecins ne 
nous sont connues que par les citations des au* 
teurs qui, plus heureux , nous sont parvenus. Ne 
nous étonnons donc pas si la plupart de ces ocu- 
Jistes sont des gens totalement inconnus à la 
science. Qui ne sait d'ailleurs que le nom d'un chef 
d'école, de Modius Asiaticus, chef des Méthodistes^ 
ne nous a été révélé que par un pur hasard, parce 
que son buste, l'un des plus beaux ornements du 
cabinet du roi , a été déterré dftus les environs de 
Smyrne au commencement du siècle dernier? 

Ainsi, en admettant qu'aucun des noms placés 
sur les pierres sigillaires ne fût cité par les au- 
teurs , ce ne serait pas encore une pr&uve que 
notre système fût fautif; car les raisons que nous 
avons exposées plus haut nous paraissent assez 
convaincantes pour que, malgré cela, il puisse 
toujours subsister. Mais heureusement il n'en est 
peut-être pas ainsi. Parmi les médecins qui ont 
donné leurs noms aux remèdes et qui sont cités 
parGalien, on trouve^ on l'a vu tout à l'heure, 
Cbariton, Flavien et Alexandre. Or, sur la pierre 
de Dijon nous voyon3 paraître un ^. ivl. CHA.ni- 
TON ^; sur la première pierre de Paris, un degmvs 

(1) Tôcfaon, p. 62, pierre n» 5. 



174 ^^skryàtiosis 

(l^imm) Fhunàîiyn ^; sUr celle de Maestriehl, uo 
€« hVQQius jllbxanbkr K GalieD cite un DioDysio- 
dore S; et sur la pierre de Yéroue nous voyons 
figurer un c. ivl. nionTsionORaj^. Enfin, trois des 
(fuatre cachets que nous allons faire connaître 
donnent des noms de médecins qui se trouvent 
indiqués par des auteurs anciens , Philumenus ft, 
Paulinus ^, Heliodorus^. Peu familiarisé que nous 
sommes avec Thistoire médicale, il nous serait 
fort diiBcile d'établir Tidentité des personnages 
ottés par les textes et par left pierres sigillaires. 
Aussi tious garderons-nous de l'entreprendre;, 
mais nous ne craindrons pas non plus d'avancer 
qu'il serait fort singulier que quelques-uns des 
oculistes de nos cachets au moins^ sinon tous, ne 
fussent pas les mêmes que les médeeifls dont par- 
lent les auteurs. 
« 

(1) Id., p. 64, pierre n® IJ. 
(J) Id., p. 67, pierre n« 19. 
(S) Galien, éd. de È.iiDe, t. Xlll, p. 7i. 

(4) Tâchon, p. 64, pierre n* 10. 

(5) For» là description de la pierre io Tkimrif phis bai, 
p. 1S3. 

(6) Foy. la description de la 3* pierre de Paris ^ plus bas, 
p. 195. 

(7) Foy, la description de la 4* pierre de Paris, plus tas, . 
p. 501. — Galien cite un collyre nommé Melinum tteraeli^ 
dUf 'H/DflncAtfCSoa f£^>tvov. Sar la )* pierre de I^imègiies, nous 
Hsoas MAMii-TLPi HBaACLKTU MiLtirvx. On serait ténié 4e 
croire q\i* Heracleds est le génitif ^Heraeletes^ et que cet He- 
raeletet est le même que VBârtMdes mU par Galien. 



SUR LES pnmRBs smn^fcAiREs. 175 

Un mot encore. •**« 6u^ la pbl dé la pierra dé Fik 
mars, qui porte le aom dé Tiberius Claudius Mes^ 
sor, on remarque les lettres n tout près d'une des 
légendes. M. Bottin, en publiant ce cachet^ a fait 
remarquer avec raison que^palettres^ comme tou-» 
tes celles du même geure, étaient des points de re^ 
père qui devaient indiquer Fétiquette dont on 
avait besoin ^ Cela est évident par soi-même, et 
en outre prouvé par la deuxième pierre de Lyon, 
où les noms des médicaments gravés sur la tran- 
che sont indiqués au^^iessus par leurs initiales 
(^stactum^ GR crocodesy en okêlidenium^ 4V au-^ 
tkemerum *). Mais, sur la pierre de Famars, les 
lettres ti n'indiquent plus un nom de médica-^ 
ment, mais bien un nom propre. Certes, Tiberius 
Claudius Messor, si cette pierre lui avait appartenu^ 
n'aurait eu nul besoin d'y faire graver ses initiales. 
Dans notre hypothèse, au contraire, la présence 
des lettre^ ti est toute naturelle, et peut être faci- 
lement justifiée. 

I VI. I>e la laatiàrs sur laquelle on im^rimail css cackecs. 

On est peu d'accord sur la manière dont on 
employait les pierres sigUlaires. Spon pei^^t 

(1) Mémoires de la Société des anUq. deErance^ t H, p. 449 
et46S. 
(S) Grivaud de la VinceUe, pi. zzxvi, a* 1 1 . 



i 



176 OBSBRYATIONS 

qu'elles devaient servir de couvercle aux bottes 
daos lesquelles les oculistes renfermaient leurs 
collyres^; mais cette opinion insoutenable, et rë^ 
futée depuis longtemps par Tabbé Lebeuf , doit 
être pour jamais lapsëe de c6të. Puisque les 
lettres des tranches sont gravées à Tenvers^ il 
est évident, comme nous l'avons déjà dit, qu'elles 
servaient à donner des empreintes. Si l'on en 
croit Caylus et Falconnet, ces empreintes, appli- 
quées sur les médicaments, en auraient garanti 
l'authenticité; si Ton en croitTôchon^, ce serait, 
au contraire, sur les vases mêmes destinés à con- 
tenir les remèdes que ces étiquettes auraient 
été placées. L'opinion émise par Caylus et Fal- 
connet semble très plausible au premier abord; 
car les collyres, quoique employés pour la guéri- 
son des maux d'yteux, n'étaient pas tous liquides: 
c'étaient souvent des onguents ou des pâtes assez 
consistantes. Il serait donc possible que l'usage 
d'imprimer sur l'objet même son nom et ses 
qualités eût été employé dans l'antiquité comme 
il l'est encore chez nous par les parfumeurs, les 
confiseurs et autres; mais, après avoir un peu ré- 
fléchi, on sera bien vite forcé d'abandonner cette 
conjecture. Les oculistes ne débitaient pas seule- 
ment des onguents et des pâtes, ils vendaient 
aussi des objets qui, par leur nature, n'étaient pas 

(1) Spon, MUceiianea erudiiœ antiquitatis^ p. 986. 

(2) Ouvrage cité, p. 18. 



r 



SUR LES l'IElltlfiS SICILLAIRJBS. l 'J'J 

susceptibles de recevoir la moindre empreinte. 
Tels étaien ty par exemple, Xespenicillum^ sorte d'ë- 
poDges douces sur lesquelles on étendait un mé- 
lange de vin et de miel nommé mulsum , et dont 
on se servait ensuite pour oindre légèrement la 
partie malade. Or les inscriptions des pierres sigil- 
laires, étant toutes conçues à peu près dans un 
même système, doivent toutes avoir été employées 
de la même manière; ce n'était donc pas sur les 
médicaments eux-mêmes, mais bien sur les vases 
destinés à les contenir, que nos cachets devaient 
#lre empreints. 

Pour partager l'opinion de Tôchon, il faudrait 
admettre que les médecins oculistes communi- 
quaient leurs cachets aux potiers chargés de con- 
fectionner les vases où ils renfermaient leurs col- 
lyres, et que ces artisans, lorsque les vases étaient 
sortis du tour, avaient la |)récaution d'imprimer 
sur leurs panses les inscriptions convenables. 
Tôchon croit donner une preuve convaincante 
de ce fait en citant deux vases sur lesquels se 
trouve la légende suivante : 

lACOROC 

qu'il interprète ainsi : Lycium de Jason; et il dé- 
montre très bien que le lycium était un collyre; 
d'ailleurs, à part la langue dans laquelle cette in- 

XVIH. l« 



178 OBSERVATIONS 

scription est conçue, l'apalogie entre elle et celles 
des pierres ^i^illaires est complète. 

Il est un fait avéré, c'est que ces cachets étaient 
rea)isdanscertainescirçonstancesauxpotiers,puis- 
^il'op trouve décrit dans Caylus* un rebord de vase 
0J4 se yoit empreiqt up cachet, celui qui est connu 
sous le pom de pierre d'Avignon. Ciette empreinte, 
}) çs,t \r^^ est très défectueuse; jd'ailleurs, elle se 
trouve répétée deux fois, et semble n'avoir été 
iïnprimée que comme essai ; ai^ssi M. Rêver, qui 
cite {également ce fait, prétend-il qu'il n'en faut 
rien conclure; pour nous, il nous semble que c'est 
Mpe preuve évidente que les pierres çigillaires se 
trouvaient eptri^ lies mains des potiers; e)t nous 
p'Jiésiteriopç pa§ à adopter l'opinion éipise par 
Tôcbop, s^ e}l.ç ne semblait contredite par uqe des 
plus /curieu^e^ pierrçs sigillaires qu'or? ail retrou- 
v.ée3 jusqu'ici, celle de Vieux, figuré.e par M. Re- 
yçr, dans son Appendice aux antiquités de Lille" 
konncy pi. IV, n^ 3. 

Cette pierre, qjui port/e le nom de 5. Martinus 
Ahlaptus^ présente sur ses deux surfaces planes 
des figures gravées au trait. D'un côté est un hip- 
pocampe; de l'autre un vase accompagné de let- 
tres. Voici la description de ce dernier côté : au 
sommet, s. s; plus bas et en lettres plus grandes , 
GAI; plus bas encore, un vase à deux anses, à 

( \ ) Recueil d' antiquités^ t. VII, pi. ^xx^y. 



SUR LES TIFRRES SIGILL A.1RSS. I jg 

panse large, à goulot évasé, et soutenu par un pied; 
sur le milieu de la panse, et à l'endroit qui la sé- 
pare du goulot, on voit des ornements en forme 
de corde ou de collier; et dans la partie la plus 
basse, trois yeqi^; enfin, dans Fentrée du goulot 
même, les lettres qjl. 

M. Re.vpriavoue qu'il ne comprend rien aces 
tigjures. Cependant il n'était pas difficile de devi* 
ner que ce vase ne pouvait être autre chose que 
la représentation de l'une des fioles qui devaient 
contenir des collyres; la présence des yeux, qui 
y sont placés comme ornement , le prouve d'une 
m9nière irrécusable, selon nous; car nous ne pen- 
sons pas qu'on puisse nous objecter qu'il y ait la 
moindre analogie entre ces yeu& et ceux qu'on 
voit sur la proue des navires, ou bien sur les vases 
grecs de^ iV ou v* siècles avant l'ère chrétienne. 
Que signifient les lettres gai qui se trouvent au- 
dessus de ce vase? nous l'ignorons, à moins que 
ce ne soit le qom du possesseur du cachet ou du 
graveur de la pierre. Les deux premières ga se re- 
trouvent au milieu du goulot même. Ne serait-il 
pa^ possible, d'après cela, de penser que c'était sur 
les couvercles plats servant à boucher l'orifice des 
vases que les potiers imprimaient les cachets ? Nous 
ne voulons cependant rien affirmer, et nous nous 
contenterons de constater que ce n'était pas sur les 
médicaments eux-mêmes, niais bien sur les vases 
destinés à les contenir, soit sur la panse, soit sur 
le couvercle, que ces cachets étaient placés. 



1 8o OBSERVATIONS 

§ VU. A quelle époque ont été gravées les pierres sigiUaires. 

Une des questions les plus importantes qui 
puissent être soulevées à propos des pierres sigil- 
lairesy question qui cependant a été à peine effleu- 
rée, c'est celle de l'époque à laquelle il faut faire 
remonter cette sorte de monuments. Sont --ils 
tOilÉS du même temps, du même siècle? different- 
ils sous le rapport du travail ^ du style^ selon les 
lieux où on les a rencontrés. Un seul archéo- 
logue, M. Rêver, a essayé de répondre à ces deux 
questions^ au moins pour le cachet de Bayeux ; si 
on l'en croit, ce monument a dû être gravé à la fin 
du II® siècle ou pendant le m®. Nous n'avons pas vu 
ce cachet, mais outre les cinq que nous publions 
et qui sont sous nos yeux, nous avons pu exami- 
ner ceux que Tôchon, Caylus, Gough et Grivaud 
de la Vincelle ont figuré, et nous pouvons, sans 
crainte de nous tromper, affirmer que tous ont dâ 
être gravés du temps des Antonins. Ces monu- 
ments d'ailleurs étant taillés sur un même pa- 
tron , nous ne ferons pas non plus difficulté 
d'affirmer que tous appartiennent à la même épo* 
que., et que M. Rêver nous semble avoir un peu 
trop rajeuni celui dont il s'est occupé. Pour con- 
trôler notre opinion, on n'aura qu'à comparer 
ces cachets aux médailles, aux inscriptions et en 
£;énéral à tous les monuments épigraphiques de 



SUR LES PIERKES SIGII,L\1UES. l8l 

répoque que nous leur assignons; l'œil en ces ma- 
tières en dit plus que la plus longue dissertation; 
nous prierons donc, sans plus disserter, nos lec- 
teurs de vérifier notre assertion sur les cachets 
déjà figurés. 

§ y III. Raison pour laquelle on rencontre si souvent des 
cachets d'oculistes. 

Le grand nombre de cachets d'oculistes anti- 
ques que Ton rencontre a toujours étonné les ar- 
chéologues et ceux qui s'occupent d'antiquités 
médicales. Les ophthalmies sont rares aujour- 
d'hui comparativement aux autres maladies. On 
s'est souvent demandé pourquoi les anciens y 
étaient plus sujets que nous, et personne n'a pu 
résoudre ce problème. Cependant l'explication de 
la prédisposition des anciens pour les ophthalmies 
était fort simple, et un membre de l'Institut que 
la Société des antiquaires s'honore de compter 
parmi ses membres, M. Lenormant, nous l'a don- 
née : il est un principe d'hygiène fort connu, 
c'est que l'usage immodéré des bains affaiblit les 
yeux et les parties du corps qui y correspondent; 
on sait que les anciens faisaient un usage abusif 
des bains; c'est le cas de répéter ici un axiome 
très connu : 

<c Les choses les plus simples sont celles qui se 
présentent les dernières à l'esprit de l'homme. » 



182 OBSëEVÀTIONS 

CHAPITRE II. 

ÉiPLIGATION DE CINQ PIEBRES SIGILLAIRES INÉDITES. 

Lapis Thoriacensis^. 
1 

T. C. 1»6[ILTMENUV 
TÉÉMÈkvM. IDIAt 

II 

. . • . MENITVR 
. . . . D SVPPVRÀ 

III 

T* C PHI» !• « • • • 
I. DI. ▲ 

IV. 

Totalement brisé. 
Cette pierre que, pour nous conformer à l'usage 

(1) Nous prions nos lecteurs de considérer que si nous don- 
nons des noms latins à nos cachets, ce qui peut paraître un 
peu pédantesque, c'est queTôchon l'a fait arant nous, et que 
nous avons voulu ne nous écarter en rien de la nomencla- 
ture adoptée par cet antiquaire. 



SUR L£S PIÈRÂÈS SIGILLAIRES. l83 

reçu, nous appelons lapis Thoridcehsis ^ parce 
qu'elle â été trouvée dans un village de Sologne, du 
nom de Thourî «, appartient à M. de la Saussaye, 
qui a bien voulu nous la communiquer et nous 
permettre de la faire connaître. Elle est de méttié 

(t)Thouri, en latin Tkoriacum, ancienne barohnie qui re- 
levait de révéché d*Orléatis, aujourd'hui commune éH déf)ai'* 
tement de Loii^-et-Cheif âJ*rondis$ement de Bloiè, otntcm de 
Brassieux. Les seules antiquités observées jusqu'ici à Thouri 
sont fort peu importantes, et consistent en quelques briques à 
rebords. Le village lui-même est éloigné au moins d'une lieue 
de toute voie romaine; celle qui en approche le plus est la 
voie qui conduisait de Genabum à Caesarodunuiù. Lé premier 
acte où, à notre connaissance^ il soit fait mention de Thouri, 
est daté de l'an 1219. Dans cet acte, que nous avons sous les 
yeux en original , il est question d'un chemin alors connu 
dans le pays sous le nom de Chemin des Anglées, « Nec noriy 
« y est-il dit, et decimam territoriié. via des Angléés usque ad 
« amnem qui Vùhutii nuncupatar, a Cette dénomination, 
comme celles de Chaussée Brunehaut^ de Chemin de César ^ 
de Chemin des Sarrasins ^ etc., est souvent, on le sait, appli- 
quée par le peuple aux routes antiques. l^ouS ne serions 
donc point étonné que par le CHerhifi dès Jnglééi où eût 
voulu désigner une voie roinaine) pest^ôtre même s'agit*il 
de la roate de Genabunî qui, près de là , a donné son nom 
au village de la Chaussée le Comte , et qui, à quelques lieues 
plus à l'est, prend le nom de Chemin Rémi. Il nous paraît dif- 
ficile de traduire le mot Angléés par Anglais; car il serait 
bien extraordinaire, où en coùvièndra, de vdîfr ce nom pa- 
raître dans l'Orléanais dès 1219; nous préférôtii doUcvok* ici, 
avec notre confrère M. Maury, un Chemin des Anges; les 
anges, dans les romans du moyen-âge, étant souvent appelés 
Angres et Angléés, 



l84 OIISEUVATIONS. 

nature que toutes celles qui ont été déjà publiées: 
c'est une stéati te opaque de couleur verdâtre, taillée 
en forme de tablette carrée, à tranches épaisses 
de deux ou trois centimètres au plus. Sur ces tran- 
ches sont gravées des légendes en lettres capi- 
tales, et formant deux lignes sur chacune. Un ac- 
cident Ta fortement défigurée : une des tranches 
a été entièrement détruite; deux autres ont beau- 
coup souffert, et la quatrièmt elle-4néme a été un 
peu entamée. Il n'est pourtant pas impossible, 
malgré tout cela, de rétablir le sens que présen- 
tent les lettres placées sur deux de ces tranches. 
L'une doit évidemment se lire : 

Titi caii philvmeni av- 

THEMERVM AD IMpetum. 

l'autre : 

(2Yft' Caii Philu) mewi tvr- 

(inum) ao suppvnktionem. 

Quant à la troisième, elle commence encore par 
le nom du médecin oculiste , et contient aussi 
le titre de quelqu'un des médicaments qu'il pres- 
crivait à ses malades; ce titre n'étant indiqué que 
par quelques lettres dont les unes sont à demi 
rompues , et dont les autres composent des sigles 
fort abrégés, il est difficile de le restituer; ce que 
nous pouvons voir dans cette inscription se ré- 
sume à ceci : 



Titi caii vmlumeni i, 
I. m. kd 



SUR LES PIERKES SIGÏLLA1RE8 I 85 

Faisons observer que le jambage qui termine la 
première ligne n'est pas un i, mais une lettre 
incomplète, probablement un o commençant un 
mot composé de la préposition grecque Sia^ et d'un 
autre mot emprunté à la même langue, tel que 
ilialibanon^ diarkodon, diasmyrnus^ dyamysus^ 
diarices^ et autres de la même famille, qu'on ren- 
contre si fréquemment sur les pierres sigillaires; 
pour ce qui est de la syllabe m, en Tabsence de ce 
qui précède et de ce qui suit, on ne peut en tirer 
aucun sens. Là devait se terminer le nom du col- 
lyre et commencer Ténumération de ses qualités; 
Fa, à la suite duquel la pierre est fracturée, le 
prouve suffisamment et autorise la lecture xd que 
nous proposons. 

Le nom de Titus Caius Philumenus n'a encore 
été rencontré sur aucune pierre sigillaire. On 
trouve dans l'antiquité un médecin de la secte des 
méthodistes nommé Philomenus y qui vivait du 
temps de Domitien etdeTrajan. Cétait, à ce qu'il 
parait, un homme habile; car il est souvent cité 
par les auteurs, entre autres par Alexandre de 
Tralles, par Aetius et par Oribase^. Serait-ce le 
même que notre Philumenus? Nous serions très 
porté à le croire. Cependant, comme ses ouvrages, 
s'il en a composé, sont aujourd'hui perdus, et que 
les auteurs qui parlent de lui ne le mentionnent 

(1) f^o^ez Springel, Hist. de ia médecine^ crad. de Jourdan, 
t. II, p. 31 et 32. 



l8G OBSERVATIONS 

point à propos des maladies des yeux , nous 
laissons aux gens spéciaux le soin d'éclaircir ce 
fait. 

Le premier remède indiqué par la pierre de 
Thouri est Vauihemerum^ collyre déjà mentionné 
sur deux cachets: la deuxième pierre de Lyon, et 
la sixième de Naix. Ainsi les pierres sigillaires nous 
donnent trois applications de Tauthemerum : 
1° Vauihemerum de PhilumenuSy qui était em- 
ployé pour les phlogoses ou inflammations subites 
des yeux ad impetum'^ a^ Xauthemerum lene ex 
ovo de Lucius Cœmus Paternus ; 3° Xauthemerum 
lene de Quinlus Junius Taurus, destiné à la gué- 
rison des conjonctivites purulentes et des blépha- 
rites catarrliales : ad epiphorasetomnem lippitu- 
dinem. 

Si Ton ert croyait Tôchon et ôrivaud de la Vin- 
celle, auihemerum serait une faute du graveur du 
cachet, qu'il faudrait corriger en lisant anthe-- 
merum. « Authemerum pour anthemerum^ » dit 
le dernier de ces savants en parlant du cachet de 
Junius Taurus, « se trouve ici pour la première 
« fois. On verra^ dans la tablette inédite, n^ 4> 
« que le \ y remplace dans le même mot tjx 
« comme dans la nôtre. Uanthemerum composé 
« de kv^i(ùy fleurir, et de Ufj^epoç^ doux^ était un 

(1) Grivaud de la Vincelle a publié ces deux cachets « dans 
son Recueil de mohurHeiïts antiques^ pK X]txvx, n^ 1 et 2 ; 
ii les a expliqués, p% 379-389 du même ouvragé. 



SUR LES PIERRES SIGILLAIRES. 187 

d baume de fleurs (de camomille) qui calmait Fin- 
it flammation des yeux^ » 

Comme on le voit, totlt en prétendant que son 
anthemerum est un baume composé dé fleurs de 
catiiomille, GriTâlid semble à peiné se douter 
(\\x^ anthémis est lé nom ancien de cetteplaiite, puis- 
qu'il n'en parle pas , et que comme étymdlogie 
il a recours aux deux mots grecs ày9g&) et rii},îpoç,'y 
mais ce qui est plus extraordinaire encore, c'est 
que tout en conservant sa fcorrectîdh , il a bien 
soin de constater que les deux seules inscriptions 
qu'il connaisse ne portent pas, comme il le dé- 
sirerait, anthemerum^ mais bien anthemerum. 
Grivaud avait communiqué le cachet de Tau- 
rus à Tôchon, ce dernier le dit positivement; 
si nous ne craignions pas d'être accusé de vou- 
loir sonder la pensée intime de ces deux atiteuf's, 
nous dirions que nous sommes convaincu que 
le second a imposé son interprétation au premier; 
quoi qu'il en soit, Tôchon va plus loin encore que 
Grivaud, puisqu'il n'a pas craint d'introduire sa 
correction dans le texte même de l'inscription, 
qu'il a reproduite à la page 71 de son ouvrage*, 

(1) Recueil de monuments antiques^ t. II» p. 281. C'est par 
erreur que, dans la phrase que nous citons textuellement, 
Grivaud parle du n® iv de sa planche; c'est bien sous le 
n<* II que se trouve gravé le 2* cachet de Lyon. 

(2) On y lit entre autres choses : « £n donnant ici la no- 
« menclature dé toutes les inscriptions qui se trouvent sur les 
« cachets des mêdèdns ocaliétes, ifîous af ons etf soin de les 



1 88 OBSERVATIONS 

tandis queGrivaud a la conscieDce de recouuaitre 
que sur la seconde pierre sigillaire qu'il a pu 
examiner^ il lit encore authemerum. Pour nous, 
puisque le cachet de Thouri vient nous fournir 
une troisième fois la même leçon, nous sommes 
bien forcé de la regarder comme la bonne. D* ail- 
leurs l'explication du mot authemerum n'est pas 
difficile à donner, puisque Galien nomme ainsi 
un remède dont il mentionne trois espèces, qui 
toutes, quoique ayant sans doute la même base 
i{ue, Y authemerum de nos oculistes, en diffèrent 
cependant, puisque, dans leur préparation, il 
n'entre point d'œufs*. Galien appelle ce remède 
Aùô>5fjLe/:ov , c'est-à-dire remède que ton doit 
prendre en unjour^ ou plutôt, ainsi que le pense 
notre confrère, M. A. Maury, qui guérit le jour 
méme^. Cette seconde interprétation nous parait 

« présenter telles que nous pensons qu'elles doivent être lues,^ 
Aussi en a-t-il estropié quelques-unes; M. BoUin Ten a déjà 
repris à propos de la pierre de Bavai (Mémoires de la Société 
des antiq, de France ^ t. Il, p. 458); et nons-même, nous 
pouvons citer encore U première pierre de Paris, comme 
inexactement transcrite ainsi par lui : 

CQpie de Tôchon. Copie prise sur Porigtiial. 

I II I U. 

FLAVIANl DECMIP... .... FUVIANI DECMIP... 

MLENElf OGVLO ANICOIX MNBtEMAD ANIGOLLI... 

y.... VIHNBM \ MIXTVM G VMNBM OCVLO MIXTVtf G.... • 

(1) Galien, éd. Kiine, t. XUI, p. 251 à 353. 

(2) L'adjectif AvOv^ipoCy formé de aOtoç, le m€tne^ et de 



SUR LES PIERBES SIGILLMRES. 1 89 

d'autant plus plausible que les oculistes donnaient 
quelquefois à leurs médicaments des noms pré- 
tentieux, tels que ceux de isotheon (qui vaut un 
Dieu)*, ùochryon (qui vaut de l'or)*. 

Disons-le, Terreur de Grivaud et deTôchon pa- 
rait inconcevable, surtout lorqu'on pense que le 
premier a connu et qu'il cite même, d'après Mar- 
cellus Empiricus^, un collyre dont parlent égale- 
ment Â.lexandre de Tralles, Paul d'Égine et Galien ^, 
et dont le nom , monohemerum y devait le mettre 
sur la voie. 

Cette erreur a eu malheureusement de l'écho: 
elle a introduit uû barbarisme dans la langue la- 
tine; en effet, le dernier éditeur du dictionnaire 
de Forcelliui, M. Furlanetto, trop confiant dans 
la critique de Tôchon , a inséré dans ce livre le 
paragraphe suivant : 

a Anthemerum i. n. ab avQe(iepov^ flos, collyrii* 
. « genus apud Tochon, Cachet des occulistes^ P* 7 ^ • 
« Junii Tauri anthemerum ad epiphoram et 
« omnem lippitudinem, x> 

Il faut se hâter de rayer de cet excellent lexique 

niUpKyjourj signifie qui se /ait ou qui agit le même jour. 
L'adverbe aùOufAtpov est employé par les auteurs de la meil- 
leure grécité, Thucydide et Xénophon, dans le sens de le jour 



(1) Lapis Carbecci'-GrestensiSf infra^ p. 216. 

(2) Lapis DivionensiSy Tôchon, p. 62. 

(3) Marcellus Ëmpiricus, p. 279. 

(4) Ed. Kiine, t. XII, p. 79t. 



igp OBSERVATIONS 

ce mot barbare qn'upe inconcevable faute de lec- 
ture avait pu seule y introduire* 

Nous ne dirons pipn fju mol impetum, si ce 
n'est qu'il signifie inflammation subite. Saxii^s, 
p. î)7, etTôchon, p. i^S^rontsurfisammeptdjémon- 
tré en citant k l'appui de leur opinion le chapi- 
tre yifi de ]\|arcellus Empirions, sqr Ipç difierapte^ 
maladies des yeux, chapitre où cet ^i^teur parle 
du primas impetuSj du subitus impetus^ elc. 

Le noni du médicaipent qui se trouve d^^ns la 
seconde inscription commence par la syllabe tvr; 
ms^is I^ pierre ayant été ^rjsée en cet endroit, la 
fip 4m P90t imanque.Ce ipédicameqt était employé 
pour arrêter la suppuration des yeux, arsvppvra... 
Peux pierres sigillaires, nouvellement découver- 
tes , pou$ permettront de restituer cette légpnde 
dans son en lier. Ces pierres sont celles de Cessi- 
ISur-Tille et de §elongei. Sur la pr^mièr^ on lit : 

(C/. Ju) L. PRIMITVRmVM. 
{ad) SVPPVRAT OCVLOR, 

Sur 1^ seconde : 

n. MESORGILI TH 
VRINVH. SX. OV. 

À. l'aide de ces deux inscriptions , noîis pou- 



r 



SUR LES PIEUBES SIGILLAIRES. I g T 

VQDs, avec toute certitude, expliquer ainsi la 
pierre de Thouri : 

(7". C. Philu)uEm tvr 
{inum ad) syvf YRA{tionem) 

Aucun médicament commençant par la syllabe 
tur n'esl indiqué par Gali^s^n ; M. deSaint-Mesmin, 
qui a publié les deux pierres de Cessi et de Se- 
longei , l'a constaté avant nous. Selon cet anti- 
quaire, le turinurrij ou thurinumj aurait été com- 
posé avec de Tencens. aOalien, dit-il, ne donne 
«ce nom a aucune pf^p^f^^ion ophthaimique, 
a mais il parle de collyres dans la composition 
a desquels il entre de T/encens... Âëtius en parle 
a aussi, chap. xcix, p. 34^ et suiv. » Mais pour que 
cette explication fût admissible, il faudrait qu'il 
y eût d^ns ces inscriptions thvrevm ou tvrevm; 
car THVRiwvM ou TVRiwuM uc signifie ^as d'encens, 
mais bien provenant de la ville de Thurium *. 
Or, pline nous apprend qu'on récoltait dans les 
(epyiroqs de cette ville ,un vin renommé; et le vin, 
DP le s;?it, est pn astringent assez actif. Ne serait- 
il pas ici question d'un collyre ayant pour base 
)e vin d^e Thurium, qui lui aurait ^insi donné sQn 
no^? Nous soumettons à <^e plus habiles la solu- 
lipp de cette question , faisant cependant pbsef- 
yer que tous les noms de collyres que présentent 

(1) V(^ez le JLiexique d^ Forcellini, au mot Tueinum. 



19^ « OBSEl^VATlONS 

les pierres sigillaires sont grecs^ et que le thuri- 
num ferait seul exception si on le faisait dériver 
dethus, encens; tandis qu'il rentre dans la règle, 
si Ton cherche son étymologie dans le nom de 
la ville grecque de Thurium. 

Lapis Aùgiisiodunensis. 
I 

PFVLVICOTT 

OPOBALSAMA 

II 

PF 

OM 

Ce cachet a été trouvé dernièrement à Âutun; 
il appartient à M. d'Espiars, avec Tautorisation 
duquel M.Charleufa bien voulu nous en donner 
connaissance; malheureusement il n'a d^autre inté- 
rêt que de nous révéler l'existence de l'oculiste 
Publius Fulvius Cotta, médecin que, du reste, 
nous n'avons encore trouvé cité par aucun auteur 
ancien. La pierre , qui est une stéatite verdâtre 
comme <ielle de Thouri , est plus endommagée 
encore; il n'en reste que le petit fragment portant 
les lettres transcrites ci-dessus. La première lé- 



SUR LES PJKRHES SIGItLAfRCS. I9S 

ende seule peut être restituée^ et nous la lisons 



ainsi : 



p£I^/iVfvlviicott£C {staciumyel diapsoncum 

vel isochrision) 

oi^BAX.sAiAurn A d,... vel opobalsam Aft^m . 

Les derniers mots de la première ligne man* 
quent, et Tépithète opobalsamum ne se trouvant 
employée sur I^ pierres sigillaires qu'à la suite du 
stactum, du diapsoricum et de risochrision » il 
est tout simple de croire que Tun de ces remèdes 
était indiqué sur le cachet d'Autun. 

Le stactum opabaUamum est cité : i^ par la 
pierre de Colchester;il y est désigné comme pro« 
pre à guérir robscurcissement de la vue : stac- 
tum opobalsamum ad caliginem; a^ sur celle de 
Mandeure; on le donqe comme salutaire pour les 
vieilles affections des yeux. Stactum opo. ad c. 
V.; 3o sur la septième pierre de Naix, et on lui at- 
tril;)ueà peu prèslesmémes vertus que sur cellede 
Colchester. Stactum opo. adclarit.; 4** enfin, sur 
celle de Brumath^ qui n'énumère pas ses qualités. 

Le diapsoricum opobalsamum ne se montre 
que sur le premier cachet de Lyon et sur celui 
d'iéna ; son emploi était à peu près le même que 
celui du stactum. Diapsoricum opabals. adclarit. 
Quant à V isochrision opobalsamum ^ on ne Ta 
encore signalé que sur la première pierre de Naix, 
isochrys. adscabrit. et clarit. Ainsi, il guérissait la 
XVllL 13 



194 OMSRVATIOirs 

gale des yeux et avait aussi des propriétés analo- 
gues aux deux remèdes précédents; mais, au reste, 
peu importent tous ces baumes dont les noms ne se 
VTQUvept pas même exprimés par leurs initiales 
sur la pierre que nous étudions. On peut, du reste, 
consulter, à cet égard, Caylus^Saxius, Tôchon, et 
généralement tous ceux qui nous ont précédé*. 



Le cabinet du roi possède quatre pierres sigil- 
laires. Deux ont déjà été publiés : l'une est con- 
nue sous le nom de pierre de Vérone , Ipis vero" 
nensis ^ ; l'autre sous celui de première pierre de 
Paris , lapis parisiemis i^* '. Nous n'avons rien à 
dire de nouveaii sur ces monuments. On ignore 
d'où proviennent les deux autres que nous allons 
décrire en les désignant sous les noms de lapis 
parisiemis ni et de lapis parisiensisiv . 

Lapis Parisiemis III. 
I 

PAVLmiDlAB 
SORICVM 

(1) Voyez le Mémoire de M. Johanneau, cité plus haut, à 
propos de la pierre de Brumath. Tous les autres cachets se 
troiiY9Pt réaois dass le Urre de Tôdum. 

(3) Voyesi les ouFT^g^s 4e N^ffei, Wd^hîiM, Saxitts efe T4^ 
ch^n 4*4"inecy. 

(a) Voyez le 1. 1 de Caylus ; WalchiqSf Sa^u^ ^ T^qhoii. 



SUR LES PIERRES SIGILL AIRES. igS 

II 

PAVLIlflLEN 
IPiriCLK. 

Cette tablette, en stéatite verdàtre comme les 
précédentes, est parfaitement entière; deux de 
ses tranches seulement ont été gravées , la troi^ 
sièaie est lisse, et la quatrième entaillée de quel* 
ques caractères peu profonds qui semblent avoir 
été tracés au couteau. On y distingue à peine yi?) 
ces lettres ne doivent nullement être prises en 
considération; elles n'ont été produites qu« p«r 
une main étrangère. 

Les deux inscriptions sont très claires. 

PAVLINI. DIAR 
SORIGVM 
PAVLINI. LEN 

I. peincZ/Li/M 

De tous les cachets des médecinsH>culistes qui 
nous ont passé sous les yeux^ nous n'en avons vu 
aucun qui ait été plus négligemment exécuté que 
celui-ci. Non-seulement les légendes y sont plus 
abrégées que sur les pierres précédentes, mais en* 
core les lettres y ont été mal formées. L'artiste 
chargé de les graver semble n'avoir point calculé 
la place, et les caractères de la seconde ligne sont 
tous plus écartés que ceux de la première; en- 
fin , comme si l'on n'était même pas sur de ce 



, 19<> OBfiÈRVATIONS 

qu'on devait y écrire, on voit à la fin de chacune 
une lettre effacée par le burin même qui venait dé 
l'exprimer. 

Le diapsoricum est un remède déjà connu; il 
est cité sur six pierres: i* celle de Gênes, diabsori- 
oum ad calig.; 2" celle de Dijon ; 3® la deuxième 
de Besançon, diasphoric. ad scabritasi; 4** la 
première de Lyon, diapsor. opo. balsamatum; 
5* œjle dléna, diapsoricum opobals. adclari.; 
& enfin la septième de Nasium , diapsoricum ad 
genassciscaseici. Sur la pierre de INimes on trouve 
en outre un autre baume nommé psoricvm. Nous 
renverrons le lecteur à ce qu'en dit M. Tôchon 2^ 
qui, avec beaucoup de raison, pense que lepsori^ 
cum et le diapsoricum devaient être une seule et 
même drogue. Celsus,'Scribonius Largus, Pline, 
Actuarius parlent du diapsoricum, et ils décrivent 
plusieurs remèdes sous ce nom. Marcellus Ëmpi- 
ricus en fait un éloge merveilleux. « Si Ton en 
a croit Fauteur de ce remède, dit-il, il a rendu, au 
Cl bout de vingt jours, la vue à une personne qui 
«. était aveugle depuis douze ans. » Utauctori ejus 
remedii deexperimento credamus^ duodecim an^ 
norum cœco intra dies vigenti visum restituisse 
se dicit. 

LEKi PNxcLM cst Certainement mis pour lene 

(1) Le diasphoricum est inconnu et ne se trouve mentionné 
nulle part. M. Tôchon corrige probablement avec raison dia- 
sphoricum eu diapsoricum, 

(2)i^fV/,p. 18. 



SUR LES PIERRES aiGILLAIRES. 197 

PEWiciLLVM. La substitution des voyelles Tune à 
Tautre, dans les bas temps, est un fait trop com- 
mun pour qu'il ne soit pas permis de croire qu'il 
peut en être de même dans le langage vulgaire 
au ii« siècle. Maigre leur affectation à donner 
des noms grecs aux collyres qu'ils employaient, 
les médecins oculistes n'allaient point chercher 
leurs expressions dans les bons auteurs de la la- 
tinité. D'ailleurs il n'est pas rare de rencontrer 
des exemples analogues dans les inscriptions de 
tout genre, pniclm pour penigillvm est une abré- 
viation très naturelle et formée absolument delà 
même manière que les abréviations de toutes les 
époques. On en rencontre.parfois d'analogues sur 
les pierres sigillaires du même genre : dbcmi pour 
DECiMi sur la première pierre de Paris. 

Le penicillum est cité sur trois pierres : i • sur 
celle de Vieux , lene penicillum; 2** sur celle de 
Famars; y sur la sixième de Naix, penicillum ad 
omnem lippitudinem. Selon M. Grivaud de ta 
Yincelle, le penicillum était un petit pinceau, un 
plumasseau dont on se sert niéme encore aujour- 
d'hui pour déterger l'humeur visqueuse k]ui s'at- 
tache aux cils^. Selon M. £ioi Johannêau, c'est 
une éponge douce et fine qui servait à appliquer 
les collyres sur les parties malades de l'oeil *. Le 

(1) Grivaud delà Vincelle, p. 281. 

(2) Eloi Johannean, Mémoire sur les pierres sigillaires iu- 
séré dans les Mélanges d'archéologie deM^Bottin, p. 114. 



198 OBSBHVATlOlfS 

fait est qu'on peut soutenir Tune et l'autre opi- 
nion, puisque, dans la médecine antique, on avait 
recours aux deux objets. Cependant nous nous 
rangeons plus volontiers à l'opinion de M. Johan- 
neau; car Forcellini, à Varlicle penicillumj cite le 
passage suivant d'Achilleus, qui lui donne tout à 
fait raison. Mollissimum genus (spongiorum) pe- 
nicilli oculorum tumores leyant ex mulso empo- 
siiL Mulsum signifie du vin mêlé de miel ; on se 
servait donc de l'éponge nommée penicillum, en- 
duite de ce collyre , pour guérir les tumeurs de 
l'œil. Selon M« Johanneau, c'est dans du blanc 
d'œuf qu'on la trempait; rien n'empêche que le 
penicillum ait servi aux deux fins. Son assertion 
est même autorisée par un cachet trouvé en An- 
gleterre et que décrit M. Gough, cachet oùl'on lit : 
PeniciL lede ex oro. Selon le même Achilleus, c'est 
en Lycie, dans la haute mer, que croissaient les 
penicillum les plus doux. Les penicillum lene de 
notre inscription. «Circa Lyciam^ dit-Hy penicillos 
mollissimos nasci in alto hoc est spongias ex qui- 
bus penicilli fiant^. M. Bottinqui, en expliquant 
la pierre de Famars, a eu occasion de parler 
du penicillum, lui donne un autre sens qu'il 
emprunte au Lexicon medicum de Stephanus 
filancardi. « C'était, dit-il, un linge réduit en 
charpie, enduit d'onguent, qu'on appliquait sur 

(1) ForcelUm» éd. é% tSU. 



SUR LES PIERRES SIGILLA.IRSS. 1 QQ 

les ulcères*. » Il est très possible que la charpie ait 
autrefois porté le nom de penicilluni, mais les 
textes cites plus haut empêchent de croire qu*îl 
soit ici question d'autre chose que d'une éponge 
douce. 

Lorsque les oculistes voulaient tirer une em- 
preinte de leurs cachets, ils n'étaient pas toujours 
obligés de lire préalablement l'inscription dont ils 
avaient besoin; ils avaient , pour se reconnaître , 
quelques points de repère placés soit sur les bords 
delà tranche quelquefois taillée en biseau, soit sur 
le plat delà tablette. Nous citerons comme exemple 
le cachet de Paternus, dont nous avons déjà fait 
mention plusieurs fois. Sur la pierre qui nous 
occupe, on s'est servi d'un moyen analogue; on a 
numéroté cha<;une des tranches par les chiffres I, 
II, III, IIII, inscrits sur l'un des côtés plats de la 
pierre. Len^I répond à la légende indiquantle dia- 
bsoncum;\e n' III à celui où il est question dujpe- 
nicillum lene. Les n** II et IIII sont lisses; seule- 
ment, ainsi qu'on Ta vu, le n*> llll a été détérioré 
par une main inhabile qui û v6ulu y tracéf quel- 
ques lettres. 

A propos des tranches restées Vides, qu'on nous 
permette une petite observation. Certainement 
ces tranches attendaient une inscription qui de- 
vait y être gravée selon les besoins du possesseur 
du cachet; mais il est impossible, ainsi que l'a 

(1) Bottin , Mémoires de la Société de$ antiq. de Franee, 
t. II, p. 461. 



300 OBSBRVATIOWS 

prétendu M. Tôchon , que les oculistes aient eu 
rhabitude d'effacer de temps en temps les légen- 
des anciennes pour en faire graver de nouvelles, 
à moins qu'ils n'aient voulu renouveler la pierre 
en entier. En produisant son hypothèse, M. Tô- 
chon n'avait pas réfléchi, sans doute, que toutes 
les inscriptions remplissent les tranches jusqu'au 
bout, et qu'aplanir un côté c'était entamer les 
lettres placées sur les côtés voisins. Il faut donc 
encore abandonner cette conjecture, puisque rien 
ne l'autorise, et que tout, au contraire, semble la 
contredire. Certes , notre critique est bien peu 
importante; mais, en abordant le sujet que nous 
avons entrepris de traiter, nous nous sommes pro- 
posé de ne rien négliger, autant du moins qu'il 
serait en nous. L'occasion de placer ici cette re-» 
marque se présentant, nous l'avons saisie. 

Le médecin d'après lequel on préparait le dia- 
bsoricum et le lene penicillum mentionnés sur 
notre pierre se nommait Paulinus; et Galien, 
t. XIII, p. âii, à propos des maladies du foie, 
parle de remèdes prescrits par un médecin nommé 
également Paii/i/iz^; ne pourrait-il pas se faire que 
ce fut le même personnage? 

Lapis Parisiensis IV. 
I 

L. VAR. HBLIODORI. 
DIAMISYOS, AD. ASPR. 



SUA LES PIERnES SIG1LLAIRES. 20 X 

II 

h. VàR- HEUODORf 
.. YVODES. AD. ClC/l 

III 

ELlODORlY 

EPID. ADCICAT... 

IV 

L. VAR \ 

PALLAD 

Sur le plat de la pierre , on lit en lettres plus 
grandes : 

SCRIPSIÏ 
Puis en lettres plus grandes encore, mais très 
maigres : 

MA E 

Et enfin , en bas , en petites capitales maigres 
également , mais de même dimension que celles 
qui sont gravées sur les tranches: 

D. M. OL. 

Les inscriptions des tranches de cette quatrième 
pierre , qui comme les autres est une stéatite, doi- 
vent se lire: 

ï 

LIICIÏ VARI. HSLlODORf 

DiAMisTos. AP. ksvfiitudinem 



aOâ OBSlRVATICmS 

II 

LI^C/l VAllI HtLIOIk>RI 

(jB)vvodes. ad. cXQKtrices 

III 

{Lucii variH) eliodoriT 
(Dial) spiDii/71 AD. ciCiLtrices 

IV 

/ jjucii V ARi {Heliodori) 
PALLADIttm. 

Tous les médicaments indiques par ce cachet 
se retrouvent déjà cités sur d'autres pierres sigîK 
laires. 

Le diasmysus se rencontre : i^sur la deuxième 
pierre de Nimègue ; a^ sur celle de Vérone ; 3*^ sur la 
première deLillebonne; et 4® enfin, sur celle d'Ing- 
weiler. Ces trois dernières pierres l'indiquent 
comme uil remède efficace pour les vieilles cicatri- 
ces. Dinmisus ad veL cica. Ici il a une application 
différente , puisqu'on l'emploie ad aspritudines. 
Dioscoride parle d'une pierre nommée Misy, et 
dont on sesèrvaitcommeétant très propre àguérir 
les maladies des yeux; le meilleur misy était celui 
de Chypre*. Ledîamisyos est certainement un col* 
lyre qui avait pour base la pierre misy. Marcellus 
Empirions parle du diamisyos comme étant em- 
ployé dans les affeotiomi que les anciens appe- 

(1) Tôchon, p. 26. 



SUR LES mBRRCS ftiaiLIAJRES. ao3 

laient aspritudines oculorum. « CoUyrum diamy- 
« SOS) dit-il , quod facit ad aspritudines oculorum 
« tollendas et ad lacrymas tolleudas. » Voici donc 
le texte d'un, médecin antique confirmé par un 
monument ^. Le misy est nommé en grec Mktuoç ^; 
diamysios est donc plus près de Tétymologie que 
diamysus^ qu'on rencontre partout ailleurs. L'e^ 
vodeSy ou plutôt Veuvodès^ est un mpt composé 
du grec to bon, et de é9n<; odeur, L'evodes, selon 
M. Grivaud de la Yinceile, était un baume odori- 
férant et dessiccatif propre à aplanir les boutons 
et les aspérités de la peau. On ne le trouve cité 
que sur la pierre d'Iéna et la cinquième pierre de 
Naix, d'odes ad aspritudinem. Notre cachet four- 
nit encore une^ouvelle application de ce collyre, 
puisqu'il servait à faire disparaître les cicatrices, 
euvodes ad cicatrices. 

Selon Forcellini , le dialepidos était composé 
avec de la limaille de fer. Aeirtç, en grec, signifie 
écaille. Le dialepidos est cité cinq fois sur le 
genre de monuments que nous étudions: i"" sur la 
pierre de Saint-Marcoulf; a^ sur le cachet deMan- 
deure, dialepidos ad aspri; 3^ sur )a troisième 
pierre de Naix, dialepidos ad cicatrices et scabri- 
tias; 4^ sur celle de Beauvais, ad veteres cicatri- 
ces; 5® sur celle d'Ingweiler. 

Le nom du quatrième collyre, du palladium, 



(1) Tâchon, p. 36. 

(2) mâ.y ib. 



ao4 OBSBKVATIOKS 

ne se lit que sur le cachet de Bavai, palladi ad 
cicatrices. Selon Callard de la Duquerie, auteur 
d'un petit dictionnaire de médecine, imprimé au 
commencement du xvii® siècle, \e palladium était 
la même chose que le leontopodium^ plante vul- 
néraire et astringente; M^ Bottin a déjà donné 
cette explication. Notre pierre étant brisée en cet 
endroit, il est impossible de dire ce que c'était 
que le palladium d'Héliodore; mais, d'après le 
cachet ci -dessus désigné, on voit qu'on l'em- 
ployait pour faire disparaître les cicatrices. 

M. Grivaud de la Vincelle a commis une étrange 
erreur à propos du palladium. Il l'a pris pour un 
nom d'homme : c'est en tâchant d'interpréter la 
pierre de Bavai que cette inadvertance lui est 
échappée. Voici les deux inscriptions que porte 
cette pierre : 

1 

C. IVL. FLORI. BA 
SILIVM. AD. CIKA. 

Il 

L. SIL. BABBA.RI 
PALLADI. AD. CIC. 

Sur la première «inscription, MM. Tôchon et 
Grivaud lisaient à tort caii wlH flori. basilivm 
AD cuemosimj au lieu de ad ciKXtrices; et sur la 
seconde, l. sil. barbari palliadi. ad ocv, au lieu 



SUR LES PIERRES SlGltLAIRES. ao5 

de L. S!L. BÂRBARI PALLADI. AD CICA ; et c'cSt CC 

que ce dernier expliquait par LMczYsTLi'/ÏBARBARi 
PALLIA.DI AD oculorum vulîiers^ ainsi que le prouve 
le passage suivant extrait de son ouvrage. • Le ba- 
a siliunoi ou onguent royal était employé par Flo- 
« rus à guérir la maladie de l'œil appelée chem(H 
9i sis^ et Barbarus Palliadus s'en servait comme 
« dun spécifique propre à cicatriser cette même 
(i partie^. if L,(Lucius) étant unagnomen, sil. (SU- 
nus \e\silius) un nomen, barbari un cognomen, il 
est cependant évident que palliadi ou plutôt pal^ 
ladij comme on lit réellement sur le cachet, ne 
peut être qu'un nom de collyre. Comment donc 
ce savant a-t-il pu s'y tromper? 

On trouve cités dans les auteurs anciens plu- 
sieurs médecins nommés Héliodore : i^Héliodore 
d'Athènes y poète tragique et auteur de quelques 
écrits sur la médecine : Galien en parle 2; a® un 
autre Héliodore de l'école d'Alexandrie, qui vivait 
sous Dioclétien et qui est mentionné par Pho- 
tius '; 3® enfin, un contemporain de Trajan sur- 
nommé le Pneumatiste^ parce qu'il appartenait 
à la secte ainsi désignée, et dont les ordonnances 
sont souvent rapportées par Nicetas*, Ce dernier, 
vivant à Rome, pourrait bien être le nôtre, car il 

(1) Grivaud de la Vincelle, t. II, p. 284. 

(2) Galien, t. XIV, p. 144 et 145. 

(â)Sprengel, Hist, delamédeciney trad. lourd., t. Il, p. IftO, 
(4) Sprengel, HisU de la médecine,\h\â», p. 90. 



aoÇ OBSSRVATIOlfS 

n'y aurait rien d'ëtonnant qu'il y eût pris un no- 
men et un agnomen romain. C'est sans doute ce 
personnage que Juvënal désigne au vers 3^3 de 
sa Yi« satire intitulée Mulieres. 

Sunt quas eunuchii imbelles, ac moUia semper 
Oscula délectant, et desperatio barbae, 
Et quod abortivo non est opus. III a voluptas 
Symma tamen, quod jam calîda matura juventâ 
Inguina traduntur medicis, jam pectine nigro. 
Ergo expectatos, ac jussas crescere primùm 
Testiculos, post quam cœperunt esse bilibres^ 
Tonsons damno tantum rapit Heliodorus *. 

Si les légendes des pierres sigillaires ont gé- 
néralement attiré l'attention des archéologues, 
ils se sont y au contraire, peu soucié des lettres 
et des caractères tracés sur la surface plane de 
ces petits monuments. M. Bottin, comme nous 
Tavons dit déjà, est le premier qui ait signalé sur 
la pierre de Famars la présence des lettres ti pla- 
cées près du bord de la première tranche, et md vers 
le milieu de la tablette. Selon lui, l'inscription ti 
serait seule antique; les lettres md, signifiant mil 
cinq centj auraient été ajoutées après coup, ainsi 
qu'un X et les chiffres loSy qu'il y a remarqués *. 
Notre pierre porte en cet endroit deux inscriptions 
beaucoup plus longues et beaucoup plus instruc- 

(1) JuvénaU satire iv. MuUeres^ vers 866 à 87$. 

(3) Mémoires de la Société des antiq.^ t. H, p, 469 et 460. 



SUR LBS PIIRABS SI«ILLAIRSS. SO7 

tiyes. D'abord le mot SCRIPSH, en fort grands et 
fort beaux caractères j y est inserit de gauche à 
droite^ certainemenc pour être lu et non pour être 
imprimé. Que désigne ce verbe, sinon un individu 
dont le nom se trouvait indiqué par des lettres 
aujourd'hui à demi effacées et dont il reste seule* 
ment un M^ un A et un Ë 7 Quel était cet individu^ 
sinon un ouvrier, un graveur sur pierre chargé 
d'exécuter ce g^nrede trâtvaux^ et qui, comme les 
potiers, les verriers et les autres artisans, signait 
son œuvre, toute peu importante qu'elle était? 
Certes, si la quatrième pierre de Paris était tombée 
sous les yeux de Caylus, de Spon, de Dunaud ou 
des autres antiquaires qui, les premiers, ont exa- 
miné les cachets des oculistes, on n'aurait pas 
tant négligé ces lettrés isolées qui peut-être nous 
auraient appris d'autres faits intéressants sur les 
usages des anciens. Quoi qu'il en soit, voici la 
preuve que l'art de graver les cachets des ocu- 
listes produisait quelque profit, puisque l'on ju- 
geait à propos d'indiquer, pour ainsi dire, son 
adresse en les signant. Nous ne croyons pas qu'un 
fait de ce genre ail encore été signalé. 

Plus bas, et en caractères plus petits, on retrouve 
sur )a même pierre . nous l'avons dit : 

DM oi. 

Que signifient ces lettres? nous l'ignorons et ne 
le rechercherons pas; avant de hasarder des con- 
jectures , il faudrait ramasser d'autres faits ana- 



-ro8 OBSERVATlOTdS 

logues. Nous ne pouvons nous empêcher pour- 
tant dédire que nous considérons chacune de ces 
quatre lettres comme autant de sigles, et qu'elles 
rappellent le md de la pierre de Famars; ce qui, 
jusqu'à preuve du contraire, nous porte à croire 
que peut-être M. Bottin a été trop loin en disant 
que ces caractères étaient certainement modernes. 

V^ Lapis Lugdunensis III. 
I 

HIRI^IDI POI^TTIM 

II 
▲CHAEISTTM 

m 

JDIA6LAVCBV 

IV 
DICEJXTETVH 

Sur le plat de la pierre, un objet circulaire en 
forme de collier gallo-romain terminé par deux 
boulons. Ce collier est gravé en creux. 

Nous croyons que ces quatre inscriptions doi- 
vent se lire de la manière suivante : 

I 

HiBPiPi ^ovnmetum vel poltitimu/ii 



SUR LES PIEBRFS SIGILLE IRES. 20C) 

11 

acharistvm: 
III 

DIAGLAVCEVm 
IV 
DICENTETVM. 

C'est à M. Charles Lenormant que nous devons 
la connaissance de cette pierre. Elle appartient à 
un amateur de Lyon : il ignore le lieu où elle a été 
découverte. Comme tous les autres monuments 
de ce genre, c'est une stéatite de couleur verte; ce 
cachet est extrêmement plat, et les tranches sont à 
peine assez larges pour contenir les quatre lignes 
qui y sont tracées , une sur chaque face. Cepen- 
dant ce n'est pas la pierre sigillaire la moins cu- 
rieuse que nous ayons à étudier; car là tout est 
nouveau , elle nom du médecin Hirpidus, et ceux 
de tous les remèdes qui y sont indiqués. Nous ne 
saurions donc trop remercier ce savant académi- 
cien de la communication qu'il a bien voulu nous 
faire d'un monument si précieux pour nous. 

Hirpidus n'est pas cité dans Galien, et nous 

n'avons trouvé son nom indiqué nulle part. Il en 

est de même au polytimetum ou pofytimum qu'il 

avait composé; cependant le charlatanisme des 

XVIIL 14 



9IO OBSBRVATIOKS 

oculistes romains devait présenter au vulgaire ce 
remède comme quelque chose de bien précieux, 
puisqu'en grec, dont le nom de la drogue est cer- 
tainement tiré , ;roXuTtfx>3T©v signifie ce gui est en 
haute considération , et nohziiiov ce qui doit être 
acheté fort cher. Comme le isochrison ou le «o- 
theon^ lepolytimum ou pofytimeton passait donc, 
à ce qu'il parait , dans l'antiquité, pour quelque 
chose de souverain et d'infaillible. Galien fait 
mention de Yacharistum, t. XII, p. 749- Comme 
l'indique son nom, Axapwiov, ce collyre devait être 
très désagréable à prendre et fort violent; aussi ne 
Temployait-on que pour guérir les inflammations 
des yeux les plus violentes, npoçtàq fieyiaxaç èKKfopàç. 
Galien indique trois espèces d'acharistum^le^\\is 
compliqué de tous n'était guère usité qu'en 
Egypte et sur les natures les plus robustes, (lakiaxot 
èni tâv ccypùUozépûiv; encore recommandait-il à ceux, 
qui voulaient s'en servir de prescrire aux malades 
d'avoir bien soin de l'employer pour l'œil lui- 
même et de ne pas l'appliquer sur les parties 
malades qui Fentourent. Il indique ensuite la ma- 
nière dont il a modifié ce collyre, et enfin il dé- 
crit une troisième recette. Ceux qui seront cUrieux 
de connaître de quoi se composait l'acharistum 
peuvent avoir recours au texte que nous indi- 
quons. 

. La pierre de Cessi-sur^Tille nous a déjà révélé 

rexisteoce du Terentianum^ que Terence ou Te- 

' reiUiaAus avait composé. Voici maintenant le dia^ 



[sur les nCRRES SIGÏLLAIRES. III 

glauceum^ dû peu^étre au médecin Glaucus. Ga- 
lien déèrit , t. XII, p. 743,' sous la rubrique sui- 
vante : S7rixpfe/^«T« l^ph «£ptW(îbiit<i^oTçl;fpy)C7aTorXai»xoç, 
c'est-à-dirè onguent pour les douleurs dont se ser- 
vait Glaucus, une sorte de collyre. Dans la compo- 
sition de cet onguent enti*àit en parties égales de 
Taloès, du lycium de llndé, des roses non encore 
épanouies, du safran, dé Popium, de la myrrhe, \é 
tout macéré dans du vin , puis réduit en pâte èé 
séché à l'ombre. Oh en frottait les yeux, le froùf 
et les tempes. Dans la table qu41 adressée dé tous 
les remèdes indiqués par Galien, Kûne le désigne* 
de cette manière : Glaucii illitioties ad ôcuîorunt 
dolores. Est-ce la même chose que notre 'diœ^ 
glauceum? 

Reste à explîqner maintenant le diàèhtltum; if 
n'en est fait mention nulle part'; mais comme di 
parait éti* formé du grec iiq, deux fois, et de- 
aeevnrrov, participe de xevTeai qui signifie piqué, poin-» 
tillé , nous pensons qu*il doit être question Ici 
dun collyre très astringent et causant une viVé 
douleur à ceux qui l'employaient. = • '- • 

Comme sur ce cachet on ne trouve- qu'Un fiteUP 
nom d'oculiste, celui d'Hirpidus (nous ne parlobs 
pas du diagheeunij qqi est un nom deretnèd^f 
proprement dit), il nous semble que nous. pou-^^ 
vons eneore apporter. cette pièce à l'appui d'uàe 
thèse que nous avons soutenue plus haut^ àsa^oini 
que les noms observés sur cette sorte de mofim^» 
ments sont ceux des inventetrrs des collyres tai^adi 



2 1 % OBSEAViiTIOKS 

tiennes, et non des gens qui les débitaient. 
En résumé, les cinq pierres sigillaires que nous 
yenons de faire connaître n'ont pas seulement le 
mérite d*étre inédites, elles fournissent encore des 
faits intéressants à la science; elles nous donnent : 

I. Le nom de cinq médecins nouveaux : Titus 
Caius Philumenus, peut-être le même que le Phi- 
lomenus qui vivait sous Trajan; Publius Fuleius 
Cotta^que nous n'avons rencontré cité nulle part; 
Paulenus^ nommé par Galien; Lucius Varus He- 
liodorusy sans doute ce célèbre chirurgien à la 
science duquel Nonnius a souvent eu recours et 
dont Ju vénal a stigmatisé l'industrie; et enfin Hir- 
pidus, dont aucun auteur n'a parlé. 

II. Elles nous prouvent qu'il faut désormais lire 
authemerum et non anthemerum sur les cachets 
des oculistes, et nous permettent de corriger un 
barbarisme que le nouvel éditeur de Forcellini 
avait emprunté à Tôchon. * 

III. Elles nous fournissent de nouvelles lumières 
sur la manière dont on employait Tauthemerum^ 
le diamisyus , l'évodes et le dialepidos , ou plutôt 
nous en indiquent des espèces inconnues. 

IV« Elles nous révèlent le nom de quatre re« 
mèdes non indiqués : le polytimum^ Vacharis- 
tum^ le diaglauceum et le dicentetum. 

V« Elles nous prouvent enfin que ces sortes de 
monuments étaient gravés par des ouvriers qui ne 
dédaignaient pas de signer leurs œuvres^ comme 
les potiers, les verriears; .^c. . 



SUR LES PIBBRES SlGlltAIAES. 21 3 

CHAPITRE III. 

JMUBBS SICUtLÀlUS OfCOIlNIJBS A X. TOGHOH dUkNBCI. 

Ainsi que nous 1 avons annoncé en cominen* 
çanl, nous terminerons ce mémoire en transcri- 
vant tous les cachets d'oculistes connus qui ne se 
trouvent point dans l'ouvrage de Tôchon ; notre 
but, on le sait, est de faire ainsi une sorte de 
supplément à cet excellent livre. D'ailleurs , il y 
a bien encore quelques-uns de ces petits monu- 
ments sur lesquels nous aurons quelques obser^ 
vatioos à présenter. 



Lapis 


Baiocassencis. 




I 


M. 


A. C. DIAGE 




H 




nie. 




III 


M. 


A. C. ISOCRT. 




VI 



DIA 



(Rêver, t. V des Mémoires de la Société des an- 
tiquaires de Noi^àndie^'p.^B^.ïd.j Appendîceau 
Mémoire sur Lillebonnê p. 4o. Eloi Johanneau, 
dains le^ Mélanges d'archéologie de M. Bottin, 

p. IIO.) 

Pour Texplication de ce cachet, il faut bien se 
rappeler que les tranches des pierres sigiliaires 
étaient destinées à être empreintes, et que par 
conséquent il y a là quatre inscriptions bîen dis- 
tinctes: deux avec un nom de médecin et deux 
simplement avec un "nom de médicament. M. Jo- 
hannéaii a déjà reconnu que dia n'avait aucun 
"rapport avec isocy. Il faut en dire autant de dic 
et de DiAGE. Si Ton nous objectait que dia et dtc 
ne présentent aucun sens pris isolément, nous ré- 
pondrions en citant les deux pierres de Nimègue 
où l'on lit: M. Ulpi Heracletis thalasserosa et 
Marci Ulpi Heracletis diarices ad, La négligence 
du graveur ou le manque de place ( le cachet 
de Bayeux est le plus petit connu) expliquent 
suffisamment ces omissions. Enfin, comment au- 
rait-on pu faire pour imprimer quelque part une 
légende aussi bizarrement disposée : 

Lapis Carbecci — Grestentis 
I 

T. L. FRONIMI 
ISOTÉBON AD 



SUR LES vikaass sigiuàires, à i S 

II 

T. liOUI. FAONIHI 
LBNE PEiriGILLYM. 

(Rêver, appendice au Mèmoiresur ies antiquités 
de Lillebonney p. 45« Eloi Johanneau, Mémoire 
déjà cilé, p. 1 13.) 

Cette pierre a été trouvée en i8i3 dansi la 
commune de Carbec-Grestain ; c est par erreur 
^ue M. Johanneau Tappelle pierre de f^ieux. L^ 
mot ÂD qui termine la première légende vient 
encore a l'appui de ce que nous disions tout à 
rheure à propos du cachet de Bayeux« 

Lapis Fiducassensis. 
I 

II r 

SMARTPr. ABLAPT 

THALÂ.SSEROS 

II 

S. MARTé ABLAPTI 
SMECriGVM 

m 

S,MARX« ABtAFX 

cioconas 



ai8 OWEUVATfOHS 

ni 

.... isum ad \^eteres cicatrices. 

IV 

rnes ad sedatus lip. 

( Trouvée à Beauvais ep 1767. — Grivaud de la 
Vincelle, t. II, p. 2187.) Nous copions en lettres 
italiques les inscriptions trouvées sur ce cachet, 
parce que l'auteur a négligé de nous en donner le 
fac-similé. 

M. Tochon lit ainsi la seconde inscription. 

Secundi Pollionis C^Ueni Amellium stactum 
opohalsamatum ad cicatrices. Ce serait, dit-il, un 
baume distillé de fleurs de camomille, Amella; 
mais nous ferons observer qu'il y a dans le texte 
non pas Ame^ mais bien Amie. Pline, 1. iX, ch. xv, 
\ 19, parle d'un poisson du genre des pélamides 
nommé ^iTiia; ne serait-il pas plutôt question ici 
d'un baume composé avec la chair ou le fiel de ce 
poisson ? On sait que le fiel d'oiseaux, d'animaux 
et de poissons était souvent employé dans la com- 
position des collyres. Nous proposerons donc de 
remplacer la lecture de M. Grivaud de la Vincelle 
par celle-ci : Secundi Pollionis Amiensis stactum 
opobalsamum ad cicatrices. 



SUR LES MBRRES SMILLAIRES. • 1 § 

Létpis Fanomartemis 

. IB. CLA^YDI MEÇSORIS FEITI 

auvM 

II 

TIB. CLAVDI MESSORIS 
. . . ETONOROB AD GALIGI 

III et IV 
( restes vides. ) 

Sur le plat de la pierre les lettres ti. auprès de 
la première légende md en sens opposé au milieu 
\ dans un angle. 

(Mémoires de la Société des Antiquaires de 
France^ t. II, p. 469 . ) 

Quoique ce cachet fût publié dans te recueil 
auquel nous destinons notre mémoire, nous 
avons cru cependant devoir le reproduire, afin de 
saisir Toccasion d'expliquer la seconde légende 
que M. Bottin, possesseur de ce monument, ne pa- 
rait pas avoir bien comprise. Selon M.Bottin, le^ 

lettres etoh de la seconde ligne sont la fin du 

mot Emmeton^ pour Emmoton^ ce qui, d'après 
3tephanus Blancardi^, est le nom d'une liqueur 

(1) Steph, Blan€ardi Lexicon medieum» 



aja OBSBHYÀTIOHS 

Lapis Cessiacencis 
I 

C. ex. PRIMI. DIASHVRNCS 
POST. IMPET LAPPITVDI. 

Il 

e. CL. PRIMI. TERBHTIàirV 
CROC ADASPRIT. ET. CI 

III 

. . L. PRIMI TVRIirVM 
. . SVPPVRAT. OGVLOR 

IV 

c. IVL. LIBTGI. DIAC. lO 
. . lES AD SVPPVRAT ETVETE S^R 

(M. Fevret de Saint-Mesmiii, Mémoires de la 
commission archéologique de la Côte-^d^Or^ 
t. I«% p. 375, pi. f. I.) 

M. de Saint-^Mesmin, p. 878, explique de la ma- 
nière suîvaQte rÎDscription n" IV. 

Caii Juin Libyci diacrocus Jodes ad suppu- 
raiionem et veteres collas cicatrices ^ invete- 
ratas qffectiones resùlvendas. Diacroctis Jodes 



SUR LES PIBRRES SiCtLLAIRES. lUS) 

sigoifie^ selon lui, un remède composé avec du sa- 
fran violet. Mais il ne peut y avoir sur la pierre 
Jodes; nous n'y voyons, et cela bien distinctement, 
que le dernier jambage d'un N, ce qui fait Jones. 
Jiones signifie violette; si diac veut dire diacro- 
cos, ce n'était donc pas avec du safran violet, mais 
avec du safran et de la violette^ que se composait 
ce collyre. 

L'explication des lettres \l\ par callos cicatrices 
affectiones resohendas nous semble également 
trop compliquée pour être vraie ; nous propo- 
serons à la place : cicatri cicatrices , et veteres 
cicatrices y comme on trouve sur la pierre de Ba- 
vai, où le mot GiCA est également abrégé et com- 
posé de lettres enchevêtrées les unes dans les 
autres. L'A et l'R du bas , étant liés ensemble, 
peuvent bien former un sigle composé des 
lettres atr. 

Lapis Selongiacerisis 

I 

M. MBS. ORGILI. TH 

vrïnvm. ex OVO 

II 

M. MESSII. ORGILI. VSO 
GHRiSVM AD GLAR. 



2a4 OBSERVATIONS 

TIÏ 

M. MES. OR GILI. LEIC. 
HYGIA. AD lUPUP. 

(Mémoire de M. deSaint-Mesmin, p. 279.) 
M. de Saint-Mesmin explique len hygia par 
Douce santé. Nous croyons qu'il faut.plutôt y re- 
conuattre le nom d'un collyre. En effet Galien 
parle, t. XII, p. 788, d'un collyre composé par 
un certain Hygienus, Hygieni Collyrum^ dans la 
composition duquel il entrait de l'or, et qui était 
employé ad corosos angulos et scabeos affefitus. 
Enfin le même auteur, t. XU\ p. 71, parle d'un 
autre collyre nommé Hygedion. 4insi Hygia était 
un médicament de même nature. 

Lapis Lugdunensis II 

i 
1 

L. CAEMI PA'^^aRW STAC 

TON AD C se tu CL 

II 

L. CAEMI. PATERNfCRO 
, COD. AD ASPRITVDIN. 

III 

L. CAEMI. PATERKIAVTHE 
MER. LKir. EX. O. ACR. EXAQ. 



IV 

L. ÇASMI. PATBRV. CHS 
1 L1X>. AJ>: GJSKAH. CIGA 

Les parties supérieures des tranches de cette 
pierre sont taillées en biseau, et Ton y a gravé Fini- 
tiale des noms de chaque collyre correspondant à 
chaque tranche, mais de gauche à droite, i. st. 

11. CR.'III. AV. TV. CH. 

[Voyez Gflvaod de la Vioeelle, pl.xixvi, n* a, 
id., p. 2186, t. II.) 
M. Grivaud lit ainsi la première légende: 

VUCii CAEMI. PATBRlfl STAC 

TofT AD. caligenem scàbritum STCt aritudinem 

Selon nous, il vaudrait beaucoup mieux Fiater- 
préter delà façon suivante: 

L. UCii CAEMI. PATUlKt. STAC 

TON. AD C£nas scîscas ex cLaritaiem 

En effet, on ne comprend pas pourquoi il y 
aurait un si gratrd intervalle entre c. et se. de la 
seconde ligne; d'ailleurs sur ta 7* pierre de Naix 
nous trouvons la l^ende suivante : Lucii Junii 
Philiui DiapsQricum ad Gênas scifcas et Claris- 
taiem. Si le Siacium est difTérent dêk Ûiapso* 
ricum, il n'en est pas moins certain, d'après ces 
pierres, que tous deux étaient employés ad clariia* 
XYm. 15 



^^ OBSERVATIONS 

IV 

T. ivniaui crsomael 

».'.•'• ■ • t • 

IN M AD CLARITATEH 

i » 

. .^ Lapis, incertus L 

^ ' M. IVJ. SATYRI DIASMI 

Il 

M. IVL. SATYRI PENI 
Cit. tElTEEX dvo 

/ M IVL^SATTBI. MA 

/ 

LEPJDÛS AD A^PR. 

M. IVL. SAtRTf. ilkti 
BANV. AD. SV;RPVRAT. 

Làpù ihcèrius W 
I 

I. IVLI VENISD 
OBAISAMATV. 



SUR LES PifiRKBS SlGtLLAIRES. 2^9 

II 

,.,PETVM BX OVO. 



ill 



KSi£€VNDI 
ATALBàS. 



Ces trois pierres ont été publiées par M. Richard 
Gough dans le tome IX de VArcheologia ( Lon* 
dres, 1789, p. 227 à a^a). Cependant elles sont 
restées inconnues à MM. Tôchon, Grevaud, Rêver, 
età tous ceux qui ont traité des cachets d'oculis- 
tes en général. 

La pierre de Batb a été trouvée à Bath même, 
dans une cave de Fancienne abbaye qu*oh décou- 
vrit en 1731 en fouillant dans une cour. En 1767, 
M. Mitchell la communiqua à la Société des anti- 
quaires de Londres, qiiî, pas pins que M. Gough, 
n'ont cherché à Texplrquer. Nous ne serons pas 
plus téméraires qiiè ces savants; niais nous nous 
en prendrons à eux, car il est impossible de don- 
ner une copie plus fautive et plus inintelligente. 

M. Gough a vu en original les deux autres pier- 
res, et grâce à son dessin nous pouvons en don- 
ner une copie probablement exacte. 

I^ première appartenait, en 1767, à M. Forsler. 
Le nom de M. Julim Satyrus^ qu'elle porte, est 
nouveifii; faut-il y reconnattre le Satyrus maître 



a32 > UB^XftVATlOirS) £TC« 

Cersious n'est cité nulle part« La plus grande itu- 
porLance de ce inouunieat est donc de porter à 
cinquante-un le nombre des cachets d'oculistes 
qui ont été décrits. Pour ne rien négliger, nous 
dirons qu'il en existe un autre à Autun dont nous 
n avons pu nous procurer la copie , et qu'on eu 
conserve également deux ou trois autres au Mu« 
fiée de Douai; ils nous sont également inconnus. 



1 



APPENDICE. 



Le mémoire qu'où vient de lire était déjà remis à Timpri- 
mt'ur lorsque notre collègue , M. de Longpérier, me commu- 
niqua la copie d*une nouvelle pierre sigillaire trouvée à £n* 
trains ( département de la P^ièvre , arrondissement de Cla* 
meci). Il m*apprit en même temps que M. Sichel s'occupait 
d'un travail analogue au mien , et que ce travail devait pa- 
raître incessamment. J'avais déjà cherché à expliquer le ca- 
chet d'Entrains, lorsqu'en effet M. Sichel eut l'obligeance de 
venir me porter son ouvrage, que je me plais à citer comme 
un des meilleurs qui aient paru sur cette matière. Son mé- 
moire contenait la description de ce nouvean cachet dont il 
devait la connaissance également à M. Longpérier. J'ai donc 
dû en supprimer l'explication que j'avais déjà commencé à 
rédiger; je ne pouvais mieux faire que de suivre en tout 
point un homme dont l'érudition médicale est si justement 
appréciée. Fidèle à la méthode que j*ai suivie jusqu'ici, je vais 
transcrire le cachet d'Entrains, en renvoyant les lecteurs aux 
(explications dont ce savant a accompagné sa copie : 

Laph Interamnensrs, 



L. TEEENT PATE&NI 
OIATESSEBIM 

II 

L. TEEBff PAEMfl 
VBLlirVM 



a34 OBSiavATions 

III 

L. TBEB» PATBBHI 
DIAUPn9VM. 

IV 

L. TBRBH PATBBHI 
DiASXTRIfBll. 

A Texception du diatesserim^ tous ces remèdes étaient con- 
nus par d'autres pierres; ca^^ comme Ta bien fait remarquer 
M. Sichel , dialipiiovm doit se lire dialipidum pour dialepi^ 
dum. (On a déjà vu, sur la troisième pierre de Paris, leni 
peniclumponr iene penicillum, etdiasmjrrnen pour diasmyrum^ 
ou mieux diasmjrrneum.) Ce qui me détermine à adopter cette 
dernière leçon, p'est que sur nos cachets le diasrnjrrnumy qui 
est ordinairement indiqué par les lettres DiASimiiy à Texcep- 
tion de la sixième pierre de Naix, où Ton lit diasuctres , est 
orthographié, sur le premier cachet de Lyon, DXAsxrairB ; ce 
qu'on ne peut compléter que par dimsn^rmes , ou mieux 
diasmjrrneum. 

Il en est autrement du diaiesserim : je crois, avec M. Sichel, 
qu'il s'agit du diatessaron^ c'est-à-dire d'un remède composé 
de quatre ingrédients. D'après Paul d'Egine et Sextus Empi- 
ricus^ M. Sichel cite trois sortes de diatessaron , toutes trois 
entièrement différentes les unes des autres* Mais ce n'était 
pas des collyres, c'était des remèdes qu'on prenait à l'inté- 
rieur : ce savant a dit avec raison que le diatessaron dont il 
est question ici ne leur ressemblait en rien. Plus heureux, je 
crois avoir trouvé ce diatessaron ; c'est, selon moi, celui qui est 
cité par Galien (t. XIII , p. 851 de l'édition de Kiine). Le 
diatessaron de Galien , en effet; est un collyre dans la com- 
position duquel il n'entrait que des matières inorganiques et 
minérales, la pierre misy, le caMlMes^ le diphrygis et le 



SUR LES PIERRES SI6ILLAIRES. l3S 

chalcaiituai. GMea le cite presque immédiatement après le 
MeUnnm de Lueùu.Diatessaron était donc an nom générique 
appliqué par les anciens à tout remède, quelle que soit sa 
nature pourvu qu'il îbl composé de quatre ingrédients diffé- 
rents *• Qu'on me permette de faire une conjecture à propos 
de l'explication de ce nombre quatre. Quatre, on le sait, est 
un nombre prédestiné , ainsi que le nombre trois; la méde- 
cine antique, comme celle du moyen -âge, avait une grande* 
confiance dans la vertu des nombres; maintenant encore, n'a- 
▼onsmous pas notre vinaigre des quatre voleurs? et ne nous 
sert-on pas sur nos tables un assortiment de fruits secs nom- 
més quatre mendiants? On je me trompe fort, ou une idée 
analogue devait être attachée par les Romains et les Grecs au 
diatesserim. Cette idée paraîtra-t-elle absurde k ceux qui ont 
lu dans Tôchon la singulière manière de traiter les malades 
qu'il a traduits d'un médecin de l'antiquité? 

Le nom de Lucius Terentius Paternus est nouveau; nous, 
avions déjà un Lucius Caemus^ ou Caemius Paternus y connu 
par la deuxième pierre de Lyon. Sur une inscription dont il 
n'a pu faire usage dans son mémoire, M. Siebel a trouvé un 
gallo*romain dont la profession n'est pas indiquée , et qui 
portait un nom analogue, Marcus Terentius Paternus^ origi- 
naire d*.£sona, dans l'Espagne cîtérieure. Voici cette inscrip- 
tion citée par Muratori, t. m, p. mxxi, vP i. 

D. M. 

M. TBEXNTn. PATER 
m. BX. B. a. CITBRIOEB 
AISONIBKSI. AV.XVni 
UCIHIVS. POLYTIMVS 
LIBBET. BDVCATOE 

(liS^sée Albanie) 
(i) Kiiiie, dans la IradMlitta laliat dont il a aetvatpagBt \m taiia de 



a 36 OBSBRVATIOKS 

Cette inscription offre encore un autre intérêt ; on y Ut 
aux deux dernières lignes : liciniv&. polytahys* ubbrt sut* 
çAToik j et l'on se rappelle que, sur le troisième cachet de 
Lyon, une inscription porte : hikpidi folytib '. Ck>nune 
moi, M. Siebel avait expliqué le mot pofytim par polyUme^ 
ton; dans une note manuscrite qu'il a bien voulu me com* 
Qiunîquer, il ajoute : «L'inscription u.xxij i de Muratori offre 
« le nom d'un affranchi, Licinius PolyUmus^ ce qui me reud as- 
« sea^ probable actuellement que le nom de ToçoUste était Hir- 
ft pidius Polvtimus, et qu'on imprimait la troisième inscription 
« sur les vases à collyre avec chacun des autres. » Quelque pro« 
bable que soit cette explication, je n'ose pourtant l'adopter. 
Puisque les anciens, comme le dit ce savant, avaient un atime- 
to/ï, pourquoi n'auraient-ils pas aussi bien pu connaître uupoif* 
tiinetonl Et puis lastéatite n'était pas une matière si précieuse 
pour que l'on allât à Téconomieen doublant ainsi Touvrage 
du potier, en risquant que, par négligence, la netteté de 

Galien, s'exprime ainsi : « DUaessaron idesttfuodde quatuor constat. 
Voici la formule de Galien: to 9tk «m ^* x^'^i'*^^ himç < ^ywuo- 
(iwrriiç -^ ^'^tçpwyouç^ ^'xa^avTiç oirr«ç -< ^'xp«« 

(i) La seule difficulté qui se présente dans rinscription du Musée AU 
bani porte sur les sigles EX. H. R., que Muratori explique avec raison 
par EX. Hispania Hegione, etc. Cette explication se trouve confirmée 
par une autre inscription citée par Cellarius, d'après Spon, p. 149. La 
Toici : 

IISSOSXA.CH.F. 

PEOCVLA. 
BZ HISFAVXA CXTBUOaB 

iissoiriBVSis. Asir 
xxni. n, s. !• 

TVI.IVS. XrATALISVXOftl' 
OPTXIfAB DB SBXBRBirTB 

Le H initiale dç Regiont se trouve ici smis^entendu. 



SUR Lt^ Pl^tiliVS SrÔILLAtBES, 1^^ 

i^lnscription fût altérée. Enfin nou$ ne trouvons rien d'analo- 
gue $ur les pierreç si^Uafres déjà conoues. Jusqu'à nouvel 
ordre donc nous regarderons l'inscription polytim conime 
indication d'un remède* Jja seule concession que nous puis^ 
sioas faire à M. Sichd, et celle-là nous la lui ferons de grand 
cœur parce que l'inscription de Muratori semble nous y au 
toriser» c'est que lepofytimetpn avait été inventé par. un cer- 
tain Pofytimuf et perfectionne par Herpidns. L'exemple do 
Teren$ianumy cité sur la pierre de Cessi-sur-TiUe , peut 
servir d'argumentation en faveur de cette e^^plicatipn. , . 

Le numérotage des cachets étant tout à fait arbitraire, i) 
s'est trouvé que M. Siebel en avait adopté un différent. du 
mien; ainsi il appelle lapis Parisiensis quartus lapierre.de 
Paris à laquelle je donne le troisième numéro d'ordre; e^ ré-? 
ciproquementj lapis Parisiensis tercius^le cachet que j'a|^peUie 
quartus. Quoique cette circonstance soi| en définilire d'une 
importance assez minime , j'ai cru devoir pn «vertîr les lecr 
teurs. .Voici maintenant une autre circonstance qu'il est bo^a (^ 
signaler : M. Siebel appelle lapis Parisiensis quinius le cachet 
que j'ai désigné sous le nom de lapis Thauriac€nsis ; comme U 
dernière ligne en est infidèlement reproduite dans son mémoire^ 
on pourrait peut-être regarder ces deux peti^ qoonuments 
comme différents les unsdes autres* Il n*e|i est rieo içependapt t 
cette pierre a été^ ainsi que je l'ai dit, (r<ouvéç 4 Thquri» ei) 
Sologne; j'en dois la connaissance k Tamitié de M. de la Sansir 
saye ; M. Daremberg, qui l'a communiquée à M. Siebel, en lui 
permettant de faire des démarches afin de savoir à qui elle ap- 
partenait, aurait pu les lui épargner s'il s'était souvenu qu'une 
transcription lui en avait été conmiunîquée de mémoire, il j 
a trois ou quatre mois au plus^, par M. Maury qui, en sa 



(i) Je regrette, pour ma part, que M. Daremberg nous ait privés, M. de 
la Saussaye et moi, da plaisir que nous aurioos eu à commuDÎquer cette 
pierre à M. Siebel. Cest seulement en la transcrivaDt sous les yeux de ce 
dernier que nous nous sommes ape^us qu^il la conoaissait déjà. 



a38 OBSERyATION5| ETC. 

qualité de membre de la commission d'impression, avait ma 
dissertation entre les mains. 

Il serait curieux de pouToir dire si le cognomen de Pater^ 
wu^ porté par deo3t Terentius , dont Ton était oculiste, et un 
Cœmus, oculiste également, appartenait principalement à 
des médecins; mais il serait imprudent de s'aventurer dans 
ces conjectures. Lucius étant Tagnomen de notre médecin , et 
non son nomen, il serait tout aussi imprudent de lui attri- 
buer rinvention du melinum Lueii cité par Galien (éd. Kâne, 
t. Xm, p. 8) ; mais ce sera avec plus de hardiesse que je pro- 
poserai de rapprocher Lucius Terentius Paternus dn méde- 
cin Terentius cité par le même auteur (û/., t. XHI, p. 83) et 
de celui qui a composé le collyre Terentianum. 

Revenons au livre de M. Sichel. Il porte pour titre : Cinq 
cachets inédits de médecins oculistes romains^ publiés et expU» 
qués par le docteur Sichel; Parisy 1 845. Quatre de ces cinq ca- 
chets, savoir les deux pierres de Paris, la troisième pierre de 
Lyon et celle de Thouri sont ceux précisément sur lesquels 
je me suis exercé. Qu'il me soit permis de dire avec orgueil 
que je me suis souvent rencontré avec lui dans mes interpré* 
tations. Les siennes sont souvent plus complètes sous le rap- 
port médical ; j'y renvoie le lecteur , et adopte toutes ses ex- 
plications en tantqu'elles ne contredisent pas formellementles 
miennes ; nos deux mémoires pourront se suppléer ainsi l'un 
l'autre : lorsqu'on y trouvera quelques contradictions, Je me 
soumets d'avance au jugement qu'on portera sur nos deux 
avis. 



DU 

SÉJOUR DES SARRASINS 

EN SAVOIE 

Par M, BBAUUED» mmahrm rendrai. 



M. l'abbé Bonnefoy, curé dé Jn^y^en^Bauge 
(province de Sayoie)et Tunde vo& conPt-espondants 
étrangers, vous avait adressé» en i845) un mé*- 
moire sur le séjour que les Sarrasins ont fait dans 
la contrée qu'il habite. Ce mémoire, égaré par 
une circonstance que nous déplorons tous, n'a 
pu être retrouvé. Je m'estimerai heureux si, à 
l'aide des documents que ce respectable ecclésias- 
tique m'avait autrefois communiqués et auxquels 
je joindrai quelques observations faites sur les 
lieux, je puis rendre moins sensible la perte du 
travail de notre confrère. 

En l'an 710, un peuple, ou plutôt une confédé- 
ration de peuples qu'on traite généralement de 
bwbares» mais dont ta civilisation parait avoir 
été plus avancée de beaucoup que celle de la 
plupart des nations européennes à cette époque, 



24o SEJOUR DES SARAASifliS 

les Sarrasins traversèrent le détroit c|e Gibraltar 
et vinrent planter^ sur la riche terre d'Espagne, 
rétendard du prophète. En 725, ils étaient maîtres 
de presque tout ce pays. Quelques années plus tard 
ils étendaient leur doinination sur la Savoie, le 
Piémont, la Provence, le Languedoc, le Dauphiné 
et même la Franche-Coaité. Unis dans une méoie 
croyance, guidés par des chefs aussi habiles que 
braves, s'ils furent repoussés plusieurs fois, ils 
ne tardaient pas à reprendre TaVantage, et la cé- 
lèbre victoire que Karl Martel remporta sur eux 
dans les champs de Poitiers ne fit guère qu'a-* 
journer leur établissement fixe sur le sol gaulois. 
Mais des eonfonis pltiHfi forta, le luxe et ses youls- 
sances, l'abus du pouvoir, l'ambition individuelle 
des chefs et les querelles qui en furent la consé- 
quence, affaiblirent successivement l'empire des 
Sarra&ins en £uf ope« Alor.s aussi l'énergie du Fran- 
çais se ranima : il osa combattre. Un jour il rem- 
porte la victoire sur les ennemis de sa foi, et la 
victoire lui sers^ désormais fidèle, parce qu'il saura 
s'en rendre di^ne. En 975, le château fort de 
Fraxînet en Provence, qui avait été longtemps le 
chef-lieu de tous lesétablissement&desSarrasiosde 
France, était la seule place qui leur fût demeurée,' 
et elle ne tarda pas à tomber au pouvoir de Guil* 
laume, comte de Provence. Dès lors la domination 
de ces peupl^.4^9$ nos coiUrées, fut éteinte. à 
jamais; le plu^ grand nombre d'entre eux passa 
en Espagne,, qnais bt^aucoup restereol! dans le 



fûys ôè les tins se Kvrèr^nf à là culture dek 
ferres, d'autres à diverses professions indus- 
trielles; la plupart, d'ailleurs, étaient. alliés à des 
familles chri^tiepnes t ils* fureiit d'abord soumis à 
ua tribut, puis ils finirent à la longue par em* 
brasser lé ehcistianisme et se confondre avec la 
population indigène. 

On ^e demande en vain comment une nation 

industrieuse , riche et puissante comme étaient 

ces Sarrasins auxquels l'Espagne doit tant de ca^ 

nau9L d'irrigation , «d'aqueducs et d'édifices divers 

non moiqs remarquables par leur utilité que par 

Lsur magfitficdnoe, on se demande, dis-^je, com^ 

ment cette même nation n'a laissé em Savoie et 

dans le înidi de ia France presque aucunes traces 

du long séjour qu'elle y a fait. En effet, où sont 

dans ces contrétes les constructions qu'on puisse 

lui attribuer avec certitude 9 Quelques fragments 

d'armes ou d'armif res, des objets d^ornem^at, dès 

monnaies qui ne sont d'aucun secours pour l'his*- 

toire^, et enfin des souvenirs transmis d'âge en 

âge, voiià à peu près tout ce que nous ont laissé 

les maiires de Grenade et de Cordoue, les con-^ 

structeurs du magnifique Âifaambra ; mais plus 

ces témoignages sont rares, plus leur importance 

grandit à nos yeux. Ce sont ceux qu'on trouve 

dans le canton des fiauges, QÙ les Sarrfisins de* 

(1) On sait que les anciennes monnaies sarrasines n*ont 
point de millésime ni de nom de souverain, mais seulement 
quelques passages lie PAlcoran. 

XVIII. 16 



Iik 



St^ ftlJOUJK DIS SâRftÀSIirS 

meurèrent durant plus de soixante ans, que 
M. l'abbé Bonnefoy Vest attaché spécialement à 
rechercher. 

Les Sarrasins, augmentant chaque jour en nom* 
bre et en puissance , étendaient le rayon de 
leurs courses dévastatrices. Expulsés de Narbonne 
et de tout le Languedoc en 769, ils débarquèrent 
en Provence, en 889, et bientôt les riches plaines 
du midi ne leur suffisent plus. Après avoir ruiné 
Saint*Pierre-d'Âlbigny et Saint-Jean-de-la-Pôrte, 
ils élevaient près de cette dernière ville, dans le 
lieu appelé /a Champagne, une bourgade dont 
on peut encore retrouver les traces, et plaçaient 
des tours d'observation et des châteaux sur les 
montagnes de Savoie pour garder les défilés de ce. 
pays. LesSarrasinSy débarqués d'abord, à ce qu'on 
présume, près d'un lieu d'origine romaine appelé 
Fraxinetum^j situé au pied des Alpes maritimes, 
y élevèrent un château fort et en prirent la coutume 
de donner le nom de /raxinetum, àe/raxiruim 
ou/raxinet à tous les châteaux ou postes fortifiés 
qu'ils eurent par la suite. Le savant auteur de 
Y Histoire des invasions des Sarrasins en France, 
M. Reynaud, en signale trois : l'un en Provence, 
un autre dans le comté de Mice, le dernier près 
de Cazal. A ces/raxinets, dans lesquels les Sar- 
rasins déposaient le produit de leur pillage, il faut 
en ajouter trois autres que Tabbé Bonnefoy a re« 

(1) Reynaud, Invas. des Sarrasins, p. 160. 



Elcr s/ivoïK. . a43 

connus en Savoie : le premier est dans la paraisse 
de Saint-Oyen ( vallée d'Aigues-Blanches ), le se- 
cond dans celle de la Roche-Cevin : tous deux 
sont désignés dans le pays sous le nom àéfrania^. 
Un troisième, appelé/ramay, est dans leHaut-Fau- 
cigny. Avant l'an 900 , les Sarrasins avaient aussi 
dans la Maurienne, non loin de Madone, unjfra- 
xinetumel un camp fortifié appelé encore aujour- 
d'hui pian des Sarrasins -^^ mais la position la 
plus importante par sa force et sa prodigieuse 
étendue que ce peuple ait occupée en Savoie est 
sans contredit le plateau des Bauges. 

Cette contrée est rarement visitée par le voya- 
geur. Cependant il en est peu qu'on puisse lui 
comparer pour la beauté des sites, ses curiosités 
naturelles et l'aspect pittoresque de ses roches 
calcaires à zones multicolores horizontales. L'in- 
dustrie, les mœurs de l'habitant des Bauges ne mé- 
ritent pas moins de fixer l'attention de Tobserva- 
teur, et lui offrent j à chaque pas, de nouveaux 
sujets d'étude ef de méditation. Le plateau des 
Bauges fut habité autrefois parles Romains. C'est 
comme une immense citadelle de vingt kilo- 
mètres de long sur douze de large, que la nature 
seule semble avoir pris plaisir à fortifier. Des ro- 
chers escarpés et d'une prodigieuse élévation 
l'entourent de toutes parts, à l'exception de quelr 
ques cols ou passages, dont deux seulement sont \ 
carrossables. A proximité de ces points j les seuls , 
accessibles^^detout ce vaste périmètre, les Sarra- 



1^4 «iJOUft pF^ |A«fiAsms 

%lii^ éJa%«Bl flfis forM:jiIs e\ir^nt vt^ fpfinay 
§Hj: II» ver§?iB|: ççç|deptftl de U paopt^gije ^e Se- 
Tfiifiqz^ ftH-de^y^ çIh hameau du Mphi^tiar ( par 
r9i§se dp S.^int;*f4rjp^)j yn çl^ât^^ju, flapqué jie trois 
toi|rsqni $i|}]f5i§leqtpqparl|ei&t qiiiporïpnJepcoie 
\p ftpni dp ?9^t? 4ÇA Sfirrçsifif^ PRcqpe le goramet 
d^^fi ffloi]f3gqe de Tf^Ufert ( paroiw dP Duingt). 
IJ y ftval)^ ?HSsi ^ei|?: ^utrps c^j^te^^x ^arrfisins 
cj^n^ ]^ parqipse Sainte-Rein? : l'up ^u poj du 
Frêpi5, q^f fut, de ce pjtité, iQwyfrciQçinetum, pt qui 
ferroi^it ï'pnffçe dPS ^^"ges ^p pjidj ep dPmiO^Rt 
toute la combe d^ S^'^QÎ^- J l'SM^re §ur une haq- 
tepr près du ^ï\\^%P d'gperppij , spr }a drqjte du 
cheuijp qpi fi9q4»^îf dp Saîp^-Pierrp au Çbatel^rd. 
l^'ptep(l\ie 4^ ce ijprpier était très cQRsid^ér^ble, à 
^R i^SF P?^ ÎP^ f'"ip^^^ qtijl recqiivi'enf §^ |pip |p 
spl. |1 ^^\. dp^jgpp^ d^ns Ip^ titre$ trps apcjens, 
sQi^ç jp ppm dp po^t^rla \ et sop efppjpcep^ept 
e^stepparecoppu awjoufd'huî ^opsf cpl.uj ^^^l^gr 
tçrnq op f^atçrnq. 

]paa§ je^ teiîjp? fltff prpçpdprppt 1? cljufp ^e )^ 
pqiss^pcp dp? Sarrf sips en F^?nce; pep:ç dp §^YDie 
eprjeiït à soutenir contrp les ^pjgnpur^ pf 1q§ prér 
lats dp ppR^f eux corobsts d^ip? le^jqpplç rffyap t^gyç 
leur depaepm presque topjour^; fpàjs Pft recpY'aflt 

(1) Il n'en reste pins de, vestiges. 

(2j Ce mot ps^raîc d'origine celti(|ue, comme un grand nom- 
bre de noms de lieuk 6n Savoie, en Auvergne et dans lé Dau- 
phiné. Il dériV^ sabé\ddute à^post^er^ lefiHier-ùu; sm figttfé, 
/ i saulien de l'^igiè, (C<«gQni4e€f Di^f. (^ikl-int^ê^^ i • ^ - 



£9(iAiro]B. a4S 

plUâ de secout*s de leurs frères d^AFHque ou d'Ës- 
I^agtie, et se trouvait réduits à leur propres forces, 
iià cessèrent leurs brigandages, se livrèrent à la 
cùlttirë et èontraetèi^eht des alliances àtec led 
familles du f^siys ëh coiiservant toutefois leur iti^ 
dépehdàtifce pBliti(|uë. Conrad , toi de U BbUr^ 
gdgne TMti^jùràtie, tbUlut là lëUr ëhlevér. Il liiai'^ 
ehà tdûtl*e eux à la têië d'utlé littttibrëUsë afiiiéë,- 
pénétra dàhs l6§ Bâugeâ pat* le tlol de TEtfadlid 
et liVrâ atii Sàî'rslèiU^ ilUë sàdgisihie bat&ille dah^ 
là plbihé d'Ëcblé. teUx-ci, ajr^bt été déffati^, yë 
reflliêi^ënt Sur JSëlfitë-Rëihë ëù Us tebtèretlt^ iitlë 
dernière fois la fortune des Iddttlbat» dbnâ bhe 
atllM plâîrié qui fe'éterld entré PostèHétî lé Pre- 
fiàyl iU f l^urëiit batbs coinplëteiiiehl et fdrëés 
de ^é iouhaëttfë (§63 bu 967). DèS lors Us ëeS* 
sèrétit d'exister cUttidle hàtibtl et §e bdtifondlfetlt 
aVëb lès restée de cette f)opùldiibfa (|b'llâ atàiedt 
l'àdis subjuguée. 

Les habitants dés Bàb^é^, (iàlèris eh gt-sitldé 
partie, dëvidreiit {llus tkhl l'objet delà sdlUcHUdè 
' pàfetol'ûle, et àëfe riiiskiotis patëbUrurënt le pàyi 
pdiil' en convertir lëk habitants; La prëttiîèrë 
élgllkè qxïûh élévà flkns les Bâûges fat celle de 
SâiHtè^iadëgolide, Pliife tard dh y ëd ëdtistriilsit 
deux autres, l'iirië dàtik là fcommunè de LdWbltë, 
TàUtre dàdè belle dès ^d^èrs. Lë^ Sàri^âsiti^ ëd^ 
durcie ^à^sèt^Dt âlbt^ ^rë^qiië tdtiti ^nr krHtfe 
droite du Chéran et s'établirent sur les coteaux 
où est aujourd'hui le village de Jarsy. Le zèle apos- 



^46 SÉJOUR DES SA.IIRASINS EN SA.V01E. 

toliquelesysuivitel n'oblioiqu a gjrand'peine d'y 
bâlir une église; mai$ la conversion de ces.Sarra- 
sins à la foi chrétienne était une entreprise^difli- 
cile, et beaucoup d'entre eux s'obstinaient à prati- 
quer le culte de leurs pères. Les évêques de Ge- 
nève, désespérant d'en venir à bout, supplièrent 
le saint-siégé de confier Tadministration delà pa- 
roisse de Jarsy aux Templiers qui s'y établirent et 
y restèrent jusqu'en i3i2, époque de l'extinction 
de leur ordre. En i8ai; on voyait encore sculptîés 
sur la porte du cbœur de l'église une équerre, un 
compas et une truelle : au-dessous était la croix 
de l'ordre du Temple. 

Quels moyens ces moines guerriers et si peu 
convertisseurs de leur nature employèrent -ils 
pour parvenir à leur but? C'est ce que l'histoire 
ne nous apprend pafs. Il est toutefois probable , 
d'après ce que nous connaissons de leurs usages, 
qu'ils ne se Cornèrent pas au bon exemple et à la 
persuasion. Quoi qu'il en soit, les habitants de 
Jarsy sont aujourd'hui aussi bons chrétiens que 
les autres^abitants des Bauges ; mais le souvenir 
des événemients qu'on vient de raconter s'est con- 
servé dans le pays malgré les huit siècles qui se 
sont écoulés depuis lors , et, au dire de M. l'abbé 
Bonnefoy, à la moindre querelle qui s'élève entre 
eux et leurs voisins, on leur prodigue Tépithète 
demauyais croyants et de race de Sarrasins. 



THE Vm YORK 
PUBLIC LIBRARY 






AST0R,LENOX AND 
HLDSN FOUNDATION B 






PLAN DÉ LA PARTIE EST DE JJ^ 



^ 













/•' 





MÉMOIRE 



^n 



SUR 



[VERS OBJETS ANTIQUES 

ET SUB DES CONSTBUCTIONS GALLO-BOMAINES 
I I |^H01IVÉBS> EN 1845, DANS LE TBACÉ DU CHEMIN DE FBB 
d'obléans a YIEBZON, 
PBÈS DE LA POETE DEBOUBGOGNE, A OBLEANS, 



k'WL VfiR€frl9AllD RO1IIA0IVÉ8I, •ttomé «orre i p^nd— t. 



)ans une notice que nous avons publiée, en 
1^ sur le cimelière romain primitif d'Orléans ^, 
Is avons parlé des fouilles exécutées, en i8o5, 
!»ud du bâtiment conventuel de l'ancienne 
aye^ de Saint- Ëuverte, à Orléans, et nous 
as révélé, pour la première fois, lekistence 
p cimetière romain à Tendroit où s'éleva dans 
jite le monastère. A l'appui de cette assertion 
B avons décrit avec détail la découverte des 

A Foîrj dans le tome P' de notre Archéologie du départe^ 
c^t du Loiret, le mémoire intitulé : Notice sur le cimetière 
main et primittfd'Oriéans^ et aussi les AonAès de la So- 
■îé royale des sciences, belles«lettres et arts d^Orléans. 



a4^ Ml^MOIRE 

tombeaux, vases, médailles, instruments, objets 
de parure en terre, bronze, verroterie, déterrés 
tant à Saînt-Eurerte, «ur Jç linu ée l'ancien cime- 
tière signalé, que, pliis au sud, siîr Femplaceaient 
des arènes retrouvées en 1 82 1 . 

Nous avons complété ce mémoire en rendant 
compte d^s fouilles qui avaient été pratîquéos^ en 
k 829, dans leprolôngénîeht éstdli terrain de ^alut- 
Euverte, coupé par les murs et les" fossés de l'en- 
ceinte de ville ordonnée par Louis XI, fouilles qui 
avaient mis à découvert des tombeaux, etc., et 
surtout un mtrinum affecté au cimetière romain 
d'Orléans. Cet ustrinum avait été postérieurement 
empIoyé\à enfi^ir des<^FCueils«n pierne. Il était 
divisé par des séparations de construction évi- 
demment plus récente que les murs de son pour- 
tour et probablement bâties depuis que l'usage de 
brûler lès morts avait ceSâë^. » 

En 1636 ièfttlemtiit, M. JoUoi^ publia une ilo- 
ticé sur le même sujet^ paiges lOi à log de son 
Mémoire sut ieinfttiquités d'Orléans. Il ui^a^ bien 
entendu, de tout; ce qui avait été recueilli et pu- 
blié jusqiie-lir 6ur le métni^ sujet^ et en donnant 
(page loô)iéfi dimension^, qui lui parurent alors 
ekat>tes^ d^ Taticien oaveàu déterré en 1819, il 
adopta^ en partie, notre opinion sur retîstence 
d'un ustrinum dans ce lieu; 

Nbus devons s^outer que c^èst pair erreur que 



;^i 



(1) C'est vers lé V* ou VP siècle qu'on cessa dé fcruler les 
morts, et qu^on les enterra dans aes céirctteils ae pierre. 



SUR DIVEBS OBifatS Ail TIQUES. Û^^ 

ot)j là lampë destinée dans rouVràgè de M. JoUbi^, 
ter- pL aa, fig. 6, a été désignée comme trouTee dsiÛh 
m lès fouille^ de Saîtït-ÉùVèrté: Cèhe lampe prbve- 
mt fadit ûèà aréhë^, et celle dé S^lhE-EUVërtë^ qUi Tait 

ènbore partie de tidtfe cbliecttoti d'àntli]|uitëâ, é^i 
idï ornée de feuilles; nous ne Tàviéns pbiht ti^oùVéè 
s^t assez curieUse pour la faire dessiner et la joindre 
ai. à notre mémbirè de ï83î . 

h Enfin nous compléterons ici ce que nous avons 

>'f . Hit eh f SHi (page i^ à^ nom histWB)^ et oe que 

Mi io\M^& répété ms 1 806((). •t64)v9tir:ia déobii»- 
E Tertë (iVt) Gcrilitft* dat^ an* toAilMad.iki femliie^ 
ler ^ut h dtf àl!;Hptiah de bq ^lié^, qtli Sait pai^tie de 
ii; notre ^lleiftioiii ; . î-^ ' 

il èsl c^iDpfSBe de grains d'ambre succin nsséi 
uf diir^, quoique friables) etrépatiidanl encére ikie 
è odmit très (bi^te Ibrsqu'dn «n fiiîl brûler des fri^ 

ment^; d^ graifii^ èe vètrot^ie uti fien bblonfa^ 

dé cbtiteùr tërdàlra^ «rr^o des pmntâ et des traits 



îrr 



(V 



% jnnneÉ en bruôs^ tin peu saiUants^ D'es[iaee en esî- 

1 ^cesdnt dés verroterie» eii forme de bach«^ avdc 

h tlttë t)lie ^ourte^ perbée^ par «ù elles étaiènl enSr 

f' lëêsi 'Une tnédâille, d'Alexandre âévére, en moyen 

f bi^bUzé^ Aussi percée^ faisait partie de eeobUièr^ et 

le tdùt était réuni jlar une iehainette; en Inronae 

âbnt4l tië wsv^ que fiea de frâgnaehta^ Le même 

tombeau ctinteilait une bague uilie) en brfanze^ de 

très petite ouverture, ainsi qu'une seule boucle 

I d'Oreille en anneàb fend»^ èU^nH èl tpftati. 



a5o MÉMOIRE 

Lçs oyseaieiUs.paraissaienX être ceux d'une jeune 
fiUa,. |, .... 

Les Cbuillea du cbeiniD de fer de Yierzon sont 
venues ^Quter^ comoieiOQ ]e<Terra plus bas, aux 
-preuves que noua avioDs doimëes déjà de Texis- 
lencedu cimetière romaiDi. 

OiCOUVBATBS 0£ l845 ^ 

Dans le liéii ménae oè nous avions signalé, en 
i83iVi'^xîaleDoede VUÈtnnHm dn cimetière pri- 
mitif d'Orléans, les fouilles nous ont démontré 
que les constructions <{m le formaient étaient 
plus profondes et plus étendues que M. JoUois ne 
l'avait cru, et que nous ne l'avions pensé nofus-* 
métiie lors de notre examen de iSag; que les di* 
inehsions données ne devaient s'appliquer qu'à 
une {Partie de la construction idéterrée k cette épo- 
i|ue. Le sol du caveau enkrré en 18^9 n'était point 
le véritable. Il s'est trouvé à plus d'un mètre au- 
dessous, et les parois enlevées n'étaient point 
ceHes de Vustrinum primitif, mais celles de con<" 
structions élevées plus récemment dans son en- 
ceinte. Autant qù^l nous a été possible d'en juger 
par ce qui restait enfoui des fondations extérieu- 
res, ce lieu d'incrémation des corps pouvait avoir 
cinq mètres de largeur, sur huit mètres de lon- 

(i)fw\t ptan delà partie est d'OrléaQfii pi. IL lig. 1^ 



SUR, DIVERS 0BJBH9.A1HTIQUES. a5l 

gueur. Dau&^et espcicé, tMft*4e$SQus et. à Q6l4>,dçi 
sol enlevé en iSag, on a e^^trait beaucoup de ceiir 
d«es, de chariktii>i4'oibstiii60t& itiQÎDérâs^ de fi?ag> 
men ts de iacrynoptoiites et d#< va«yQs pommuAs t^^f t 
particulièrement. uBiaaseK grand ^nombre de cot 
quilles d'huitres de grandeqr «xtoaordi^aÎFe/ des 
morceaux d'anneaux, de colliers, de chaînes en 
' bronze, enfin h chaiàon d'une bague ou dfui^e 
fibole très remarquable par une pierre du plus 
beau vert^dejOiçry et^piùr k bon. tfa,ifail d'une jo- 
lie tête. d'AppU^ç, en dfmir^rjE^iefj^jtculptëe des- 
sus*. . .- :.-, . : .:/>'. : M i.- ■',• , ,-.- ' 

Au dehors de cei astnnumy à peu de distance, 
on a recueilli dès poids .romains en terre cuite, 
et4Çf^ fr^gm^eot^ curietf^ 4^ yase^<ep. terre rouge 
pqrtapt dç$ reliefs* de,ijçiç^ût;.ç? et là^ vers. les 
in^nie$, Ijquj^ çn ,a jÇnco^e déterré . 4'au très mor- 
ceaux (Iç vasçs ^n beUe pot:ei:ie.fpniaine3, avec dçs 
ornements en reliçC, .çt.de plu^ çipq morceaux 
d'un instruisent percé de trflus. égaux, très bien 
foréj^^et prjatiqués dansplusje^urs.pfirlies d'osse- 
ments de tibia d'bomj^e^ ou d'animaux. Les di- 
mensipps, en longueur*, ,de cet instrument spnt 
difficiles à déterminer, p^rce.qup^ étant composé 
de plys;ç^rf portions d'o^ liés ensçmblçpar dçs 
exnbpit^re^ de .brousse jpour former unç flûte à six 
trous ^ il en manquait deux. I^es morceaux que 

(1) Voir pi. n, fig. 2. 

(2) VôSV pi. tf,fig.*5. '^ "* '''' "^'' -' ^^^'*« ' ' 

(3) Voir pi. n, fig. 4. 



tiôus ûVôn^ vud^ et entre lesquels nous aVons fait 
ttesiiinef celui ^ùe«tid(i$ pos8ëdoni9^ joints à ceux 
cfiii eût été btikéê^ auraient donné à cette, fluté^ 
ëh leur éb|){>b5ànt un f»rolongelnent^ avec ou sans 
tf^u, éd rapport àtned h distance des trous du corps 
de ribéttUititetttf et s#n leur attribuant àusû un 
pi'oldUgiëaietlt ared ènaboucbuve à béb pu à trou^ 
ti IbUgUêuf* d'Ufie du nos Mies ifctùèUes.peroée^ 
iàhs le toti df fh, L'up dés fragments porte lA 
ItAçé ëVidèrife deiaâduiUeide bronze qui le réu- 
tfi^it à un autk^ef et-tious a rappelé^ vers d'Hô^ 
' race, souvent mal interprété : 

* ' ' ■ ' '- 

, Tibia non ut nunc orickalco vincta *. 

Le ptti^ |[i^àfaâ sbin H éiê aji^^br'té èëHKtnéittfèél 
a la côhféctiôiï éit^Heurë de cette llûte, tôUràéë 
ei: percée dé t^bûi avec des dtitiis biètf Vitkh^ 
chants. Mais de qu'il ^ à d'eiirâbéUiââli^ë, è^ë^t tjtië 
ribtériéUr, qUé ùbUb àt^pëiletonâ; éti sf^le âë lâ^ 
tiiier, la percera eié tout à fait bégligé, èi à tel 
point que des aspérités Intérieure^ des 6k xl'dtjt 
pas été enlevées, ce (jùl devait tlulré essentielle- 
jneiit à là nature et à la justesse d^ sdn:^. tVtjUS 
âvohs cru devbit^ efalt*er dans ^ëà détâil^^ ^ur 
cette ffûte, parce qiîé bons savdii^ qtiK ràVébàébt 
on à trouvé assèié de fhËgniebtë de ccrttë ttatulë 



(l)VoirpLn, fig. 5. 
; (a)La.flàte a'étidt point comme aujoura bui réunie par fles 
anneaux de cuivre. 



SUR DiySRS ^raftl AlTTIQtrES. i$fS 

potip'qin^fl ftif: ëtif possible dtf rétablit ^ub iliftnir 
ment en entier. L'étude que nous aTOD$ Isijto 4l^ 
longue main des instruments è vbMj ^t paptiçu- 
Hèrecnent de la f)ùte^ nous à mU à méms 4^ fc^T 
mer les eQnjectures que nous. donnons î^i ^. 

Vis-àf-vis de la porte d0 PoiirgQgp(s^ Vp^u d^ 
distanee et au sud-ouest du pmt QQ^^\f^}t a^r 
jourd'liui en face d^ c^tte pprt^de vflle, pap çpn? 
sëqupnl entre rani^ien ^mplsia^ip^fit ^fi^s^çènes et 
celu 1 du cimetière i?on)<|iY)^ |i?s quvrMrs ont trouvé 
trente ou quarante vasesf len t^l^ eitite cgffimm^^f 
tous à peu près de même fqrme et du piéfne /^It 
mensioB. C^ dep^t d^ élises se trouvait àf^W V^ng 
excavation ou caveau pBâtiqui^dai|s;lfttçi?rpgI^iAe 
(argile rouge), sans issue ^ppar^nt^ av#c Ip $qi1. 
Biusieiirs de ces vases.étaîent brisés, d'^anti^es Vq^t 
été par lés terrassiers, et pppftaot iine ^is§/L^i\^p 
au moins, ont été extraits fntaots àfi qa e^tveaMf Ù 
est diffipîté de deviner qui»l a été la Imt^pç^t ^-^ 
Touissefuent d-un aussi griuànomhm â^ VA^? 
Deux médailles assez mai ^naerY^^fs» T^ip^ 4^ 
Néron l'autre d^Hadrien, gmnAhvQmp opt étéfa- 

(t)M.foUoiA, pLil, fig. IP, cU len M époifr|9 smr le^ aii^r 
q^llé^ du dpp^^eiîwpt ^Jjqu^ ^^ ^ fait 4çssîfïçr un ipor- 
ce^fU ^peu pr^8 $emblat>le; a^aU il ^Vst trompa (paçe lé4), en 
disant que ce morceau de flûte était en pierre factice', THous , 
avons eu depuis occasion de nous convaincre que ces mor- 
ceaux, déterrés dans l'emplacement de l'^n^î^nfi^ ^W^ ^^ 
Yellonaudunum, étaient également en os altérés i^ V^lppg 
séjour dans la terre. . r 



a54 ^'' 'HÉWÊbttim 

niasbëès lelendêmaiii'danà lé» d^blàU^ siiifô ^birer 

laqueslioti. • '■ ■ •» 4t« 

Sur un autre patntdtt tmcé dû (chemin de fer, 
celui qu'occupaieot <l€r9 aréoe», plu^enrs ama- 
teurs d'aniiquité ont ramassé, oujobfeqtr des ou- 
vriers, diwrs' objets qu'ils ont bien voulu nous 
communiquer^ tekque des meules de moulin ro- 
main à blé,<les'amphor6fSy des fibules, des bou- 
cles, des passa]3tsydesigi*»phtam en bronze, des 
épingles, des broeheâ h tête*, yes'ëbauchoirs, des 
polissoirs en ivoire et en os, tous de formés con- 
nues et déjà publiées^ Nous ne signalerons doncy 
parmi ces d^ers instniàients, qu'un joli manche 
en ivoire, d'uti très petit couteau, représentant 
une singulière iiguk^ de Poîseau de Minerve *; un 
autre manche assee curieuli, en bronze, figurant 
un chien de la naturede^ levrettes, dans les pattes 
et le museau aplati duquel se repKait la lame d*un 
couteau de moyentie dimension *; une espèce de 
lacrymatoire en verre ^, et un morceau de poterie 
romaine de pâte rouge très fine. 

Au delà, et'au noi*d de remplacement du cime- 
tière romain, j'ai remarqué les traces d'un incen- 
die s étendant à diverses constructions enfouies 
sous le sol, et notamment presque en face d'un 
chemin appelé Venelle de Saint-Marc. Là se trou- 



(i)pi. n,fig. 6. 

(2)PI.I^fîg.7. 
(8) PI. Il, fig. 8. 



SVK DIVEIS OBÏBTS^ AlfTIQUl». a55 

vait un bâtiment, en lier, de huit à dix mètres d'ë- 
tendue environ en longueur, sur six à huit mètres 
en largeur^ dont Ijê$ murailles en briques inciné* 
rées s'étaient écartée$| et avaient reçu dans leur 
enceinte une toiture entière en tuiles romaines à 
rebord et à recouvrement» brisées en partie, et in* 
cinérées ainsi que les bois qui les soutenaient. Ce 
déblai curieux, où se trouvaient des portions de 
toiture avec les tuiles à leurplace et telles qu'elles 
ont été décrites dans divers ouvr^iges \ deTorge et 
du blé charbonné^, remontait à une époque bien 
éloignée. Malgré tous nos soins et toutes nos re- 
cherches, nous n'avons pu avoir connaissance, 
sur ce point, que de renfouissement de laides 
briques et de tuiles à rebords, de fragments de 
carrelis en mortier et ciment fort dur et bleuâ- 
tre, d'enduit de murs peints de bandes noires et 
rouges, de morceaux de poterie commune et de 
deux fonds de vase en belle poterie romaine 
rouge. L'un porte, comme marque, l'empreinte 
d'un petit pied d'homme; un autre offre en relief, 
sur son fond intérieur, ces lettres OF. PRIMI; 
un troisième, sur son fond extérieur, les lettres 
W. O. AV.; enfin un quatrième est gravé en 
creux à l'aide d'un poinçon par une main peu 
habile, mais pourtant habituée à donner aux ca^ 
ractères la forme de l'époque romaine, et on dis- 

(1) Foir les Mémoires de la Société royale des antiquaires 
de France, etc. 



tipgue nîjr son fopd int.^rigiir yjQV. jSoR l^lg 
de la OQ ppus a montré quelques i)aëdaill,e$ p;) 
grand bronze^ ayant l'apparence d'aypir subi l'sfCr 
tioif du feu ; autant que nous avons pu en juger 
dans leur état frjufste. c'étaient des Faustinej.euqe 
et des Hfidrien. 

M. Vigniat^ dont le cabinet contient déj^ ijp 
assez grand nombre d'ol^jets curieux, ;t obtep^ 
des travailleurs un pot en terr^ i^une cpmmup^, 

3ui contenait douze médailles^ moyen brop?;j^| 
e Constantin^ Maximin et Diocletien. Il a liieD 
voulu nous doqner aussi connaissance d')in fro- 
ment de grande patère (large bol) .ep as^ez J^ejk 
poterie rouge un peu p^le, dont la dimepsiop ^i) 
fqnd est de Vingt-deux ceptimètres, Ce qui Je rpn/^ 
tr/Bs remarquable, c'est la figure gravée en creiix 
sur le fond intérieur du va^e. Ëllj^ représente up 
personnage foulaqt aux pi/eds yn dr^gop, et te- 
nant en niain un bâtc^n tprmip.é pj^r pnè crq\\ 
pqtée. Cet ^omme^ dont ]a figure et 1^ çoifïyrf 
tiennent du style égyptien, pqrte pn yêtement 
qui $e rapprochée 4^ .$aguip gaplpis ^. 

(1) PI. II, 4g. 9, — Dp;* mpnfj^es d'pr diç J^tinj^ n^ 
montrent une Victoire ailée^ en forme d*aqge, tenant une loo- 
gtie eroix évidée, toute semblable à celle qui se yoit daos la 
main de la figure signalée par M. Vergnaud Romagdési, 

/(!^te siinUjjtude pourrait* fidrf remonter la figure trouvée 
dans les fouilles du chemin de fer de Vierzon, au W siècle 
de ootre ère, puisque Justiniei^ a régné de S%% à f65. . Il fii 
plus que probable que cette figure représente le Christ éa^ 



SUR PIVSRS OBJETS ANTIQUES. IkS'J 

M.yigiliat a recueilli aussi tine pierre *k six Fa- 
ces *, r s\ir chacune desquelles sont gravés en' 
creâx> des personnages faits avec assez peu de 
soinvétaujourd'hui très frustes. Ils représentent: 
1^ saint Michel terrassant le dragon; a* sainte 
Barbejaveo da tour; 5* saifit André avec sa croix;'' 
4* la création du nionde: Dieu devant deux atii**' 
maux) 5* une ïfihitéîndîquée par trois personnes 
représentées avec la méine figure; 6^ saint Jacques 
avec son bourdon et trois coquilles sur son cha- 
peau. Cette pierre est du XV* ôii du XVI* siècle. 
Oni âons^ a également donné un vase étï bronze 
qu'on Dous a assuré avoir été déterré dans ces 
débris. Sa fôrri!^e édt assez remarquable et son 
anse surtout est ^ fort élégante. Ce vase, privé de 
soil fond, est extrèmerhent mince;' il est évident 
qd'il était revêtu de terre cuite, d'un vernis passé 
au feu ou d'éjnail, car il en reste des traces sur 
plusieurs de ses parties, vers la naissance èi la fin 
de Fanse*. 

Un afssez grand nombre de médailles romaines, 
7 compris celles dont nous avons parlé, ont été 

sant 1^ tête du serpent ^ au revers de monnaies. 4e broDM de 
Théodose, on voit Tempereur appuyant la hampe d*un k^ 
harum, orné du Chrisme, sur un serpent qui est à ses pieds. 
Toute cette composition peut donc être rattachée à des don- 
nées appartenant aux' premiers siècles duchrisiranisme. , 
Mite de la Comnnsshn âer fàém&iresr 
(4)PLII»fig.lO, • : 

(3) Elle ne forme pas un'çul>e parfait < 4^iix.4iai^.faciéi ont! 
Oi»|10 à 0™12 de large^ les autres un peu moins, 

XYin* fT 



âS9. , iriuoxM 

ràiQas^çes 4^q$ letr^çé 4m ^emin 4^ far^ 49t><tis 
1^^ Ivoire jusqu'avi lieu de t'incendie <|^e ncHia Vt- 
noi^s de sign^er, v^ais rten n'a é\é tr<mvé «h dtUi. 
Oq j\ç^ liou&a cQqimuniqqé que cinq à six avédail- 
les g9^ulaL$e$ à loi^eaii et, à la télé de ohofs inoon- 
Dus^ et inforn^es. Le« ^^f^aîUes. ronwnes.eUés^ 
io4we$^ gTHTxd l^ap^) X4fy^rl>roiwa^ eè dml 
consulaires ^çi arg^p^ fl'çdBfrent awsun Tenter» »- 
re QW iqcojïpia.; Nous HQWs bçriieroBa dooo i m 
donx^er ici uiiie simple nooiieiK^atUPe^ 09r U bous 
semble |^^ utîlq pour la sci^uce d0 décrite a»» 
nutieusemeut des revers q.ui YQn% éié?inm%i des 

foi^ . . 

Nous dfXPXi^ à la çQiDpIsiisaiM^' die H. ringé-^ 
nî<gti^ ea chef du tf açé. 4u çbeiniin de fer, vers 0»^ 
lé9fx$i la cooauu^îcatii^i^ 4e beaucoup d'abjetsi 
Ils ojçi,t ^Jté. reoneWi^ p^i^ le§ eoiipis «k pwftlé aèle dq^ 
B|..Ç4mp9g9Çi8»l'«AU de sesiemployés^^idéjà^flaii» 
des c^rqpi]u$tançeS)ai!iaVc^ues, avaiit yeadu à M. Jcl- 
lois le service de lui communiquer lesL réeullatit 
de beaucoup, die décP4iiverte& d'a^lÂq^it^^ hai éé^ 
f^ase (ait^ ^}; ou,v^iç^s 4^ i:ien. ^«îdi^^ dû 
rien détourner de ce qu'ils trouveraient, nous 
dé&me)iité^é^(Mpéttr que, ttidpé hs inftàcefôièi^à 
cei WctriftS, rfen atf moitis de ce qui a été réuni 
par les soins dfe M. riogénieur ne sera dispersait 
et nous e;^prii»ops^ M désir quA le tout aqi^ dé^. 
posé^9,u mwisée^d'QrhéaiMi^ aùi'oiitTemarque déjà 
un grand nombre d'objets provenait' dedi'^lrses 
ftniiHes fSa^e^ tiM tè tie^rHoii'è du> dépatteijcien l , 



SUR I)IVE|i^f)9^W|f AITTIQUES. ^^^ 

^primitif >ijewilcç3pQi»|:^^ flaj*aqhent «picorç 4'at|- 

ronsicL ,>^;,. , 

' L01B éesikdiuAiiii^if^Og!^^ te ff^i«tipi;im^||ous 

fouilles de la fondatiani;4«6iil»flr/;^«IW:}^ 3^^ 
romains en belle poterie et en poterie commune, 
ainsi que des poids'ilaniaiAsIen^dcrtàMuite. Dans 
les terres extraites des ^fon&les d«- la maison de 
M. Leclaire, à Tanglede-la rue d«4à Vieille-Mon- 
naie et de la rue Jenjmè d'ArCy-fiK)us avons re- 
connu des briqueannéaklds à r«bord, des por- 
tions de ^Mi^\ràaiiâlni^iet Ues poids. La petite 
maison en-^iiiëj rué3ifarilxe!)d'Âr^ offrit les mê- 
mes objets; et^étlfid laidbàidbn deM. Danicourt- 
Huety au cditi^^e^^truès lëanne d^c et des Pas- 
toureauxy a mis^b' jioiMf dès bbjets analogues dans 
les terres'^^^sf^'^'fôiâltes^Ori y a trouvé deux mé- 
dailles grand broA^ très frUstes^-rune de Faus- 
lîne jeune, l'autre d'Haddén, efe-^ine hache dite 
celtique, achetée pâl« M. Campagne» dont j'ai cité 
le zèle à V^âit^^i^ ^jèts aiUiques- du chemin de 
fer de Vierzon. GètOë kâdte est-en quartz-jade 
comme une graiKte^l^ife dècell^qu'on connaît, 



'sJi6o MîtfMOIBS 

^tnais elle est remarquaUépui^ sa grandeur et son 
parfait ëtàt de conservation. Ses dimeDsioiM sont : 
longueur vingt-deux centimètres ; lai^geur, à son 
|;rand taillant, sept centimètres; au milieu seize 
^ntimètres détour, et au p^tlt tailkittttrois cea- 
timètres. E^e pèse 768 grammes. Le fcài «t la 
i>eautéde la pierre la rendent en outre ixès pré- 
cieuse. 

^ Médailles trouvées dan^ le tracé du chemin de 
Ter dé Vierzon^ aux abords dé la porte de Bour- 
^gogiie^ à Orléans, que nous possédons ou ^lai 
nous ont été communiquées : . « 

• 'MédaiHes d'Auguste* 
- : -i,«. de Néron. 
- • : ' *^ deNerva., . ' 
•^ de Trajan* ? 

^ d'Hadrien. 

:-—... d' Antonio le pieux. ' 
^-*-( ^deFaustine^ mère. 
- '-^ jééMare-Aurèle* 

/ *— ' de Faustine^ jeune. » 
^ ,^. de Gomoftode. . 1 

^ > ^ i-* de Sivèfe Alewndre. 
-W de Gordien^ 
'î- r— deGallien. 

r - de Posthume. 
' ' — de Claude /e^o(ftif^(r. 

•p— deProbus. 
-^ de Diod^ttm. ' 



SUR DIVBRS OBJETS ANTIQUES. l6] 

Médailles de C. V. Maximin. 
•-^ deC. F: V. Constantin. 

— de Constantin, 

— de la Coloûie de Nimes. 






NOTICE 



•DR UlfB 



INSCRIPTION LATINE INÉDITE 

Par rC AomMn mt LONGPÉRUBRi membre réiidant; 



Un cultivateur du Forez, en labourant son 
champ situé à Marclop , dans la commune de St** 
Laurent-la-Concfae , à 8 kil. et demi au sud de 
Feurs (que Ton croit être l'antique Forum Segu- 
siavorum), découvrit, au mois de février 1846, 
une plaque de bronze portant une inscription 
funéraire conçue ainsi ^ : 



SEX*iIVL^LVCANO»>IlVIR 


CIVITAT»>SEGVSIAVOR 


APPARITORES>LIB 


TITTIUS SACERDOTALI ç'eTTINUS 


GOCILLUS CASURINUS 


ARDA ATTICU8 



(1) V. pi. HI. 



y%mr^^ /// 







& pdT Traerrr h'cce.; .i Paris 



lYorjCE^ etc. iëB 

Nous aVous pu elLaniiû^ ude èi^oénètité étii^ 
pmaie prise sur le mônumeni;^ pdr M^ VàhîÀ 
B»UQP9 et ^dressée par lui à la SooilSté r^Ie dëè 
aatiquaires de France^ et nous devotiil âité ^ttëj 
bien que très courte, répilapfae d« fiëuê; iéé' il 
pas moins paru fort digne d'alteiitiotl. 

L'inscription , qui parait avoir été graVéfe âé 
!«' siècle de notre ^re, oontieot les noitt^ à^^h 
personnage appelé âextud-Jylius Lucanus, duUm-^ 
Ytr de^la ekë (o'est-jl-àiré du pays) des S^gutiëhâ. 
(Se titre de duum^ir ne suffirait pds pour dou^ 
faire dotinattre à quel ordre appartenait S.-'J.Lil'^ 
eanus \ aussi les oon&ëcrateurs du monuttient ont» 
île juge nése^saire d'ajouter après cdbp le iiioè 
SikCBRiyxrAti, qi»i est tr^icé par Une mâiii idiialrile 
et en caraqtères g(*ossier$^ tout à fait diflerents dé 
ceux qui composent le resté de rinsddptioh ^. Cet 
a^jepjif, tr^ rvp d^qg l'épigrapbws l^ine» t©pt 
en nous faisant savoir que les fonctions du mArt 
se rattachaient a«i ctilte, n'est pas cependant asiez 
dëfini pour nous éclairer sur le ran|[ ^u'il set^îiit 
à exprîmpr. 

Lfi^ si^ p^sojanages qw ont 4é4té Je pionyn^ept 
ftmiéi^irft à la méfooire de S« J^r Mieasus^ i^eM^fr» 

(1) a Iwâit iieatiblt que riaamplia» ait été gia^rée à IiBg« 
dimttm ou è lonap SegiMÎavaviim, ^ que, ftirtiHe afânt 
oiAUé le Btot f4t0tdiaàUf te» cpMéorttanrs idsBt Aé dbUgéa 
de faîrs Iràsfttf e|i mo^i {te A ttiKVviér d^kiit)>ràte toodi|é| 
èmm U sert «idMto fb la iil«i«|e da hnÉM qai fto restée 
Uhre. 



\ 



a64 NOTfCE 

dire TiUias, Cocillus^ Arda^ flettinus, Casuriniis, 
Atticus, étaient probablement des Gaulois cèmine 
leurs noms l'indiquent assez, à l'exception pour- 
tant du dernier d'entre eux qui pouTait être ori- 
ginaire de la Grèce, ou du moins descendre de 
quelque esclave amené de cette contrée. Le nom 
Arda se lit sur trois variétés dé monnaies gauloises 
dont les types sont imités de ceux de deniers 
Consulaires romains et que leur style permet, 
nous le croyons, d'attribuer à laXyonnaise ^. Jus- 
qu'à présent on n'avait pu savoir si ce mot ARDA 
était un nom d'homme ou de lieu; s'il ^tait com- 
plet ou abrégé, car fort souyent les monnaies 
gauloises présentent des noms qui ne sont pas 
dans leur entier; l'insôription de Mardop lève 
tous les doutes que l'on pourrait concevoir à cet 
égard, car tous les noms étant au nominatif et 

(1) Voytô Mionnet, description des médâîllés antiques, 
1. 1> n^... 

Atlas de la Numismatique gauloise^ de Leléwél, pi. IX, 
n«» 31, 32, 33 et 34. 

La première de ces monnaies porte pour type une tête de 
Vénus et parait copiée d'un denier de la famille Julia. 

La seconde (n. 32) représente vtàe tête à barbe pointue 
semblable^ à: celle que nous connaissons suivies deniers' des 
familles Terentia, Metilia, Memmia, Pompeia, et au revers, 
un cayalierfypèemprimté aux deniers de la âunille Marcia. 

La tpoisièmte {n. 33, 34) monire une tête oottv^fte d'une 
pèaii de cbèire <qui se remaripie sur lés deniers des lamiiles 
Pâ^siaJhs^'MÊenia^ Thona^tFroeiUa^ et qsiest «econnue 
par ,X<m% lés jBaflnuBatisle& ppoiriuiè MpMaduatiéftde Juooû 
Sosj^^. ' ,. : 



SUH OlfE INSCRIPTIOW LATINE mÉDïTJB. a65 

complets, il n'est pas permis de croire que ce]ui 
d'Arda déroge à la forme adoptée. Ces six person- 
nages prennent le titre à* Jpparitores lib qu'il 
faut, nous le pensons, lire: Apparitores libérti^ 
et traduire par les affranchis appariteurs* C'est 
en effet dans le Columbarium des affranchis de 
livie * que Ton a retrouvé une inscription con- 
tenant le titre ^Apparitorissacrls. Il est fort pro- 
bable que telle était aussi la profession des six 
' consécrateurSy^ puisque le Duumvir leur patron 
. ^lait de Tordre sacerdotal. 
* Deux autres inscriptions découvertes, Tune a 
Rome, à la forta Capena 2, l'autre à Vérone ' 
nous montrent le titre d'appariteur attribué à des 
personnages de condition sèrvile. 

On a pu remarquer que, dans l'inscription qui 
fait l'objet de cette notice, le nom de la cité est 
écrit Segusiavor pour cMtas Ségusiavorum ^ et 
cette circonstance contribue à rendre tout à fait 
intéressante l'inscription qui la fournit. En effets 
la monnaie d'argent frappée, vers la fin de l'auto-» 
nomie gauloise, par les peuples du pays où fut 
I retrouvée notre inscription, porte pour légende, 
autour d'une tête casquée : SEGVSIAV. S. et l'on 
avait cru devoir séparer le V, du mot Segusia *, 

(i) (^lli, insoriptioiics, n. 2974, ^ 

(3) Marini atti p. 076. Orelti, a. ^909. 
I i<t> Maffei, Mus. Fer. 116, f.Oreili, n. 8S19. 
I ify .Voye» pM»^ T'eSEplicatiôn du revers de celle notmaie la 

Mvantc description des «tédàilles gauloises dé là: BilÂidtliè^u» 



îïpn NOTICE 

lire SpQPSïàVi. Salutaris (je ^0q^e oellc épitliéte 
s^ns g^Fijntir ^on appro^rîati^oD). C^tùl«çon n'est 
pqi« i)fi fait ÎS0I4 puisque 4ap& l^ MM$ée de Tou- 
}pq^o i) existe une inscript^n^ d^eQUvdrfii à Ba* 
gnère^ 4e Lucbqp et ain^i (KkRÇU^ • : 



NYMPHIS 




CASSIA 




TOVTA 




SEGVSIAV 


■^ 

% 


V.S.L.M. 





et par laquelle pn voit que Cai^ta Tut»j| qui eoB? 
s^cre un iBooumeiit aux nymphéa^ est qualifiée 
de Segusiava. 

Ce o'a$t p^i» tmXf et (oes témoigmiges doivent 
être rapprochés de la forme que noua fournit la 
t£|ble théodpiienne : Fçrum Segwkwarum. Pour 
ceux à qui 1^ table de Peutinger est familière^ bbus 
oe parjurons pas trop t4mérair€^ sans doute^; knra» 



loyale fpi# ti^ de publier nofre ooUègae ML fiaolialâifl^ 
P* 190. (Ce fiçvm représepite fl^rcul^ cpt^^çra^t ^^ ipafSA^ir 
près de Télesphore. La tête du droit doit être celle de Mi- 
nerve Medica; ce qui doue quelque tffqpttMBce detfèalk^ à 
l'explication de la iQtm S, p^ M^aurUê 
(1) Cette iaaoriptipii ^Rm « é|é c QninHm i <|a ^ par tÊIftt 



NOTICE SUR UNE INSCRIPTION LATINE. aôj 

que ncsiis proposons de corriger cette (ormeSegus- 
tavarum en Segusiavorum^ On sait, en effet, que 
les noms iqs^ils d^p^ 99 fffK^^ it^éfaire ne 
sont pas trâcÀ eu capitales; mâ^is en' minuscule 
assez ronde et que rien n'est plus facile dans ee 
genre d'écriture que de prendre un I pour un T 
et ¥ip Q pp«r w ^. .V 

Ptolémée, dîra-t-on, ainsi que d^autres écrivams, 

- orthographie ce ppm d'un§ manière différente; il 

donne foriim Segustahorum ; mais cet auteur, 

du reste fort exact, jl pu être entraîné à prendre 

cette leçon, par le souvenir du nom d'un peuple 

italiep beaucoup plus connu.de lui sans doute. et 

dans ttftitle liiôtidé classique auâisi, que celuid'unei 

assez mince localité de la Gaule. Ouo^ qu^il en 

soit, notis croyons que les autorités sont assez 

• tiombrëuses et âs^ez graves pour nous détermider 

à corriger désôrinaîs le nom écrit ordinairement 

Forum Segusianotutn en celui dé Forum Segu- 

éiavorùm. 



.1 ' , • . : ; 



.i i ,r;,.i.^ w. 'fc^ 



LA CONSÉCRATION 

DS 

LA MASSUE D'HERCULE, 

Par M. J. OB. WHTE, affocîé étranger. 



^ Lie vase que je publie ici est une œnochoé à 
figuras noires, Iroûvee dans les fouilles de Ca- 
nino; ji^l fait partie de ma petite collection. Le 
sujet ne se recommande pas à l'attention sous 
le rapport du dessin, mais sous celui de la rareté. 
En effets la tradition qu'il rappelle ne s'était 
encore produite sur aucun monument de Fart 
ancien. On reconnaît, dans cette peinture, Her- 
cule debout, couvert de la peau du lion néméen, 
et ayant le carquois suspendu derrière le dos; 
le héros tient des deux niaiiu^ la massue qu'il 
pose sur un autel; des brancnes feuilléès sortent 
de chaque côté de Tarme redoutable. 

Yoici ce que Pausanias ^ raconte, à l'égard de la 
massue d'Hercule : a Devant le temple d'Apollon, 
« est un édifice qu'on nomme la tented'Oreste. Au- 

(1) Corinih.f tl, 11» 13 et It. | 



LA 'OÔlrstlIRÂTIOlfv ^TC. iSÈ^ 

« cttDTrézénien n'ayant voulu iè^éceTOtiHShttcrlui 
« avant qu'^l n^^éût itéipurifiéi du^oiturtf^ da;sa 
A mère, il^fot logé daas cettd/iiiaiisgQçrdÙD IAqu prit 
« soin de le nourmr et de lui faire subir des pu- 
ce rificatioDs jusqu'à cei^ue son crime fût expie. 
« Encore. maint<^nant les ^descendants de ceux 
« qui le purifièrent y font un repas à certains 
« jours de l'année. Les choses quî\ avaient servi à 
ff la purification furententerréef à peu de distance 
' c( de la tente, /et ilen sortit, ditron, un laurier, 
oc qui s'y voyait encore demoà temps. Entre les 
oc difTérentes/chosest]ui servirent à pqrifier Oreste, 
a on ciîè Teaû^ rHippocrènej tor chez les Tré- 
cr zëniens. il y ^ aussi une fonîàihe qui porte le 
« nom d'îftippoçrènevet qe qyi'oi», i^;.jr^onte ne 
et diffère guère 4^ récit des Béotiens. "^ils disent 
a que l'eau jaillit de la terre >à l'en^^'oit que le 
« cheval Pégase avait frappé ^u [Hàji. Bellérô- 
« phon, suîvanjreux ^ était viBinii à Trézène, pour 
« demander en Tnariage .ÔÊthrat ^Ile dePitthéus; 
« mais il fut obligé de s'^enfuicid^ Gorinthe avant 
n que le mariagenefût conclu. ^e/TTièiP, surnommé 
<r Pafygiiis^ a dans le même iéndroit unef^aMiie, ils 
«'disent qu'Hercule pbsa sa nmssH6;C0i3rtr^;a?.^i- 
a mulacre : alors, le croira qui voudra, ce^te mas- 
• sue^ qui était d^ olivier sauvage^ prit racine^ et 
. vi poussa aussitôt des feuilles : il y a encpiss,,^- 
«jourd'huià €ette> placé tm» olivier sâiTfagôi^i 
«en est provenu '^1 Hercule, disent-ils, dvait 



ùi<rcmfcé.im^?oli5rfévIisauvâfev?v'€rs! la nleS^ finro- 







^dfâs â^ltelsé^ii Végtktd dq k maiiw^ d'JEieHoide 

. Tw «7«>a«Tt To'pOTra^ov Getvat «acrcv KpOLiàsa, y.ai, ( Yivyàp xoTtv©v) 
Toyxo ^£V ^oTw TTW-ta) Evg^u T>3 yiç, xat «vgbÂao"T>îO"avi«'i>9tC', x«c 

Jilï^lïeççM|e/fr^ ,copafW^;4|Lf mâssp^^ 5iw»^Je jJ^Ç|g ^e 
Minerve, à Corinthe. Les renseignements qu'on trouve dans 



qtn MTefdit* SeâleoMot bou» nb yejfms fes iot 
lai 5|al«e 4'H6rmè9 Pûliigiiis. 

Qn difuH ^n'ikiffcute avait rapporte F^tiâèr 
sauvage (xotiVji^) du fxfi dm Mjperboréens^; 
on disait au«sl<|^â te héi*M avah traD^aolé en ' 
Gfè?e te peuplier blaue qu'il avait trouvé daéâ 
la Thesprotkle ^ ^ur les borda' du fleuve Aàfé* 
ron K Ces récâla^ oomlMiiés atec celui où il eai- 
qoestioif de #a massue plantée en terre, foiti ; 
aUuâon à des aîr^onstaoces de mériie nature f 
c'est-a-dire açd^s plai^lalions d'arbres rarea oit in*, 
cpiinua e«| Gpièce. Efk l'on aMribuail. le «élite, 
d-avoir £git ^se i^jtatioûs k IJeroule^ Iréroar aa» { 
de l'huoiapîjté ^ .4)ui piNrbonrai^ l'uiuv^rs poiufje'i 
4elivrejr des ipo^&t^e»^ d«» laeiîinauQS ffroqeâ.ftî 
dea brig^q^d^ j^i afflig^aiaâai leà: po|nifai^ittji' 
^erG^le ^t^^ii ooaluidff é p^.lcai avofeieuis tsQmnië) 
vipp^ divinU.^ éifiinfimm^m^ smcf<irid4e-;^ Uifiortaîl 
I>ar ceute i^aifl|on( le suirDoiiiodr'i^M/n0»cor^ akidc'^ 

rapportavec Hermès Uokiytoç^ c'est-à-dire yei/gw^ 
riY beaucoup. Or|il e$t queâtioadatis fémenaér^iéit 
de rexpiâùôn a Clréste qui avajit ^l^é purii(i^ pac J'eâu. 
de ^Hipp^rè^e. Hercule^ Gonuiie an aââl, pré^i- 

{i)ibid,, 14, à; ' , . 

(8) Tsetz. <i4 I^ycophr. Cassandr.^ J^69. . ^ . . , ,, 

(4) Fseud^. bfphi ^r^o/i., si. ^. . :;/ ^, 



a^a LA coirsicitAiiLôir 

dait aux eaux thermales en génëral <; c'était 
pour réparer ses forces que Minerve avaiit &if 
jaillir de terre les eaux thermales qui ont donné 
leur nom aux célèbres Thermopyles *. tes eaui 
thermales des Thermopyles , d'Himéra en Sicile, 
d'Àmbracie, ainsi que tous les bains en général, 
rappelaientune idée de purification, d'expiation; 
Les lustrations avaient toujours lieu quand ils'a- 
gissàit d'expier un crime, et on sait qu'Hercule 
avait plus d'une fois été obligé de se soumettre 
aux rites de Texpiàtion pour les meurtres qu'il 
^vait commis. Apollon lui-même, le Dieu expia- 
têup par excellence, KaSaporwç, avait été soumis à 
l'expiation pour avoir tué le dragon Python et les 
Cyclopes'. Dans le récit de Pausanias , Hercule 
est associa à Hermès IloXuytoç; sur les médailles 
d'argent des Segusiâm''^, Hercule est placé entre 
déuic autels; sur l'tin est posée sa massue, sur 
l'autre on voit l'image du petit Télesphore*^. 
M. Duchalais, qui vient de publier un travail in- 
téressant SUT les médailles gauldii^s^, a reconnu 

(1) Atiîen. XII, p. 512, F. 

(a) Scholf ad A.ristophan.NubA047, et mon CaL étrusque^ 
n^62, et dans les Additions et corrections. 

(3) Cf. YÉUte des Mon. céramographiqueSf t. H, p. 17. 

(4) Mionnet, I, p. 78, no* 197 et 198. 

(5) F. sur la forme gauloise du nom de ce peuple la Notice 
sur une inscription trouvée près de Feurs, imprimée dans ce 
volume, p. 262. 

(fi)Descript, des mëdaillet gauloises de la JBi^i^ Ko/ak, 
p. 129 et SUIT. 



DE LA MASSUE d'hEUGULK. ^73 

dans le tvpe des monnaies des Segusiani la con* 
sécration de la massue d'Hercule, telle que cette 
consécration est rapportée par Pausanias, et 
nous sommes heureux de pouvoir citer Feiicel- 
lente explication de ce numismate à Tappui 
des observations précédentes. C'est à M. Ducha- 
lais que je dois ce curieux rapprochement; je 
croyais le sujet de mon petit vase un sujet uni- 
que, quand la médaille des Segusiani est venue 
confirmer en tous points le récit de Pausanias et 
le rapprochement que je faisais de ce récit avec 
la peinture de mon petit vase; au lieu d'Hermès 
IloXvyioç, c'est Télesphore, autre représwtant de 
la médecine, qui se trouve mis en rapport avec la 
consécration de la massue d'Hercule. 



XVni, 18 



NOTICE 



SUR 



LE MONUMENT DRUIDIQUÇ 

DU PORT FESSAN 

ITPSUE QUBLQOBS POBltRU POSTANT DBS HQUIUS ClUTB», 
Pair M. A. BIZEUL, aifoeîé eorrMpoadaal. 

Tous ceux qui ont parlé jusqu'ici du monu- 
ment en pierres brutes qu'on trouve au port Fes- 
san ^f dans la paroisse de Sainte-Pazanne, Tont 
fait d'une manière très inexacte. Ogée le men- 
tionne comme situé sur le territoire de Saint" 
Mard de Coustais, première erreur; au port Bes- 
son, seconde erreur; et comme formé de trois 
pierres, deux en supports et sa troisième en table 
appuyée sur le coteau troisième erreur. Cambry, 
Monum. Celtiq., i8o5^ p. 267, est un peu plus 
exact : il indique Sainte-Pazanneet le povtFessan; 
mais il ne compte que trois supports auxquels 
il donne 10 à la pieds de hauteur et 8 à 10 
pieds de largeur, et une table triangulaire^ et en 

(1) Ce nom se trouTC écrit, dans la seigneurie d'Ardenne, 
Porifoiisani. 



5 n*^. 2^5 



NOTICE, ETC. 

cela il se trompe beaucoup^ comme on va le voir. 

Leboyer, dans ses maigres notices sur la Loire« 
Inférieure , p. ao2 , copie tout simplement Cam- 
bry, sans le citer, et Girault de Saint-Fargeau 
donne seulement trois lignes prises dans Ogée 
et contenant autant d'erreurs que de mots. 

Le monument dont il s'agit, et que j'ai visité 
trois fois , est situé dans la commune de Sainte- 
Pazanne {^Sancta Piscina Radesiarum\ à deu.\ 
cents pas au-dessous et à l'orient de la métairie 
du port Fessan, qui n'est pas marquée sur la 
carte de Cassini, mais qui y devrait être placée 
entre la grande route de Nantes à Machecoul et 
la rivière du Tenu , dans le triangle formé par les 
maisons de VArmandrie^ de la. Guinandrie et 
du Chdtainier. On y arrive en quittant la grande 
route entre la 28' et la 29* borne, mais plus près 
de cette dernière, et en prenant à gauche un 
chemin vicinal nouvellement réparé, qui conduit 
à Saint-Lumine de Coustais, en traversant le Tenu 
dans un bac. 

A quelques pas seulement au nord de ce che- 
min, on aperçoit le monument dans un champ 
de la métairie du port Fessan ; or, comme cette 
métairie appartient à la commune de Sainte-Pa- 
zanne, aux pauvres et à l'église de laquelle elle a 
été donnée par madame Geffray, il dépend du 
maire de veiller à la conservation de ce monu- 
ment, dont tant d'analogues ont disparu sous le 
marteau du cantonnier, et qui se recommande 



3^6 «OTICE 

à l'intërét des antiquaires par une particularité 
dont nous allons bientôt parler. 

Sept pierres de largeur diverse de o"f^,5o 
d'épaisseur, et d'une hauteur' moyenne de 
l'^jèS hors de terre, soutenaient une pierre en 
forme de table de 3", 3o de longueur, a^^ôS de 
largeur et environ 0^^3'i d'épaisseur. Les pierres 
de support, peu enfoncées en terre, formaient 
un parallélogramme ^ de 5"" environ de longueur, 
sur 3"*,3ô à 3'",65 de largeur, ce qui prouve que 
la table ne le recouvrait pas en entier. La façade 
en était tournée au midi : deux pierres, Tune de 
i ",65 de long, l'autre de i", formaient cette façade, 
à l'extrémité orientale de laquelle était placée 
l'entrée, large d'environ i". La façade nord était 
composée de trois pierres de i'",5o, i" et o™,5o 
de largeur, avec des intervalles entre chacune 
d'elles. Chaque bout du parallélogramme était 
fermé par uiie seule pierre de a"',65 de largeur. 

Ces pierres ainsi disposées formaient dans le 
principe une sorte de chambre. C'était très exac- 
tement ce qu'on a nommé, du breton, daolmen 
ou table de pierre, car il faut remarquer que le 
daolmen du port Fessan n'avait point de galerie 
se prolongeant au bout de sa chambre principale, 
comme j'en ai rencontré beaucoup en Basse- 
Bretagne. 

Quelques vieillards ont vu ce monument en- 
core debout. Aujourd'hui, il est renversé en ma- 

(1) Foirh plan, pL TV^Jlg. J. 



/"hm^ÂelK 




Lilli de T'hi'irr^ fîTrf^s a Pan 









X 



\ 



mûires de^ la, ti 



FlanM^ K 




PLAN 

de renceinte du Camp 

DE pÉrAN, 

Commune dePlêdran^ 

(côtes DU nord). 



IcÂe//€ du Flan^ O^ÛOJ ^ou/^ mare . 



^càelle^ dur H-û/Ss^O^ÛJ pour mètre. 




SUll Ui\ MONUMENT DRUIDIQUE. '1']'] 

jeure partie ; deux seules pierres de support sont 
restées debout: celle derextrëmité occidentale a, 
et, près de celle-ci, la première de la façade méri- 
dionale b; toutes les autres ont été renversées et 
ont entraîné dans leur chute la^ table, qui n'a pas 
abandonné toutefois la pierre occidentale sur 
laquelle elle s'appuie encore en plan incliné, et 
formant une grotte irrégulière dans laquelle on 
peut pénétrer et trouver un abri. La chute de c^s 
pierres a suivi la déclivité du coteau , qui , quoique 
peu considérable, a pu , dans un fond d'argile, lui 
donner cette direction. J'ai entendu les habitants 
du pays attribuer cette ruine au tremblement de 
terre qui se fit sentir dans la Loire -Inférieure le 
a5 janvier 1799, à quatre heures du matin. 

La nature des pierres de ce monument est de 
grès siliceux, dont les quartiers ne tiennent pas à 
une roche native, mais se rencontrent dispersés 
dans le sol. Ces blocs, qui ont été originairement 
une pâte liquide, ont reçu un grand nombre de 
formes bizarres et sont revêtus d'une croûte 
brunâtre. Ces configurations naturelles m'ont 
fait douter d'abord de l'exactitude d'une obser- 
vation que j'ai faite dès la première fois que je 
visitai le daolmen du port Fessan. Assis dans la 
grotte formée par l'inclinaison de la pierre prin* 
cipaleet ayant devant les yeux sa face intérieure, 
je crus voir s'y dessiner grossièrement une têle 
monstrueuse ^ présentant, sous un front très 

(l)Voîr/»/.IV,/%.l. 



2')S NOXJGE 

déprimé, deux yeux avec sourcils , un nez, une 
bouche et le contour du menton ; elle peut avoir 
0111965 en tout sens. A Fendroit de la poitrine la 
pierre a été cassée, et un fragment de o^^^SS^et de 
o'^^S à o"',6 d'épaisseur a été enlevé, au-dessous, 
une autre figure plus horrible encore , mais très 
aplatie, présente un nez et deux yeux; elle touche 
1^ bord de la pierre. A partir du col de la première 
figure, et à sa droite, on voit s'avancer que sorte 
de bras y au bout duquel est placée une troisième 
figure, plus difforme encore que les autres. La 
tête est ronde. On croit y voir deux yeux peu 
marqués , un nez rond et plat, et une bouche 
d'une énorme largeur, dont les côtés se relèvent 
vers les yeux. Enfin une quatrième figure est 
placée à gauche de la première , à la hauteur de 
la poitrine. Celle-là est ronde aussi, mais l'ovale 
est un peu prononcé; le nez plus. long et droit; 
les yeux et les sourcils mieux tracés , mais par 
une simple ligne, ainsi que la bouche. 

Cette observation fut faite vers 1S22. J'en fis 
part à mon savant maître M. Athénas , qui prit 
la peine d'aller revoir la pierre du port Fessan , 
qu'il connaissait déjà , mais sans avoir remarqué 
les figures. Il confirma ma découverte, et m9 
rapporta qu'étant occupé à reconnaître les con- 
tours des différentes . têtes , un paysan, qui l'ac* 
oompagnait, lui demanda s'il voyait la bêie. Cette 
simple question, faite par un homme qui n'y en-* 
tendait certainement pas malice, prouve que cette 



SDR VJX MONUMMT DRUIDIQUE. 2^9 

découverte dont je m'applaudissais n'était nou 
velle que pour les savants ou ceux qui se croient 
tels, tandis qu'une tradition, transmise de siècle 
en siècle, apprend encore aux habitants du pays 
de Retz que cette pierre porte la figure d'une 
bête redoutable qu'ils n'envisagent pas sans effroi. 
Au surplus, la même question relative à Ja béte 
m'a été aussi adressée lors de ma dernière explo* 
ration, au mois de septembre x84if par le fermier 
de la métairie du port Fessan. 

J'avais communiqué à Ëd. Richer, trop tôt en- 
levé aux lettres, un simple croquis de toutes ces 
figures, et une remarque insérée au Mc^i^ii^ 
encyclopédique j, 1806, t, VI, p« 85, apprenant 
que les peuples du Nord représentaient Odinsous 
la forme d'un homme qui tient dans sa mair^ur^ 
tête humaine^ et qu'un attribut assez ordinaire 
de la statue de ce dieu était d'avoir à ses côtés la 
tète de Mimer ^ le forgeron géant. L'auteur de la 
remarque cite Daemesagarj^ 60, 61 , Qa, EddA 
Resen. J'avais cru trouver quelque rapport entre 
cette indication et les figures de la pierre du> port 
Fessan, Rtcher, un peu promptement peut*étre, 
adopta cette idée, et la consigna dans le lyoée 
armoricain, t. V, iSaS, p. 3n;. 

Quelle que soit au reste l'explication qu'on 
donnera de ces figures grossièrement tracées^ eut 
plication sur laquelle je me garderai bien d'insis^ 
ter^ je crois que l'^bservatioi^f n'en est pas à de- 
daigner «ar les pierres dit^ts drwdi^w^ fmrtAnf 



aSo NOTICE 

soit des caractères graves , soit des figures , sont 
encore assez rares , et il a été un temps où on 
soutenait qu'on ne trouvait sur aucune d'elles ni 
caractères ni figures. 

L'une des premières remarques à <^e sujet est 
due à Renouardi dans ses Essais histor. sur la 
prov. du Maine, I, i5, où il dit que dans la 
commune d'Aron^ sur le chemin de Mayenne à 
Jublains, existe une pierre sur laquelle on voit 
une figure grossière d'homme avec des griffes^ il 
ajoute que dans la commune d'Hambers, sur le 
chemin de ce bourg à Jublains , au sommet d'un 
monticule nommé le tertre chardon, une autre 
pierre porte, gravée à o™, 1 1 de profondeur, une 
figure grossière d'homme , dont les pieds et les 
mains sont armés de griffes. L'épine des reins, 
le postérieur, cum duobus testicuUs, le gras des 
jambes et les pieds, sont empreints dans la pierre. 
Cette figure semblerait plutôt assise que cou- 
chée, parce qu'il n'y a point d'emplacement 
gravé pour le buste. On l'appelle la chaire au 
Diable. 

L'abbé Lebeuf, bien longtemps avant Renouard, 
n'y a vu, sur le marchepied, que l'empreinte de 
deux pieds en griffés. 

< M. Veiner, de Nantes, a donné, en i835, une 
notice sur la pierre de la commune d'Aron, qu'il 
a dessinée, mais sur laquelle il n'a retrouvé 
qu'une seule griffe , sans figure humaine. Il 
ooflonat cette pierre la chaire au Diable, tandis 



SUR UN aïONUMEJST DllUIDIQUE. 28 I 

que cette dénomination paraîtrait devoir s'appli- 
quer à la pierre signalée par Renouard sur la, 
commune d'Hambers. Mais quant à cette der- 
nière pierre , il n'a pas été possible à M. Verger 
d^en faire l'examen. Ce monument est détruit. 
Uti propriétaire s'en est emparé pour construire 
une métairie. Ainsi disparaissent, dit avec grande 
raison M. Verger, toutes nos antiquités, qu'il se- 
rait si facile au gouvernement de conserver, en 
les déclarant nationales et en les payant aux 
propriétaires ! 

Ces empreintes différaient des figures du port 
Fessan , en ce qu'elles étaient gravées en creux , 
taudis que celles-ci sont sculptées en relief. 

Deux pierres-piliers ou peulven de la commune 
de Fredion , dans le Morbihan , l'une d'environ 
l'^^ôSde hauteur, et l'autre de S^'^So, portent à 
leur partie supérieure des têtes humaines gros- 
sièrement façonnées. Elles sont mentionnées 
dans V Essai sur les antiquités du Morbihan par 
l'abbé Mahé, 182 5, p. 101. Mais ces simulacres 
demanderaient un nouvel examen. 

Toutes ces figures , tant en creux qu'en relief, 
semblent justifier l'exactitude de ces deux vers 
de Lucain^ lib. iij, 4'^ • 

. . . Simulacràque mœsU deorum 
Arte careat caesis que exstant infomiatruiiGis. 



NOTICE 

SUR 

L'ENCEINTE DE PÉRAN 

(GÔTSfihDU-NQKD) 

Par M. GE8L1N DE BOURGOGNE, eorrespondant de là 
eoaunisiîon dei monamesti hiitoriqocf. 



NOTE PRÉLIMINAIRE. 

Cette notice a été communiquée à la Société, dans ses séances 
du 9 avril 1846 et du 19 juin même année, par M. Charles Le- 
normant. Celui-ci, daD3 un voyage en Bretagne, au mois de 
septembre 1845, avait été conduit sur les lieux par M. Geslin 
de Bourgogne, et c'est après s'être convaincu de l'importance 
du monument qu'il engagea l'autorité départementale à faire 
exécuter des fouilles, dont: M. Geslin de Bourgogne accepta 
avec empressement la direction. Les renseignements quç 
procurèrent ces fouilles inspirèrent à leur auteur des idées 
assez différentes de celles que M. Lenormant avait cru pou- 
voir déduire d'un examen rapide : aussi, tout en accueillant 
le travail qui lui était transmis, ce savant erat41 devoir en» 
gager sou correspondant à pous&er |>lus avimt sqs explora^ 
tions. C'est ce qui a donné lieu aux notes imprimées à la suite 
de la Notice^ et dans lesquelles quelques-unes des premières 
observations se trouvent notablement modifiées. M. Lenor- 
mant a revu le monument en 1846, et croi£ pouvoir répondre 
de l'exactitudA des derniers aperçus. On aurait pu fondre 
ensemble ces deux travaux; mais sur un sujet qui ne pourra 



NOTICE, ETC. 285 

manquer de provoquer de nouvelles recherches, on a mieux 
aimé livrer au public un procès- verbal sincère des divers 
aspects sous lesquels s'est successivement présenté un monu- 
ment auquel on n'avait jusqu'ici signalé rien de semblable. 
M. Geslin de Bourgogne n'a pas la prétention d'avoir déçoit'- 
vert le camp de Péran : M. Lenormant n'a pas davantage celle 
de Vexpliquer. M. de la Puisaye, qui, dans le Publicateur 
des Côtes 'du^Nord^ du 24 mai 1845 avait devancé notre 
travail, s'était-il déjà acquitté de cette tâche de manière à 
rendre superflue l'intervention de nouveaux explorateurs P 
C'est ce dont jugera le lecteur, s*il veut bien comparer l'ar-r 
ticle de M. de la Puisaye avec notre Notice. 

( Note de M. Ch. Lenormant.) 



Au commencement de novembre i845, M. le 
préfet des Côtes-du-Nord, dont l'attention avait 
été appelée sur l'enceinte de Péran par M. Charles 
Lenormant, membre de l'académie des inscrip- 
tions, me chargea d'y pratiquer des fouilles. De 
son côté, M. le maire de Saînt-Brieuc voulut bien, 
avec une bonne grâce parfaite, mettre à ma dis- 
position les ouvriers et les outils de l'atelier de la 
ville. 

En conséquence, le & novembre, je me rendis 

sur les lieux avec M. Saullay de Laistre, président 

de la société archéologique des Côtes-du-Nord, 

. et M. Auguste Bourel-Roncière, membre de cette 

société. 

Péran * est un hameau de la commune de 

. (1) Péran qu Pérann^ daqs le dialecte de Vannes, veut dire 
^mrft guartfiron^ quartier (Le Gqnidec). 



'lS/\,, ^ NOTICE 

*"*"*' t fi ' 

JJ^l^^jB, situé à environ lo kilomètres au midi de 
Sajipt-Bicieuc. L'enceinte dont il est ici question est 
assiséj.ppès de la croupe d'un plateau- élevé, qui 
domiûp\la petite rivière deTUrne. Cette enceinte 
formèi^\.Hne ellipse assez régulière (planche V, 
j5g. i^)<dont le grand axe est de i34 mètres et le 
petit, (de ,110 mètres. Elle se compose de deux 
enceintes concentriques et contiguës, formées 
chacune d'un parapet et d'un fossé ; je crois 
, même, sans en être certain, que le fossé exté- 
rieur 'était couvert par un troisième talus. Une 
moitié de ce monument est encore à peu près 
intstbta; l'autre moitié, plus ou moins dégradée, 
est'pap|tout, néanmoins, visible sur le sol, sauf 
une nortion de l'enceinte extérieure, au midi, 
qui a;4isparu pour donner passage à un chemin. 
J'ai indiqué sur le plan par des lignes ponctuées 
la partie endommagée. Plusieurs ouvertures cou- 
pent aujourd'hui l'enceinte, et deux d'entre elles 
donnent passage aux charrettes. Mais il est évi- 
dent (et ceci m'a été confirmé par un vieux 
paysaip dont la vie entière s'est passée dans la 
ferrae;^ui jusqu'à ces dernières années était éta- 
blie dans l'enceinte même), il est évident, dis-je, 
que.oefi; ouvertures sont modernes; celle qui se 
trouve-au midi, seule, est primitive; elle est cotée 
M si^^^plan. Elle est opposée à une voie romaine 
qui paâ^ à environ 3oo mètres au nord. Cette 
voie' êist celle de Reginea (Erquy) à Ker-ahès 
(Carhaix) ; elle porte encore le nom de chemin 



SUR L'EircEiin'E DE piSran. â8f> 

Ohé ou Ohès^ corruption manifeste de Ahès.^ 
L'enceinte de Péran^ ou Camp de Péran^ ou 
les pierres hrulées (telles sont les diverses déno- 
minations que cejieu porte dans le pays), appar- 
tient à divers propriétaires, au nombre des- 
quels sont M. Rioust de l'Ai^enlaye, membre 
du conseil général et de la société archéologique 
des Côtes-du-Nord, et M. Espivent de la Ville- 
Bonet, conseiller à la cour royale de Paris. Tous 
se sont prêtés avec le plus gracieux empres- 
sement à autoriser les fouilles. — L'intérieur du 
camp est cultivé, et les parapets sont ou ont été 
plantés. Les hommes âgés assurent qu'ils ont vu 
abattre sur les pierres brûlées des chênes et des 
châtaigniers de taille colossale et qui tombaient 
de vieillesse. Quelques chaumières^ dont une 
seule habitée, et les restes d'un petit manoir, peu 
ancien, qui a servi de métairie, sont les seules 
traces d'habitation qu'on y retrouve. 

Après avoir pris connaissance des lieux, notre 
premier soin, en y arrivant, fut de recueillir tout 
ce que ]a tradition locale a conservé relativement 
à ces restes d'une époque fort reculée et aux ob- 
jets qu'on a pu y découvrir. Mais ici, comme dans 
tout ce pays, la tradition est presque muette; seu- 
lement on parle des Romains, des Moines rouges 
(Templiers) et d'un château fort au moyen âge. 
Des paysans se vantent d'y avoir trouvé des boules 
d'argent, des ustensiles de cuisine du même mé- 
tal, etc.; ils assurent ici , comme auprès de près- 



206 NOTICE 

que toutes les ruines, qu'une charrette n*en peut 
sortir sans passer sur une tonne d'or, ce qui 
n'empêcha pas un vieillard de nous avertir chari- 
tablement que son père et lui avaient vu déjà bien 
des chercheurs de trésor y manger jusqiC à leur 
dernière chemise. Le fait est qu'une partie de l'en- 
ceinte à l'est a été bouleversée, sans qu'on sache 
positivement si quelque chose d'intéressant y a 
été trouvé. On sait seulement que, plusieurs an- 
nées avant la révolution, divers instruments de 
cuisine, d'une forme ancienne, furent tirés de terre 
vers le centre du camp et vendus ou donnés au 
curé de Plédran, qui s'en servait encore il n'y a 
pas fort longtemps. M. Rioust de l'Argentaye, 
assisté de M. le colonel Penhouet et de M. Le- 
court de la Ville-Tasset, alors substitut du pro- 
cureur du roi, ont étudié ces débris; mais leurs 
observations n'ont malheureusement point été 
rendues publiques. 

Ces préliminaires terminés, nous recherchâmes 
les points qui semblaient promettre le plus d'in- 
térêt à nos investigations. Nous convînmes que 
deux ateliers travailleraient simultanément. L'un, 
suivant la ligne BD *, devait traverser le prétendu 
emplacement de l'ancien château ; l'autre, suivant 
AC, devait couper la partie la mieux conservée de 
l'enceinte, de manière à y faire le moins de mal 
possible. Examinons successivement le résultat 
de ces deux tranchées. 

(1) Vwr le plan. PL V, fig. !• 



SUR lWceikt» de pérak. 367 

La première BD est parvenue, à travers une 
couche de décombres assez épaisse, mais sans 
trouver aucune maçonnerie ni rien d'intéressant^ 
jusqu'au parapet. Là on voyait les restes d'une 
ouverture comblée depuis peu d'années. Un vieil- 
lard nous assura y avoir pénétre dans son en- 
fance, mais il n'avait pu aller loin; il soupçonnait 
que le diable lui-même l'en avait mis dehors. 
Bientôt nos travailleurs mirent à découvert une 
voûte en cul de four *, grossièrement construite 
avec des pierres assez volumineuses que liait 
entre elles une sorte de lave. Toutes les pierres 
avaient subi l'action du feu , mais à des degrés 
bien différents : les unes étaient à peine atteintes, 
tandis que d'autres étaient calcinées, d'autres à 
moitié fondues. — Presque tous les granits étaient 
à l'état de pierre-ponce, très poreux et fort 
légers; ils ne pénétraient guère dans la masse du 
parapet dont le noyau ne contenait que des 
quartz, des grès et autres pierres dures. L'action 
du feu semblait avoir été plus violente vers le 
centre, et cependant on aurait dit que les vitrifia- 
cations avaient coulé des parties supérieures, ce 
qui nous paraissait difficile à concilier. Ces vitri- 
fications couraient le long des pierres qu'elles 
enveloppaient souvent, et pendaient en forme 
de stalactites dans les interstices. 

Toute cette étrange construction, qui décelait 

(l)PlV,fig.letl 



a 88 NOTICE 

déjà un coup de feu énorme, reposait sur une 
couche de terre brûlée et de cendre qui recou- 
vrait des assises de o%4o à o™,6o d'élévation, les- 
quelles n'avaient point été altérées par la chaleur. 
Sous ces assises elles-mêmes et attenant au sol 
naturel, on voyait une couche de charbon et de 
cendre de om^SS d'épaisseur qui annonçait là un 
incendie plus ancien que celui du parapet. La 
voûte avait à sa base 2^,90 d'arc sur i™, 10 de 
corde et i™,a5 d'élévation. Elle était entièrement 
comblée par des pierres dont une partie seule- 
ment était brûlée. Âpres un examen attentif de 
cette voûte, nous n'oserions pas affirmer qu'elle 
ait existé tout d'abord dans le parapet avec ses di- 
mensions actuelles; elle a pu s'agrandir, quelques 
blocs ont pu se détacher par l'action du temps 
ou par tout autre motif; mais néanmoins la disposi- 
tion des matériaux, sans être parfaitement régu- 
lière^ est telle que nous ne doutons pas qu'en 
construisant le parapet on n'ait ménagé là un vide, 
dont la forme et les dimensions s'approchaient 
beaucoup de celui que je viens de décrire. A.u 
reste, ce qui rend ce point, comme tous les au- 
tres, fort difficile à déterminer, c'est qu'il s'est 
produit en cet endroit un affaissement inégal , 
soit par l'effort des siècles, soit par l'action du 
feu, soit par ces deux causes réunies. Avant de 
passer à l'examen des résultats fournis par le se- 
cond atelier, je dois consigner ici une observa- 
tion qui me semble importante ; je crois qu'elle 



SUR l'enceinte de perak. ^^9 

s*appUque à toutes les parties âe la masse pier- 
reuse qui forment le parapet intérieur. Les maté-^ > 
riaux, sans être disposés d'une façon régulière, ne 
sont point non plus entassés péle-mé!e. Non-seu- 
lement, ainsi que je Fai déjà fait remarquer, les 
pierres qui offrent peu de résistance à Faction du 
feu, telles que les granits, ne se trouvent guère qu'à 
l'extérieur, tandis que les pierres très dures, telles 
que les quartz et les grès, sont réservées pour for- 
mer le noyail; mais, de plus, il est manifeste que 
partout où la lave ne joint pas les pierres, elles sont 
disposées de manière à conserver entre elles Iq 
plus d'écartement possible, comme si l'on a\^it 
voulu faire pénétrer partout l'action du calori* 
que* N'est-ce pas là une première indication qui 
éloigne la pensée d'un incendie accidentel? 

Voyons maintenant ce qu'a fourni la tranchée 
ouverte dans toute l'épaisseur de la double en* 
ceinte, suivant la ligne ÂC ^ Cette tranchée a été 
prolongée, sur une largeur d'environ a à 5 mètres, 
en arrière du talus intérieur du parapet. Les pre-- 
miers coups de pioche ont mis à découvert une 
couche de décombres de o™,5o à o'",6o de pro- 
fondeur sur 4 à 5 mètres de largeur. Là, sur un 
lit de charbon et de cendres se trouvaient entas- 
sées des pierres que le feu n'avait point altérées, 
des tuiles dont plusieurs étaient couvertes sur 
l'une des faces d'un vernis noirâtre, des fragments 

(I)Pl.V,fig.4. 

XVIII. 19 



9fQ NGTIGC 

debriqiie^ à colUt qui ne laissâiimt auwo cloute 
sur leur origplDe romaine ^. Bientôt du reste, et 
comme pour lever toute iooertitude, nous tom- 
bâmes sur une médaille que je décrirai tout à 
rheure» Ces décombres s'étendaient jusqu'au 
pied du parapet^ où s'arrêtait tout à coup toute 
trace de tuiles, de briques^ et où commençaient 
les pierres brûlées. 

Ce talus, peu résistant à la pioche, était à peine 
recouvert d'une mince couche de terre. Il était 
composé d'abord de granit, devenu piérre-ponoe, 
puis de quartz et de grès unis par cette sorte de 
lave dont j'ai parlé plus haut, le tout reposant 
sur des assises peu considérables, posées sur le 
sol. La base était de S^'ySo sur S'^^io de hauteur. 

Après avoir traversé ce taluSy nous attaquâmes 
le noyau du parapet ; ma» alors la résistance 
devint de plus en plus considérable, surtout vers 
la gauche^ 

lie granit avait disparu, et les quartz, en partie 
fondus, n'apparaissaient plus qu'en petits frag- 
ments, au milieu de masses souvent considé- 

(1) La briqa«» abandonoée dans ce pêjh depuis la doail- 
nation romainei commence à trouver de nouveau $0b emploi. 
Le granit gris, l'une des principales richesses de notre sol, 
oublié depuis que la brique romaine Tavait fait négliger, a 
paru une découverte aii commencement du siècle dernier. 
le ne connais pas de momihient dil tnojen âgé qui offre le 
granit actuel de St-Brieuc, lequel se trouve en abondance 
dans l'enceinte de Péraa. 



raUks de matières vitrifiées qu'où ne ptrrenflît 
parfois à détacher qu'ayeo de grands efforts. Les 
scïories étaient aussi plus nombreuses^ plus yo*- 
lumineus^y plus tourmenlées que dans la fouille 
précédemment décrite. Nous approchions ma« 
nifestemetit d'un foyer central, mais sans ren-* 
contrer aucun conduit qui pût y aboutir. Seulie^ 
ment nous remarquions des écartements irré^ 
guliers entre les pierres, là où les vitrifications 
n'avaient pas tout obstrué. Ces écartements for^ 
maient des petites ouvertures , souvent assez 
profondes. 

A l'^ySo au-dessus du sol^ndtis trouvâmes une. 
voûte conaplétement vitrifiée et régnant dans toute 
la largeur de la tranchée. J'ai fait conserver une^ 
partie de cette voûte, qui est fort solide et qui 
sert d'arc-boutant aux deux joues de la coupe. A 
qT^ 2% plus bas, nous trouvâmes sur la gau<^ 
che une couche de o'^,33 de cendre et de charbont 
puis, au-dessous, un rang d'assises de o^^'jB de 
hauteur alignées avec 6oin. En pénétrant à gatt«- 
che dans la masse du parapet, le travail devenait 
très lent et très pénible ; mais nous découvrîmes 
une seconde voûte à peu près à la même profon- 
deur que la première, et que nous jugeâmes, par 
son rapprochement de la cendre et du charbon, 
avoir été le fourneau qui avait agi sur cette partie* 
A mesure que nous nous en éloignions, en effet,, 
les pierres étaient de moins en moins altérées par 
le feu, et aussi de moins en moind solidement liéii 



3^ irOTIGt 

ensemble. Enfin^ à trois mètres sur notre droite^ 
les pierres étaient intactes, et les scories avaient 
disparu. Mais, presque aussitôt après, en gagnant 
toujours de ce côté, les scories commencèrent de 
nouveau à se montrer; de sorte qu'il devint évi'* 
dent pour nous que nous étions tombés entre 
deux foyers dont les deux actions étaient bien près 
de se confondre. 

Quant à la petite voûte placée entre les deux 
foyers, nmis beaucoup plus voisine du foyer de 
gauche^ comme elle reposait sur deux rangs de 
hautes assises alignées, lesquels rangs étaient es- 
pacés d'environ o^^So, nous en conclûmes qu'elle 
recouvrait un canal ménagé pour l'écoulement des 
eaux du camp. Mous aurions bien voulu détermi» 
oer exactement la forme et les dimensions des 
deux foyers ainsi que leur écartement; mais ceci 
nous aurait demandé encore plusieurs jours de 
travail. Déjà nous avions eu à subir quatre jour- 
nées d'une température affreuse; nulle améliora- 
tion ne s'annonçait dans l'état de l'atmosphère; 
ma mauvaise santé me força à suspendre les tra- 
vaux. 

Après avoir traversé ce noyau de pierres brû- 
lées de 4 mètres d'épaisseur, nous trouvâmes qu'il 
s'arrêtait brusquement à un talus de terre argi- 
leuse ayant 5*,8o de base sur 3», lo d'élévation. Au 
pied de ce talus et à o™,33 environ au-dessous du 
sol était le fond du fossé actuel; mais en le fouil- 
laiitinous avons trouvé le fond d'un ancien fossé. 



SUR L'EUrCElHXe DE PEMAIC. agS 

k i^y^o au-dessous. Au delà de ce fossé, le parapet 
extérieur a été également coupé par nous, et n'a 
offert que des terres provenant des déblais du 
fossé qui le précède du côté de la campagne. liCa 
deux fossés ne portent aucune trace de revêtement ; 
par conséquent, il est à peu près impossible d'a- 
voir une idée exacte de leurs dimensions primiti- 
ves. Tout ce que je puis dire, c'est que le fossé 
extérieur a aujourd'hui une profondeur de i",io, 
et que le fond de l'un et de l'autre est de i métré 
de largeur. Ces fonds sont formés d'une couche 
de terre glaise imperméable qui y conserve.encore 
l'eau une grande partie de Tannée. J'ai pu suivre 
pendant quelque temps les vestiges de l'un des 
deux canaux, qui, au rftpport de la tradition, ali- 
mentaient ces fossés ; mais je%'ai pu trouver les 
traces de l'autre. 

Ainsi, nous avons percé de part en part les deux 
enceintes par une tranchée qui n'avait guère 
moins de 3o mètres de développement. Dans ce 
long trajet, nous n'avons rien trouvé qui démen- 
tit les caractères généraux de la fouille BD^ Sur les 
deux points, les pierres sont disposées sur des as- 
sises de manière à laisser entre elles beaucoup 
d'écartement; l'état de ces pierres, le degré de 
leur décomposition, prouvent, non moins claire» 
ment que les charbons et les cendres, l'action d'un 
feu intérieur, violent et prolongé. (La tradition dit 
que le feu y fut entretenu pendant sept ans.) La 
seule différence notable est que, aux abords du 



^^ tfOTICX 

foyer le plus voisin de la seconde tranchée , la 
force de cohésion du noyau est beaucou p plus con- 
j^idérable, et que les petites voûtes de ces parties 
sont complètement vitrifiées, tandis que dans la 
voûte plus considérable de la coupe BD, les pier- 
res sont simplement liées entre elles par des vi- 
trifipations, mais sans être très altérées. Au reste, 
sur les deux points^ un affaissement général parait 
s'être produit, ce qui détruit à chaque instant l'en-' 
iiemble de la construction et déroute Vexplorateur. 
Je dois ajouter que, sur deux autres points, nous 
avons pénétré dans la masse pierreuse sans rien 
trouver qui méritât d'être ajouté à ce qui pré- 
cède. 

Passons maintenant à l'esiamen du petit nombre 
d'objets trouvés. • 

Dans la partie qui ne porte nulle trace des Ko^ 
mains, nous avons découvert entre le noyau pier- 
feun^ et le recouvrement en terre du parapet in- 
térieur, sur le sol même, un fragment de poterie» 
sans nulle trace de vernis, ni. peut-être même de 
cuissoD. C'était la partie supérieure d'un vase bom^ 
bé^ encore orné de deux moulures entre lesquelles 
4^ déroule une sorte de muéandre; son épaisseur 
est deoy'^o i • La position seule de ce débris annonce 
bien certainement qu'il est là depuis la construc*- 
tiop du monument; et, sous ce rapport, il nous a 
paru fort intéressant. Ayant appris qu'une quantité 
aaseis considérable de blé avait été trouvée par un 
pnysan QCfiUfié à cbfH*cb«r de la pierre à bâtir dans 



SUR L'eNGiUfTS DE PERAN. %Q$ 

le p^r^pety nous avons fait fouiller sur ce point 
mais tout y était bouleversé au point que nous 
n'avons pu reconnaître la forme du vide ou ee blé 
avait été déposé. Nous en avons néanmoins retiré 
quelques grains, tous calcinés. Nous avons ve* 
connu sans peine du froment, mais réduit à des 
dimensions presque mioroseopiques, I9 longueur 
des grains intacts n'excédant pas o'^,oo4- £dt*eQ 
l'effet naturel du temps et de la chaleur , ou 
ëtait-fce la dimensipn naturelle de ce produit d'un 
autre âge? C'est ce qu'il serait intéressant de eon» 
staier. 

A l'intérieur du parapet, à la natssanoedes gi«anr 
des assises alignées dont j'ai précédemment parlé^ 
il a été trouvé sur le sol deux fragments d'une 
brique à collet de très grande dimension. Par sa 
dureté et ses proportions, elle diffère des frag- 
ments de briques trouvés à l'intérieur du camp, et 
elle n'a pu servir à une couverture. Le oollet à 
o"^,o4 de hauteur sur o"»,o3 d'épaisseur. Rien de 
semblable n'entre dans la construction du para*» 
pet, ce qui nous a confirmé de plus «a plus dans 
la pensée qu'il y avait eu sur ce point un oondntt 
d'écoulement où ceê fragments ont dû être e»* 
traînés. 

J'arrive enfin à la médaille trouvée à l'intéirieuf 
de l'enceinte. Cette médaille en cuivre a o"^,os8 de 
diasKètre; les bords portent des bavure^ qui indfe* 
quant qu'elle n^a point, été mise ep dreulatié0« 
Uoe laoe est infonne et l'airtre aass4 qm} wam^ 



196 NOTICE 

Cette médaille, que je ne connaissais pas, m'a quel- 
que temps embarrassé; mais MM. Rioust de TAr- 
gentaie et Anatole Barthélémy, secrétaire général 
de la préfecture, ont Jevé tous mes doutes. L'un et 
l'autre la possèdent : c'est un Germanicus. Je pense^ 
avec M. Mouët de la Forte-Maison, que ce doil 
être une épreuve de rebut, coa/^^ sur le lieu même, 
peut-être par de faux monnayeurs. 

Je ne dois pas omettre de dire que le charbon 
qui a été trouvé sur les différents points de la 
fouille est inégalement consumé. Souvent nous 
avons pu constater l'essence du bois dont il était 
provenu; nous n'avons trouvé que du chêne et du 
châtaignier. Aujourd'hui, la partie intacte du pa*« 
rapet est plantée de hêtres qui, pour la plupart, 
semblent avoir poussé naturellement. 

Les noies que je rédige ici à la hâte sont dues 
aux observations attentives de trois personnes que 
la Société archéologique des Côtes-du-Nord sait 
depuis longtemps apprécier. Qu'il me soit permis 
de payer ici un tribut de reconnaissance à notre 
cher président, M. SauUay de l'Aistre, à M. l'abbé 
Prud'homme, chanoine honoraire et trésorier de 
notre société, ainsi qu'à M. Auguste Bourel*Roo* 
cière. Tous trois se sont transportés avec nous sur 
les lieux; ce dernier n'a pas même voulu quitter 
un instant les travaux, malgré la rigoureuse tem- 
pérature que nous avons eue à subir. C'est à- leur 
habile concours qu'est due la direction donnée 
aux travaux ; c'est gr&ce à eux que nous avons ob- 



SUR l'enceinte de péran. 297 

tenu, en foH peu de temps, dans une saison dë^ 
favorable, à très peu de frais, sans porter nulle 
atteinte à la physionomie du monument, sans au** 
cup précédent qui pût nous venir en aide, c'est 
grâce à eux, dis*je, que nous avons obtenu des ré- 
sultats qui ne me semblent pas dénués d'intérêt. 

Après avoir décrit chaque partie de l'enceinte, 
telle que nous l'avons observée, mes collègues et 
moi, avec soin et sans idée préconçue, je ne croi«» 
rais pas ma tâche achevée si je n'essayais de poser 
ici quelques-unes des questions qui se présentent 
comme conclusion naturelle de ces recherches. 

i^ Ces pierres ont-elles été brûlées sur place, ou 
ont-elies été réunies après avoir subi par une cause 
quelconque l'action du feu?— La façon dont les 
pierres sont liées entre elles, dont elles ont été 
altérées selon leur distance des foyers, prouve, à 
première vue, qu'elles ont été soumises à l'action 
du feu depuis la construction du ps^rapet. 

a*" L'incendie a- t-il eu pour effet, ou du moins 
pour but la destruction du monument? — Cette 
question est plus difficile à résoudre que la précé- 
dente. Cependant je ne doute pas que l'incendie 
principal, celui qui asi fortement agi sur le parapet 
intérieur, n'ait eu pour objet, non la destruction^ 
mais au contraire l'élévation du monument. Voici 
sur quoi repose ma conviction à cet égard. D'a- 
bord, si on avait pris tant de peine pour détruire 
cette enceinte, comment serait-elle encore si bien 
conservée, après tant de siècles? Il est évident que 



498 NOTICI 

les mutilations qu'elle a subies ne datent pas de 
fort loin. Ensuite^ si on avait voulu la détruira 
par le feu, comment ce feu, disposé à Tintërieur, 
n'aurait'il eu d'autre effet que de consolider de 
plus en plus les parties le plus directement sou- 
mises à l'agent destructeur? Je r^ardedonocomma 
certain que les pierres ont été disposées pour re- 
cevoir un coup de feu violent, comme leur écartet 
ment l'indique; que ni la chaux et les ciments 
étant alors inconnus, on n'ignorait pas la facilité 
des schistes à se fondre et à former une vitrifioation 
qui forme un excellent ciment; peut-être même 
9avait**on que les quartz se vitrifient assez facile- 
ment dès qu'ils se trouvent mêlés à la cendre; c'est 
ce que semblerait indiquer le grand nombre de ces 
pierres qui se trouvent^ux abords des foyers. Ain4 
donc les pierres dures disposées seJon leur degré 
de résistance au feu pnt été mêlées, a ce qu'il m» 
semble, de schistes d'autant plus multipliés qu'il 
s'agissait d'obtenir plus de solidité. Les fourne9ux 
sont placés de distance en distance à l'intérieur, de 
manière à soumettre toute la masse pierreuse à 
l'action de la chaleur ; le dessus du p^u^apet a peut* 
être même été couvert de bois, et le feu eotrat/^nu 
au dedans et au dehors jusqu'à la fusion des schis^ 
tes et la consolidation du iioyauS 
3^ Est-ce un camp romain, comme on le pense 

(1) Des Bohistes somms à Taetioa d'un four à «ka«K nant 
i^^wmt i9$ B^o^m |ei9li|a)>l«s 4 pillai de P^pm* 



SUR l'ejxgeikte de péran. a99 

généralement dans le pays? — -Non, évidemment; 
car, indépendamment de ce que les substructions 
que j'ai décrites n'ont aucun rapport avec lescon*» 
structions romaines, les formes extérieures ne 
resMmblent en rien à celles d'un camp romain. 
Tout le monde sait que la castramétation romaine 
était régulière, qu'elle n'admettait qu'une enceinta 
rectangulaire, tandis qu'il s'agit ici d'une enceinte 
au moins double et elliptique. 

Il est vrai que dans cette enceinte, voisine d'un^ 
voie romaine, on trouve des traces du passage des 
Romains ; mais il est certain aussi que ces tracer 
ne s'aperçoivent ni dans les formes, ni dans les 
Qonstructions des deux fossés et des deux para* 
pets. Ces débris, ceux du moins que nous avonii 
pu constater jusqu'ici» sont peu considérables ; ils 
gisent parmi des cendres et du charbon^ qui peun 
vent être la suite de l'incendie d'un monument 
plus ancien. 

De sorte que ce qui me semble très probable, 
sinon certain, c'est que le monument est celtique ; 
qu'il a été établi dans une clairière ouverte par le 
feu dans une de ces forets qui couvraient notre 
sol (c'est ce qui me semble expliquer la.couche de 
cendres sous lep assises)^ que c'était un de oea 
asiles à la fois militaires et aacrés où nos aieux 
déposaient, en cas d'invasion, ce qu'ils avaient de 
plus précieux; que ce monument, élevé à l'aide du 
ffu, a eu plus tard à subir un incendie, comme 
parait Findiquer le blé calciné, qui certes n'a pas 



j 



3oo JMOTiCE 

été soumis à Téiiorme chaleur des pierres dont il 
était entouré; que le parapet contenait, outre les 
foyers et les égouts, des capacités destinées à servir 
de magasin, telles que la grotte B. Dans notre pays, 
la terre est trop humide et trop froide pour qu'on 
ait pu songer à lui confier les grains et autres 
denrées à conserver ; n'aurait-on pas pratiqué dans 
ces lieux des silos au-dessus du sol^ silos que Tac* 
tion du feu serait venue mettre à l'ahri de toute 
humidité? 

Soit que ce réduit ait été abandonné avant les 
Romains ) ou qu'ils s'en soient emparés, il me pa- 
rait vraisemblable qu'ils n'y ont jamais eu d'éta- 
blissement militaire. Rien, du moins, n'indique 
qu'ils aient touché à la fortification, et les débris 
jusqu'ici trouvés dans l'enceinte ne semblent pas 
accuser un vaste établissement. 

Ces recherches, bien que encore incomplètes, 
me paraissent offrir déjà des éléments précieux 
sur l'ensemble d'une construction unique dans 
son genre. Je dis unique, car si elle se rattache 
par son caractère général de vitri&cation aux char 
teaux de verre de l'Ecosse et au îchâteau de Sainte- 
Suzanne^, elle en diffère essentiellement, di} 
moins d'après les descriptions que j'en ai lues. 
Ainsi là, dit-on, il s'agit de murs de verre^ ou tout 

(1) Voyez sur les murailles de Sainte-Suxaone, à la fin de 
ce mémoire, les renseignements que M. Mérimée a bien voulu 
me communiquer. ( Note de M.LenormanU ) 



SUR L^ENGBmTX DE PÉRAIV. 3o 1 

au moins, de vitrifications où ont été jetées des 
pierres qui s'y sont en grande partie fondues. Ici, 
je crois bien établi que le feu n'a été employé que 
pour lier un massif de pierres déjà formé et re- 
couvert à l'extérieur d'une masse de terre, c'est* 
à«>dîre l'inverse de nos fortifications modernes qui 
revêtent de pierres les massifs de terre. 

Ici encore, une seconde enceinte en terre seu* 
lenaent recouvre immédiatement la partie vitrifiée, 
et celle-ci n a jamais été, à coup sur, une muraille, 
comme dans les châteaux d'Ecosse et de Saintes- 
Suzanne, mais un grand parapet à talus intérieur, 
servant probaUement de magasin. Je n'ai reconnu 
non plus dans les environs aucune trace d'ouvra- 
ges avancés, et à l'intérieur je n'ai vu qu'un puits 
placé à l'un des foyers de l'ellipse; de sorte que 
s'il est vrai, comme je n'en doute pas, que l'en- 
ceinte de Péran se rattache à la grande famille des 
monuments galliques oit le feu a été employé 
coaime agent de construction , c'est un genre 
complètement nouveau, en ce sens que jusqu'ici 
il n'en a pas été, à ma connaissance, décrit de 
semblable. 

Au reste, je suis loin de prétendre connaître 
déjà tous les secrets de cette mystérieuse fortifica« 
tion. Bifsn des problèmes restent encore à éclair- 
cir : ainsi, quelle est la forme, quels sont les 
proportions et l'écartement des foyers? Ëxiste-t-il, 
comme nous avons tout lieu de le croire, des ma- 
gasins sous le pourtour de Tenceinte, et comment 



3oâ HOTICI^ BTG. 

soDt-ils disposés? Ce n'est pas lotit : il reste à re^ 
connattre exactement rétabUssemeot romain, son 
objet, son étendue; enfin il faut constater s'il y a 
là quelques traces d'un établissement du moyen 
âge, ce dont nous n'avons pas encore l'encontré 
de preuves non douteuses. Nous nous proposons 
d'éclaircir toutes ces données dans une prochaine 
exploration. 

En finissant;, je déposerai ici le vœu de voir l'au* 
torité prendre quelques mesures pour arrêter les 
mutilations d'un monument si curieux. Depuis 
quelques années, il a eu plus à souffrir que dans 
k suite de bien des siècles. Non-seulement on a 
coupé dans une portion de l'enceinte l'emplace*- 
ment d'un chemin de servitude qui se serait tout 
aussi bien placé à côté, mais encore chaque jour 
on vient en démolir des portions considérables 
pour en extraire à grand'peine quelques pierres 
que le feu n'a pas endommagées. Une recomman- 
dation de l'autorité départementale suffirait sans 
doute pour arrêter ces déprédations, qui s'exer^ 
cent tout à l'aise en l'absence des propriétaires. 
L'administration s'est réservé l'honneur de met* 
tre au jour œ précieux vestige d'une antiquité re- 
culée : elle aura sans doute à cœur de prendre 
toutes les mesures propres à le eonserver. 



NOTES 

RELATIVEa 

AUX NOUVELLES FOUILLES 

FAITES A PËRAN 

PAR LE MÊME. 



£d reprenant (au printempsde i846)le8 fouilles 
que j'avais été forcé d'interrompre^ je me suis 
proposé de reconnaître complètement : i^ la na- 
ture des étranges constructions de Péran; ao l'é- 
tendue des débris romains contenus dans cette 
enceinte; 3» les restes d'un établissement du 
moyen âge qu'y place la tradition ^ 

(1) Depuis les dernières fouilles, les paysans des environs 
de Péran, de plus en plus convaincus qu'il y a des trésors 
cachés sous les pierres brûlées^ y cherchent très souvent, et 
en ont déjà bduleversé trné pàrtier. L'administration n'aurait- 
•tte dcMic aBcmi moyen de fairv respecter tin monument 
classé* l'un des plus curieux de France 7 

J*ai oublié de dire que toutes les pierres du noyau de la 
construction sont cristallisées en dedans, toutes celles du 
moins que f ai ouvertes. Chez les unes la cristallisation se 
toit à Vœili chea d'autres elle n'est visible qu*à la loupe. 



3o4 ifoTcs 

Sur le premier point, j avais déjà constaté que 
le feu était le seul agent dont on s'était servi 
pour lier les pierres du parapet elliptique de 
Péran. Plusieurs indices m'avaient donné à penser 
que l'action du feu s'était exercée par des four- 
neaux disposés, de distance en distance, à l'in- 
térieur de la masse rocheuse, sur tout le pour- 
tour du périmètre. Dans la grande tranchée (voir 
le plau),je me croyais même très près de Tun de 
ces foyers. 

M'étantdonemis de nouveau à l'œuvre, je fis 
suivre à mes travailleurs un petit conduit qui, 
bien que se prolongeant d'une façon tout à fait 
irrégulière, me parut avoir pu servir à conduire 
l'air au foyer supposé. Ce conduit serpentait à 
travers le noyau très dur, très résistant du parapet; 
après un parcours de quelques mètres, il abou- 
tissait à l'extérieur. L'examen attentif de ce con- 
duit me*prouva qu'il n'avait point été ménagé 
avec intention , mais qu'il était un des bizarres 
accidents produits par l'action interne de la 
fournaise au moment de la combustion. De plus, 
la tranchée que j'avais dû conduire à travers le 
noyau calciné me démontra qu'il fallait renoncer 
à l'hypothèse des foyers intérieurs; mais alors 
aussi je pus voir clairement toute cette construc- 
tion que je n'avais encore qu'entrevue d'une façon 
très confuse. 

Dans cette partie qui avait subi l'action du plus 
violent coup de feu, les pierres fondues, mêlées 



sim LES FouiiXRs ûE p^RiLir. 3a5 

ensemblç formiasent des baocs d'une graïade 
duretë, qui étaient soudes les uns aifr autres. 
Ces soudures élaieot marquées par des /eoucfaes 
fisses minces (quelques millimèlfes ie plus scm>- 
venl) de cendre, de charbon et de suie^ et parfois 
par des morceaux de bois, incrustés dins la 
pierre, laquelle» en s$ refroidissant, en avait 
conservé une exacte empreinte.L'aspectdelàpierre 
était des plus bizarres ei des plus Tiuriés. Taaldt 
elle semblail: avoir Relaté en tout petits fra^^menls 
qui s'étaient ensuite rassemblés en poudingue; 
tantôt elle apparaissait à Tétat de pierre-ponœ; 
tantôt elle était reqpuverte d'un vernis blanc, noir 
ou rose. Souvent elle offrait l'aspect lisse d'une 
lave brusquenlent refroidie, au milieu de sofi 
cours; d'autres fojs, c'étaient des scories rugueuses 
dont la cassure était toujours grise et spongieuse. 
Parfois aussi le banc solide que formait tout cet 
éâ*ange assemblage, était interrompu par un vide 
de ^p«elques centimètres en tout sens, coupé en 
un« mubitude de petites cellules par des lames 
minces, dont la'cas&ure était celle des autres sco- 
ries. Parfois encore plusieurs de çe$James étaient 
presque juxta*posées, n'ayant entre elles que des 
espèces de soufflures, qui affectaient la foriàe 
d'alv«oles, de tubes, etc. Enfin tous les vides 
étaient remplis de cendre, de charbon et de suie • 
presque toujours on trouvait a^uprès de ces vides 
des morceaux de bois plus ou moins carbonisés, et 
souvent .ce bois^ incrusté au milieu des pierres, 
xvin. fo 



3o6 IfOTES 

TMMnbkût à UD produit de éarbonisalioo en vase 
dos, plus ou moioa avftBcé» 

Un examen attentif de la traocfaëe ouverte au 
-centre de celte vaste fouraaiseï me montra que 
sur les assises ou le massif de pierres sèches qui 
les remplaçait, massif ou assises qui seuls n'avaient 
point subi l'action du feu, mais sur lequel venait 
ae souder le premier banc de pierres brûlées, ces 
baQ<^ étaient disposes en couches ré^Iières que 
séparaient toujours des cendrés efl du charbon. 
Ces couches n'étaiétit pas toujours horiaontales, 
tantôt par suite d^affaissement, tantôt parce que 
la base suivait elle-métne les plis du terrain; 
mais dans Fespèee de galerie oèr cheminaient les 
travailleurs, chaque couche était bien distincte 
et se suivait, sans isolution de continuité, tout 
autour de nous. Cette observation bkn constatée 
me donna enfin la def de umie cette constrac- 
tion. Il devenait manifeste qu'une couche de bois 
avait été étendue sur les assises, et recouverte 
d'une couche de pierres ; qu'on avait ainsi con- 
tinué à superposer alternativement le combustible 
et les rodbes. Soit qu'on suppose que le parapet 
avait été ainsi élevé en entier avant que le feu n'y 
Ait mis, soit qu'on veuille que de«nc couches pîer- 
wuses aient ^é liées et soudées avant de pocéder 
M travail des couches sup^ieures; toujours esl41 
évident que la cendre du bois avait joué te rôle 
' de fondant, et, se combinant avec la^iliee, avait 
donné les vitrifications, les scories, etc. 



SUR LES FOUIttES DK PÉRAN. 3o7 

Quoi qu'il en soit, j'ai ouvert le parapet stir $ept 
ou huit points, et partout j'ai trouve :1a même 
construction par couches alternatives de ceûdr«s 
et de pierres. Le problème était donc résolu. Sur 
une hauteur de i™,i»5, j'ai compté quatre de ces 
couches de pierres parfaitement distinctes, ce qui 
donne à chacune environ o^,3o d'épaisseur^ et . 
c'est à peu près ce qu'elles sont sur tout lepé#i- 
mètre du monument. Mais on ne les aperçoit 
distinctement que dans les tranchées fraîchement 
faites, et conduites de manière à ce que la terre, 
la poussière et le gravier ne couvrent pas les pa- 
rois mises à nu. C'est ce qui explique comment 
mes premières fouilles, qui d'ailleurs n'avaient 
pas assez pénétré au cœur de la construction, 
n'avaient pu m'en révéler le secret. 

Mes premières observations, d'ailleurs, se sont 
trouvées confirmées, sauf un autre point que je ne 
dois pas omettre ici. Je Mipposais que les nom- 
breuses scories venaient de schistes fondus; mais 
je ne puis plus le croire, n'ayant pu trouver un 
seul schiste parmi les nombreuses pierres que le 
feu n'a pas défigurées. De plus, en recherchant 
avec soin, sur place, d'où avaient couléces scories, 
j'ai cru reconnaître qu'elles provenaient de gra- 
nits gris et roses, et de quartz roses et blancs, les 
seules pierres dont, avec quelques grès, j'ai pu 
constater la présence. 

J'ai reconnu de distance en distance des mon- 
ceaux, de pierres que le feu n'avait point eodom- 



3i>8 irons 

magées; etcommef 'les étaient surmontées d'une 
croûte vitrifiée^ j'ai pensé que, sur ces points, on 
avait interrompu les couches de bois, pour se 
néoager des sortes de magasins, en retirant en- 
suite ces pierres sèches, comme il a été pratiqué 
sur fJusieurs points de l'enceinte. 

En somme, Teffet des derniers travaux a été 
•4lé prouver jusqu'à Tévideaceaux personnes qui 
ont visité les lieux, et parmi elles je citerai M. Ana- 
tole Barthélémy, lequel y est venu plusieurs fois^ 
combien sont absurbes les deux hypothèses, en 
vertu desquelles les pierres aurai^dt été appor- 
tées là après avoir été cuites d'avance, ou bien 
seraient les restes d'un incendie accidentel. Au 
reste, les antiquaires qui dissertent sur ces ruines 
mystérieuses, sans les avoir visitées, sont quelque- 
fois emportés un peu loin sur les ailes de leur ima- 
gination. J'en sais qui y voient des restes de fours 
à chaux ; un autre y a reconnu la forge d^un ma- 
réchal roumain; un autre, plus hardi, a déclaré 
net que ce sont tout simplement les restes d'un 
volcan étidnt!^. 

Sans nous en prendre à de trop ingénieuses 
suppositions, si nous revenons à la réalité, nous 
voyons que l'enceinte de Péran ne ressemble en 
rien aux châteaux vitrifiés du moyen-âge, tels 

(1) Je ne sache pas que le sol de la Bretagne offre aucuoe 
trace de volcan ordinaire, mais celui-ci à coup sûr n*est pas 
dans cette catégorie ; car il a produit une fortification excel- 
lente et régulière ayec deux fossés, deux enceioteS| etc. 



SUR tàib lOOiLIiBS DE piftAN. So^ 

qu'on en signale des resteS|?4 Sainte-S^unne, k 
ChâtedU'Gootier et dans le nord.de l'Ecosse. En 
efiety il parait que là il s'agit de muraiJW^'^^^'^'^i- 
vertes d'une vitrification; tandis qu'ici vvo% jn 
simple parapet dont le^ pierres sont solidement 
liées par le feu seul. Ce parapet est de plus re« 
«Couvert au dehors par un glacis en argile, et pré- 
cédé d'un fossé, puis d'un second parapet en 
terre, puis encore d'un fossé. Tout ce système el- 
liptique, sans ouvrage avancé, ne rappelle nulle- 
ment les fortifications du moyen-âge. Si les 
descriptions que j'ai vues sont exactes, du V« au 
Xr siècle^ les vitrifications serviraient de revête- 
ment à des murailles ordinaires j à Péran, au con- 
traire, c'est le noyau de la construction qui est 
vitrifié. Le feu a été employé dans les unes et 
dans les autres, mais dans celle-ci il a surtout ag^ 
de dedans en dehors, dans les autres de dehors 
en dedans. Sans pousser plus avant la qon^pa- 
raison entre les diverses partie^ de ces antiques 
débris, en voilà assez pour établir une différence 
essentielle entre Péran et les fortifications vitri- 
fiées du moyen âge. 

De plus l'enceinte vitrifiée de Péran. (l'expres- 
sion cuite serait peut-être plus exacte queœllede 
vitrifiée) n'offre rien ni dan$ sa forme ni dans sa 
construction, qui rappelle les ouvrages des Ro- 
mains. Je suis donc plus^ que jamais convaincu 
que ce monument est antérieur à la conquête 
romaîqe^.,Bi^jti ne semble annoncer non plus que 



dio ifons i 

Sa construction ait été voisine de cette grande 
époqde, car l'histoire des deux siècles qui Totit 
précédée est à peu près faite et n'offre rien de 
semblable. Il me parait donc assez rationnel de 
reporter au delà l'enceinte de Péran, qui porte 
arec elle un souvenir si frappant des grandes con* 
structions par le feu, de l'ancien Orient. Celte 
antiquité, si reculée qu'elle soit, n'a rien qui ef^ 
fraie, si Ton considère d'une part que, recouverte 
de terre, cette enceinte a pu longtemps échapper 
aux regards^ au moins en* ce qui est de sa nature 
intime; d'autre part que mise à l'abri de l'air, de 
la luriiîère et dé l'humidité, c'est-à-dire de tous 
les agents de destruction, elle ne semble pouvoir 
être détruite que par la main des hommes. 

Sur les deux dernières questions que je m'é- 
tais posées en reprenant ces faûilles, j'ai jpeu 
de choses à dire. Après avoir creusé dans plus 
de vingt endroits, c'est-à-dire partout où il y avait 
quelque apparence de chance de trouver quelque i 
chose, je n'ai découvert à l'intérieur du monu^ 
tnent que quelques grandes briques rontiaines 
dans un second monceau de décombres (voir là 
i'^ note); un morceau de fer qui a pu être la soie 
et le haut de la lame d'un poignard; une agrafe 
en cuivre de forme ovoïde, grossièrement ornée 
de fleurons et de petites chàtnettes , ( je ne la crois ! 
pas très ancienne ) , enfin des débris de vases 
dont quelques-uns en poterie assez fine ; mais tons 
trop brisés pour que je puisse y rien reconnaître; 



3ll SUR L£S FOUILLES DE PERAN. 

enfin un schisle vert réduit par le frottement à 
une plaque arrondie à l'une de ses extiémités et 
terminée en pointe à l'autre. Mais nulle part je 
n'ai pu trouver de tivi^s de fondations ni en 
tuiles ni en pierres. Je reste donc persuadé que 
Tenceinte de Péran a reçu un établissement ro- 
main, mais très peu considérable , et qu'il en a 
été ainsi au moyen âge. 



NOTE 



LES MURAILLES DE SAINTE-SUZÂNJNE 



POUR FAIRE SUITE AUX NOTES PRECEDENTES 



PmtU. 
iwpMtowr général dM nMnwncBtf Uftonqnes*. 



Les forlifications de Sainte-Suzanne me parais- 
sent dater du XIV* siècle, mais ]a base des rem- 
parts peut être beaucoup plus ancienne. Les mu- 
railles s'élèvent sur le bord d'escarpements forts 
raides. Il n'y a jamais eu de fossés, et le sentier 
qui longe aujourd'hui les remparts, à rextérieur, 
est évidemment fort moderne. Du côté de l'ouest (?) 
en venant de Ghàteau-Gontier, on remarque que 
les pierres, à la base d'une courtine, sont soudées 
les unes aux autres par une matière vitreuse, sur 
une étendue de lo mètres de long, et de i mètre 
de hauteur, à peu près. G est un opus incerium 
noyé dans du verre. Le verre a pénétré dans les 
plus petites fissures d'où l'on peut conclure que 

(1) Voir la note de U page 800. 



NOTE «IJR Li:S MUAAILLE8, ETC. 3l3 

toute la niasse a été soumise à l'action d'un feu 
très violent pendant un temps assez considérable. 
Lorsqu'on détache un fragment, on reconnaît 
que les pierres ont été fortement altérées et 
qu'elles sont devenues blanches et friables. Je crois 
qu'elles sont calcaires. La matière vitreuse est 
noirâtre, tirant tantôt sur le rouge^ tantôt sur le 
vert foncé. Son épaisseur varie de o^oS à 0,001, 
et quelquefois elle est encore plus mince. Ces 
veines de verre sont très irrégulièrement. répan- 
dues dans la masse. Quelquefois elles sont extrê- 
mement multifiliées, ailleurs c'est à peine si on en 
rencontre. Une cavité moderne permet d'observer 
l'intérieur de la muraille à une profondeur de 
1 ,70. La structure de ce pan de muraille est la 
même à l'intérieur qu'à l'extérieur, à cette pro- 
fondeur du moins. Une maison adossée au rem- 
part à l'intérieur de la ville ne m'a pas permis 
d'observer l'autre parement du rempart. Voici 
l'apparence de la muraille : 

On n'a jamais fait de fouilles autour des rem- 
parts de Sainte-Suzanne afin d'esaminer si en 
d'autres parties de l'enceinte le même appareil se 
reproduit. La situation du pan de muraille en 
question ne permet guère de supposer que ces 
pierres, liées avec du verre, ayant fait autrefois 
partie d'un four à chaux, ou de quelque établis- 
sement industriel. En effet, commeùt imaginer 
qu'on eut choisi un pareil emplacement? Pour 
apporter le bois nécessaire à un four il faut gravir 



3i4 NOTE SDR LES MURAILLES^ ETC. 

une hauteur abrupte, où Ton ne monte que péni- 
blement sans fardeau. La tradition du pays est 
que la plus grande partie des murailles de Sainte- 
Suzanne était autrefois maçonnée de la sorte. J'ai 
fait le tour des remparts avec beaucoup d atten-- 
tion, et je n'ai trouvé nulle autre part de traces 
qui confirment cette tradition. Il faut remarquer 
que les remparts au«-dessus de la partie vitrifiée 
n'ont nullement souffert l'action du feu; il est 
évident que l'on a bâti au-dessus du pan de mur 
vitrifié comme sur une substruction ancienne. 

A une demi*lieue de Sainte-Suzanne il y a des 
dolmens et deux camps en terre^ de forme carrée 
avec fossés et parapets. Les fossés sont plus pro- 
fonds et les parapets plus élevés que dans la plu- 
part des camps que j'ai visités ^ 

(1) Nous croyons devoir rappeler ici qae les antiquités de 
. Sainte-Suzanne ont été l'objet d'une notice donnée par M. de 
la Pilaie, et insérée daes le tome VIII, page 857 et suiv. de ce 
recueil. ( Note de la Commission des Mémoires. ) 



NOTICE 

SUR 

LA GRANGE AUX DIMES 

A PROVINS. 

Par M. F. BOURQITBLOT, mmnhf rendant. 



Lorsqu*on parcourt la ville haute de Provins, 
aujourd'hui si pauvre et si déserte, on ne peut 
s'empêcher de remarquer à Tune des extrémités 
de la rue Saint-Jean, au milieu des masures, un 
édifice vaste et solidement construit, qui rappelle 
l'ancienne splendeur de la cité. La façade présenté 
à la partie inférieure trois soupiraux percés ir- 
régulièrement à la hauteur ou un peu au-dessus 
du sol, huit portes et fenêtres, don t plusieurs soni 
bouchées, deux séries de corbeaux à quelque dis- 
tance Tune de l'antre, puis une frise, et enfin six 
fenêtres quadrilatérales divisées par de légères co«- 
lonnettes *. L'intérieur se compose d'une partie 
souterraine, d'un rez-de-chaussée et d'un pre- 

(t) Les angles de cbaque fenêtre ont des tailloirs soutenus 
sur les pieds droits. 



3l6 GHiLNGJ!: DES DIMES 

mier étage. On arrive à ce premier étage par un 
escalier extérieur adossé à l'un des murs laté- 
raux, et soutenu sur des voûtes ogivales; cet 
escalier était jadis protégé par un auvent dont 
la trace se voit encore ^. Cet étage éclairé par 
les six fenêtres dont nous venons de parler, n'a 
point de voûtes. La salle du rez-de-chaussée, 
dans laquelle on entre par une grande porte cin- 
trée, est voûtée d'une manière simple, mais pleine 
de noblesse ; les arceaux en ogive retombent sur 
six piliers arrondis et sur quatorze piliers enga- 
gés ; des chapitaux ^ feuillages complètent la dé- 
coration de la salle. Les fenêtres ont des vous- 
sures cintrées et des tympans. On voit encore à 
Tune d'elles ce banc latéral en pierre qui se re- 
trouve dans tous les vieux édifices, A la porte du 
rez-de-chaussée commence un escalier de vingt- 
trois marches qui conduit dans une salle infé- 
rieure semblable à la première pour l'étendue 
et la disposition seulement; les voûtes y sont 
plus simples et les chapitaux, plus applatis. Au 
fond est un escalier aujourd'hui intercepté, qui 
communiquait avec le rez-de-chaussée. A droite 
par une ouverture cintrée on pénètre dans une 
galerie obscure régulièrement voûtée, mais sans 
arcades et sans piliers, et crépie avec un mortier 
d'une étonnante dureté; ce souterrain, qui sans 

(1) n y a à Meaux un escalier extérieor du même genre 
servant à une ancienne maison qui dépend de Tévéché. 



doute a été bouché, n'a qiie très peu d'étendue. 
tJne trappe en bois couvre Tentrée de l'escalier 
qui mène de la porte d'entrée à l'étage inférieur. 

Cet édifice, qui appartient à la fabrique de l'é- 
glise Saint-^Quiriace, et qui sert de magasin à blé, , 
apparaît, dès la première observation, comme 
une œuvre du moyen âge. Au moment de la ré- 
solution, le chapitre de Saint-Quiriace, dont il 
semble avoir toujours dépendu, y recevait et y 
serrait les nombreuses dîmes qui lui étaient ap- 
portées. Depuis le XV' siècle on le trouve désigné 
sous les noms de Grange Dtmeresse ou de Grange 
aux Dîmes; c'est cet édifice que, suivant une tra- 
dition incontestable, des titres plus anciens ap- 
pelent Farcadas *.' 

Plusieurs personnes ont essayé de déterminer 
l'origine et la destination primitive du Forcadas 
ou delà Grange aux Dîmes. Un historien provinois, 
qui voyait partout des constructions rbmaines, 
n'a pas manqué de le ranger parmi ses antiquailles 
de prédilection. Il a commencé par défigurer le 
nomenVécvïyaiUtFort'^adas^ ce qui, dans l'esprit 
de l'auteur^ rattachait sans doute l'édifice au grand 
système de fortifications bâties, selon lui, par Jules 
•César. « On ne connaît pas, dit-il, la date de ce 
s bâtiment, comme on a celle de tout ce qu'ont 
< fait construire les comtes, ce qui porte à croire, 
« vu sa solidité, qu'il peut remonter au temps 

(1) Voy. les manuscrits de M. Rîvot, conservés à la bi- 
blioth. de Provins, t. VII, p. 1061, et t. V, p. 776. 



3|8 GRANGIS AVX PIMES 

«des anciennes constructions ( c*e«t-ii-dire au 
« temps des Romains), excepté sa partie supé- 
tt rieure, qui a été convertie plus tard en gre- 
« niers ^, » M. Dusommerard, qui a écrit le texte 
des vues lilhographiées de Provins, a abordé la 
question avec plus de réserve. Trouvant adoptée 
dans quelques ouvrages l'orthographe vicieuse 
de Fort-cadaSj il a cherché à se rendre' compte 
de Torigine de ce nom, et il a fini par conve- 
nir que la construction appelée aujourd'hui 
Grange aux Dtmes^ ne présentait aucune des con- 
ditions qui caractérisent un fort. Mais c ne serait- 
« ce pas, /|joute-t<^il, ou un asile pour les cénobites, 
« un refuge^ comme on appelle les édifices de ce 
« genre, ou une grange , un cellier construit par 
« les moines et ayant toujours porté le nom de 
« Grange des Dîmes ?2 » Nous aussi, nous avions 
présenté une étymologie du molForcadaSf le seul 
que Ton trouve dans les titres anciens : d'après 
notre hypothèse, ce mot était composé de deux 
autres dont l'un forj forum, marché, indiquait 
la destination originaire de l'édifice. On va voir 
en effet plus loin qu'il a servi de marché '. 
Cependant des études plus approfondies nous 

(1) Opoîx Histoire et description de Provins, l"* édit., p. 4a 
et 203. — Il est inutile, ce nous semble, de répéter qu'il n'y a 
point à ProTins de constructions romaines. 

(S) Texte des vues làhogr. de Provins, par M. D. (in-fo]. 
1822), ireUvr.p. 30. 
; (3) Histoire de Pro9ins, 1. 1, p. 390. 



A PBOVllIS. 3 19 

dnt conduit à rejeter rexplicatioo qui nous avait 
séduit d'abord, et à en chercher une meilleure. 
Le mot Forcadas ne parait point élre un com- 
posé ; comme Farcadaj Forcata, Furcata^ il dé- 
rive du mot Furcay fourche. Mais quel sens particu- 
lier a*t-il dans son application à Tédifice dont nous 
nous occupons ? Pour résoudre cette question il 
nous faut commencer par faire connaître les 
textes que nous avons pu recueillir et où il est fait 
mention du Forcadas et de la Grange aux Dîmes. 
Dans unecharte de 1 176, où sont Snumérésles 
droits confirmés et concédés au chapitre de 
Saint^juiriace par le comte de Champagne, H,enri 
le Large^ à la suite d'une disposition relative aux 
droits des chanoines sur les foires de mai et de 
Saint-Martin, on lit : « Quant à votre maison dite 
« Forcadas {domum vestram quœ diçitur For-' 
pi cadas) que vous possédez aux foires de mai, et 
« aux l^Qucheries qui y sont attenantes, avec ja 
a moitié du louage que j'avais sur elles aux foires 
« de mai, et à toutes les maisons que vous avez aux 
;« foires de mai et de Saint-Ayoul ou que vous 
fK pourrez acquérir, ^n quelque endroit qu'elles 
« soient situées, je vous autorise à les posséder 
« perpétuellement libres de toute coutume et de 
.«( tout tonlieu, sauf cependant mes droits sei* 
« gneuriaux. * » — Un censier de l'Hôtel-Dieu, de 

(1) ISiouB ayons publié le t^te de la charte de 1176 dans 
notre Histoire de Provins^ pièces justific^tiv^t U II, p, 393, 



3aO GRAirCF ADl ÙIMES 

laoi à 1^04, conservé au\ archives de rilôtel- 
Dieu de Provins, porte cette désignation : Domus 
ante Forcadas. — Dans un registre du XIll^ siè- 
cle conservé aux archives de THôtel-Dieu, sous ce 
titre : c Ce sont les mèsons de la mèson-Dieu 
« devant la Fontaine.... »on trouve entre autres : 
«La mèson devant Forcadas. — Au mois de no- 
« vembre i a 1 1 , Blanche, comtesse de Champagne, 
« donne à THÔtel-Dieu xxx. s. sur sa part du prix 
« que rapporte aux foires de mai la location de 
a deux maisons, Tune située ante Forcadas *. — 
Il existe une lettre très curieuse, datée de l'an 
1222, dans laquelle les consuls de Toulouse re- 
commandent aux chanoines deSaint-Quiriace les 
marchands de leur ville qui venaient Faire le com« 
merce à Provins. Les magistrats toulousains rap* 
pellent au chapitre qu'il a concédé à leurs com- 
patriotes « sa grande voûte du petit marché avec 
c le pourpris aux foires de Saint*Âyoul, et sa 
(( maison de Forcadas aux foires de mai {et do^ 
(C mum de Forcadas in nundinis maii)^ pour ven- 
< dre leurs marchandises *. » — En septembre 
1233, Thibault le Chansonnier, voulant dédom- 
mager le chapitre de Saint-Quiriace des pertes 
qui lui avaient été causées par les nouveaux 
étaux et les fossés de la ville haute et de la 

(1) Petit eart. de PHâiel^Dieu, aux archives de THÔtel- 
Dieu, fol. 3, recto. 

(2) Cartulaire manuscrii de Michel CaiUot^ conservé à la 
biblioth. de Provins, fol. 25^ verso. 



A PBOVm5, 3» I 

ville basse^ déclare <c qu'il, se désiste à per- 
te pétuité de ce qu'il riéclamait sur leur maison de 
« Forcadas (in domo sua de Forcadas\ à raison 
(c de la part de feu Relie, et qu'il veut que cette 
ce part soit libre, comme les autres parties.de la- 
c dite maison *. » — Il y a aussi aux archives de 
l'HôteWDieuuncensierëcritau mois de mai laS^^ 
qui contient ces mots : De semùtalio Pétri Suci 
ante Forcadas. *— D^ns une charte, de Hugues de 
Malay, garde du scel de la prévôté de Provins, 
en 1375, il -est question. d'une, maison de l'Hôtel* 
Dieu, «séaiat à. Provins de vaptFowr^a«wfctf., te- 
(cnant d'une, part à la maison d& Babelon. de^ 
(cBannox et xle l'autre à celle de. Guillaume desi 
9 Mares ^«» -^ Enfin, dans un compte de i4 1^9 pour. 
Ie3 dépenses d'une^ fête totcale appelée fête dm 
Chanchis^ on. lil : « Pour deux quartiers de vin api- 
i< porté à la grange dime^esse. de Provins pouti 
a bailler à boire à aucuns de mes seigneurs et:au- 
«tres. » ' • 

Les documents qui précèdent^ réunis diftisQêiir 
ordre cfaroiaologiqiie^ prouveni quela^fipakbn de 
Fordadfa^ .appartenait, depuis la ^secondé mditié 
daxti^ siècle au ;chbpitre de Saint^Quiriaco^qn'à la 
fin du XII® siècle et pendant une partie dc^ liii« 
elle avait aux foires de mai un usage particulier, 

[i) Mime eartHkùre^ioi, 2%t recta* 

(3) Archivesde THôtel-Dieu, 7¥/. reUtUfi à tme maistm rue 
SM/ii'Jeanytkiwnt Forofdût, €ot. 16, cartoiiJiititutés llrilM 
abolies, 

xvin. 21 



3a« ÛRàKGB kVX DIMES 

que Jes chanoines ia louaient durant la tenue de 
ces foires, et qu'en laai des marchands toulou- 
sains en avaient la jouissance. 

Ces conclusions admises, il ne reste plus qu'à 
déaertniner le sens du nom de Forcadas. Ce nom, 
dans sa signîficattoti de fùUrchéey quantité de 
fourrage qu'une fbinviie peut contenir^ indique 
que l'édifice âtiquet il s'appUque a toujours servi 
èé grande* Seulement, les dntciôtnes de Saiiit«>Qai->^ 
riace en tiraient paru à l'époqoe des foires, en le 
louant ta des narobands elrangem cpii le conv»- 
tissaieoè«n imtrepôt^ en kalle, en baaar^ Ce sont 
ces manbliatids, ve»M du oaidi, qui probablement 
ont fait adoptet* dans Ppdtins «n iioin àtfÊkt 
l'origifie méridibiiale n'est pas douteuse, et q^i 
rappelait; soit l^asagellabit1lfel de l'ëdifioe, soit ie 
travail de <léiiiénagemciit avet la fourebe ftuqwél 
fl.faljatt se UVrer à l'«pproche des foimis .• 
. irisant à l'ége de la grai^ aux Dimès, il a éli 
diversement fixé. Nous avons parlé des écrivains 
quîlefantneikoilker jusqci'à Çés«r; M. Dusotn- 
stemrd:4iettfee *^èF hiiForcada$ n é«i eÔBMuît 
V tes lènps «iiténtté^irte,^»*«t îi préimd que 
aès epl^niies ^ppeBent iràn-fâiiteotmîe de Char* 
lOPOagAe. M», de Gaumont en fiât im édifioe dit 

(l)On peut voir dans Rigord {De Gestis Phiiippi Jag. 
Franc, reg.y apud scripL fer* €ûili<kéi Prmêeic^jt.linii^ f*U) 
la meatîeii 4e k hmÀaAcfa idos halles oetivettcs àe Bavil en 
iiêtx Dtuu magiuU'àomésftfM vmigiisàiUm^fOèaliMikppm 
rtà) œdifieari/ecii. 



jiMiOVnrs. 3i3 

XIV ou de la fib du xiii^. siècle <. Cette dernière 
opiniod nous parait la plus rapj[)rocbëe de la vé- 
rité; D'a{lrèg 1^ caract^es atv)hitectdiiiqi]ës de la 
grapge ao^ D^mes^ nous crbyons ptmvôir fitèr au 
xiii'flièolela date de sa càèstruotibn. Il Hut alors 
admaltmqi» Tédifioe actuel n'éi» pHi lé Même que 
e^luîdoiitlesdbcaflgieptshistorriqueÀ du in^ siècffe 
&mi meolieti: Là rntie dttPbftaaàsptitfUtiftHi'^ 
raift été ameriéé, aait pat Je cours natiil*el des 
choses, soit peut-être par ces fefkblèâ iilcendiës 
qui en 1188 atteignirent plusieurs villes consi- 
dérables, et entre autres Provins*. 

Les textes que les questions soulevées dans ce 
travail nous ont donné lieu de citer peuvent in- 
directement jeter quelque lumière sur l'histoire 
de ces voûtes souterraines qui se rencontrent si 
communément à la ville haute de Provins : on les 
a prises pour des constructions militaires, et ce 
sont tout simplement des magasins, des ateliers, 
des greniers, des entrepôts ; nous avons, au reste, 
déjàexpriméailleurs cette idée 3, et M. deCaumont 
Ta sanctionnée en l'adoptant 4. Ce n'est pas ici 
le lieu de fournir nos preuves. Terminons en fai- 

(1) Note sur les murailles et les maisons anciennes de Pro- - 
vins, Bulletin monumenial^ vol. YI, p. 307. 

(2) Chron. Robert. Altissiod. praemonst. episcopi ad S. 
Marianum canonici, ap. script, rer. Gallic. et Francic, 
t. XYIIIy p. 258. 

(3) Eist. de Provins^ t. 1, p. 265 et suiv. 

(4) Note de M. de Caumont citée pins haut. 



3^4 GRANGE AUX DIME& A PROVINS. 

sant des vœux pour que Tun de ces édifices les 
plus inléressaDts qui restent à Provins, la grange 
aux Dîmes, soit réparé et conservé. Le caveau 
du Saint-Esprit, si vaste, si pittoresque, est aujour- 
d'hui presque, comblé; l'église souterraine du 
Refuge n'a plus que quelques restes de voûtes ; les 
particuliers ne respectent guère les caveaux im- 
posants qui dépendent de leurs habitations : espé- 
rons qu'au moins la grange aux Dîmes, le Força- 
das, restera debout. 



RAPPORT 
DE M. BEAULIEU 

COMMISSAIAE : 
cmuiùi j»B auromt compta dx deux MSMOimu 

SUR DES CERCUEILS EN PIERRE 

TROUTÉS EH IMS AU FAUBOURG SilNT-MAMSUY, PB TOUL (M£VRTHH}. 



Lorsque, après la soumission des Gaules, Toul, 
le chef-lieu du pays des Leuks, eut échangé son 
indépendance orageuse contre le joug doré que lui 
imposaient les Romains, une population nom- 
breuse attirée par la fertilité du sol et la proximité 
d'un abondant cours d'eau, accourut de la Nar- 
bonnaise et de l'Italie remplacer par de solides 
édifices, dont on retrouve partout les substruc* 
lions, les grossières cabanes des Celto*Gaulois. 
La Tullensis civitas s'éleva, et les usages romains, 
modifiés cependant enbeaucoupdepointsparceux 
des Gaulois, s'y établirent avec les nouveaux habi*^ 



3l6 RAPPORT 

tants. Un de ces usages, celui d'enterrer les cendres 
des morts ou les corps eux-mêmes sur le bord des 
grands chemins et dans les propriétés particuliè- 
res, parait toutelbis iy'£|vqir pqs été adopté à 
Toul ni dans les villes ses voisines, NcLsium^ So^ 
limariaca^ Scarpona^ etc. ; chacune avait son ci- 
metière^ |na|s on né connaissait pas enéqri^ rem- 
placement de celui de Toul, lorsqu'une fouille 
faite vers le milieu dp siècle dernier au lieu où 
on avait élevé, au x* siècle, une église sous le vo- 
cable de SaÎBt'Mansuy, à laquelle succéda une 
abbaye de Bénédictins , vint fournir quelques 
notions àùr ce foiaii 

En 1732, en creusant pour établir les fonda-' 
tions d^un iilduveau dortoir, on y trouva Mi\ sque- 
lette assez bien conservé, à côté duquel était une 
amphore d'argile terminée en pointe à sa partie 
inférieure ; elle était remplie de cendres et d'os- 
sements en partie calcinés. Plus loin, les ouvriers 
rencontrèrent en plus de vingt endroits différents, 
des plats en argile rouge, noire et grise , sur les- 
quels étaient des lecyihus ou bouteilles de verre à 
ventre renflé contenant des cendres et des osse* 
ments^ Puis^ tout auprès^ aes assiettes pleines 

(l) Lors de la démolition des fondations ae i^église Sn^int- 
EpVr'e, à TonI, en 1886, on trouva plad^it détbUèih rottàdus 
en pk>aib dont Tiln r^nfertnâil deux de ces Lecyihms pleine 4e 
cadres : its (ofit partie dç la coUeolbn de M. tlttftêii«« 
de Meijtx. ( Hf^m. dfi l^ S^dé^é royale dçs i^ntiq^-dg Ftfnçe^ 



SUR D£S C£ttCU«lLS KN PUDRllE. 3^7 

d'os de vpIaiUe et de cochon de lait. D. Guil- 
min, prieuf de 1 abbaye de Saint-Mansuy, dans 
une lettre qui est entre mes m£|iqs, fait part des 
détails de cette découverte à D. Calniet, et le sa- 
vant bénédictin en a consigné une partie dans 
sa Notice de la Lorraine^ art. Toux*, mais il men- 
tionne, en outre^ commç provenant de la même 
fouille^ de$ fragments de vases en verre argepté, 
ornés de figures d'hommes et d'aniii^aux intaillées 
avçc be£(Mcpup de netteté. L'argentufe de va^es ea 
verre de l'époque g^Uo-romaine serait, à ce qqe 
nous croyonsi uq fs^it unique, N'e^t41 pas proba* 
ble que D. Calmet aura pris pouf de l'argent ce 
reflet brillant et irisé que Iç verre acquiert souvent 
qi^and il a été longtemps en contact avec des cfeoa- 
dres^ et qui e^t le ré^q)ti^t de sa dâçompo^i^fon 
par la, soude que ces dernières.cpi^fieni^^t? Qq^nt 
au^ os de vQ^^le et d'autres animaux^ leur dépôt 
dans les sépultures antiques est ua fait qui se re* 
pieseate souveot^ et on les) cousidère gépçra)e 
inent, i^it comme une offrande au^i^ 4ii€|V!^ piaaes^ 
soit çompie lès restes de ces (estixist funéraires 
que les Ga|lo-Romains, chreiiefl» 9U nop,,4on- 
upent à l^ iport de leurs proches, <^o?^ ^^ 
le f^it eaçqrp de nos joifrs en plifsieurs^ ,)oc^lités 
àp Ip'rance et dn INord ^e l'£^f;çg^|^ ef don^ OQ dé- 
posait les relief^ prés des cei^we^ dif défupt. 

Il devenait donc présumable, au siècle dernier, 
comme nous l'avons dit plus haut^ que le ciofe- 
tiàce gallô^romaip de Toul devait se retrouver au 



Sa 8 K APPORT 

faubourg Saint-Mansuy , lorsque, en 18469 cette 
probabilité se changea en certitude par la décou- 
verte qu'on y fit, en creusant la canal de la Meuse 
au Rhin, de quatre cercueils en pierre de Rogé ville. 
M. le baron de Vincent, sous-préfet de Toul, qui 
s'occupe avec zèle de Tétudè des antiquités loca- 
les, se rendit aussitôt sur les lieux, et rédigea à ce 
sujet une notice, que M. l'ingénieur Volmerange, 
chargé de la direction des travaux du canal, et 
alors absent, confirma depuis par un proces-ver- 
bal accompagné de plans et de dessins. M. le mi- 
nistre des travaux publics, qui depuis longtemps 
vous prête un utile concours, vous a transmis ces 
deux documents, dont voici l'extrait. 

Les quatre cercueils étaient enfouis à a^^^So de 
profondeur dans le jardin du sieur Claude , qui 
occupe aujourd'hui une partie de l'ancien enclos 
des Bénédictins. Le premier offre une particula- 
rité que j'avais déjà observée dans un cercueil qui 
fait partie du musée d'Antiquités de Lyon. Le 
fond en est concave (pi. yi, fig. 1), suivant une 
flèche de o^k^O'j de profondeur, et le couvercle 
porte en son milieu une aréle saillante de om,o55, 
et, aux angles gauches qui correspondent à la tête 
et aux pieds, une moulure en quart de cercle dont 
la figure est indiquée pi. YI, n"* 2. Le même cou- 
vercle est en outre entouré d'un quart de rond 
et d'un filet. 

Le deuxième cercueil n'est qu'un simple coffre 
dé pierre sans moulures, à fond plat : il ne ren- 



SUR DES CBKCUEUiS BN PlEEAf. ' 3^9 

fermait, ainsi que leprécédent, que des ossements 
entièrement réduits en poussière. 

Les ossements renfermés dans le troisième cer- 
cueil étaient assez bien conservés pour qu'on pût 
reconnaître qu'ils avaient appartenu à une jeune 
fille. I^e couvercle est orné d'un filet longitudinal 
au milieu, et de trois bandas transversales situées» 
une au milieu, et une à chaque extrémité de la 
longueur. , 

Le quatrième cercueil, couvert seulement d'une 
large dalle brute, contenait un squelette d'enfant 
bien conservé f trois vases funéraires vides étaient 
à ses pieds (pi. VI, fig. 3). Le premier (pi. VI, fig. 
4) a o",a2 dehmii;ïïest diotej en verre très épais 
et coulé en ckéssis. La soudure est appareqte de^ 
puis la base jusqu'à la partie supériqure du pre* 
mier cercle sur lequel s'appuient les anses ^ qui 
ont été rapportées ; mais la gorge et l'embouchure 
n'en présentent aucune trace. On Ht au^deàsous 
du petit côté inférieur de ce vase, d'une forme peu 
commune, l'inscription en relief: 

RO REM 
T 

Les deux premières syllabes sont séparées par la 
soudure. La sigle T, qui est au-dessous de la pre- 
mière, ne serait-elle pas un FjfecitP ROREM serait 
alors le nom de celui qui a fabriqué le vase. Au cas 
contraire, nous ne pensons pas qu'on puisse don- 



33o HAPPOAt^ Etc. 

ntfr de celle idscriptiofi une ex{)Hl[^ttioTi bien sa- 
tisfaisante. 

Le deuiièioè vafte(ph VI ^ %. S) est utie tasse en 
verre dont les purois sont eiiduitesintériéUrement 
d'une matière huileuse. 

Enfin le tt*oisième (même pi. VI^ fig. 6) est en 
>erre ouitede cmiletir jftuofttre, et présente, dans 
la ctrconr<éretlee de ça j^arèie bdnlbéé, quatre caVi* 
tés qui paraissent avoir été faites avec le pouce de 
lu Aaâin» 

: 6îen que le» eeroueib de Sttint^Matiitf diffè- 
rent ràtrâ eui^ teiil par leur décôràlîon que par 
Ip^O^jgtaqu'ilareoCémiaîeht^dt 4iii'oq n'ait tfouTë 
dana leur intérieur aaotine mèomaie qui puînée bU 
der à préciaer l'époque de leur ètilfetttssément, 
toutefois le partttlélianlechei parole et la kittiae des 
YBies que l'un d'eux cqnteliMl ne permettent pas 
de kkir aaeigner une daté plut aneienne que (a fin 
du 11^^ dède de notre ère. 



RAPPORT 

kbUiéii 

k M. LB PRKPET DE LA âKlNE 

ANTIQUITÉS ROMAINES 

Drqs |e courant ^m »Qii 4d iam el iuttlol 1845 

mr wp. 091} «K m>i«ifBis 



« A(. LE Pb^T , 

f Bu pratiquant I derrière lu S»H|te*-GiMp»)le^ 
âuprm du bMimént situé mt k Hiiâf de là fiàrilhî^ 
rie, 1^ fbuflle néôessairë à l-exécutibt) éèi iWf&\ii 

(I) la Société Royale des Ântiqu^rés ^q î^rance| ayant 
appris que des découvertes d'antiquités avaient eu jieu 4aQ$ 
la cour de la Sainte-Chapelte, voulut âtre coQ^j^éteme^t édi- 
fiée sur leur importance, et chargea trois de ses n^embresi 
MA(. Beaulieui Gilbert et de la VilIe|iUe, di« lu* rendre 



332 RAPPORT 

d'agrandissement de cette partie du Palais-de- 
Justice^ nous avons rencontré à ^''^gS de profon- 
deur, dans un mur qui a fait partie de l'ancienne 
enceinte du Palais, de nombreux fragments 
d'antiquités romaines que nous croyons devoir 
vous faire connaître, afin que vous jugiez de 
l'intérêt qu'ils peuvent offrir, tant pour l'his- 
toire de l'art que pour celle de Paris, et que vous 
puissiez prendre à leur égard telle décision que 
vous jugerez convenable \ 

tt ARCHITECTURE. 

« I* Une partie d'inscription (pi. Vil, fig. i), de 

compte de ces découvertes. La commissioii se rendit sur les 
lieux et obtint de la complaisance de MM. Duc et Dommey, 
architectes qui dirigent les travaux d'isolement et d'agran- 
dissement du Palais-de-Jus*tice, la communication de tous les 
objets provenant des fouilles, aii^i que les indications rela- 
tives à la manière dont ils avaient été recueillis. Ces Mes- 
sieurs consentirent même à communiquer à la Société le 
rapport qu'ils avaient adressé à cette occasion à M. le Préfet 
de la Seine; ils autorisèrent en outre la Société à faire de 
ce tappcH*t l'usage qu'elle jugerait à propos, si M. de Rambu- 
teau y donnait son assentiment. M. d'Affry , membre résidant» 
s'est chargé de le demander, et M. le Préfet a aussitôt accordé 
cette autorisation. La Société a pu dès lors donner place, 
dans ses Mémoires, à un travail tout spécial et auquel les 
dessins de M. Albert Lenoir donnent un nouveau prix. {Note 
de la Commission des Mémoires.) 

(1) Les objets les plus intéressants trouvés dans les fouilles 
du Palais- de- Justice ont été déposés provisoirement au Mu- 
sée des Thermes. {Noie de ta Commission des Mémoires.) 



. '^^ £a Jhd^^y^dr^Jnti^uaire^ dt Froncée Toine^ XVJl/ Ihçe 32S. TIA 

Coupe du Tom b eau , 




Rg.2. 

Plan du Couvercle. 




%5. 



Plan du Tombeau. Vases trouvés dans le 2^. Tombeau. 



Fig. f 



■ 




H 




^ b C 

*•* 




■ 




H 




EdeUe f/e^ O, ÛS pour l&r ToinieaiiiXy. 
EcAeffe^ ci^ 0'l*^20 j:?our lej- fiures . 




Lith.dc Thierry frères à Par 



Cercueils trouvés àSadnt-Mansuy. 



THE NEW YORK 

PUÈLIC LîBKARY 



ÀÉTOB, LENOX AND 
IlLD&i^ FOUMDATIOM8 



Wm 




L 







SUR DES ANTIQUITÉS BOMAXNES. 333 

o*»90 de largeur, sur 0*970 de hauteur; les let- 
tres ont été rehaussées de couleur rouge, pour en 
faciliter la lecture à une grande distance. 

« a* Un morceau d'architrave, de o™,63 sur 
o™,3 1 , orné de perles et de feuilles à raies de cœur 
(pl.VII,fig. 2). 

« 3* Un fragment d'architecture, de o™,8o sur 
o™,58 (pi. VII, fig. 3), présentant un pilastre dont 
le chapiteau est détruit en partie, et un angle de 
fronton sans saillie. Le fût du pilastre contient 
des ornements sur la face principale et en retour. 
a 4* Une partie de corniche avec modillons. Ce 
détail, orné sur trois de ses faces, paraît avoir 
surmonté une colonne isolée sur la façade d'un 
édifice ou dans l'intérieur d'une grande salle. 

«5* Un fragment, de 0^,74 de hauteur sur o",9o 
de laideur (pi. VII, fig. 4)f présentant,<;omme prin* 
cipale décoration, un génie ailé, le bras droit levé, 
le gauche enveloppé d'une draperie. La tète était 
surmontée d'une coiffure en forme de modius. 
Des ornements sont sculptés sur l'angle droit du 
fragment et en dehors du cadre qui environne 
la figure. 

c 6* La partie inférieure d'un chapiteau pilastre 
engagé (jJ. VH, fig. 5), deo"",77 sur o°*,39. 

(X 7* Deux portions de pilastres ornés (pi. Vil, 
fig. 6), engagés dans un même bloc de pierre, de 
i", 34 sur o',4i. 
c( S"" A ces fragments sont joints un chapiteau du 



354 • HiPi^ki 

knï^ siècle et une moufufë dtl iiV^ bini^ de 
fleurons cassés. 

It E|f DU^TS fiT TKR^Eft CUIMS» 

t q"" Douze morceaux d'enduit de aécoralion in- 
tërieurei offrant deis restes de Fresques dont la 
couleur est bien conservée dans les tons rouges, 
Doirsjaunës; quelques-unes de ces fresques sont 
ornées de feuillages peinte (en vert) sur le fond, 
ainsi que de lignes de compartiments ^. 

(( lO^be grandes tuiles de couverture {tegulee 
hamatce)^ dont cinq entières. 

€ I !• Des tuiles de recouvrement {imbrices). 

c I a"* tlne grande brique die construction^ frag- 
mentée^ et déâ carreaux plus petits, formant une 
espèce de fourneau. 

k lâ"" t)es niorceaux dé tuyaux carréS| destinés 
sans doute à conduire le calorique dans les pai*oîs 
intérieures df^un édifice. 

ut VASE^*. 

« i4^ De nombreux fragments de vase^ide Aerte 
nnigei, oméf d« %«ns d'iMÉmMs e| d'attinaux 
grou]il&it 4dans d«s feuils^és. B'dÉtreé IragoiiRfts 



(1) l^es tons de ees enduits $piif «J^lui^eiit semb^Uef à 
ceux des ornements de même espèce q«Q l'on a retrouyés 
soit à Pompeïy soit ds&ns d'autres coDStructions Âje tépoqoe 
irotkfeitiê. f^ék âé U iJùMMUHàri dis tïÀnoïhs.) 



SUR DIS ÀltTIQUITis ROMAINES. 33^ 

de ces Tases rouges sont couverts de stries at4« 
lignes formant décoration. 

a 1 5*" Quatre fragments réi^nis formant le profil 
conaplel d'im vase qui devait avpir o%2i de dia* 
mètre. 

«c lô"" Des morceaux de v^ses plus commuqsi 
sans ornements, et en terre jaune, avec ciou^ 
verte rouge. 

c i^* Enfin, divers fragoieuls i» vases en terre 
grise, à couverte rouge ou noire. 

< BROirZB. 

« 1 8* Deux anneaux : un de o'^^ofrS dé dîaièètre, 
relire de ^v'^iiô, 

« 19** Une fibule fragmeaim. 

4< ua^ fîarlîe d'iw ^st^âsiionifaiit t» foraM d'un 

petit vase. 

/ • • . 

• FERS. 

* ùi^ Oti i^olgiiàrd du ivi* stecïe, très bxyd^. 

. « Des grfpdfl bram^a^.d'iLUgusfee, n^ IStAjan , 

empire à T^atCGIgie 4e4iii^(N»«mpereiini9fiàcasi bt^* 
^tfiv^n^tm fiiisA?&. l^tiskliiniAultesiteiNlittaîes 
de Philippe, de Posti^we^ 4a YÂctmni^ )iotr ai 



336 RAPPORT 

plupart raal conservées. D'autres bronzes, de 
divers modules, frappés pour Néron, Crîspine, 
Julia Maroaea, Gallien, Tétricus et Constantius 
Gallus. Il est à remarquer que Ton n'a trouvé 
dans ces fouilles ni monnaies de Julien ni au- 
cun monument, numismatique postérieur à ce 
prince. 

a lM[lfDAlLLES.MOD£RN£S. 

« H couronné, trois fleurs de lis. Henricus IIL 
Rex Franciœ et Pol. 

(cR, quatre fleurs de lis en croix, SitnomenDo^ 
mini benedictum» 

« Louis XIII eus XIII. R. Franc, et Na^^. 

Fleurs de lis. Tournois. 

« Louis XV, jeunet Dei gratia. R. Armes de 
France. Franciœ et N av. Rex 1721. 

<c Louis XVI. Franc, et Nav. Rex. Fontaine. 
Omnibus non sibi. 

a Un jeton octogone avec armoiries et chiffres 
couronnés. 

« Un jeton de la cour des comptes, trois fleurs 
de lis dans un cartouche couronné et entouré de 
feuilles d'olivier. 

« Mensura sui noscenda est, R. Couronne et 
croissants entrelacés de palmes et branches d'oli- 
vier, H. Caméra computoram regiorum. 

« Charles II, duc de Mantoue. R. Deux fleurs de 
lis. A. Denier tournois i654. 



SUR mf^ i^NTiQUiTia RoMAiNfes. 33; 

« Henri IV. D. G. Franc, et Nay. Rex. R. Sit 
nomen Domini benedictum iSpS. 

«( Louis XIV. Âi^. 1704. R- Sceptre et main de 
justice, fleurs de lis. Domine salvum fac regem. 

€ Louis XIV. 171a. Franc, et Nav. Rex R. 
Croix fleurdelisée. Pièce de xxx deniers. 

c Un double denier. 

« Jeton religieux de la Sainte-Chapelle : cou- 
ronne d'épines et clous. 1700. O bone Jesu. R. 
Croix fleurdelisée. O crux aue spes urUca. 

« PLAN DES FOUILLES. 

« Nous avons annexé à notre rapport un plan 
de ia cour de la Sainte-Chapelle, indiquant les 
fouilles dans lesquelles des fragments d'antiqui- 
tés romaines ont été trouvés. 

(FotV le pland^auire pari.) 



XVIIÏ. 



A»/. .;J .XT^ •«4»V^ ■» 




HAPPeRT SUA MÈ Aimi^ltis ROMAIH ES. 9l^ 



BEirrois tou i»tAK. 

«•A. — t*ôiiit où i*in$criptîon a été trouvée. 

« B.C. — Première portion de la fouille dans làqueUe on a 
découvert les divers fragments d'architecture marqués 
1,5,3,4,5,6,7. 
«Tous ces fragments faisaient partie de la deuxième assise dé 

libage de l*ancienne enceinte du palais. 

« G. B. — Dans cette deuxième portion de la fouille ont été 
trouvés là plus grande partie des médailles, poteries et 
tuiles, à une profondeur d'environ i*,80, 

«* D. £. — La troisième fouille a mis à découvert un conduit 
en briques de 0",25, sur 0'*,34 de hauteur, d'où sont pro- 
venus les grandes briques de fourneau et morceaux de 
tuyaux marqués n*** Il et 13. 
« Les médailles et monnaies modernes ont été trouvées dans 

cette dernière fouille, à une profondeur d'environ 2". 
« A. F. — Fondations de l'ancienne enceinte du palais. 

a Tel est, Monsieur le Préfet, l'état des nom- 
breux fragments d'antiquités romaines que nous 
avons rencontrés dans les fouilles faites pendant 
lacampagnede i845yetque nous avons recueillis 
et mis en ordre avec tout le soin possible. Les 
plans et dessins annexés à notre rapport vous 
mettront à même de juger, d'un premier coup 
d'œil, de l'importance de ces fragments, et de re- 
connaître les divers points où ils ont été décou- 
verts *. » 

(1) D'après ce rapport, on voit que tous les débris d'anti-^ 
quités trouvés dans les fouilles du Palais-de-Justice avaient 
été employés comme matériaux de constmction, et provè» 



340 RAPPORT, ETC. 

oaient d'édifices détruits sans doute lors de la construction 
du mur d'enceinte du Palais. Les suppositions auxquelles on 
voudrait se livrer en ce moment sur ces édifices ne repose- 
raient donc pas sur des données assez positives; mais on est 
€n droit d'attendre de nouvelles découvertes de la conti* 
nuation des travaux. U reste encore, tant le long de la rue 
«le la Barillerie que le long de la nouvelle rue de la Sainte- 
Chapelle, une très grande étendue de terrain à ejtplorer; 
et| par un rapprochement assez remarquable, la nouvelle 
enceinte du Pal aïs- de- Justice se trouve précisément suivre 
le même développement que cette enceinte primitive dont 
on vient de rencontrer les fondations. Toutes les deux lon- 
gent la nouvelle voie de communication qui aboutit dans la 
rue de la Barillerie. Des sondages opérés dans cette partie 
ont déjà donné la preuve que des restes d'antiquités y étaient 
enfouis. Tout donne donc lieu d'espérer que les nouvelles 
fouUles offriront un vif intérêt, et peut-être feront*elles re- 
trouvrer quelque fragment de l'inscription, qui permettra d'en 
restituer le texte entier. {Note de la Commission des Mé^ 
moires.) 



MÉMOIRE 



SUR LES 



ORIGINES DU LYONNAIS 

Par â««. BBRHiJIIIf lil»Biiir> réfiéUttft. 



CHAPITRE I. 

Le nom des anciens habitants du Lyonnais est S4gu$éa»$$ 
et non Séguêims, comme on le croit généralement *. 

i^orsque César vint dans les Gaules, il trouva 
ce pays divisé en trois peuples différents, sans 
compter la province romaine, qui embrassait une 
vaste étendue de territoire au sud et à l'est, et 
dont une portion conserve encore le nom de Pro- 
vence, dérivé de provirtcia. Ces peuples étaient^ 
au nord, les Belges, au midi, les Aquitains, et 
au centre^ les Cehes. Chacun d'eux se divisait en 
un nombre infini de nations ou cités'. Parmi 

(1) Nous avons déjà émis cette opinion, mais sans l'entou- 
rer des preuves que nous produisons aujourd'hui, dans une 
Lettre à if. d'Aiêiefy datée du 19 mars 1S46, et insérée aux 
n<* e95-6-7 du Jùumal de Montbrison. 

(i) Nous ferons remarquer que ce aiot n'a- plus de nos 
jours le sens qu'il avait autrefois, et que lui donne constam- 
ment César : il s'entendait alors de toute une nation^ et non 
pas d'une ville, quek|ae grande qu'elle fût. 



34^ MÉMOIRE 

celles de ces dernî^p^ qaî composaient la Cel- 
tique, César en mentionne particulièrement une 
qui correspondait à peu prè3 au Lyonnais, et dont 
on appelle généralement les habitants Segusiani. 

'l'oiis le» 9ut9i]r# modernes ont nclopté eettf 
déàemtnation, sauf une légère variante consistant 
dans le changement de la lettre initiale de la se- 
conde syllabe, écrite chez les uns par un Cy chez 
les autres par un b, #t chez quelques-uns même 
par un p. Cette diversité d'orthographe, qu'on 
rencontre parfois dans la même édition des au- 
teurs anciens, a produit quatre noms distincts : 
Segusianij Secusianiy Sebusianij Sepusiani; mais 
on peut les réduire à deux, à cause de l'analogie de 
proQOUoiation et même de forme qui existe entre 
le G et le C, d'une part, et le B et le P, de l'autre) 
de sorte que la difficulté se réduit à choisir eolre 
$egusiani el Sebusiam. 

Pour résoudre la difficulté^ nous; ffvon^ un bon 
moyen y c'est de recourir aux monuments contem*- 
por;uil9^ Q'est*à«dir0 aux inscriptions^ doni l'aii» 
torité est d'autant plus décisive dam celle quea« 
(ion qu'eUea n'ont pu varier de for«e^ eooHKe les 
manuscrits, et qu'elles ont été gravées par ou pour 
des gens du pays, qui savaient mieux que per- 
sonne comment il fallait écrire leuf m)m« Or 
toutes les inscriptions troiivéeii (\^m h luyoqiiaiii 
(et elles sont en grand nombre^)) po 'teni lé 6 et 
non le B. 

( 1 ) Nous les fero^ff cQ\^n^§ pl^f Um* , 



SUR LBS ORIMM» m LTOITHAIS. |^ 

Ifaîft si les mcHsittiiieiil» GcmÊmtapMmê fmnf 

vent que les auletirs qui. ont écrit UaMMide^yl» 

labe du nom de ram^ien peuple d« Lya^iNiUairtf 

un G ont eu raison vils prounent au^é.qimerfs 

atfteursMiteu tcirt da mettre urUà te^quiriirîàBifi^ 

ctar c'est SËGYâUVI^ oit au fMias foa raktiaal 

SEGY^IlV^quon retratitil^ùi^ tau|:ee'lea!iMarîfH 

tion&oùJe iuhh deoe peuple siétié le fimitmmit 

f^teoieat repeodvift^ I^Quseii cUerQnapiMiqttltàt 

rMMnl qUatte^ d'^^p^qt^e» dk(fém%9M^i ^OÊ^itoéé^ 

modtrer que ne s'ftAt pas» là i)m èkppk^onroîir 

d'artiste;^ et que cette ojpihoi^^ph^ m%J»)bimmi\ 

Ce db^ag^M^tttyquoâqyte peu eoo^diéniU^iirMt 

pM SMS iiuportaof^e^ eâr il ftow £llr^e^è modiSif 

aussi ie nom frauçais qu'on donne depuis plusiQiHPf 

siècles àvranoièn p^^uple gaulois du L^idniiais^i iJi 

lieu de Ségusien, c'est Ségusiave que Ofuif : l'ap»- 

pellerons, pour consi^rve^r. autant que possiblÉ la 

forme ;latiile la ^uaauiiiÉàtique» « >,.;.. 

lie premier neioiuwarit que m^m ajwiii^ àpcbf 

^Mre à l!appjii. 4e iKvtru opU^ion. çst. jiîm iioPii» 

des antiquaires s c'est: «ine. tm^maie l^aftdaîtif eii 

aident,- irappée dè^ ke pitmiers teo»^ 4^ kiffstnh 

^te^ e'estrrji-dipe 4avi4 ie prehder aiiièele'awi^ 

notre ère, et sur laquelle on lit, autour d'une 

figura caisquee qui i^préséoite ^na doute ia d^epse 

séguBtavetSËGVSlAV S. L'aVam^dtUciière Imre 

est, à la vérité, séparée de SEGVSÏA par le casqué 

dé la déesse; mais cela prévient de ^'niàladressi^ 

du graveur, qui n'9 pa> su di$P9$ÇT ^QR î>^Çnptip|^ 



344 

d'vroe méaièfe cota^enable dans Fespaoe réservé 
ail prénier mot. Quant à l'S finale, elle est s^a- 
rée do V par an espace considérable, et doit éVi- 
deaini9Dt dire considérée comme l'initiale d'un 
autre mot. Peut-être faut^il lire : Segusiava salutU' 
rù (déesse proteelrice des Ségusiaves ). Nous n'en- 
treprmdroDs pas d'expliquer ici les autres types 
qii'<»n ^voit sur lërevers de cette ourteus^e médaille '; 
nous insisterons seulement sur eeque nous avons 
ditd^à en faisant remarquer que si les savants 
n'ont pas osé jssqu^ici rattacher le second V au 
pvetnier grimpe de lettres, c'est que tous les livres 
semblaient repousser cette restitution, et que ce 
monument était seul. Mais aujourd'hui, en com* 
pagnie <fes autres que nous allons faire connaître, 
il reçcHti d'eux une lumpère qu'il leur renvoie à 
son tour. 

Le seoQDd témoignage que now invoquerons 
est un ex vota tfofivé à Bagodres de Liiohon, et 
pb«^ maintenant daps'le musée de Toulouse 2. 
Ce monumeilt^ qui se compose d'une petite tabie 
4e |nerre de !ia ^Mutimètt^ de hauteur sur 17 de 
iargeur, por^e une inacription par laquelle on ap- 
)pi«ead qu'il fat érrgé:aux Nymphes, par une éam^ 

' (1) IVonsea cbondmplus Isio la descriptkm et la gravure. 
V (9) M, <itt Ifèg^;, l^.dîrecleDr d|i Bfusée, à qui «pimnous 
itiQii3 adressé poui; ^rfAt m e^mpage de l'inscriptioo dace 
monument y a eu TphligeaDce de nous en faire faire m 
fac-similé en plâtre, par le moyen du moulage, afin que noi^s 
puissions en arorr une idée plus exacte. * ' '1 '^ 



SUR L£S ORIGINES DU LTONfiTAIS. 345 

nommée Caasia Touta, née dans le pays des Së« 
gusiavesy mais qu'une maladie avait sans doute 
conduite aux eaux des Pyrénées. Voici cette in- 
s<»*iptiony qui doit être du premier siècle de notre 
ère, si on en juge par la forme des lettres, dont la 
hauteur est de 3 centimètres environ : • 



ITTMPlIS 
GA.SSIA 

TOVTA 
SRGVSIAV. 
y 8 L M 



Le troisième est beaucoup plus important que 
les deux autres, parce qu'il a été trouvé dans le 
pays même: c'est une pierre tumulaîre récem- 
ment extraite^ des démolitions du vieux pont du 
Change, à Lyon, qui datait, comme on sait, du 
XI* sièele^Cette pierre^ déposée au musée de la ville, 
se conpôse d'un bloc énorme en calcaire jurassi- 
que, ayant un mètre de large et i»,56 de hauteur. 
Sur l'une de ses faces on lit l'inscription suivante : 

fmaglioprIsciak 

segvsiavo 

patripahaeprIsciait 

(1) No«&. en devons la çoonaifisance A M.Goiaarmont, dt- 
recleur du Musée de Lyon, qui nçm a afiçoncé le premier 
cette découverte daûi une lettre du 3 août 1S46. Grâce à l'or 
bligeance de M. Perrûiy imprimeur A Lyon , nous en possé- 
dons aiqDiinl'IiiiiBi) dessin etact. 



3^ MPMPIHE 

hwleMfe^ dfii ceto ipser^iUQV^qui Aoit étr^4|l 
trpUièfBe «ièole deaotre èrc»,0Dt environ &4 m^Ul^ 
ip^iFe»d6^aM|eur,et;ftQptparfait^aieQtopq#ar^ée^ 
ffàça à TMaplpi qu'on ^v^it fait <le fpr^ Ininn^ 
}^W0 dq la pierre ^ur laqu/olle ^})e s^ irouv^ 
Âu-dttssous d^ )a tfoi^iéinQ ligQ^ QR voit quatre 
lettres (LIAE) sans rapport avec l'inscription que 
nous venons de tran^rirei et qpi n'ont pas moins 
de ^7 centimètres de hau^ur. Elles sont d'une 
belle forme, et déi|iontrent que cette pierre avait 
fait précédemment partie d'un monument consi- 
dérable don t elle e^t U saui débris connu . Le creux 
de ces lettres avait probablement été rempli avec 
du stpc, qui çst tombé depuis. 

Vaipi h reslitqtion tjije qous proposons pour 
çett^ ipsçriptiQq^qiiiç^t çaqs poipt ni espace entr« 
li^s fnot?, et dont la troisièipeli|ttç pré^ent^ quel- 
que incei^tîtvide: 

Publia Maglio Pf^isdana S^UMia^o pairi • 
pientêssima ^ amatimmo Mlîus Priseim/êêês, 

ou, eu français: 

«i£lius Priscianus à son père très/7ie2u:et très aimé 
c Publius Magllus Prisciano^, Ségusiave. » 

Le quatrième monument est le plus important 
de tous, car non-seulement il a été trouvé dans le 
pays, mais encore il concerne un de ses princi-. 
paux magistrats; c'est une plaque en bronze siit 
laquelle est ciseléç une insçriptioi^ funéraire à \f^ 

(1) Yoyei le dictionnaire d# FoivelUfti^ au ttoc JM«|«. 



SUR Les originbs bu lyonnais. 3^7 

mémoire de Sextus Julius Lucanus, duumvir de 
la cité des Sëgusiaves. La forme des caractères de 
cette insi^riptîon peFmet de lui assigner pour date 
le deuxième siècle. En voici les trois lignes prin^ 
ei pales: 

SEX. IVL. LVGANO ÎÎVIR 
CIVITAT. SEGYSIA.VOR 
APPARITORES LIB. 

Nous reparlerons plus loin de cette iof^riptiQa S 
qui demande qudque^ e;f(pUçatiot^, qt qui, du 
reste, est un mopumenl; hii^torique du plus gmM 
intérêt; mais il faut d'abord vider la question 4m 
forme qui pous occupe, et qui parattr^ sana doutfi 
bien étrange aux personqes fjamilières 9 l'iûstoir^ 
ancienne du Lyonnais. Nou3-niéme poii^ ^av^ns 
longtemps trouvée telle: en présence dep ipaqu-r 
mçnts que noua venop? d'invoquer, et qui qpupi 
semblaient ç^peqdant d'autant plus çQtpqlu^pta 
qil'qq ne peut leur en opposer aucun autre du 
même genre, poqs hésitions encore, domipé qw 
poqs étiops par l'wpapirpité de^ livrer impriipé^, 
qui tous ^oi>t çp opppsitiqn avec \^. système qufî 
PQUs sQut^nopç aujourd'hui. M^is ^ nfin, ébrf^pJé 
P^r Tsiutorité inçQptQsti|blede3 inscription^^ npmi 
avons voulu vérifier l'exactitude des éditions des 
ancien» autours en recourant aux doi?uiiieota qri- 
ginaua, aux «Anusarilsqui, étant les plua ancii^nay 

(1) Voyei-en la Mpraduelifm ci^davaat» p. %fùé$ e$ w^ 
luma. 



348 MEMOIAE 

doivent être les plus fidèles, et nous avons \u 
qu'ils étaient presque tous d'accord avec les mo- 
numents invoques plus haut, ou que si parfois ils 
en différaient, il fallait en rejeter la faute sur les 
copistes, qui ont pris Vu^ qui tenait autrefois lieu 
du V dans le milieu des mots ^, pour un /i. 

Comme le témoignage des manuscrits est im- 
portant dans la question, nous allons passer en 
revue quelques-uns de ceux que nous avons pu 
étudier. On verra que les éditeurs ne se font pas 
faute d'altérer les originaux pour simplifier leur 
besogne. Au lieu d'éclairer leur texte avec des 
notes,ils le modifient, sans s'inquiéter s'ils mettent 
ainsi le lecteur dans l'impossibilité de contrôler 
leur opinion et d'arriver à la vérité. 

Nous dirons d'abord que c'est à tort qu'on a 
cru voir le nom des anciens habitants du Lyonnais 
dans un passage du plaidoyer de Cicéron pour 
P. Quiotius*. Au lieu du mot Sebusianos, qu'on 
imprime habituellement, et qui d'ailleurs se rap- 
porte à un autre peuple, comme nous le montre- 
rons plus loin, c'est Sebaginos que nous lisons 
dans les manuscrits 6369 et 7777 dé la Biblio- 
thèque Royale. Or ce mot n'a aucun rapport avec 
le nom des Ségusiaves; d'ailleurs le fond même 

(1) Au commencemetit, le v tenait aa contraire lieu de Tir, 
OQ, pour mîeax dire, les anciens ne faisaient aucune distinc- 
tion entre Vu et le v^ sinon que pour eux la seconde de ces 
lettres était initiale, et la première médiaie. • 

(2) Ghap. xxv de l'édition de Panckoucke. 



SUR LES ORIGI9IS mi ITONNATS. 3^9 

du discours prouve qu'il n'y est pas question de 

ces derniers. En effet, il s'agit, au procès, des pro* 

priéiés de deux citoyens romains qui furent 

mises en vente à Narbonne plus de vingt ans avant 

ranrivée de César dans les Gaules, c est>à-dire 

avant que les Romains possédassent rien hors de 

\b. province. Évidemment c'est dans cette dernière 

qu'étaient situés les domaines en litige, et non 

dans la Celtique, où Névius, l'une des parties, 

n'aurait pu faire exécuter les lois romaines contre 

Tautre par ses agents, ce qu'il fit cependant en se 

prévalant de la non-comparution deQuintius de* 

vaut les magistrats de Rome, à un jour donné. 

Pour César, c'est différent : il mentionne deux 
fois les Ségusiaves au livre Vil dç ses Commen- 
taires ^, à l'occasion d'une des révoltes, des 6au« 
lois contre leurs vainqueurs. Eh bien ! aux deux 
endroits leur nom est écrit Segusiauis au datif, 
dans un manuscrit fort précieux du xii« ou du 
XIII* siècle ', qui a appartenu à de Thou, et qui est 
inscrit sous le numéro 6766 de la Bibliothèque 
Royale. 

(f ) Chap. Lxiv et lxxx de l'édition de Pancioucke. Noat 
renvoyons aux imprimés, parce que la plupart des manuscrits 
que nous citons n'ont ni folios ni indication de chapitres, et 
qu'il est difficile d'y trouver le passage qu'on cherche, si on 
n'a sous les yeux un volume imprimé. 

(3) Il y a à la Bibliothèque Royale un manuscrit des Com- 
mentaires de César beaucoup plus ancien, nuds il est incom-* 
plet, et n'a pu nous servir, à notre grand regret. 



De son côlé^ PUne iè uttuimlisie oumikititté 
aussi les Ségusiaves pfintii les peuples de la Gaule 
celtique ou lyonnaise. Quoiqu'il écrive leur nom 
d'une façon un peu étrange» on ûe peut élever de 
doute sur l'identité de ce nom avec celui de la na- 
tion qui nous occupe^ car il dit que c'est slir le 
territoire de ce peuple que la colonie de Lyon fut 
fondée. Voici le passage en question ; nous Teoi- 
prulitons à un précieux manuscrit du ix« siècle, 
eonservé à la Bibliothèque Royale sous le numéro 
6795 c uSecusiabbi liberi in quorum agro colo- 
a nia Lugdunum. » Les éditeurs modernes écri- 
vent simplement Secmsiani^^ sans se préoccuper 
en aucune sorte de ce que portent les manuscrits^ 
et qui avait cependant fort intrigué nos pères. 
CeuX'ci, divisant le mot en deux, comme il l'est 
en effet dans lé manuscrit que noué venons de 
citer, par auite d'une négligence de copiste, en 
ont fait le nom de deul peuples dirtincts^ les 
Seeuêi et les iélbi^ mais ne sachant plu§ comment 
expliquer alors la dernière partie de la phrase de 
Pline, ils disent que les Mbi étaient sans doute 
une des tribus du peuple ségusiave ^. Nous reje- 
tons Tune et l'autre version, trouvant tout natu- 
rel que Pline ait écrit en un seul mot Secusiabbi, 
d'après quelque manuscrit grec où le nom des 
SégusisLVies devait en effet affecter cette forme, qui 

(1) Plhie, Bist. nat.^ lîv. iV, <:h. kxtii de Sédition de 
Pilickoucké. 

(2) ne la Mui«, Bist Aupm de iFortt, p. 16. 



SUR LftS ORlOfim B0 LTOlfIfAIS. 3t5l 

réfiond parfailckiteAt att Segmtimvi 4e déoMr^ al^ 
tendu le rapport existant entre le c et le ^ d'une 
pàrt^ et le & et le ti de Tautre^ 

Ceci nous amène à di^e nn mot des au^enra 
gi^cs qui ont parlé des anoieiiB habitantli du 
L»yoiiiiais* 

Strabon et Ptolémëe sont les . seuls dans les 
œuvres desquels il soit fait mention des Ségn* 
siaves^ Le nom de ce peuple se trouve trois fois 
dans Btrabon; mais il y est écrit de plusieurs ma- 
nières différentes^ du moins dans les manuscrits^ 
car dans les imprimés les éditeurs ont fait dispa* 
raitte dette irrégularité en adoptalit une ôrtho^ 
graphe unique. MaiheUrèudement leur choix est 
tombé, suivant nous, à côté de la bonne version» 
Les plus anciens manuscrits de Strabon portent 
le bêta (p), V upsilon (y) et le nu (v): c'est ce dernier 
queles éditeurs ont adopté, sans prendre gardeqUe 
les copistes l'avaient mis pour le second, avec le- 
quel il a beaucoup de ressemblance. Le bêta^ dont 
la forme est si difTérente^ aurait dû cependant ap- 
peler leur attention; mats Forthographe adoptée 
dans le latin les a déterminés, et ils ont écrit par- 
tout (jeyoaiayoi au lieu de cfeyoaiocvou Ainsi le manus- 
crit i397 de la Bibliothèque tloyale, qui date du 
XII* siècle, porte, au premier endroit, asyyoauivoi^ 
au second, èyjoatiyot^ et au troisième, aaîyyawidS^i 
(aliàs batyomduoi)^; lé manuscrit iSgd, qui n'est 

(1) V\^es u I, p» 290 et ZÙO de i'éditîoB. de Straboa pu- 
bliée k Berlin par les soias de BI. Gustave Kramer, et aooi 



35a MéMOfRE 

pas moÎDS précieux, quoique plus récent d'un 
siècle: a^ù^viS^i^ êyyoatebfot^ (niyocFuiuoi } eufio un 
autre manuscrit du xv' siècle, conservé à Venise*, 
porte, au second endroit, èyyocaxi^t^j et une édi- 
tion de Strabon inprtttéeàBàleeo 1 547yè^oata6bf % 
d'après quelque monument authentique que mms 
ne conoaissoiis pas. On voit que le béia et Vupsi^ 
Ion figurent altm-oativenient dans les trois en- 
droits : c en esl; assez pour démontrer l'erreur des 
copistes et des éditeurs modernes; nous disons 
modernes, car les éditeurs anciens avaient en- 
trevu la vérité, et la preuve, c'est que dans leurs 
traductions latines ils rendirent le nom des Se- 
gusiaves par Ergasiavi et £r^ogiavi\ adoptant, 
comme on voit, la seconde version de. tous les 

les auspices du gouvernement prussien. Le premier volume 
seul a paru jusqu'ici (en 1844); les érudits attendent les 
autres avec impatience. 

' (1) Ibidf p. S90. Kous ferons remarquer que Venise 
hérita des livres de Pétrarque, qui, sur la fin de ses jours, 
s'était adonné avec passion à l'élude dn grec. Peut-être ce 
manuscrit provieQt*il de la bibliothèque de rimmorlel chan- 
tre de Laure* 

(3) Pour plus de clarté, nous écrivons partout le nomina- 
tif au lieu du génitif, qui se trouve dans quelques-uns 
des passages cités; mais nous donnerons plus loin le texte 
même. 

(8) Voyez p. 177 de cette précieuse édition. 

(4) Voyex toutes les traductions latines anciennes » parti- 
culièrement celle de l'édition citée dans la note |frécédenle, 
et cdles qui se trouvent en manuscrit à la Bib^othèque 
Royale. 



SUR LIS ORIGINES BU LYONNAIS. 353 

manuscrits, qui est SHtus sigma initia]. L'absence 

de cette lettre peut s'expliquer de deux manièi^ei»: 

i"" par omission, a® par confusion, le 1 ayant une 

certaine ressemblance avec TE. Mais peut-être lé 

sigma ne se trouvait-ii pas réellement dans le rtom 

gaulois, et lui fut-il imposé par les Romains àfià 

de remplacer une aspiration trop rude pour leur 

gosier méridional. C'est ce qu'ils firent, en effet, 

à plusieurs mots grecs qui passèrent dans tenr 

langue, comme Èyearo, qu i devin t Segesta (Segèsf è); 

£k^j $al (sel)y Si, sex (six), éitra, septem (^ept), éie. 

Quant a Ptolémée, qui nomme denx fois les 

Ségusiaves^, quelques-uns des manuscrits de la 

Bibliothèque Royale portent bien aussi Y upsilon 

à la quatrième syllabe; mais le reste du mot y 

est écrit si étrangement qu on a peine à le reooo-* 

naître : on lit au premier endroit : ètou^iadfoc 

( ms. i4oi )y ivùx^iàyoi (ms. 140^)7 étouGrioTat ( ms^ 

i4o3 et pal.), mvacixyToc (suppL 1 ig)^ ov/oioaisiLvoi 

(divers ms.) ; et au second endroit : Tetou<ni)cvo ^ ms. 

palatins), teTouaiâcyo((suppl. ii9),78}^o-j<navo£{fffM. 

i4oa), <7£you(7iavTO( (divers ms.)!'. Toutefois, à tra^ 

vers la variété de forme donnée àoèmot, et qu'on 

voit facilement provenir de l'inattentioii des scri* 

bes^ on retrouve encore la véritsi^e ortho^aphe. 

Il suffit pour cela de rapprocher les manuscrits 

(1) Enarrat,^ livre II, ch. viii. (Voyez plus loin, p.861.) 

(2) Voyez rédition avec variantes de Ptolémé^ publiée 
par M.. Wilberg/ à Essen, in-4^, 1S38 (premier et second fa- 
cicule , pages m et 1 39.) 

XVIII. M 



1 



354 miHOUtm 

oii de faire deus reotificattons à la seconde ver- 
sion des célèbres manuscrits palatins; la première 
de ces rectifications consiste dans la substitua 
tion du sigma au premier iau, comme le veut 
le manuscrit i4o4S ^^ l'autre dans celle d*un 
^axnma de cette formel, qui a peut-être trompé 
le copiste , au second tau. Nous aurons alors 
oc/owatowot ou 9e/QV9tayoiyqui répond parfaitement à 
r€Nrthograpbe des inscriptions. Il reste encore, il 
est vrai-, a expliquer la première version; mais, 
si on veut bien r^arder d'un peu près, on verra 
qu'elle ne diffère réellement de la seconde que par 
rinitiale de la syllabe finale, qui doit être retran- 
chée. Pour ce qui est de l'absetice dû ^^^ma, nous 
renvoyons à ce que nous avons dit déjà à la fin de 
l'alinéa précédent, au sujet d'une des versions de 
Strabon, aussi sans sigmaK Cette variété d'ortho- 
graphe qu'on rencontre chez les auteurs anciens, 
relativement aux noms des peuples gaulois, prouve 
la difficulté qu'ils éprouvaient à les rendre exacte- 
ment dans leur langue. Les noms qu'ils donnent, 
n'étant que des traductions approchées, difFèrent 
suivant la manière dont ils les on t entendu pronon- 
cer, ou mcQQUB suivant certains systèmes grammati- 
caux. C'est ainsi, pour prendre un exemple entre 

(1) Le tau a été etfacé, et remplacé par un sigma. 

(2) M. Wilberg , dans son édition citée à la note précé- 
dente, écrit aux deux endroits Eyovo'tàvot; mais il nous ap- 
prend ^u'au second les deux manuscpts palatins porteac 

TtTOVO'CCCVOC. 



SUR LES ORiaiHIS BU LTOVWAIS. SSS 

mille» que nous donnons aux faabiUiits de Ttle dé 
Madagascar deux noms qui certainement ne ren^ 
dent qu'imparfaitement celui en usage dans le 
pays : Malgaches ej; Madécasses. 

Quoi qu'il en soit, on voit que^tous les ma- 
fiuscrits viennent confirmer l'orthographe que 
nous avons adoptée d'après les inscriptions. Au 
reste, lui fussent-ils opposés, nous n'en soutien- 
drions pas moins que ces dernières seules sont 
exactes, attendu qu'en semblable matière l'au- 
torité de gens étrangers au pays et à sa langue 
ne saurait l'emporler sur celle des indigènes. 
La terminaison en v n'a d'ailleurs rien d'insolite 
dans une dénomination de peuple gaulois. Au 
midi de celui dont nous nous occupons se trou- 
vaient les Fellas^i^ habitants du Valais; les H&tvii^ 
habitants du Vivarais, et au nord les Brannoyiïf 
dont là position n'est pas bien certaine, mais qui, 
on le voit, faisaient partie d'une zone dont pres«- 
que tous les noms avaient une terminaison ana- 
logue. 

Au surplus, il est très facile <l'expliquer fa csluse 
de l'erreur si générale que nous venons de relever. 
On a confondu avec les Segusiavi un petit peup^ 
voisin que César appelle Sebusiani^ et qui ocoii*^ 
pait à peif près l'arrondissement de Trévoux, on 
le sud-ouest du département de TAin, comme 
nous le démontrerons ailleurs. De cette confusion 
est né le mot Segusiani, lequel a paru d'autant 
plus naturel qu'il se rapprochait de ttlui des har* 



356 itnSiiCûiRB 

bitants de Siue, beaucoup plus connu des au- 
teurs^ soit parce qu'il se trouve sur un plus grand 
nombre d'inscriptions, soit parce qu'il a survécu 
plus longtemps, grâce à ce qu'jl se rapporte à une 
ville encore existante, tandis que l'autre s'appli- 
quait à un pays dont l'existence a été plusieurs 
fois bouleversée ^' 

CHAPITRE IL 

De retendue du territoire des Ségusiaves'. 

Maintenant que nous avons fait connaître le 
véritable nom de l'ancien peuple gaulois qui ha- 
bitait le Lyonnais, nous allons essayer de déter- 
miner les limites réelles de son territoire, en nous 
aidant des passages de quelques auteurs anciens 
et aussi de la configuration des lieux, car il est 
des barrières naturelles qui s'imposent aux peu- 
ples à toutes les époques. 

Si l'op admettait, suivant l'opinion commune, 
que les anciens diocèses répondent aux nations 
gauloi«esi, il faudrait attribuer aux Ségusiaves un 

(1) Les habitants de Suze sont appelés tantôt Segusini 
{rayez tes recueils d'inscriptions de Gruter, Muratori , etc.), 
UmtôA Se^sienses (royez le panégyrique de Constantin, 
par saint Nazaire» §§. xxi et xxu), et quelquefois même «Seifu- 
siani ( voyez dans le Recueil des historiens de la France^ par 
dom Bouquet, t. Y, p. 772, un diplôme de Charlemagne, 
de 806, où ce pays est appelé Segusiana vallis), 

(1) Pour l'intelligence de ce chapitre» voyez la petite carte 
placée à k fin de ce tnémoii^e. 



1 



SUR LES ORIGlNJiS DU LYONNAIS. 357 

territoire double à peu près de celui qu'ils occu- 
paient réellement j car le dioœse de Lyon corn* 
prenait encore, an commencement du xYiii^siède, 
outre le Lyonnais proprement dit, et une grande 
partie du Forez et du Beaujolais, situes sur la 
rive droite de la Saône et du Rhône, le pays de 
Dombes, la Bresse, une partie du Bugey , du comté 
de Bourgogne et même du Dauphiné, situés, le 
dernier sur la rive gauche du Rhône, et les autres 
sur la rive gauche de la Saône. Mais cette opinion, 
du moins en ce qui concerne le pays dont nous 
nous occupons, est tout à fait contraire aux don- 
nées de l'histdire. 

Strabon dit, il est vrai, que ^es Ségusiaves sont 
entre le Rhône et le Doubs *; mais ce dernier mot 

(l)Noos donnerons ici tout le passage de Strabon : jon 
verra qu'il renferme plus d'une erreur géographique. (Voyea, 
au reste y la note 1 de la page suivante , pour une rectifica- 
tion proposée. ) 

« AvTo fih W rô Aovyîovvov , cxTco-fxévov Otrô 'kofta xottà vh 
9MpL(So>^ ToOtt ipapàç irbtâfiou x«t tov 'poSoyoii 9 xtttix^vo'c 

yàp tfurojBfîy %|a«vfoci , xat2 to vôfieorfta ;i^a/»«TTOvo'w iinaU^K x6 xt 
àpyvpoij y.ai to xp-o^oUt ot Twv *Pft>/xai&)V rtytpLcvtç, To « Upw tô 
ittahtx^i^ vTrôfràvTuy xoev^réSv raXaruv Kalvapt rô £c$«artûy ftph 
ravTiBff ï^p'orù rriç itokioiÇ 9 ini r^ avfA^oX^ tw» trota^wv • «m 9è 
j3ôftoc âÇeoXoyoff «ireypayi^v f^wv tôv el^w» Ç'tôv «jOtJ^fAÔv, xac if- 
xovffc TovTwv Ixà^Tou ftioc, xaî SXkoç ftcya;' ir/soxoL^nrac 9i rov 
fôvovCTfiv ZflecyoffcàSuv 19 irôXec «VD}) xccfttvog jEtsraÇO tov 'podocvov 
xal ToO AowScof t« ^ «Çnff t« ffvvTjivQVTa ir/aôf tôv Piîvov, rà 
ftfv Oiro TOV Àov6eoç ôptCcrae, rà S* viro roO ipapoç* ovtoc fifv 
ovVi M( f i|M»T«c irpoTf pov ûiro twv i[XiriMV xsti «Otoi x«tivf x<^fvrrr} 



358 MiMOllB 

•st venu évidemment par erreur $ous sa plume, 
car il ajoute que le Lyon est la capitale de oe 
peuple. Or Lyon, bâti sur la montagne de Four^ 
TÎères^ comme l'indique son nom latin, et comnoe 
le rapporte Strabon lui-même^ c'est-à-dire sur la 
rive droite de la Saône, qui porte au Rhône les 
eaus du Doubs, se serait trouvé hors du territoire 
des Ségusiaves. Nous avons d'ailleurs une preuve 
matérielle de l'erreur de Strabon, ou plutôt de ses 
copistes, c'est que presque toutes les inscriptions 
qui portent le nom desSégusiavesont étédécouver- 
tes et se trouvent, non à la gauche, mais à la droite 
de la Saône, non pas même près de Lyon, mais 
fort loin de U, à Feurs, sur le bord de la Loire. 
Aussi tous les traducteurs et éditeurs de Strabon 
s'accordent-ils à dire qu'il faut substituer le nom 
de cette dernière rivière à celui du Doubs dans le 
passage en question V Cette correction nous parait 

fyut* fie hà fil^pw ffvfurto-âyrrr, tiç tiv 'Pe9«yiv itmxmfipwrmt> 
JÛÛiac f taxhf IfipUèC h xmïç iXicivi xàç nnyàt <X^» Z^xoiNntôc 
«M|M( y fhn* *Pct )* ilç T0y nxwvov » tmpaÙatîhç Tf *Pibvy ité 
£dyovc ôfMM^^u» ffvya9rTo»TQC T^ 'P«v*i ta «pic .tîuTàS'ciç 
ràv«$xla xû Apapt.» (Strabon, livre lY, ch. ui.) 

(1) M,KrsiDer,doDt nous avons déjà invoqué l'autorité 
(p. S61,note 1), attribue cette erreur aux copistes, qui ont con- 
fondu» dit-il, les lettres initiales du nom des deux rivières ( aà). 
Il ajoute, avec raison , qu'il faut faire la correction, non-seu- 
lement dans l'endroit auquel nous venons de faire allusion , 
mab encore quelques lignes plus Icnn , où Strabon parle des 
limites de la portion septentrionale de la Gaule. (Voyes le 
texte k la note précédente.) 



SVH LES ORIGimS BU LYONNAIS. SSg 

•n effet indispensable; mais elle hisse encore 
beaucoqp à désirer dans le texte de Strabon, car 
on verra bientôt que le territoire des Sëgusiavea 
n'était pas limité par la Loire. 

Quoi qu'il en soit, il est certain qum ce territoire 
s'étendait jusqu'à Lyon, mais se déparait pas -le 
Rhône. Cest un premier pointacquis incontesta- 
blement à l'histoire. Tous les auteurs, tant anoieos 
que modernes, s'accordent à dire que les Allobro^ 
ges occupaient la rive gauche du fleuve 2 on en doit 
conclure que la Ségusiavie était limitée à l'est par 
le Rhône, au moins depuis l'endroit où il reçoit 
les eaux de la Saône jusqu'à Givors, où la pro^ 
vince romaine s'avançait sur la rive droite du 
fictive pour gagner Toulouse en suivaqt les monts 
Cévennes. 

César, le plus exact de tous les autburs anciens 
qui ont écrit sur la Gaule, dit que « les Ségusiaves 
sont limitrophes à la province romaine^. » Or 
cette circonstance ne pouvait se présenter qu'en 
un seul point, celui-là même dont nous venons 
de parler, c'est-à-dire depuis Givors, qui est sur 
la rive droite du Rhône, jusqu'à la branche des 
Cévennes qui traverse le Lyonnais. Cette limite 
est précisément celle de l'ancien diocèse devienne. 
Au reste, toute cette contrée est hérissée de mon- 
tagnes arides qui forment une barrière naturelle. 

(1) « Heduîs Segusiavisque, qui sirnt finitimi provincial. » 
César f De bello galLy lib. Vil, cap. lxit. (Voyez le ms. des 
k>iiiiiientaires cité p. 849. ) 



Commentaires cité p. 849. ) 



Il e» est de même de Tespâce compris entre k 
ohaioe de montagnes dont il vient d'être question 
et celle beaucoup plus considérable qui sépare 
l'Auvergne du Lyonnais, ou plutôt du Forez. Nous 
lœceptons d'aittant plus volontiers ici les confins 
ecclé^astiques, que le diocèse du Puy, qui limi- 
lait de ce côté celui de Lyon, correspond au pays 
des Yélaves {VeHa^i)^ longtemps soumis aux Ar- 
vemes (^n^errif), ennemis desHéduens, et par 
conséquent des S^;usiaves, leurs clients^. . 

Pw une raison analogue, la haute chaîne de 
montagnes qui sépare TAuvergne du Forez dut 
naturellement servir de borne au territoire des 
Ségusiaves. Il ne fallait pas une ôioiodre. barrière 
entre deux peuples dont Tanlipathie a survécu à 
toutes les révolutions, et se manifeste encore de 
nos joursy non plus par la guerre, devenue im- 
possible, mais par un mépris réciproque et bien 
injuste. Au reste, ici nous n'en sommes pas ré- 
duit aux hypothèses; le géographe Ptolémée, qui 
vivait au commencement du second siècle de 
notre ère, nous apprend que les Ségusiaves con« 
finaient aux Auvergnats. Il les met, il est vrai, près 
du peuple de Tours; mais cette confusion pro- 

(1) « Imperant Heduis atque eorum clientibus, Segasia- 
vis, AmbivaretiSy Aulercis, Braonoyicibus, BraimoTiis, millia 
quinque et triginta ; parem numerum Arvernis , adjunccis 
Eleutetis y Cadurcis , Gabalis, Yellaviîsy qui sub imp^rio Ar- 
veroorum esse consuerunt. » César, De bello galL^ iib. VU, 
cap. Lxxx. (Ms. des Commentaires, cité p. 349.} 



SUR LES ORIGINES DU LYONNAIS. 36l 

vient ds cequ'Us sont tons deux sur les bcMrds de 

la Loire. Cest par suite d'une erreur de même 

genre que Ptolëoiéé place chez les Héduens la ville 

de Lyoo, à laquelle ii dooue le nom d'indgne mé- 

tr€>pole. Sa méprise peut s'expliquer par ce fait 

que Lyon, quoique fondé sur le territoire des Se* 

gusiaves, oomi^e le dit Pline^n'en dépendait pas, 

grâce à son titre de cçlonie romaiDë,iet était la 

capitale, Dot) de oe petit peuple, mais^de toute la 

Gekique, dont tes Héduensét aient la nation la ptus 

considérable. En général^ il ne faut pas chercher 

Fexactitiide parËiite chez les auteurs àncaeiis en 

matière de géographie, i^ar celte sdience est toute 

moderne, et présente: méqtle enoone bieàd^s in* 

certitudes. Toutefois nous devons dire que Stra* 

bon met à plusieurs reprises Lyon chez les Se- 

gusiaves ^ 

Quoi qu'il en soit, le passage de Ptolémée re- 
latif aux Ségusiaves est fort important, car il nous 
fait connaître deux villes situées dans les limites 
que nous assignons à ce peuple. En voici la tra- 
duction : « Immédiatement au-dessous de ceux-ci 
(les habitants de Tours) ^ et près des Ârvernes, 
sont les Ségusiaves % qui cultivent les monts Ce- 

(1) Voyez ci-devant, p. 357, note 1 . Strabon dit encore ail« 
leurs, en parlant du Rhône : « .... xoctiX^ùv 9i ilçxk irc9îa xnç 

xarà Aovy^ouvov iroXcç t£>v (£)fy70ovia66)y.» {.Lib. IV, pap. i.) 

(3) Il y a ici dans le texte gréé, comme nous, l'avons dit 
déjà, le mot (T9U9t«r«c, qui a eté^l*Qbjet,sde,fipi^f;use^ diç- 



3/Sm MÉM<HRE 

vannes» et dont les principales villes sont Roanne 
et Feurs. » Pour rendre ceci plus clair, il est bon 
d'ajouler que les montagnes du Lyonnais se rat«- 
tachent toutes à la grande chaîne des Cévennes, 
partieulièrement celles qui séparent l'Auvergne 
du Forez. 

Ainsi donq le territoire des Ségusiaves ne s'ar- 
nàtait pas à la Loire, puisque ce peuple cultivait 
les montagnes de l'Auvergne et habitait la ville de 
Roanne, qui sont sur la rive gauche de cette ri- 
vière. Si elle le bornait quelque part, c'est à Test, 
el non à l'ouest, mais seulement sut* une petite 
étendue du côté du diocèse de Màcon. 

Quel était au nord la limite de la Ségusiavie ? 
C'est ce que nous ne pouvons déterminer exacte- 
ment. En l'absence de tout autre indice, nous 
accepterons encore ici les limites ecclésiasti* 
ques, fmr la raison que les anciens diocèses re- 
présentaient en général les divisions territoriales 
romaines, et que cellesK^i furent basées en grande 

sertations, et qui, rapproché d^ celui i*AHiU%f qa*oo lit 
dans Pline, a fourni à è|. Walckenaer Foceasipa d^ déyelop* 
per un nouveau système géographique en ce qui concerne 
le Lyonnais ; mais le nom de Feurs , ^6poç o'sxovo'eavuv, qui 
▼ient immédiatement après érovo'caToc, prouve qu'il y a là une 
erreur de copiste. Voyez ce que nous avons dit précédem- 
ment, p. 349 et 851. Voici, au surplus, le passage en ques- 
tion copié dans le manuscrit 1403 de la Bibliothèque Royale: 
H 'Xf o^ç nho^tuiwrtç xotç ipo^ip-^otç oe crocpocxovo'e r« Kc^fAiva 
opn Érownàrai lutl rrôXccC «ùtûv : 'poSou/Ava,^ofOC Zcrov- 
9Cftv«.>«. » (Ptolémée, Bmurat.y lib. II, cap. viii. ) 



1 



.J 



SUR LES ORIGIITBS DU LYONICAIS. 363 

partie sur les nationalilés gauloises. Les cités 
furent, il est vrai, quelquefois divisées ou agglomé- 
rées dans Tintérét de l'administration; mais elles 
conservèrent leurs frontières sur les autres points 
qui n'avaient pas subi l'une de ces grandes mo- 
difications. Nous admettons donc ^ue la Ségu- 
siavie était bornée au nord, comme le fut plus 
tard le diocèse de Lyon, par le territoire d'une 
nation qui occupait le diocèse de Màcon. Or, 
comme nous voyons dans César t que cette der- 
nière ville appartenait aux Héduens,nous en pou- 
vons conclure que les Ségusiaves et les Héduens 
étaient limitrophes. 

Jusqu'ici nos données sont à peu près proba- 
bles, sinon prouvées, car il ne parait pas que, sur 
aucun des points que nous venons de suivre, la 
Ségusiavie ait pu être agrandie oii réduite d^une 
manière considérable, et il n'est pas supposable 
qu'on ait pris la peine de changer ses frontières 
pour n'y faire qu'une légère modification. La seule 
chose qu'on puisse admettre, c'est que lès Ro- 
mains firent disparaître les enclaves que devaient 
avoir les uns chez les autres les différents peuples 
gaulois. En effet, nous n'en voyons point dans le 
territoire des diocèses, qui formaient tous des ar- 
rondissements réguliers. Mais comme il nous est 
impossible de constater aujourd'hui d'une ma- 
nière positive l'existence de ces enclaves, et 

(1) Césâr, De UOo gaU.^ lib. VII, cap. Lzxzvm* 



364 MEMOIRE 

qu'elles devaient être d'ailleurs sans importance, 
nous ne nous en occuperons pas, et nous abor* 
der(^ns tout de suite le dernier point de notre 
sujet, qui en est aussi le plus obscur, la délimi- 
tation orientale de la Ségusiavie. 

Disons d'ahprd que si on éprouve plus de dif- 
ficultés à inoiquer aujourd'hui les limites de ce 
pays à l'orient, c'est qu'il a subi de ce côté une 
des modifications dont nous venons de parler. Il 
lui fut adjoint un vaste territoire étranger pour for- 
mer lepagus LugdanensiSf qui servit plus tard 
de base au diocèse de Lyon, Par là non-seulement 
la ligne frontière fut matériellement effacée, mais 
encore l'unité d'administration et les relations 
forcées qu'elle établissait entre les deux peuples 
effacèrent aussi les différences morales qui pou- 
vaient exister. Aussi le seul indice que nous ayons 
aujourd'hui de races distinctes dans cette partie 
de l'ancien diocèse de Lyon git*il uniquement 
dans la physionomie de ses habitants, et encore 
cet indice lui-même, on le conçoit, n'est-il sen- 
sible qu'à des points éloignés, par suite des rap- 
ports qu'ont entre elles depuis si longtemps des 
populations limitrophes. 

Nous avons vu que la Ségusiavie était limitée à 
l'est par le Rhône depuis Givors jusqu'au con- 
fluent de ce fleuve avec la Saône. À. partir de ce 
point elle s'avançait un peu sur la rive orientale 
de cette dernière rivière, dans le delta formé 
par les deux cours d'eau. Mais il y a bien loin 



SUR LES ORlGlflBS J>U LYONNAIS. 36S 

de l'espèce de colonie qu'elle possédait de ce 
côté de la rivière à la vaste étendue de pays qu'y 
occupa plus tard le diocèse de Lyon. Cependant 
plusieurs auteurs modernes, se fondant sur cette 
circonstance et sur l'erreur de Strabon que nous 
avons relevée *, ont placé exclusivement la Se- 
gusiavie dans .la Bresse. 

Pour détruire entièrement cette opinion, il 
nous suffira de reproduire ici un des plus curieux 
passages des Commentaires de César. Ce passage, 
qile nous réduirons autant que possible, est celui 
où le général romain rapporte comment il fut 
conduit à la conquête des Gaules, fait immense, 
qui s'accomplit presque sans qu'on y ait songé. 
C'est de la même manière qu'une partie de l'Afri* 
que est devenue française à la suite d'une invasion 
qui avait seulement pour but de châtier un prince 
barbare. Une loi providentielle force presque tou- 
jours la civilisation à envahir la barbarie, qui voit 
successivement, par sa faute, resserrer le cercle 
de son empire. 

Âq début de son livre, César dit qu'ayant ap- 
pris que les Helvétiens se disposaient à traverser 
le pays des Allobroges, nouvellement soumis, 
pour se rendre dans un autre canton des Gaules, 
il se bâta de quitter Rome et de venir dans la 
province f dont il avait le gouvernement. II se 
rendit à Genève*, la dernière ville des Allobroges, 

(1) Tayez ci^devant, p. 3.67. 

(2) y 011} pom ce récit la carte placée à. la fi« jlu «iéoi$tirp». ,. 



3G6 JifiltaiRi: . 

qui n'ëtaii séparée des Helvéiieiiét que par le 
RbÔDe, et ordonna d'en rompre le pont, ou du 
moins la partie qui touchait à la ville, car il existe 
en cel endroit une ile qui le partageait en deux. 
César n'en parle pas positivement^ mais il semble 
l'indiquer en mentionnant les deux parties du 
pont) l'une appartenant aux Helvétiens (pons ad 
Helvetios pertinet) et l'autre aux Allobroges {qui 
est iid Genevam ). 

« Dès que les Helvétiens eurent appris l'arrivée 
de César, ils lui envoyèrent les principaux d'entre 
eux pour le prier de leur accorder le passage à 
travers la province , parce qu'ils n'avaient (ms 
d'autres chemins, promettant de leur côté de ne 
faire aucun dommage. César n'avait pas l'inten- 
tion de leur accorder leur demande; mais, ne se 
sentant pas en état de leur résister avant que les 
troupes qu'il avait commandées fussent arrivées, 
il répondit aux députés qu'il avait besoin de réflé- 
chir à cette proposition, et leur dit de revenir 
quinze jours après ( le 1 3 avril). Pendant ce temps, 
il fit faire par la légion qu'il avait amenée et par 
les troupes qu'il avait levées dans la province un 
mur ^ de seixe pieds de haut (près de 5 mètres), 
avec un fossé en dehors^ sur une longueur de 
19,000 pas (plus de 28,000 mètres), depuis le lac 

(1) Le texte porte murus. Le» commentateurs ne sont pas 
d'accord sur la valeur de ce mot ; les uns disent que César a 
▼oulu parler d'un véritable Bmr, d^autres d'ua siilkple ite- 
part de tenre. Otite questioa eti sans imérit pour aot». 



stTR LES oRiemm m ltohvais. 367 

du Lëmaiiy à l'endroit où le fleute sort an lac, 
jusqu'au mont Jura^ qui sépare le pays des Sé^ 
quanes de celui des HeWëtiens. » 

Ici une observation devient nécessaire, à cause 

tl'une confusion qu'a faite César, et qui a induit 

en erreur plusieurs auteurs. Il est évident que le 

fpénéral romain a étendu le nom de Jura au mont 

du Wacfae, qui est sur la rive gauche du Rhône. 

Ce mont est si voisin du Jura, qu'il semble, en 

efifet, se rattacher à la chaîne de montagnes de ce 

nom plutôt qu'à celle des Alpes. Il n*en est séparé 

que par le Rhône, qui même disparaît sous les 

rochers dans cet endroit. Non-seulement ce point 

est le seul dans la direction duqud on aperçoive 

quelques restes de cette fortification , mais encore 

le seul où elle pût avoir précisément 19,000 pas. 

D'ailleurs on comprend bien que César ne pou« 

vait pas faire une construction sur la rive droite^ 

qui appartenait aux Helvétiens, et qui était oc* 

cupée alors par toute la population, au nombre 

de près de 400,000 personnes, dans l'attente du 

passage. On vient même de voir qu'il avait fait 

rompre le pont de Genève pour rendre toutes les 

communications impossibles entre les deux rives 

du* fleuve. Si le mur eût été sur la droite. César 

n'eût pas dit, comme on va voir, que les Helvé*^ 

tiens étaient arrêtés par cet ^stadé après avoir 

passé le Rhône, et enfin ces derniers n'auraient 

pas pu sortir de leur pays par le défilé de l'Écluse 

\inier moniem Juram et ftumen Âûdanmm). 



368 MÉMOIRE 

Après avoir éclairci ce point, qui n*est pas sans 
importance, nous reprenons le récit de César. 

ce Le jour fixé, les députés belvétiens se présen* 
tèrent àCésar pour lui demander sa réponse; mais 
alors il leur refusa positivement le passage, et leur 
déclara que, s'ils tentaient de Tc^enir par la 
force, il était en mesure de les repousser. Déçus 
dans leur espérance, les Helvétiens essayèrent de 
passer, tantôt de jour, tantôt de nuit, les uns en 
traversant le Rhône sur des bateaux, les autres à 
gué, car le fleuve était très bas * ; mais toujours 
arrêtés par le rempart des Romains et repoussés 
par les traits des légionnaires, ils renoncèrent à 
leur entreprise. 

a II leur restait une autre route, à travers le pays 
des Séquanes, entre le mont Jura et le Rhône*; 
mais elle est si étroite qu'à peine un chariot peut 
y passer. £Ue est d'ailleurs dominée par une mon- 
tagne fort élevée; en sorte qu'un petit nombre 
d'hommes peut en interdire le passage. N'espérant 
pas pouvoir passer de vive force, les Helvétiens 
envoyèrent des députés à Dumnorix, qui était leur 
ami et chef des Héduçns, afin qu'il sollicitât pour 
eux auprès des Séquanes; ayant obtenu tout ce 
qu'ils demandaient, ils se mirent en route. 

(1) On était au comiufincement du printemps^ époque où 
le Rhône est toujours mk : ses crues ont lieu dans l'été, c'est- 
à-dire lors de la fonte des neiges des montagnes de la Suisse. 

(3) Nous fondons ensemble les divers paragraphes du récit 
de César» pour ne pas trop alloiiger la «itatioa. ^ ' 



à 



SUR LSS ORlGIITE^i DU LYONNAIS. 'i6<^ 

« On vint dire à César que les Helvédens allaient 
passer sur le territoire des Séquanes et des Héduens 
pour se rendre dans le pays des Santons, non loin 
du pays toulousain, qui fait partie de la province. 
Il jugea que,' si leur projet était exécuté, la pro» 
vince serait en grand danger, i^ant dans son voJ« 
sinage un peuple belliqueux et ennemi des Ro- 
mains. Confiant alors la garde des retranchements 
a Labiénusy il se rend à grandes journées en Italie^ * 
y lève deux légions, en prend trois autres qui 
étaient à Âquilée, et repasse les Alpes par le plus 
court chemin avec ces cinq légions. Il conduisit 
son arméesurla frontière des Ailobroges et ensuite 
dans le pays des Sébusiens {Sebmiani), qui sont le 
premier peuple hors de la province au delà du 
Rhône. 

oc Les Helvétiens avaient déjà traversé les défilés 
et les frontières des Séquanes, et ils étaient arrivés 
sur le territoire des Héduens, qu'ils ravageaient. 
Ce peujde, trop fiiible pour se défendre, envoya 
demander du secours à César. Les députés des 
Héduens lui représentèrent qu'ayant toujours été 
affectionnés au peuple romain, ils ne se se- 
raient pas attendus à voir leurs villes assi^ées, 
leurs champs dévastés et leurs enfisints emme- 
nés en esclavage presque à la vue de Tarméa ro- 
maine. 

\aibarres, peuple al- 
race^ viennent an- 
les étaient rava* 
fi 




\ 



3^0 MiMOIBS 

§éWf et qn*iU pouvaienl à peine défe&dre leurs 
Tfilies contre leurs ennemis. 

f Enfin les AUobroges, qui possèdent quelquoe 
bourgs au delà du Rhône, s'enfuient ver^Cësar, et 
lui rapportent que les Helvétiens né leur ont 
laissé que les campagnes nues. 

« César, touché du récit de ces désastres, ne crut 
pas devoir laisser aux Helvéliens le temps d'ar- 
* river chez les Santons, après avoir enlevé à ses 
alliés toutes leurs richesses. 

« Le pays des Séquanes est séparé de celui des 
Héduens ^r une rivière appelée Arar (la Saône), 
qui se jette dans le Rhône. Elle coule avec une 
telle lenteur, que l'œil ne peut distinguer de quel 
côté est son cours. Les Helvétiens étaient occupés 
à passer cette rivière à l'aide de radeaux et de pe- 
tits bateaux réunis. Lorsque César sut que les 
trois quarts des Helvétiens avaient passé l'Arar, et 
qu'il n'en restait plus qu'un quart en deçà de la 
rivière, il sortit de son camp à la troisième veille, 
marcha vers les retardataires, et, les attaquant à 
Timproviste, eil tua un grand nombre. Le reste 
prit la fuite, et se cacha dans les forêts voisines. 

« Après ce combat. César fit jeter un pont sur 
l'Arar, et passa cette rivière avec toute son armée 
pour se metti^e à la poursuite du gros des Helvé- 
tiens. Ces derniers furent fort surpris de voir que 
les Romaips n'avaient employé qu'un jour à cette 
ofération^ qui lour en avaU demandé plue de 
viiigi.9 



. Sim LES OBIGllf BS DU LTONKAIS. 3^ t 

Nous ne pousserons {>as plus loin hi dtation. On 
sait que les Hèlvétiens fuirent battue et Forées de 
rentrer dans leur pays après avoir perdu lés* deux 
tiers dé leur population. 

Il ressort pour nous de ce rëcit que le tierritoire 
du département de l'Ain était occupé tout entier 
par cinq peuples différents: i* les ' Hèlvétiens, à 
qui appartenait le pays de Gex; 2^ les Séquanes, 
qui s'étendaient sur le versant occidental du Jiira, 
jusqu'au Rhône; 3*^ les Allobroges, qui avairàt 
quelques bourgs sur la rive droite du Rhôoe, dtf 
côté de Seyssel; 4* les Ambarres, qui occupaient 
le(#deux rives de l'Ain, et s'étendaiènl au nord jus- 
qu'à la SeiUe, touchant de ce côté à là Saône, et 
de l'autre à la vallée de Saint-Claude; 5*^ les Sébu- 
siens, qui étaient établis du côté de Montluel et 
de Méximieux. 

Pour ce qui est des Hèlvétiens, des Séquanes et 
des Allobroges, leur emplacement est bien indî'- 
que par César; mais il n'en est pas de même des 
Ambarres et des Sébusiens. Ce que nous venons 
de dire à leur égard a besoin de quelques expli- 
cations. 

La position des Ambarres nous semble ressortir- 
très exacitémetut du r^it de César. En effet , il 
nous apprend ^ue les Hèlvétiens, au Heu de sui- 
vre la frontière des Séquanes, au nord, en sortant 
éo défilé de l^écluse, se ndrent à piller les Allo- 
broges, p^is les Ao^barrçs, puis les HçdmensS ^Yl^ 

(1) César nomme ces peuples dans un o^djhie inverse, parce' 



3^2 MÉHOfRE 

lesquels ils n'avaient point pris d'engagement. 
Or les Allobroges étant au sud-^st du départe^ 
ment, et les Héduens au nordi^uest, il faut néces- 
sairement placer les Ambarres dans le pays inter- 
médiaire^ que durent traverser les Helvéliens pour 
aller passer la Saône au-dessus de Màoon« Nous 
disons au-dessus et non au-dessous^ comme l'ont 
écrit quelque^ historiens, parce que les Helvétiens 
ne touchèrent pas au territoire des Ségusiavès , 
qui s'étendait jusqu'à la hauteur de Toissey. Tout 
nous porte à croire qu'ils passèrent, au contraire, 
près de Tournus, afin de gagner les plaines de la 
Loire, et d'éviter les montagnes du Forez et du Can- 
tal, pour se rendre à leur destination. Voici quelle 
dut être, dans cette hypothèse, la route suivie par 
les Helvétiens dans le département de l'Ain. Au 
sortir du défilé de l'Écluse^ ils tournèrent à gau- 
che, continuèrent leur route entre le Rhône et le 
mont Colombier^ qui longe le fleuve, jusqu'à la 
hauteur de Gésérieux. Arrivés là^ ils tournèrent à 
droite, en suivant les vallées de Tanay et de Saint- 
Rambert, puis remontèrent au nord'-onest, pour 
gagner la Saône vers Pont-de-Vaux, après avoir 
passé l'Ain à Pont-^' Ain * 

Cette marche oblique des Helvtétîeas fut pei}t« 
être adoptée par eux lorsqu'ils connurent le 4é«» 
part de César pour rUalie^ où il était) allé cher* 
cher des. troupes. U^ ^^riiiient sans doute avoir 

que eeux qui étaient le plus près de lui étaient Venus se 
plaindre les premierji. 



SUR LES ORIGINES OU LTOlTNàlS* ^'jS 

twininé leur voyage avant son retour, et étaient 
bien aises de ne pas incommoder les rSëquanes, 
dont ils voulaient se ménager l'amitié, et de vivre 
aiixdépensdespeu[des voisins, qui faisaient partie 
de la otmfédération héduenne* Peut-être aussi les 
Heivétîens craignaient-ils,en traversant le paysdes 
Séquanes, d'éveiller les soupçons d'Arioviste, le 
chef des Gm^mains, qui occupait alors en mattre 
ce pays où il était venu en allié. 

Quoi qu'il en soit, on voit que les Ambarres 
doivent élre placés au midi desSéquanes, à l'ouest 
des Allobrc^es et à Test des Héduens. Le territoire 
que nous leur as^nons renferme plusieurs loca« 
Ihés qui semblent encore conserver dans leur nom 
quelque trace de celui de ce peuple gaulois; telles 
0ont, à peu de distance les unes des autres, Am- 
butrix, Ambournay, Ambérieux. Cette dernière, 
qui était peut-être la capitale du pays des Ambar* 
res, fut même habitée par les rois boui^ignons^, 
qui y publièrent plusieurs de leurs ordonnances. 
Le titre LXIV de la loi Gombette porte cette ru- 
brique, qui répond aux premières années du 
vi^ siècle : « Dato Amberiaco in coUoquio sub die 
« tercia mensis septembris Abbieno V claro con* 
a suie. » Ambournay était encore, au xvm® siècle, 
le chef-lieu d'un archiprétré considérable dans 
lequel se trouvait Isernore, qui possède beaucoup 

(1) Il y a une localité du même nom près de Lyon; mais 
elle a trop peu d'importance pour qu'on puisse supposer 
qu'elle aài été la résidence des rois de Bourgogne* 



374 BOSlfDlAI 

de ruinas antiqaesy au premier rang desquelles 
U fiiut mettre oellea d'un temple très considé*- 
rable. , 

Quant aux Sebusîens^ ehee lesquels Tint caœ-* 
per César, ik ne pouvaient être qu'où nous les 
plaçons, puisque le générai romain dit qu'ils 
élaient les premiers hors de la province au delà 
du Rhône (et à l'est de la Saône, car il n'avait pas 
encore passé cette rivière lorsqu'il vint attaquer 
le premier corps des Heivétiens): or nous avons 
vu la rive droite du Rhône occupée partout ail<^ 
leurs, dans le pays de 6ex par les Heivétiens, vers 
le fort de l'Écluse^ par les Séquanes, du côté de 
Seyssel par les Allc^roges, et du côté de Saint-» 
Bambert par les Ambarres. En outre, comme ik 
ne portèrent aucune plainte à César, on peut cd 
conclure qu'ils ne se trouvaient pas sur la routé 
des Heivétiens, et par conséquent qu'ils ne s'éten* 
daient pas au delà de NAcon , o'est-à-dire qu'ih 
occupaient à peu près l'arrondissement de Tré^ 
voqx. Seulement il parait qu'ils s'avançaient un 
peu, ainsi que lès Ambarres, sur la rive gauche da 
Rhône: c'est du moins ce qu'il est permis de pré* 
sumer de la composition de rancten diocèse de 
Lyon , qui possédait deux portions de territoire 
dans le département de l'Isère. On sait en effet que 
les peuples gaulois étaient rarement limités par 
les rivières, et qu'ils étaient dans l'usage d'en oc- 
cuper les deux rives. Cet usage indiquait un degré 
de civilisation très avance, car il prouvait que 



SUR LBs oaiains do ltovnais. ^ %j& 

les communications par le moyen de là natigatioik 
étaient très faciles; il était d*ailleur^ plein de$â«» 
gesse, car il éloignait l'occasion de conflits entré 
<leux peuples riverains que les intérêts opposés de 
leur commerce auraient pu mettre en lutte. C'eâl 
oe qui explique rétablissement dés AUobroges SUV 
les deux rives du Rhône. 

D après le récit de César, nous pensons que ce 
général entra dans le pays des Sébusiens près dil 
lieu où Vkiù débouche dans le Rhône, qu'il tra-» 
Tersa ce pays du midi au nord^ et vint camper prèi 
de Pont-de-VeyIe, afin d'être asse£|»yèsderarm4to 
helvétienne pour pouvoir aller l'attaquer en queL 
qués heures , ce qu'il flt^ en effets comme noue 
avons vu. 

De tout ce qui précède nous croyons pouvoir 
conclure que les Ségusiaves ne possédaient rien 
au delà de la Saône, ou du moins n'y possédaient 
qu'un territoire insignifiant que nous voyons tou* 
jours rattaché au Lyonnais, en dépit des révolu^ 
tions, tant est vivace le sentiment de la nationa* 
Kté. Quant à l'opinion si générale qui leur attribue 
tout ou partie de la Bresse , elle est uniquement 
basée sur une confusion qu'on a faite de deuM 
peuples différents, les Sébusiens, dont le nom là* 
tin est Sebusiani^ et les Ségusiaves, dont le noqi 
est Segusiavif mais qu'on écrivait à tort Segu-- 
siani. Comme le premier h'est mentionné qu'une 
seule fois dans César, qui le met près du second, 
on a pensé que les copistes avaient mis un b pour 



576 M^BCOXRB 

un g^ et qu'il s^agissait d'un même peuple. Mais 
nous savons maintenant que la difîérence est plus 
grande qu'on ne l'avait supposée d'abord, puis- 
qu'il faudrait aussi substituer un t; à un /i. Au 
reste, il existe un autre monument qui rappelle le 
peuple sébusien ; c'est une inscription trouvée en 
Angleterre, et sur laquelle le nom de la femme 
d'un préfet est écrit ÂL£ SËBOSIANAE '. 11 n'y 
a pas de doute sur 1^ sens qu'il faut attacher au 
mot de Sebosianœ» On voit qu'il rappelle le pays 
où était née la dame ALA, comme celui de SeguF^ 
siav. , que nous avons relevé sur l'inscription 
trouvée à Bagnères de Luchon^, rappelle le pays 
de la dame CASSIA TOVTA. Rien n'est plus na- 
turel que cette mention de l'origine d'une per- 
sonne sur un monument érigé à sa mémoire en 
un pays étranger. 

Nous le répétons enfin, on n'a pas trouvé à la 
gauche de la Saône une seule inscription qui per- 
mit d'attribuer ce pays aux Ségusiaves, et en le 
faisant, on rendrait presque inconcevable l'infé- 
riorité de ce peuple à l'égard des Héduens^, les- 
quels disputaient aux Arvernes la suprématie dans 
la Celtique, et furent cause de l'intervention des 
Romains dans les Gaules, et par suite de la con- 
quête de ce pays* LesSégusiaves ne tenaient qu'un 

> 

(1) Donatiy Inscriptions^ 1. 1, p. 40<-41 ; Orelli, Inscripthnsi 
tl, n. 1603. 

(3) Voyez ci-dessus, p. 345. 

(8) César, De bello gmlLj lib. VU, cap. lxxx. 



^^^ 



SUR LES ORIGIRES DU LTOHNAIS. 877 

rang secondaire dans la politique; mais ils en 
avaient un plus considérable dans le commerce, 
grâce aux rivières qui traversent leur territoire et 
le mettent en communication avec les deux mers. 
G*est ce que nous apprend Strabon au livre IV * 
de son grand ouvrage géographique , en pariant 
des avantages de la navigation du Rh6ne« 
> 

CHAPITRE III, 

De la ville de Feurs« capitale du pays des Sëgasiaves 

avant l'arrivée des Romains et durant les premiers siècles de leur 

domination. 

Nous venons dHndiquer approximativement les 
limites de la Ségusiavie. On a pu voir qu'elle se 
trouvait bornée, à peu de chose près, à l'est par le 
cours du Rhône et de la Saône, à Touest par la 
haute chaîne des montagnes de l'Auvergne, et par 
deux lignes allant d*un poitit à Tautre, la première 
au midi, de Givors à Saint-Bonnet-le-^Château, la 
seconde au nord,deToisseyàRoanne;en d'autres 
termes, qu'elle occupait toute la portion de Tan* 
cien diocèse de Lvon située sur la rive droite de 
la Saône, et une petite partie de celle située sur 
la rive gauche. En jetant les yeux sur la carte, on 
verra que Feurs est presque au centre de ce pays. 
Cette circonstance, qui vient corroborer ce nue 

(1) Chap. f . " 



ij9 JfiMOIRE 

BOUS avons dit, suffirait seule à expliquer le r6l4 
gu'a joué celte ville dans le pusse. Mais il en est 
d'autres encore qui lui donnaient une importance 
extrême à une époque où le commerce eonsisiait 
prÎDCJpalemeDt dans la vente ou lechaiige des 
produits du sol et des bestiaui. Feuirs est situé 
dans une vaste plaine, près de la Loire, 1? fleuve 
gaulois par excellence ^^ et entourée d'une contrée 
fertile. Voilà ce qui fit choisir ce lieu pour être le 
marché des Ségusiaves, et lui valut, par cette rai- 
son 2, le titre de chef-lieu politique, judiciaire, 
administratif et religieux du pays, titre qu'ex- 
prime parfaitement le nom de Forum Segusiaya^ 
ruTHy que lui donnèrent les Romains; car cette 
dénomination , dont Feurs tire son nom actuel , 
est toute latine, comme celle à^Augustodunum^ 
dont on a fait Àutuo. Malheureusement César 
n'ayant pas eu occasion de nommer la capitale 

(1) « Flumen çlarum Xigerim, » dît Pline, ifiist. nai^^ 
lib. ly, cap. XX]»!.) 

(d) Il en est eiicore ainsi en Algérie. C'est dans les lieux 
et aux époques des réunions commerciales que se traitent les 
affaires politiques çt administratives. Il n'en peut être autre- 
ment chea un peuple peu civiUsé, où, les commiuiieatiaas 
étant difficiles I les relations sont peu fréquentes. Aussi, ea 
géuéral, les foires indiquent-elles Tenfance du commerce : 
Paris et Londres, bazars perpétuels , ignorent ce mode de 
vente ^ les foires de Lyon, si célèbres autrefois, n'ont plus 
aiioane importance aujourd%ui. Nous ne dirons rien ici de 
celles de Beaucaire : tout le monde sait que ce n'est pas là 
qu'il faut aller chercher les beaux et bons produit»» 



SUH LES ORIGIirXt DU LYOHHAIS. 37$ 

€les SëgusiaTes, nous ignorerons probablement 
toujours le nom gaolots de Feurs. 

Quant à son nom latin, on a aoaai yduIii le 
lui contester, mais c'est sans raison. Toutes les 
preuves matérielles et morales sont favorables à 
Feursy et pour dépouiller cette ville il faudrait 
nier à la fois Tfaistoire, les traditions et les nno«k 
numenls. Il semblerait, à entendre certains écri^ 
vains, entraînés par l'esprit de paradoxe, que 
l'humanité a fait un sommeil de deux mille ans, 
durant lequel le temps a tout détruit, et qu'il ne 
reste plus aujourd'hui qu'à discuter des hypo- 
thèses. Heureusement il n'en est pas ainsi. Les 
générations qui nous ont précédés ont laissé de 
nombreuses traces de leur passage, malgré l'ac- 
tivité destructive du temps. 

Nous aurons plus d'une fois occasion, dans le 
cours de ce travail, de constater le rôle élevé qu'a 
joué Feurs, mais nous n'en devons pas moins 
fournir la preuve que cette ville est bien le Forum 
Segusiavorum des anciens^ parce que l'identité * 
de l'une avec l'autre confirme nos hypothèses à 
l'égard des limites de la Ségusiavie , comme là 
réalité de ces limites justifie notre opinion à l'é- 
gard de Feurs. En effet, il est naturel de suppo- 
ser que la capitale d'un pays, et mieux encore 
son marché, se trouve au centre de la contrée, à 
moins que des circonstances particulières bien 
évidentes aient forcé à choisir un autre lieu, et ce 
cas ne se présente pas ici. 



38o MÉMOIRE 

Les preuves que nous avons à fournir sont de 
plusieurs sortes. Qtons d'abord cdles qui se tirent 
des monuments. 

Il existe à Fenrs une inscription latine où od 
lit d'une manière presque complète le nom de 
Forum Segusiavorum : c'est la dédicace d'un 
temple. Elle est gravée sur une pierre incrustée 
dans le mur de l'église, et est ainsi conçue : 

NVMIN. AVG. 

D£0 SILVAIfO 

FABRI TIGirVAR. 

QVI FORO SEGVS. 

CONSISTVKT 

J>. S. P. W. 

destitution. < Numini Âug. deo Silvano, fabri 
tignuarii qui Foro Segusiavorum consistunt, de 
sua pecunia posuerunt. » Ou en français : c Au 
dieu Sylvain ou des forêts, divinité augustale (?), 
les maîtres charpetitiers qui habitent au marché 
des Ségusiaves élevèrent ce monument de leurs 
propres deniers. » 

Il est difficile, on en conviendra, de pouvoir 
produire un titre plus positif. En voici un autre 
qui ne Test guère moins. On conservait à Feurs, 
dans le xvit^ siècle, un monument curieux 
dont de la Mure nous a transmis la descrip- 
tion : tC'est, dit*il^, une masse de bronze pesant 

(1) Hitêùire du jh^ de Forezy p. 8S. 



SUR LIS ORIOmiS tfO LTONITAIS. 38 1 

sept livres et demy poids de roi, dont la figure 
est presque semblable à un globe, duquel on au^ 
rait osté également des deux costës environ la 
quatrième partie* Au costë de cette masse, il y a 
cette inscription gravée en argent : 

OEAE. SEG. F, 
P. X. . 

(( Cette pierre a été nommée dans le pays, depuis 
sa découverte, le poids des Romains, et on a jugé 
par l'inspection de sa seule figure^ outre les deux 
dernières lettres de son inscription, que c'estoit 
un poids dont on se servoit à Feurs comme au 
grand marché et principal lieu des Ségusiens% 
du temps et sousTautorité de ces mêmes Romains. 
En quoi certainement il semble que ce jugement 
public a très bien rencontré, comme nous allons 
voir par Texplication la plus naturelle que peut 
recevoir cette inscription. » 

La restitution proposée par de la Mure est 
celle-ci, que nous acceptons complètement, sauf 
Vn du second mot que nous remplacerons par 
un i; : < Deœ Segusiavorum Fori pondo decem. » 
Et en français : ce Poids de dix livres dédié à la 
déesse du marché des Ségusiaves. »Les sept livres 
et demie poids de roi correspondent en effet 
aux dix livres romaines, et quant au nom de la 
déesse que nous faisons intervenir ici, on sait 

(1) Nous cbnserVûns Torthographe de dé U Mur e. 



3is JiÉxMU 

que c'était l'uii^ dta Romain* à» tout pwsooBi- 
Sfftj peuples et villes, uisge d'une haute philoso- 
phie, qui meMÎt à l'unité de Dieu par la multi« 
plicalion ménse des dieux inférieurs. 

Tout cela, dira-t-HMH, ne prouve pas que Feors 
soit le Forum antique. Non, sans doute, si Ton 
admet que les monuments se trouvent par hasard 
dans cette ville, mais c^ qui le prouve d^une ma- 
nière incontestable, à notre avis, c'est que ce 
nom même lui es^ donné durant tout le moyen 
âge dans les actes latins. Il existe une foule de 
monuments écrits, qui, remontant aux premiers 
siècles, ne laissent aucun doute à cet égard ^. On 
peut même, dans quelques-uns, suivre les alté- 
rations de Torthographe du mot Forum^ à partir 
du moment où le nom de Segusiavorum fut tout 
à fait abandonné, ce qui eut lieu vers le v' siècle, 
après que les anciennes nations gauloises eurent 
été fondues dans une nouvelle division du terri- 
toire. Le cartulaire deSavigny, par exemple, nous 
apprend que Feurs était souvent appelé Forus 
dans le x* siècle*. Or il n'est pas nécessaire d'in- 

(l)«Il suffit aussi d'alléguer son nom pour preuve de celai 
puisque la plus expresse et naturelle signification dé ce mot 
Forum y qui est son nom de loute ancienneté, est celle de 
foire et d« marebé, d'où vient que dans les titres du pus où 
U est parlé du marché d« F^yrs, il se tpoujre jq^lé, par une 
ligréable rencontrci /oricm Fori. » De la Vkarfi,,MUt. dujn^ 
de ForeZf p. 7S. 

(S) Voici Ifk cppie d'un dt» acte» q|ia r«nfjpnne ce cvrCul^irt. 



•înler poor&îrr vdr Tsnalogiedlsoes dilix nom^ 

qiti M prononcent presque de k mémeiiianière. 

Ftut^il enoope d*auti«et ppêuvM? 8n voici une 

péremptoire : Feurs se trouvé au centre d^une 

petite province appelée Forez, et dont cette ville 

fut longtemps la capitale. Eh bien, durant tout 

le noyen àge^ ce pays est désigné par le mot 

fortnsiSy dérivé, comme tout le monde sait, de 

celui àeforUm^ qui, dans une de ses acceptions, 

signifie tribunal. 

Mous saisirons Toccaston pour relever Terreur 
de ceux qui écrivent Forests ou Parét» le nom 
de cette contrée, pensant qu'il lui vient des bois 
dont elle serait couverte. Cette erreur est d'au-> 
tant plus évidente que le Forez n'a jamais été que 
médiocrement boisé. Il est vrai, comme ledit Ex- 
pilly, dans son grand Dictionnaire des Gaules, 
« que ce mot est mal écrit Forez, puisque l'e est 

Il s'agit d*ane donation faite à l'abbé Gausmar vers Tan 9S4 : 
« De quinque curiilis in Fort>. — Sanctae Bei ecdesi» Sar^- 
niacepai Beati Martisi, cujus dominos abbas Gausmarus cm» 
ram régit, ego Gq^ertus dono de rébus meis quse sunt sitoe 
in pago Lugdunensi, in agro Fprensi, in villa quae dicitur Fo- 
rus, hoc sunt currili quinque, et in aliolocoubi dicitur ad Mo- 
cellum, mansum dimidium et cavanariam, et molendinum in 
ipso loco positum, et qiiidquid ibi aspicit, et in alio loco ubi 
dicitur Ambuidus, cavanariam unam. Signum Gosberti, qui 
fieriet firmari rogavit. Sigoa Alboaranni, EaduolS, Folradi, 
UiDb«f liy AnioMi, Data pev manurn Art onia monaobi» mense 
januariOi feria quinta, regnaifte Gônrado rega. » (Girtul. de 
Savigny, fol. 58 y. de la copie de la Bibliotiièqtie Aajala.) 



384 MÉMOIRE 

trèsouvert; » mais ce sayant auteur a eu to^t d*en 
conclure qu'il £dlait écrire Forest : c'est Forois 
ou Forais qu'il aurait dû dire, avec Hadrien de 
Valois \ eu se conforauiDtà l'orthographe adop« 
tée aujourd'hui pour les noms de province déri* 
ses des villes. Mon-seulement cette ft»rme ortho- 
graphique, qui est la plus rationnelle, se retrouve 
dans un grand nombre de chartes françaises du 
moyen âge; mais encore il parait qu'elle était la 
seule exacte, avant que la langue se fut italiani- 
sée sous les Valois^ comme le prouvent ces deux 
vers d'un vieux poème français* 

Et les bons oisons de Forois, 

Qui valent mieux en un an qu'en trois '• 

Nous avions même l'intention de l'adopter 
dans ce livre ; mais nous y avons renoncé , non 
sans avoir longtemps hésité. Il nous a semblé en 
définitive qu'après la révolution, qui a anéanti 
l'existence des provinces, il n'était plus permis de 
modifier ce nom, qu'avait sanctionné l'usage de 
plusieurs siècles. Toutefois nous signalerons en- 
core ici à l'appui de notre opinion une cir- 
constance qui est d'un grand poids dans la ques- 
tion, c'est que le peu{^e de cette contrée, gram- 

(1) NoUtia Galliammy à Tartide Forum Segusianorum, 
(1) Nous n'Avons pu retrouver U source de ce renseigne- 

ment, mais c'est nous*méAe qui l'avons recueiUi. Nous e« 

garantiiisoas rextctîtud*. 



SUR LÈS ORICllTES 00 LYONNAIS. 38S 

mairien sans s'en douter et par tradition, con- 
servant au gëoitif son caractère essentiel, appelle 
encore Forisiens les habitants de Peurs, et non pas 
ForésienSf comme font les gens lettrés, et comme 
nous Tairons ftiit longtemps nous^roénie. 

Après tout ce que nous venons de dire, il ne 
reste probablement plus aw^un doute dans l'esprit 
du lecteur sur l'identité de Feurs avec Forum. 
Mais peut-être lui contestera*t*«on encore son titre 
de oapilale>de la Ségusiavie. Citons quelques faits 
qui puissent détruire cette dernière prévention. 

Bans les premiers jours du mois de février 
«846» un habitant de Marclop, faisant miner son 
champ, sillonné de fondations romaines, trouva 
une plaque de bronze de trois millimètres d'épais^ 
seur, sur laquelle on lit en beaux caractères ci* 
selés du secoiui siècle, et dans un cartouclie ayant 
on^e centimètres de hauteur sur vingt-quatre de 
largeur, l'inscription suivante i, dont nous avons 
déjà donné les trois premières h'gnes : 

SHX, IVL. LVCANO. ÎÏVIR 

CIVITAT. SEGVSIAVOR - 

APPARITORES. LIB 
TITTIVS SAClîRDOTAt,! CETTtNVS 

GOGILLVS GASVRINV'S 

IlRDA ATTIGVS 

Nous signalerons d^abord une faute pen impon- 

(1) Voyez à U page 270 une lithographie (planche îtl) re- 
présentant oe nonument, dé||osé aujottnfhui dans Phôtel 
de ville de ]^eiH!s. . . 

xvm. 26 



386 ift^MOIEB 

tanle daus le corps de celte iiiBcrîplioo, c'est rou«* 
bli du mol SACfiHIX>TÂLI après lîVlR. Od a es- 
sayé de la réparer, mais on l'a fait d'une façon 
fort maladroile. On voit que celte correctioii est 
l'œuvre de quelque. orlûte iie village, qui, ayant 
i opérer sut* plaot et manquant d'outil, a tout 
aimplement poinçonné à lu quatrième ligne le 
mot oqblié sous la première. 

Voici la traduction littérale de cette inscription : 
« A Sextus Julius Lucanns, duumvir saeerdotal de 
la cité des Ségusiaves, Tiltius, Goeillas, Arda^ Cet* 
tinuS| Casurinus, Atlicus, apparileuirs afifranolus. » 

Les motsci^ des Ségusiavei désignent ici le pet»- 
ple ségusiave tout entier, et non la ville de Peurs, 
comme on Ta cru à tort dans le pays. Cbea tous les 
auteurs anciens, et particulièrement dans les Com- 
mentaires deCésar, le mot ciWtors'en tend toujours 
d'une nation ; ce n'est qu'à l'époque de la décaden- 
ce, et par une dérivation de son sens primitif, qu'il 
servit à désigner d'abord la ville capitale, puis toute 
ville un peu considérable. Ainsi cette inscrip- 
tion nous apprend que les fonctions des duum- 
virs n'étaient pas nmnicipales, mais nationales. 
Or le village de Marclop (en latin Marclopeium)^ 
où a été trouvé ce précieux antique, est à environ 
sept kilomètres de Feurs : peut-on placer ailleurs 
que dans cette ville le ^ef-lieu desSégusiave8,que 
devait habiter Lucanus? Nous ne le pensons pas. 
Ce duumvir possédait probablement à Marclop, 
placé sur une des grandes routes de la Ségusiavie, 



âtJR LES OniaNIB» 0U LTONNAIS. i&J 

une maison de campagne où il venait se reposer 
de ses fonctions ^^ 0|i sfs fppariteurs lui érigè- 
rent le monument dont notre inscription faisait 
partie ^ En ce qui concerne c^^^^rniers, on s'é- 
tonnera peut-être que nous traduisions lib par 
affranchis ( lib^rti) et pon par iipJ^ [liberi); la 
raison, c'est que comme les fonctions d'appari- 
teur étaient de$ fonctions infimes, il est peu pro- 
bable qu'elles aient été remplies par tant de per- 
sonnes de la classe libre. 

Autre indice favorable à Feurs. Il existe dans 
cette ville quatre bornes milliaires que leurs in- 
scriptions nous apprennent avoir été érigées par 
le peuple ségusiave luirméme, en l'honneur de 
l'empereur Maximin, probaUeio^ut comme res- 
taurateur de la route sur laquelle elles se trou- 
vaient placées. Or ces quatre bornes, portant les 
chiffres I, II, III, IIII, précédés 4c la lettre L, qui 
signifie lieue {leuca), démontrent que c'était à 
Feurs que commençait cette voie romaine, et d'où 
partaient les distances. 

Voici ces inscriptions telles qu'elles ont été ré- 
cemment déchiffrées par M, l'abbé Roux, vicaire 
à Feurs, qui a bien voulu nous communiquer sa 
nouvelle version, bien plus exacte que celle insérée 
par de la Mure, page 92 de son Histoire du Forez. 

(1) On voit encore à Marclop les débris d'un autre tom- 
beau romain considérable. La partie de l'inscription conser- 
vée apprend que ce monument fut élevé k un citoyen appelé 
Audtuc (Ck>urag€ux). 



388 MiMontc 

ÉTAT ACTUEL. 
Première colonne. 

IMP CAS t IV VB 
BO HAX •• . . O PIO 
FELIC MAX G.RMAir 
ICO lAX SAR •« TIGO 

MAX DA€ 

POHT MAX O.. 

• .S PROC* , • ««.MA 
XIMO • • « i • 
ttVl SB 

L I 

Deuxième colonne. 

IMF CAB8 C 1 .VERO 
* sic ^MAXMINO PIO FEMG 

GERMAHIGO S&X 

SARMATICO MAXI BA 
CICO MAX PONT VlX 
T . POT III GOS P{lO 
GOS PP OPTIMO 3fA 
XIMOQVB. PRIRG N 
CI VIT SEC I I BERA 
L II 



sun LES oiii0fivis$ nu LTOiric aïs. 380 

RESTïTUTldl^. 
Première colonne. 

liiip/effAtori C»Mri Caio JmIio Ve- 

ro Maximino pio 

ielici ntasim<> GeiHliaii-* 

ico matiaio Saràiatico 

maximo Dacico maximo 

pontifici maximo tribunitia potestate III 

consuli prpconsuU patri pafrjde Qptimo raa- 

xiipo . 

civitas Segasiavoruqoj 

Leuea P. 

Deuxième colonne. 

laiperatori Qp^n C»io ^nlip Vero 
Maxhnmo pio feUci 
maximo Gcrmanico maximo 
Sàrmalicd^iiaximo Da- 
cico maximo pontifie! maximo 
tribunilia potestate \\t cônsuli pro- 
consuli patri patriae optimb ma- 
ximQque pripcipi nobilissimo 
civitas S^usiavorupv libéra. 
LpHÇaïI». 



Sgb M1SM01RS 

iTAT ACTUEL. 

Troisième colonne. 

I M p. c A £ s. G. 
IVL. TBROé Ma 

XIMIirO. PIO. PB 
XY|[^.. ^BA. X< PA.W 
X. DAÇ. M. SAa. H. 
POKT. M. TR. POT. III 

* sic ♦es. PR0G09. P. P. O. M. PR. 

W. B. C. IVL. TÊRO 
' ' MAXIMO. GËA.' M. 
**'<^ *lfOBIC. CABS. AVG. W 

I^tt. A. ». SBU 
. X. IW ' 

Quatrième colonne. 

IMP CAES G ITL V 
*«<: £A0 ^UTAtMll^D 1*1 ' 

* «w a tBLIÛ A^tt * ORMA 

< BIOO AAX SAaHATLO M 
O . M.AK. D4kCICO.:l|A 

.x..pQirx. ifA;x ,.?»!., 

B POT'III C05 PRO 
GOS PP OPTIMÔ M 
AXI MO QTB PB I 
BG W GIvkT SEOYS II 

biiiA'"-'^ ■" •" "'^ ' 



SUR LES oBiGinis DU ltonhais. 391 

RESTITUTION. 
Troisième colonne, 

Imperatori Qesari Gaio 

Julio Vero Ma- 

ximino pio Felici 

Augusto Germanico maximo Partbico 

maximo Dacico maximo Sarmatico maximo 

pontifici maximo tribun itia potestate III 

coDsuIi procoDsuli patri patriae.optimo maxiimqpri* 

«lobilissimo et Caio Julio Vero [ncipi; 

maximo Germanico msuimo 

nobilis&imi CaBsaris Augusti nobili 

filip Augusto principi {pu posueruDt) Seguwivi< 

Leuca IIP. 

Quatrième colonne. 

Imperatori Caesari C^io Julio Y-* 
ero MaxjUnino pi* 
o felici Augusto Germa-* 
nico maximo. Sarmatio- 
o matimo Daciço ma- 
ximo pontifici piaxiofo tr^- 
bui>itia polestajte.II^ ço^^MUcpf q* 
consuli patri patriae optimo m- 
aximoque prî- 
pçipi ifobilissijEQo civitasSegu&iayqruai IV* 
: bera-. 



^Q% MI^MOIBB 

Nous ne donnerons pas la traduction de ces 
inscriptions, qui ne contiennent que la louange 
emphatique de TempereurMaximin ^ H nous suf- 
fira de faire remarquer que le peuple ségusiave, 
au nom duquel sont érigés les quatre monuments, 
y prend deux fois la qualité de libre {civitas Se^ 
gusiavorum libéra)^ que lui donne aussi Pline. 

Ce n'est pas tout : il y a près de Peurs un lieu 
qui porte le nom de Palais^ en latin Palatium, 
emprunté à un vieil édifice détruit depuis bien 
longtemps, mais dont on retrouve encore chaque 
jourde riches débris, malgré les circonstances qui 
semblaient s'être réunies pour en faire disparaître 
toute traee. En effet, l'espèce de respect tradi- 
tionnel attaché à ce Jieu l'ayant fait de bo^ne 
heure occuper par la féodalité, qui y éleva un 
château malgré sa situation peu favorable pour 
une construction de ce genre, tout ce qui restait 
de l'ancien édifice fbt employé dans le nouveau ; 
ensuite un arrêt des grands jours de Clermont, 
de 1666, ordonna dé raser ce ch&teau en puni- 
tion des crimes de ses maîtres ^, et tous les maté- 
riaux furent alors dispersés au loin. Voilà pour- 
quoi on ne îdécouvre plus sur les lieux que des 
fragments peà Considérables. Néanàioitis ils suffi- 

(1) Si on en juge par les titres ajoutés k chaque inscrip- 
tion, la troisième colonne doit avoir été érigée la dernière, 
car elfe est Ta plus dètoilfèé, et tnenttdûne le fils dcttaxibin. 

(2) Voyec page 162 et suiv. du Mémoire de Fléchier sur les 
grands jours de Clermonti |^|ibliâ p^ M. Gonod, bibliothé* 
caire de cette ville (Clermont, tS44, in-S<»). 



SUR LES ORIGINES DU LYONNAIS. âgS 

sent pour donner une haute opinion de Tédifice 
auquel ils ont appartenu. Ainsion y a trourë^dans 
une espèce de foiiille faite récemment pour la 
construction d'un nouveau corps de bâtiment^ 
des portions de colonnes de marbre dont les can*« 
nelures sont d^une proportion vraiment extraor<* 
dinaire. En outre, il existait naguère dans le voi« 
ftinage des restes de thermes coùnus sous le nom 
de bains de César. Ces fragments antiques/ ces 
thermes, le rang que tenait autrefois la maison 
féodale construite en ce lieu, le nom de palais 
resté à la porte de Feurs qui y conduit *, la tradi* 
tion enfin, tout semble démontrer que là était la 
résidence du premier magistrat de la province 
ségusiave. 

Il y a encore dans la paroisse de Feurs, mais à 
Topposite du palais, un lieu qui s'appelle la Salle, 
en latin jiulà^ nom dû évidemment à quelque 
établissement public de la capitale des Ségusiaves. 
Ne serait-ce pas là qu'était Thôtel des monnaies, 
car il parait certain qu'il y en avait un i Feurs 
dans les premiers temps de la conquête ; c'est dans 
cette ville qu'a dû être frappée la médaille que 
nous avons mentionnée précédemment, si on en 
juge par l'inscription qu'elles portent. En voici,^ 
au reste, la description complète: 

SBGYSiÀ V Si Tête casquée tournée à droite; 

(1) Le Palakn'est qu'à œuf cents .uiMre» de cette porte, et 
Cûseit jBQcote partie de la pAroisse de Feurs avant la névo'r 
lution» 



3^ * . UÉMOIKE 

les ép^ulesi qu'on aperçoit un peu, sont couvertes 
d'un paludamentum; sur l'une d'elles une lance. 

pK ARVS. Figure nue debout^ s'appuyant sur la 
jambe gauche, étendant une main sur une statue 
ayant la tête nue el le corps enveloppé d'un long 
Diaoteau et élevée sur- un cippe, et l'autre main 
sur une.massue également posée sur un cippe'. 

Cette monnaie^ dont le cabinet des antiques de 
la. Bibliothèque Royale possède trois exemplaires 
(il y en a un fourré ^)| présente, en effet, outre le mot 
SëGVSIAV que nous avons cité déjà, un type 
particulièrement applicable au territoire de Feurs; 
c'est celui du revers, ainsi expliqué par M. Du- 
chalais, notre confrère, à qui. on doit plusieurs 
travaux remarquables, et entre autres une descrip- 
tion des monnaies gauloises de la Bibliothèque 
Royale 2 « Le revers représente Hercule vainqueur 
des géants, consacrant sa massue à Mercure Po- 
ligieux, et un anathème à J^elesphore, dieu des 
convalescents. Après ce combat^ Hercule se bai* 
gne dans les eaux thermales : il faut donc consi- 
dérer ce demi-dieu comme protecteur des eaux 
thermales desjSégusiayes3. m Cette explication nous 

(1) Voyez la gravure de cette médaillé sur là. planche pla- 
cée à la fin de ce mémoire. 

(2) Dans Tantiquîté, les faux moittiafeafs ttai«nt d'aatatti 
plus nombreux que leur industrie était plus facile et plas 
productive. 

(3) Voyes ci-devant, p< 966 ^ un travail de notre eonûrère 
M. de Witte tur un và^et analogue. Il y {Qçn|kniiie $xm 
notre ii^édaiUe ségusiavçi 



SUR LES ORI6INBS DU LYONNAIS. SqS 

parât t d'autant plus naturelle que le pays de ce^ 
derniers possède de Nombreuses sources ther- 
males , et qu'Hereule joue un grand rôle dans les 
traditions de la contrée *. 

' Quoi qu'il en soit. Peurs fut jadis une ville im^* 
portante; on y a trouvé des mosaïques et des sta^ 
tuettes qui rappelaient les plus beaux temps de 
l'empire.On y d^côuVfe encore journellement des 
r^i^^es d'aqueducs ,et d'égouts qui indiq^uient une 
vaste cité. Tout démontre que l'enceinte de cette 
ville renfermait autrefois plusieurs localités voi- 
sineSy et entre autres Raûdan^ où ia tradition rap- 
porte que fut élevé le prcmiet* tempte ehrétiên de 
la cotftrée*. 

La déchéance dé Feura est attribuée à un ineei^ 
die dont on ignc>re les circonstances, mais qui 
est prouvé par de nombreuses ruines enfouies 
sous de^chûrboiM et des débris de tuilea antiques» 
Toi^efois la oàuie princq^ale de cette déabéanoe 

( t)Yoj^ Les d*Ûffyipi90 et syiv« Nous devons aYoucrqufe^ 
trompé par l6$ mdicatîoa9 de de la Mure, nous avons attribué 
(Histoire du.Fçrez, t. l^p* 13$) la monnaie dont.il est ici 
question à un seigneur de Suze. Si nous l'avions vue alors, 
taons n^auiions pu commettre tme erfeûr âftï^si grossîèf e : là 
fonuè rottiAiiiô dès eafat^reé aoVait suffi à elle seald pour 
abns «Hkpéoker d'émettre ittie semblaUe opûiion» 

(2) De la Mure prétend que le mot de Randan vient d^Jra 
I>ùmm (autel deDiane), mais rien ne noua paraît moiiis pro- 
bable. Dé» le dixième aiède» noua trouv^as le note de Eân* 
dan écrit Mmàannm en< latin. C'était alôr» un ptienré dliontp^ 
iȃl vott ;i^ mil pitia lard dci fmiiiatit 



396 MÉMOIRE 

fui, à notre a\is , la proximité de la colonie de 
Lugdununi^ fondée par ordre du séoat^ fidèle in« 
bBrprète de la politique, romaiue, qui coD^islait à 
rompre sans violence les habitudes des peuples 
vaincus, ^t même à les atiirer à lui par desi bien* 
fiûts. 

CHAPITRE rv. 

Origine et progrès de U ville de Lyon sons les Romains, qui en 
font la capitale d'one partît de la Oaole, 

Quellfi est Forj^ne de Lyon? c'est là une ques* 
lion bien débaClue. Les uns disent cetle viUe foo* 
déepar une colonie de Phéniciens, neuf cents ans 
avant notre ère; d'autres, par des Gi^ecs, six cents 
ans plus tard. Son nom latin a aussi été l'objet de 
nombreuses et savantes dissertations; mai$ mal* 
heuTeusemenf elles n'ont pas diaaipé le$ ténèbres 
qui obscurcissent ce point d'bistoire. Tout ce 
qu'on a écrit sur ce sujet est basé sur des hypo- 
thèses plus ou moins vraisemblables, mats qu'au- 
cun monument n'appuie. Quelques auteurs font 
venir Lugdunum de Lugdus, nom d'un roi gau- 
lois dont l'existence n'est rien moins que prouvée; 
d'autres prétendent que ce mot signifie en langue 
celtique montagne du corbeau^; un moderne le 

(1) L*auteiir d'un Traité sur les fleuves et Id montagnes, 
qn'on attriboe à Piatarque, 8*e^prime ainsi : « A.utM%$ de ce 
fleuve (rAror ou lu Saône) est une montagne appelée Jbtgr 
tiunuif lac|ueUe doit ce aom à kctrcoattanocicptir j# vaUiraf^ 



SUE LBS ORIGIK8S 017 LTOlINAIS. 397 

mduit hngue dune*. Aucune de ce» étymologies 
le nous parait fondée. Ce qu'il y a de ce?taiD| c*est 
}ue si Lyon eiistait avant Tentrëe des 'Romains 
ians la Celtique^ ce n'était qu'uD i>ourg fort me* 
iiocre, car il n'est mentionné ouUe part. Césars 
qui traversa plusieurs fois la Ségusiavie^ et qui 
campa même à son arrivée près du lieu qu'occupe 
aujourd'hui la prétendue ville phénicienne, n'en 
dit pas un mot*. 

Au surplus, il importe peu qu'il y ait eu ou non 
jadis, sur remplacement de Lyon, une boui^ade 
ignorée; ce qui importe, c'est de savoir à quelle 
époqae cette ville joua^ un rôle dans l'histoire : or 
il n'y a pas de doqte à ce slijet. Dion Cassus noua 

porter : Momorus et Àtepomaros, qui avaient ét^ détr&nés par 
Seséronéus, entreprirent, sur la réponse d*un oracle, de faire 
bâtir une ville sur cette montagne. Ils en avaient déjà jeté les 
fondements, lorsque des corbeaux, dirigeant leur vol de ce 
c6té, couvrirent les arbres qui étaient autour. Momoras, qui 
était très versé dans la sctence des augures, donna k la viUe k 
nom de Lugdunus^ car Lugus^ dans la langue du pays, signifie 
corbeau, et dunus, montagne ou lieu émincnt. *» {OEuvre$ mo* 
raies de Pluiarque^ traduction retouchée de Richard, t. XVII, 
p. 17.) Nous n'avons pas besoin de dire que l'histoire de 
Momorus et de son frère n'est qu'une fable. Lugus ne signifie 
corbeau ni en irlandais^ ni en gaelie^ ni en gallois, ni en bre- 
ton. Dans ces dialectes, qui ont conservé le mieux la langue 
celtique, corbeau se rend par bran, Nous devons ce dernier 
renseignemeut à l'obligeance de M. Yiilemarqué. 

(1) M. Cochard, 

(2) De hvHù gaii,^ lib. I^ cap, xtii. Yoyex ci-devant, 
chap. II. 



Sg . uéumnii 

appr<od ^ qu'environ r^o 48 «wpI Jé»ii4-Chriit, 
Luciii». PUdqus établi^ sur Tordre du çéoat» an 
confluent du Rhdoe et de la Saèoe, une colooie 
romaine destinée à sprvir de refuge aux habitants 
de Vienne, chaaaés de leur ville par les Allobroges 
des moDtagi|es« Cette assertion, qui n'est contre* 
dite par aucun fait, s'accorde. parfaitement avec 
ce qu'on lit dans Pline et dansSénèque, écrivains 
presque contemporains de cette fondation. En 
effet, ce derjoier, parlant d'un incendie oonsidé- 
rable qui détruisit ^itièrevient Lyon vers le mi- 
lieu du premier siède de notre^ère, dit que cette 
colonie n'en était :pas encoceà sa centième ann^, 
et que pourtant c'étidt d/éjà la première ville des 
Gaules^. Quant aux termes de Pline, nous les 
avons cités au premier chapitre : ils portent posi< 
tivemetit que Lyon était une colonie fondée sur 
le territoire des Ségusiaves ^. 

Plusieurs, bis^toriens prétendent tirer de la cir* 
constance même de la f(mdation de cette ville 
rétymologiedeson nom, qu'ils décomposent ainsi: 
Lucii dunurriy montagne de Lucius (Plancus); 
mais cette explication n'est pas plus fondée que 
les autres rejetées par nous. Si elle l'était, on n'au- 
rait pas écrit Lugudunum dans l'inscription placée 

(1) livre XLVIly chap. iv. 

(2) « Huiç colooiaç.ab origine sua centesimus annusest... 
LugduDum quod ostendebatur in Gallia quœritur... Una doi 
ioterfuit inter urbem maxîmam et aullam. • EpUre 01, 

(3) Voyex ci^devant, p. 350. 



Stjn LES ORiGillES DU tTONlItAtS. ^99 

sur le mausolée magnifique érigé à Plancus dans 
la ville de Gaête, inscription qui fait précisément 
mention de la fondation de Lyon *. Voici cette 
inscription telle qu'on la lit encore au-dessus de 
la porte du tombeau de Plancus; situé à une lieue 
et demie de la route de Rome à Naples par les ma- 
rais Pontins, et dominant les fortifications de la 
Tille die Gaête, placé qu*il est sur une haute mon*- 
tagne. 

Z,. MYNATIVS h, F, h, Wt h. P»01ï. 

PLAirCYS GOS, CBVS. JH P. IfBR. ¥11. VIR. 
EPVLON* TBIYMP. SX BAETfS AEDIM SATCBlfl 
FECIT DE MANIBIs keStOS DIYISIT IN ITAlrlA. 
B£]fEVENTI. m GALLIA COLONIAS DEDVXIT ' 
LVGVDVWTM f ET RATRIGAM 

Et qu'on ne croie pas que cette forme ortbor 
graphique soit particulière an tombeau de Plancus; 
on la retrouve sur la plus ancienne monnaie 
frappée à Lyon, et datant des premiers temps de 
la fondation , c'est-à-dire d'une époque où il était 
impossible qu'on ne connut pas i'étymologie du 
nom de cette ville. On peut certainement conclure 
de ces deu^ faits que la première et plus exacte 
appellation de Lyon était Lugudunum et non 

(1) A l'exemple des Latins, les Grecs écrivaient tant6t 
Aovyovdowoy, tantôt Aouy^owov; Etienne de Bysance écrit 
cependant AQvydouva. Dans les écrivains arabe» contempo- 
rains des invasions sarrasines, on trouve seulement le ra- 
dical Loudoun. (Reinaud, Invasions des Sarrasins^ p* 30.) 



400 VéMOIRB 

Lugdunum* Mais peu importe l'une ou Taulre or- 
thographe, puisque oous n'en pouvons rien tirer 
pour réclaircisseoient de Thistoire de Lyon. La 
monnaie dont nous venons de parler offre une 
particularité assez remarquable, c'e^t qu*on y voit 
figurer un lion ^ Quelques lristorienS| et entre au- 
tres Menestrier, en ont tiré des conséquences 
tout à fait erronées. Cet emblème se rapporte 
non à la ville de Lyon, mais à Marc-Antoine, et 
si plus tard il fut placé dans les armes de la ville, 
c'est parce que le nom de Lugdunum se pronon- 
çait aloriB comme celui de Fanimal, par suite des 
altérations successives de Torthographe. 

Quoi qu'il en soit, Lyon devint bientôt la pre- 
mière ville des Gaules. Un concours heureux de 
circonstances contribua à cette pi*ospérité inouïe. 
D'abord Lyon était une ville moderne^ qui, n'ayant 
pas de tradition, ne pouvait donner aucun om- 
brage aux'RomainSy à qui elle devait tout, gloire 
et richesse; ensuite elle était placée sur deux 
cours d'eau navigables, aux confins de la pro- 
vince* et au centre des Gaules. C'était le lieu de 
passage habituel des consuls, des préfets, des em- 
pereurs romains ; elle vit même naître dans ses 
murs plusieurs de ces derniers, dont le patronage 

(t) Voyes la gravure de cette médaille dans MenestrieTi 
Histoire consulaire^ Dissertations prélim., p. 25. 

(9) On désignait ainsi, comme nous avons va, la première 
portion de la Gaule occupée par les Romains. Cest de là que 
vient le nom de Provence. 



j 



SUR LES ORIGINES OU LTOl^NAIS. 49^ 

lui fur. fort avantageux. Auguste en fit la capitale 
de la Celtique, qui prit dès lors le nom de Lyon* 
naise; il la combla de bienfaits, et les soixante na- 
tions des Gaules y élevèrent un temple superbe 
en son honneur. Agrippa en fit partir les chemins 
militaires de la Gaule; Caligula y fonda une célè« 
bre académie appelée Athénée, et divers jeux qui 
devinrent fameux sous le nom de jeux gaulois. 
Claude, qui y prit naissance, ainsi que son frère 
Germanicus, fît accorder à ses habitants des pri- 
vilèges considérables, et eqtre autres celui de 
siéger au sénat, privilèges qui justifient bien le 
litre de liheri que Pline donne aux Ségusiaves, et 
qu'ils prenaient eux-mêmes sur leurs monuments. 
Od conserve encore dans le Musée des antiques de 
cette ville deux des tables de bronze sur lesquelles 
fut gravé dans le temps le .discours que Claude pro- 
nonça en cette occasion devant le sénat, et dont 
Tacite &it mention. 

Nous n'aborderons pas les détails de Thistoire 
de Lyon à celte époque; c'est un sujet qui ne 
rentre pas dans notre cadre, et qui d'ailleurs a 
été plusieurs fois traité déjà. Npus nous attache- 
rons seulement à ce qui concerne le sol. 

Et d'abord nous dirons qu'on ne trouve que 
fort peu de monuments romains à Lyon , parce 
que cette ville a coniînué à vivre largement jus- 
qu'à nos jours, et par conséquent à approprier à 
son usage tous les monuments construits dans 
ses nnurs^ Il n'y a que les villes déchues qui aient 
XVIII. 26 



I 



4oa MiMOIllB 

oonaervé leurs anciens édifices, et cela par la 
raison qu'elles n'en ont pas eu besoin. On ne pos- 
sède ^ère à Lyon que des pierres tumulaires et 
autres monuments meubles de ce genre ^ qui ie 
conservent par leur propre nature. En effet, si 
les démolitions font parfois disparaître quel- 
ques inscriptions, d'autres démolilions les remet- 
tent au jour, souTent mutilées^ à la vérité, mais 
toujours assez intéressantes slux yeux du vul- 
gaire pour qu'il songe à les placer en éi^dénce, 
même alors qu'il se sert des pierres sur lesquelles 
elles se trouvent comme simples matériaux de 
construction. 

Mais s'il ne reste que peu de traces de con- 
structions romaines à l'intérieur de Lyon^ il n'en 
est pus de même à l'extérieur, où n'existaient pas 
lea mêmes causée de destruction. On y voit en- 
core d'importantes ruines des aqueducs qui ap- 
portaient à cette ville le tribut des eaux de là pro- 
vince ségiisiàvei Nous devons dire quelques mots 
de lees monuments admirables, non-seulement à 
-cause de leur importance matérielle, mais encoFe 
parce qu'ils prouvent que Lugdunum était bien 
sur la montagne de Fourvières et non sur la col- 
line de âaint«Sébastien ni dans la presqu'île. Si 
cette ville avait occupé les deux derniers points 
que nous venons de nommer, comme le disent p)a- 
sieur^ auteurs, on ne pourrait expliquer la direc- 
tion unique des aqueducs vers Saint^Irenée et 
Fourvières. D'ailleors, si Lyon se fût trouvé eatie 



SUR LES ORIMIM» l»U lYONITAIS. 4q3 

le^Rliènatt k Saènê^ eât-rop eu besoin de se pro- 
curer lanl d'eau de souree? Gei^tôs le$ RomaiBs 
se fussent bien dispensés, si ceia eut^é possible, 
de consli^uotioBs immenses^ qui uon-seuleaMat 
étaient fort coàteusee, mais enaove reixdaient }a 
irille indifendabl0.'k\JL%s\ Thistoire nous appreod- 
e)Ie que Lyon, n'a jamais pu résistera uipe attaque 
dans les tenips anoietis. Rieli n'était plus faeilf , 
en effet, que de prendre cette ville : il suf&$ait 
presque de couper lés tuyaux de oonduite des 
aqueducs eti renTersanl une arcade de des magni- 
fiques monuments* 

On eonnait aujourd'hui Texistence positive de 
trois aqueducs ^ Le premier,- auquel on dopne le 
nom d'une montag;ne voisine, le Mont^d'Or) qù 
il a son origine, eat probablement le plus ancîea, 
car il est le plus court et le plus faible. Il n'a 
gaèreqiïe 16,000 mèlres de développement. Sa l^te 
est au fond du vallon de Poleymieux, à l'endroit 
où sourd le ruisseau d'Antoux, qu'il absorbait. Il 
circulait ensuite sur le flanc des coteauîx dé Goris, 
enfonce de '20 à 3o centimètres ab-dessous de^la 
surface du sol^ traversait les communes d'Albl- 
' gny, de Couzon, de Saint-Romain, de Saînt-Cyr, 
de Limonest, de Dardilly, d'ÉcuUy, recueillant 

'■ {%) Ifout 8inp#uiii»as les fciisejgneiii«|its qai ^uiT^lf 4u 
QVfi^iiai némoîfe que IL AlenaMlre F^lcbéffoa.a publié en 
4340 çur 1^ aqûe4ucs de Lyon, ^X à la carte da dép^ dç la 
{uerre no 168. Nou^ y joi^ons seulement quelques observa- 
tions particulières. 



4o4 MiMDOIRE 

^ous les ruîsseaax qui coulaient à son niveau. 
Arrivé là^ il descendait^ par le moyen ingénieux 
des siphons, dans le vallon des Massues, dont il 
trayersait le fond sur un pont à arcades super- 
posées de plus de aoo mètres de longueur, et ve- 
nait aboutir à un château d'eau qui devait être 
vers la porte de Trion, ainsi nommé peut*étre 
parce qu'elle était le point de réuriion des trois 
aqueducs* 

Nous venons de prononcer le mot de siphons: 
comme il reparaîtra d'autres fois dans notre récit, 
disons sommairement ce que c'était. Pour éviter 
des constructions trop considérables dans les val- 
lées profondes, les anciens, qui ignoraient nos 
procédés hydrauliques si simples à l'aide desquels 
on peut élever l'eau à de si grandes hauteurs, mais 
qui connaissaient la propriété des liquides de 
prendre leur niveau, faisaient suivre à leurs aque- 
ducs la pente du terrain, en ayant soin de con- 
server seulement au réservoir de chasse ou de 
départ un niveau supérieur à celui du réservoir 
de fuite ou d'arrivée, et de diviser dans plusieurs 
tuyaux de plomb le volume d'eau qui aurait rompu 
par son poids les maçonneries inférieures .-c'est 
là ce qu'on appelait des siphons dans l'architec- 
ture ancienne* Quant au nom resté au vallon tra- 
versé par l'aqueduc du Monl-d'Or, les Massues, 
'* c'est sans doute une appellation populaire em- 
prutitée à la forme des tuyaux de plomb trouvés 
dans ce lieu longtemps après la destruction du 



SUR LES ORIGINES BU LTONNÀIS. 4o5 

monument des Romains, tuyaux qui devaient 
avoir, comme ceux de nos fontaines^ une espèce 
de lête destinée à recevoir le bout du tuyau pré- 
cédent. 

Le conduit de l'aqueduc du Mont-d'Or aen viron 
5o centimètres de largeur et autant de hauteur, 
jusqu'à la naissance de la couverture. Cette der- 
nière est composée de deux rangs de pierres plates 
posées en encorbellement, et d'une troisième as- 
sise recouvrant le tout. Une couche de ciment de 
!à5 millimètres, formée de chaux et de tuileau 
concassé de la grosseur d'un pois, recouverte elle- 
même d'une deuxième couche de ciment de peu 
d'épaisseur, faite avec du tnileau pulvérisé, pour 
que les surfaces fussent bien lisses, tapissait tou« 
tes les parois. 

Le second aqueduc, auquel on donne le nom 
de la Brévenne, parce qu'il suivait un des côtés 
du bassin de cette rivière, fut sans doute construit 
après celui du Mont-d'Or, car il est plus lai^e et 
beaucoup plus long^ et semble destiné à satisfaire 
de nouveaux besoins nés de l'extension de la ville. 
U a un parcours de 5o,ooo mètres. Sa tête se 
trouve dans une vallée étroite et rapide, où coule 
rOrgeole. Après avoir pris les eaux de ce ruisseau, 
il traversait les communes de Duerne, Sâint-Ge- 
nis-l' Argentière, Courzieu, Chevinay, Saint-Pierre* 
la-Palud, Sourcieux, et arrivait à Lentilly en pas- 
sant sur le Cret'de^MontcheSf aux hameaux de 
^ivoire et de Lachaux. Jusque4|| il était consUfn* 



ment souterraîu, ot forinaU, diiiis qndcfu^srii/^ 
des nombreux ravin$ qu'il traversait^ des. anses 
ou ^înuosiléa tvès an^ulen&as. De Lentilly il fa* 
gDait la Tour-de-Salvagny en traversant un vallon 
à Taide d^ siphons, et $e rendait à Lyon probable- 
OMnt par le même chemin que Taquednc du Mont- 
d'Qr, sans toutefois confondre ses eaux avec celles 
de^ice dernier. Son canal a 60 centimètres de lar<- 
geur, et i mètre 67 centimètres de hauteur du 
radier à Tintrados de la def. U est recouvert par 
une voûte à plein cintre en parpaings, de 4^ cen- 
timètres de lit* Les parois intérieures sont revêtues 
da ciment av^ bourrelets aux angles^ comme au 
cmnal de Taqueduo du Mont-d'Or. Les gens de la 
campagne appellent ces restes . d'aqueducs les 
Tus^. Il est assez difficile d'expliquer le sens ou 
même l'origine. de ce dernier mot. Peut-être 
^%trce la syllabe finale ^aquœductus qui seule a 
survécu à ses ^œurs aînées. On appelle aussi c&^ 
Fuines les Sarrasinièr^Sy en souvenii' des ravages 
faits par les Sarrasins dans ces contr^^s. 

Bientôt ces deux aqueducs ne suffirent plus à 
la ville de Lyon : des thermes, des palais , de9 
fontaines publiques, de somptueuses habitations 
de particuliers avaient successivement remplacé 
les premiers édifices de la colonie de Plancus, 
et couvert tout<e la montagne. U fallut chercher 
de nouvelles sources, car non-seulement celles 



SUR LES ORIGJWES DU LYONNAIS. 4^7 

€]«x'o» pofisédaitd^jà nô donnaient pas assez d'eau, 
mMÎs elles n'arrivaient pas à un niveau assez 
élevë pour les nouvelles constructions. Leur ré- 
servoir de distribution se trouvait, en effet, à 
I 5 mètres au-dessous du plateau de Fourvières; 
Le mont Pila étant le seul point d'où l'on put 
tirer la quantité d'eau nécessaire, on y dirigea un 
aqueduc, malgré la distance eporme qu'il fallait 
lui faire parcourir, non plus à l'intérieur du sol, 
mais presque partout à une grande hauteur, à sa 
surface^ Le travail était immense, mais non au<* 
dessus de la for tu ne actuelle de Lyon, car ce monu 
naent dut être construit au moment où la ville fut 
parvenue à son apogée, c'est-à-dire environ ceiit 
ans après sa fondation . Il n'était probablement 
pas eocore terminé lors de Tineetidie dont parle 
Sénèqu6,'et .qui détruisit la ville de Lyon vers 
Tan £9 de notre ère. Il aurait cependant été 
oommenoé sous l'empereur Claude^ si Ton a bien 
ki^ripiscription trouvée sur quelques t%iyaux de 
conduite^. Il fut sans doute terminé sous Néron, 
le restaurateur de Lyon après son désastre. L'im^» 
mensitë de rosuvre expliquerait facilement la 
lôtiguear du temps qu'on y cousacra. ^ 

On étabiit la pri^e d'eau de l'aqueduc du monfl 
Pik £1 utM demi^îeue au-dessus de Sftia^Ghat 
moud, et dans la rivière du Gier. On en voit ^u« 

(1) Qt^ tuyaux, atijourd'hai perdus , portaient, dit-oa, 
naseifplidaifdvAMe:TÎ. CL. GÀiGS. 



4o8 MEMOIRE 

core des traces au hameau de la Martinière, sur la 
commuDe d'Isieux, et près de Saiot-Martin-Acc€>a- 
lieu, qui tire peut-être son surnom à'aquœ locus 
ou d^aqualis. L'eau^ élevée par un barrage dans le 
lit du Gier, entrait à gauche dans un canal souter- 
rain, qui se trouve à environ '45o mètres au-dessus 
du niveau de la mer; elle prenait son écoulement 
sur les coteaux jusqu'au ruisseau du Janon, qu'elle 
traversait sur un pont détruit. En été, les eaux 
étaient recueillies en totalité; mais après les 
pluies et en hiver une vanne ne laissait péné- 
trer dans le canal que la quantité d'eau détermi- 
née. Après le pont du Janon, ou de la Petite- 
Variselle, l'aqueduc redevenait souterrain, et était 
creusé dans le roc en plusieurs endroits. Il tra- 
versait le vallon et le ruisseau du Langonan au- 
dessus de Saint-Chamond, sur un pont de neuf 
arcades, puis disparaissait sous terre jusqu'à une 
petite gorge. 11 passait cette dernière sur un pont 
de cinq arcades, dont on n'aperçoit plus aujour- 
d'hui qu'une seule pile, et s'enfonçait ensuitedans 
le flanc de la montagne au-dessous de l'ancien chà* 
teau de Saint-Chamond, traversait un petit ruisseau 
sur un quatrième pont , et arrivait sur la commune 
de CeUieu, où on avait été obligé d'entailler le roc 
pour le faire passer. C'est ainsi qu'il traversait le ter^ 
ritoire deChagnopyOÙ on voitencore un souterrain 
de plus de 600 pas de longueur, qui est marqué sur 
1^ carte du dépôt de la guerre (n*" 168). L'aqueduc 
re3sortait ensuite près et au-dessous di} ivillage de 



SUR LES ORIGINES DU LYONNAIS. 4^9 

Saint-Genis-Terre-Noirc, pour se décharger dans 
un réservoir de chasse , d'où huit tuyaux en 
plomb descendaient et remontaient dans un se- 
cond réservoir, dit de fuite, après avoir traversé 
une vallée profonde. Dans le bas de la vallée, un 
pont de douze ou treize arcades et de 7",6o de 
largeur portait les tuyaux. Le réservoir de fuite, 
qui est détruit, devait être peu élevé, et Taqueduc 
disparaissait de nouveau sous terre jusqu'à un en- 
droit appelé Molet, à i ,000 mètres environ du vil- 
lage de Saint-Martin-la-Plaine, où l'on retrouve les 
culées d'un pont qui pouvait avoir dix arcades. Un 
pont ruiné traversait un petit ruisseau peu éloigné 
du dernier, puis l'aqueduc passait près du hameau 
de Bérieux, sur le ruisseau du Bosançon à Taide 
d'un autre pont détruit, entrait sur la commune de 
Saint-Maurice-sur-Dargoire, où on le voit aux ha«^ 
meaux de Jurieux et des Combes, traversant deux 
ruisseaux qui se jettent dans le Bosançon. Trois 
ponts de peu d'étendue, et dont deux sont détruits, 
portaient les conduits entre ces deux hameaux; puis 
l'aqueduc circulait à peu de distance de la grande 
route de Sainte-Etienne à Lyon, entre les hameaux 
de la Serve et de la Condamine, passait sur un 
pont y se rendait au hameau de la Guiraudière, et 
un peu plus loin, dans deux gorges resserrées, il 
traversait leMornant. A quatre cents pas au-dessus 
du bourg de Mornant, il atteignait un pont dont 
quelques arcs et piédroits sont très peu dégradés, 
passait sur une substrqctioQ de quelques mètrie!^ 



r 



4e longueur, et pénétrait 30us terre, eu traçaufc 
au delà de ce point une courbe très sensible a 
TiOeil; se dirigeait sur la commune de Saint^Lau- 
vant-d'Agny et d'Orliénas, après avoir traversé le 
ruisseau du Janon et deux autres cours d'eau 
moins considérables. U venait ensuite sur la com- 
mune de Soucieu, où Ton voit une substruction 
de plus de cent pas, redevenait souterrain jusqu'à 
un ppnt de 485 mètres de long et de 1 7 de hauteur. 
C^ pont^ qui ne comptait pas moins de 71 ar- 
cades» aboutissait au réservoir de chasse de Sou- 
ç^eui d'où partaient des siphons qui traversaient 
la vallée du Garon, dans le fond de.laqi^elle était 
un a^itre pont de apS mètres de longueur sur 
^'•^SS de largeur ^ Au sortir d^ o^tte y.all^e^ l'a- 
queiduc arrivail sur }a cpmmune de ChamppDOst, 
q^i'il traversait du midi au nor4 s^^ d^ux $ub^ 
^rMCtions et sur trois ponts. Ces ponl$ n'étaiexit 
pHP 9ur des ru^se^u^i maî^ ils étaiept coiistr^its 
pour maintenir 1^ pante des eaux s^ps qu'oA fut 
9J^9 4e £w*^ delrpp grands circuit^. L^.^u^dj^ 
pilfv^naî(t«»nsiÀm:i popt.qiii précède le ruis^^^iu 
fb.riMTODiy et qui étail: d^mé à loonaerver a«9 
niservoir de f^basse des siphdiMi «ne, ^^^g^ 
isop¥€«icibte« Ce pont est un des fiw beaux our 
Ivrageside toul reqjiedue^ U A:plusde55f mè^tm 

. (t) C^ptp lurgeqr p^^tra peut-éUrs Jjiea cow^érsWc, 
«U égard à la largeur des ponts ordinaires de passage sur les 
rivières, maïs eUe était nécessaire pour rétablissement dès 
tuyaux sur tme ligii^ horidsoûtàlè. 



SLR LES OBIGIHtiS Dtf LYONNAIS. 4' ^ 

de longueur et 91 àrcaded dt^' diihensions pro- 
portionnées à leur hauteur, c'est-i-dlre qu'au 
commencement ellei sont à la fois beaucoup 
moins hautes et moins larges que vers le réser-' 
voir de chasse. Au sortir de ce dernier, Teau ëtait 
reçue dsms des siphons qui suivaient une pente 
rapide, mais régulière, jusqu'au fond de la vallée 
de Bonan, où se trouvait un pont de a6^ mètres 
de longueur sur 7",33 de largeur, pour pass^er 
riseron. Après avoir passé ce pont, les sipiioùs 
remontaient sur ie versant opposé, et venaient se 
dégoi^er dans un réservoir de fuite situé sur là 
commune de Sainte-Foy-lez-Lyon. De là Taqueduc 
se dirigeait sur un pont qui longe une des rues 
de Sain le-Foy, puis devenait souterrain, faisait 
une anse, et se dirigeait sur un antf e pont qui est 
parà^fèle an chemin de Bonan. Il tournait énsnîte 
à gauchfe dans les terres; et veinait à ufa autre 
pont qui amenait les eaux dans le résérvolf "de 
chasse de Sâint-Irenée, dont il traversait le VaBont 
an moyen de siphons. Au sortir dd réservoir de 
fuite de Saînt-Irenée, l'aqueduc éfâit porté^ s^r 
un dernier pont qui, à la troisième ou quatrième 
arcade, changeait de direction, passai tVfe droite 
à gauche du ùhemin, en formaint tih^K^e ^dr^ît, 
traversait tout le plateau de FourVîèrés, el vetiàit 
finir et verser ses eaux dans un réservoir de dfetrl^ 
bntion qui est près de la place mèine de Fourvièrës; 
au^e^sus delà iponté? da» kuge^. Qp 9e jçtrouve 
plus que quelques arcades du doroiifft|m>t.4p«Ai 



4l9 MEMOIRE 

du réservoir de fuite; toutes les autres, plus près 
de Lyon, ont été renversées; mais on en aperçoit 
quelques vestiges dans la rue du Juge-de*Paix et 
dans celle qui mène à la descente des Anges. Le 
réservoir de distribution sert aujourd'hui de sub- 
struction à la maison dite Angélique; il est sur 
Taréte de la montagne, et a a4%4<> ^^ longueur 
totale et i5%7o de largeur. Il y avait d'autres ré- 
servoirs secondaires. Quant au canal de Taque* 
duc, il avait de 58 à 65 centimètres de largeur, et 
i",77 de hauteur sous clef, mesures correspon- 
dant à peu près à 2 pieds romains pour la lar- 
geur, et à 6 pour la hauteur. 

Nous n'entrerons pas ici dans les détails de la 
construction : c'est un objet étranger à notre but ^ 
D'ailleurs la manière de bâtir des Romains est 
bien connue. Il nous suffira de dire que le mode 
adopté pour Taqueduc du mont Pila est celui de 
Vopus reiiculatum, ainsi nommé à cause du revê- 
tement, coniposé de petites pierres carrées placées 
en losange ou^en réseaux, et coupées à de certains 
intervalles par une igné de briques. En résumé, 
la France possède peu de constructions anciennes 
aussi grandioses que celle de l'aqueduc du mont 
Pila. Ces grandes lignes d'arcades, coupées dans 
quelques parties par une ouverture transversale 
qui pouvait servir de chemin couvert aux piétons, 
font un effet ravissant dans la campagne des en- 

(1) On les trouvera consignés dans le Mémoire de M. Fia* 
okir^n, «ké pins hànt. 



SUR US ORIGIKES DU LTOiriTAIS. 4^3 

virons de Lyon, où elles rappellent sans cesse la 
grandeur de cette ville. On ne compte pas moins 
de vingt*cinq ponts ou ponceaux de toutes dimen- 
sions, et quelques-uns des premiers à arcades su- 
perposées, dans le trajet, qui est de plus de 4o,ooo 
mètres en ligne droite, depuis la prisé d'eau jus- 
qu'au réservoir de distribution. Nous ignorons la 
longueur réelle de l'aqueduc; mais les difficultés 
incroyables du terrain, la solidité et l'élégance de 
sa construction, en font un des plus considérables 
monuments de ce genre qui reste des Romains. Il 
pouvait fournir environ 1 721,000 pieds cubes d'eau 
par jour, lesquels, réunis à la masse fournie par 
les deux autres aqueducs, formaient un total de 
près de 400,000 pieds, ou i3 millions de litres 
d'eau excellente pour les usages de la vie, car on 
avait eu soin de choisir des ruisseaux d'une grande 
pureté pour alimenter les uns et les autres. 

Nous avons longuement décrit les aqueducs, 
parce qu'ils sont un témoignage irrécusable de la 
grandeur de Lyon et de sa position ancienne. 
C'est en vain qu'on a prétendu étendre Lugdu- 
num sur la rive gauche de la Saône; il ne pou- 
vait y avoir de ce côté de la rivière que quel- 
ques constructions suburbaines et ces grands 
établissements publics qui demandent un vaste 
emplacement, mais qui, n'étant pas habitée, 
ne comptent pas dans la ville même. Ainsi nous 
admettons très volontiers que l'autel d'Auguste 
se trouvait sur la pointe de la presqu'île, c'est- 



>i-dfti« prés d« Téglke d'Ainay^ et que VAjAéuée 
fondé par Cf^Iigula étail sur l'empiaotmenl mésie 
d« cette éfi\%$% qui porte eu effet le nom è^Atha- 

^nawm dans les actes anciens *; nous admet- 
Irons qu'il existait un cirque ^ voire m«aie, si 
r^n veut, uùe naumacliie sur le coteau. de Saint- 
Sébuatien^ quoiqu'il nous paraisse s^sez difficile 

. «l'expliquer par quel moyen on aurait pourvu 
d'eau ce dernier établissement; mais quant à la 
ville proprement dite, elle se trouvait tout en- 
tièva sur la rive droite de la Saône. Elle occu- 
pait tout le promontoire qui domine la rivière, 
depttîa Pierre-Scise jusqu'à la porte Saint4}eoi^s, 
et fi>rmait ainsi un cercle d'environ 600 mètres de 
rayon^ borné d'un côté par la Saône^ de l'autre 
par l'ancien tracé des fortifications. 

L'emplacement que nous assignons à LyoB pré- 
sentent! est vrai, une grande inégalité de sot; mais 
toutes les villes anciennes oui cet inconvénient 

: sans offrir les compensations que nous relpou- 
votts ici. Outre sa position sur la Saône, qu'il do- 
mine et qui lui servait de fortification sur les 
deux tiers de sa circonférence, Lyon possédait au 

^baut de la colline un plateau assez vaste, qui fat 

> probablement tout couvert de maisons à & fin 
d« premier Siècle de notre èreJCest là, en effet^que 
vtiïl aboutir Taqueduc du mont Pila, et queTrajan 

• fit bâtir le célèbre Forum auquel la montagne de 

(t) Çer tie«i formait ttidieiin^iiieHt une 9e. 



SUR LES ORIMITM BU LTONITAIS. ^$5 

Fourviàres doit son nom accueil, car oe qom «ti h 
corruption du vieux frainçais fbur viêily ir«|u^ 
tion de Forum vêtus (ancien marché) ^ . 

Sn combinant l'espace occupé par Lugdonuth 
el la masse d'eau qui y étatl apportée par les aque- 
ducS) on pourrait peut-être fixer le chiffre de la 
population de cette ville au premier siècle ; mtb 
ee serait une appréciation bien vague, parce qu'on 
manque d'autree éléments essentiels dan& Un 
calcul de ce genre. Toutefois nous croyons qu'on 
peut porter cette population à 5o ou 60 mille 
âmes, en compensant l'étendue des habitations 
de quelques riches citoyens par l'exiguïté des ré- 
duits occupés par la dernière classe de la société, 
et surtout par les esclaves, ce fondement de la ci- 
vilisation antique. Strabon dit que Lyon était la 
ville la plue peuplée des Gaules après Nèî^boâne; 
nais oet auteur a écrit avant que Lyon eût attéifit 
son apogée. Strabon ajoute que cette ville était là 
capitale des Ségusiaves: c'est une erreur. Mal^ 
tout réckt qui entourait Lyon, Peurs contiîitta 

(1) Quelques auteurs* et eqtr^ aulre» CXtfym {Bi*i*49 iSF^9 
t. V^^ p. 43 et 48), ont cru voir dans cette ^pfewpa )a 
preuve que Lyon était plus ancien que Feurs ; mais c'est uÂe 
grave erreur, car elle ne s^appIîquaU qu'à un montiment, et 
Aon b là ville, ^ oe Monument, bâti seulement par Trajaâf 
cemaie le dit la chronique de Sainte^Beaif^e dé Dijon (Bott- 
quet, t. VI, p. 242), ne fut appelé vieux que par rapporta 
un autre élevé ailleurs pour le méiof uaaf e., lorsque If $ ha- 
bitations abandonnèrent le haut du plateau après la dç4tn|c* 
tion des aqueducs. 



4l6 HBMOllIK 

longtemps encore a être le chef-lieu officiel de la 
Ségusiavie, comme le prouve l'iDscription trouvée 
a Mai^clop. Lyon, en sa qualité de colonie romaine, 
vivait d'une vie particulière, et voilà pourquoi 
Ptolémée la place chez les Héduens. Mais, peu à 
peu, la fusion de la Gaule ,avec l'empire s'étaot 
opérée, il y eut successivement plusieurs rema- 
niements de territoire qui annulèrent le Forum 
Segusiayorum au profit de Lugdunum. 

CHAPITRE V. 



Des c;randes routes qui traversaient le territoire des Ségusiaves, 
sous les Romains. 



Pour compléter les renseignements relatifs à la 
Ségusiavie, il nous reste à donner l'itinéraire des 
anciennes voies qui touchaient à ce pays. Le su- 
jet a d'autant plus d'importance que c'est de 
Lyon, comme point central de la Gaule, que du- 
rent partir, à une certaine époque, toutes les gran- 
des routes de ce pays. On voudra donc bien nous 
pardonner les détails dans lesquels nous allons 
entrer, et qui ont pour but non-seulement d'in* 
diquer la direction de ces routes, mais encore de 
révéler l'antiquité de certaines localités de la Sé- 
gusiavie. 

On lit dans Strabon : « Lyon est placé au milieu 
delà Gaule et comme le cœur de ce pays, tant à 



StlR LES ORICINES t>tr LYONNAIS. 4^7 

cause de sa situation au confluent de deux gran-* 
des rivières, qu'à cause de sa proximité de toutes 
les parties de cette contrée. C'est pourquoi Agrippa 
en fit le point de départ des grandes routes : la pre-» 
mière de ces routes, traversant les Cévennes, cod« 
duisait en Aquitaine, et jusque chez les Santons ; 
la seconde, au Rbin ; la troisième, à l'Océan, enpas<^* 
sant par le territoire des Bellovacs (lé Beauvoisis) 
et celui des Ambiens (l'Amiénois); la quatrième 
enfin sur le littoral narbonnais et marseillais^. » 

Au point de vue spécial où nous sommes pla-* 
ces, ces renseignements sont bien vagues, car ils 
ne nous offrent rien de local; mais ils acquiènent 
une grande importance lorsqu'on les rapproche 
des données fournies par les itinéraires romain 
que le hasard nous a conservés, et dont nous al^ 
Ions extraire ce qui concerne le Lyonnais. On 
peut dire que les: deux monuments se complètent 
l'un l'autre. En effet le travail de Strabon nous 
donne l'ensemble des routes ; mais les itinéraires 
nous en font connaître les détails. Si nous ne pos* 
sédions que l'ouvrage de Strabon , nous ignore'* 
rions par où les routes passaient au sortir de Lyon ; 

(1) « Tq $i AovySowov èy ftiffe» rHç x^P^^ so'riv, «ucfrep àxpo- 
iro^Cy Stà Te toLÇ avftêo^à; tûv TroTotfi&Vi xai Sicc Ta iypiç clyce- 
frâo-eTOtC uépsfff itônsp y.ui Ay plnituç èvTivBev ràç ô^ovç sts/as. 
Tiàv $cà Tcjy KefAftcvuy opSiv {té^f^pi £avTwv6)v mal r^ç ÂxouifTayîaC) 
xâl TiQy ini rov Pnvov^ xat rpixvjv tiqv ÎtcI tov Ûxtavoy, tiîv npoç 
^ikoaxoïç x«t ifi^tavotç ' Tzxàpxvi V «CTtv ènl Tïjy Na^^wyÎTiy 
Ttçd T)ôv Mar9«>i«iTii^ vêtpKlipiVé » (Stri^on , livre IV, cb. iv. } • 

XVIII. !k7 



4l8 MISM0I&8. 

si HOU» n'avioim ao eonlraire que les itinéraires, 
uous ne pourrions savoir où elles aboutissaient 
direcleopient, parce qu'elles y sont fractionnées en 
autant de sections qu'il y avait de grandes villes 
lors de la rédaction de ces précieux documents. 

Au rosle, quelque imparfaits que soient les iti» 
nér^ifes romains, ils n'en sont pas moins des do- 
cumentu du plus haut intérêt pour Thistoire, car 
ils notis font connaître une foule de localités qui 
seraient complètement ignwées sans eux aujour- 
d'bv|i. Nous ajouterons qu'ils signalent une cin- 
qikièvae rout^, celle conduisant à Rome, omise par 
Strabon, peut-^tre parce qu'elle avait son point 
d^ 4épart dans la capitale de l'empire, et aboutis* 
Wiy A profiremeikt parler, à Vienne, ne parvenant 
à Lyon qu'à l'aidct d'un embranchement. 

C'est cioiK) en tout cinq grands chemins qui 
conduisaient à liyon. £n voici la nomenclature 
empruntée aux table» théodosiennes ou de Peut* 
ting^r, et rangée dans un ordre géographique plus 
ratiqnpel que celai adopté par Strabon ; nous ne 
doiçinef PQ^ aq surplus que la première section de 
chacune de ces routes, la seule, dont nous pou^ 
vions essayer avec quelque chance de succès de 
retrouver les traces, et noi|s laissons aux autres 
hîstoi«iens de provinces le soin de poursuivre ce 
travail. 

La première route indiquée sur Ist table de Peut- 
tinger va de Sitillia (qu'on croit être le bourg de 
Theil» prèa de Moulins) à Roidomna (Roanne), où 



SUR LES ORIGmSS 1>17 LYONNAIS. 4 '9 

^Ue rejoint la suivante. (C'est la route mentionnée 
^o tpoi^ème lieu par Strabon.) 

Le deuxième; d'Augustonemetum (Clermont) à 
Lyon, en passant par Aquœ Calidœ^ où la distance 
n'est pas indiquée ; Foragium, 8 lieues ; Ariolicày 
19 lieues; Roidomna^ 1 a lieues; Mediolanurriy 221 
lieues; Forum SegusiaMorum^ 1 4 lieues, et Lugdu-* 
num, 16 lieues. (C'est la première route de Stra- 
bon ; elle traverse en effet iinebrandhe des monts 
Gévennes située entre le Forez et l'Auvergne.) 

La troisième, de Ség'O^w/w/w (Rodez) à Lyon, en 
passant i^diV ad Silanumy^l\ lieues; Anderitum^ 18 
lieues; Condate^ %vk Yvexies'j Revessio ou Ruessio^ 
\% lieues; Icidmagus, 17 lieues; Aquœ Segestœ, 
1 7 lieues , et Forum Segusiavorum, 9 lieues. Là 
elle rejoint la précédente. (C'est la quatrième 
route de Strabon.) 

Lfi quatrième, de Lyon à A.utun en passant par 
Ludr^a^ 16. lieues; Hatisco^ 1 4 lieues; Tenurtum^ 
\% \\^\xe^ ÇabillOf 19 lieues; ad duodecim^ lit 
lieues, et Angustodunum^ ri lieues; ou mieux,^ 
suivant l'itinéraire d'Antonin : Asa PauUni , 
10 liçues; Lunna, 10 lieues; MatiscOy 10 lieues; 
TinuTturriy 14 lieyçs; Qakillo^ 14 lieues, et Au^ 
gustodunum, %^ lieues. (C'est la deuxième route 
de Strabon, au moins $ur une partie dé son par* 
cpurs.) 

La dinquième enfin va de Lyon à Vienne! C*ést 
la route de Rome, omise par Strabon . 

Nous n'ayons rien à dire dp la première de ces 



420 MÉMOIRE 

voies, dont les étapes ne sont pas marquées, sinon 
que nous croyons qu'elle suivait l'ancienne route 
du Bourbonnais, au moins à partir de la Palisse. 
Elle passait par conséquent à Saint-Martin-d'Es- 
trau (qu'on devrait écrire d'Estra, car ce mot, que 
nous retrouverons ailleurs, vient du latin strata 
[pavés], et servait à désigner les routes militaires), 
gagnait ensuite Crozet, qu'elle a abandonné, et ar- 
rivait à Roanne après un parcours d'environ 
Su lieues gauloises^. Notons, au reste, que le nom 
de cette dernière ville est écrit dans les tables 
théodosiennes Roidomna, mot qui a beaucoup 
plus d'analogie avec Je français Roanne que celui 
de Rodumnaj généralement adopté suivant l'or- 
thographe de Ptolémée. 

Quant à la seconde route, nous sommes forcé 
de nous y arrêter un instant, parce qu'elle a été 
l'occasion d'une erreur bien étrange de la part 
d'un savant académicien : nous voulons parler de 
M. le baron Walckenaer, qui, dans sa Géographie 
des Gaules ^^ s'est efforcé de dépouiller Feurs au 
pvaRl d'une petite localité du Lyonnais sans an- 
tiquité et sans importance. Le seul motif qui pa- 
raisse avoir déterminé M. Walckenaer, c'est qu'il y 
a entre Feurs et Lyon un intervalle beaucoup plus 
considérable que celui indiqué par les tables 

(l)La lieue gauloise a 1,133 toises 1 pied 6 pouces, et 
équivaut par conséquent à peu près à une demi-lieue de 
pays, de 25 au degré, laquelle a 2,282 toises. 

(2) 8 voL în*8* avec atlas, Paris, 1839. 



SUR LES ORIGISBS DU LYONNAIS. 4^' 

iliéodosieDDes entre Forum et Lugdunum. Mais 
ce n'était pas là une raison péremptoire, et la 
preuve, c'est que M. Walckenaer a corrige lui- 
même en plusieurs autres endroits les chiffres de 
ritinéraire^ qui lui paraissaient inexacts. Or, sans 
sortir du Lyonnais, nous avons la preuve qu'ils le 
sont parfois, témoin la différence qui existe, 
comme on a pu le voir, entre les deux itinéraires 
romains pour la route de Lyon à Aulun, diffé- 
rence essentielle, sinon quant au chiffre total de 
la distance entre les points extrêmes, du moins 
quant au nambre et à la distance des étapes. 

M. Walckenaer commence par effacer de la 
route de Clermont Aquœ Calidœ, qu'il met au 
contraire sur celle de Rodez; puis il change la po- 
sition de Voragium et à^Ariolica^ qu'il place à Fer^ 
iaison et à Roure (deux localités tout à fait in- 
connues), ne se guidant en cela, il semble, que 
sur la ressemblance plus ou moins contestable 
des noms et la portée du compas. Mais nous som- 
mes d'autant moins disposé à critiquer cette par- 
tie de l'itinéraire, qu'il s'agit de lieux étrangers au 
LyonnaisSetque,comme tous lesauteurs qui l'ont 
précédé, M. Walckenaer place sans hésitation Roi- 
domna à Roanne. Nous prenons donc la route à 

(1) M. Michel, dans son Jncienne JavergnCy \x9idL\x\t Jlquœ 
Calidœ par Vichy, Foragium par Voaroux, près Varennes- 
sur-Allier , etjirioUea par Avrily-sur-Loire. Je laisse à d'au- 
tres le soin de vérifier l'exactitude de cette partie de 
l'itinéraire romain. 



4a a MÉMoniE 

partir de ce point. Les tables marquent: na lieues 
gauloises de Roidomna à Mediolarmm : M. Wal«- 
ckenaer ouvre son corapas de âa lieues, met une 
pointe sur Roanne^ et cherche de Tautre sur la 
carte un nom qui ait quelque rapport avec celui 
de Mediolanum. Le hasard. Jui fait découvrir le 
bourg de Meylieux, qui se trouve au delà de Feurs. 
Pour lui voilà indubitablement Mediolanum^. 
Les tables marquent ensuite 1 4 lieues de Medio^ 
lanum à Forum^ et 16 de Forum à Lugdunum : 
M. Walckenaer cherche Tangle qui correspond à 
ces deux nombres, et trouve Farnay , près de Rive- 
de-Gier. Voilà Forum selon lui... 

On remarquera que cette route nous force à 
faire un zigzag considérable : de Roanne, qui est 
au nord-ouest de Lyon , nous allons à 10 lieues au 
sud de cette ville, pour y arriver ensuite par un 
chemin horriblement montagneux* Nous dou- 
blons le chemin. Pourquoi cela? M. Walckenaer 
ne l'explique pas. Voyons donc s'il n'y aurait pas 
moyen, non d'abréger cette route, car le chemin 
le plus direct n'est pas toujours le meilleur^ mais 
de la rendre plus rationnelle. Ici la science ne 

(1) Le célèbre géographe Damville n'a pas été plus heu* 
reux : il place Mediolanum à Meys, petit village situé à deux 
ou trois lieues à l'est de Meylieux. M. Walckenaer a ftur lui 
l'avantage d'avoir choisi un lieu dont le nom semble la tra- 
duction de celui de Mediolanum, et qu'il tire sans doute de 
sa position contrale entre FeurSf Monthri^on, Saint^Galmier 
et Chazelles , qui en sont à peu près à égale distança* 



f 



SUR LES ORIOIIfBS 0U JjYOJXHfklS. 4^3 

suffit plus; il faut littéralement connaître son tet^ 
rain , et c'est un avantage que nous avons sur 
M. Waickenaer. 

Roanne est sur la rive gauche de la Loire, fleuve 
qui n'avait point encore là de pont au XVlV siècle» 
Nous savons qu'il a fallu surmonter des difficultés 
immenses pour rendre la route actuelle de 
Roanne à Lyon carrossable; il y a à peine quel- 
ques années^ le service de la poste s'y faisait en« 
core avec des bœufs sur la montagne de Tarare« 
On peut donc penser que la voie romaine ne pas^ 
sait pas immédiatement jadis sur la rive droite 
du fleuve. Cherchons sur la rive gauche une ville 
qui représente Mediolanum^ et qui, étant plus 
rapprochée de Forum, l'ancienne capitale, et 
ayant par conséquent avec elle des rapports plus 
fréquents, nous offre une route sûre. Nous trou^ 
vons précisément à 2% lieues gauloises de 
Roanne la ville de Montbrison , ou plutôt le 
bourg de Moind, où l'on voit encore les ruinés de 
plusieurs monuments antiques d'une grande im^ 
portance, et où se trouvent des eaux minérales, 
circonstance très recherchée des Romains. Pour 
nous, d'accord avec les traditions, nous placeronil 
là Mediolanum^ à moins que le reste de l'itinér» 
raire ne concorde pas avec cette position. Pour^ 
suivons donc. Les tables marquent i4 lieues de 
Mediolanum à Forum^ 16 de Forum à Lugàu*^ 
num, en tout 3q lieues. C'est précisément la di»» 
tance qui existe de Montbrison à f ^yon^ eo pas«« 



4^4 ' MEMOIEB 

sant par Peurs, car on trouve 9 lieues gauloises 
de celte ville àMontbrison, et 2 r de Feurs à Lyon. 
A la vérité, isolés, ces chiffres ne s'accordent pas 
avec ceux de Titinéraire; mais c'est sans doute 
par suite d'une erreur semblable à celle que nous 
avons déjà signalée sur la route de Lyon à Mâcon, 
dans les tables théodosiennes. 

On pourrait encore résoudre la difficulté d'une 
autre manière , et voici comment. La route ac- 
tuelle de Montbrison à Feurs ne donne que 
9 lieues gauloises; il en faut i4- Pour aller 
de Mediolanum à Forum ^ nous prendrons la 
vieille route de Montbrison à Lyon, qui passait 
par Unias ; puis , après avoir traversé la Loire au 
seul gué praticable qui existât peut-être sur cette 
rivière dans toute la Ségusiavie, nous suivrons à 
gauche la troisième route, dont nous allons parler, 
et nousariri venons à Feurs aprèsavoirparcouruen- 
viron les i4 lieues gauloises portées sur l'itiné- 
raire romain, il faut maintenant aller à Lugdu- 
num. Nous avons bien pu allonger notre route en 
(aisant un détour, mais nous n'avons aucun moyen 
de réduire à 16 lieues un trajet qui en a en réa* 
lité au moins 12 1 • Eh bien ! convaincu comme nous 
ie sommes que Feurs est bien l'antique Forum, 
de même que Lyon est Lugdunum^ nous levons 
provisoirement la difficulté en disant que le ving- 
tième copiste s'est trompé, qu'il a mis un v pour 
un Xy et qu'il faut lire xxi au lieu de xvi. Nous 
reviendrons plus loin sur ce sujet. Toutefois, nous 



SUR LES ORlGll!f£â OU hYOlUHAlS. 4^5 

ne pouvons nous dispenser de faire connaître ici 
rexplîcation consignée ddLtksYJtinerarium publié 
en 184s ^. Le commentateur de ce livre prétend 
que le copiste a fait une transposition, et il resti<- 
tue ainsi le passage des tables de Peuttinger : de 
I^ttgcLunum à Mediolanum (qu'il suppose près de 
Bressieu), i4 lieues gauloises; de Mediolanum à 
Forum^ i6i de ForumkRoidomnaj a a. Nous con- 
venons que cette direction serait plus courte i\ue 
celle que nous avons indiquée; mais elle n'expli- 
que pas les chiffres de l'itinéraire théodosien; ils 
deviennent alors aussi exagérés qu'ils étaient au- 
paravant insuffisants, car il estimpossible de trou** 
ver i4 lieues de Lyon à Bressieu, et encore moins 
16 de Bressieu à Feurs : c'est plus d'un tiers de 
trop; l'exagération n'est pas aussi forte du côté de 
Roanne, mais elle est encore considérable. Au sur- 
plus, nous ne voyons près de Bressieu aucune 
localité qui puisse se rapporter à Mediolanum. 

Quoi qu'on fasse , on le voit, il faut toujours 
arriver à rectifier les tables de Peuttinger pour les 
rendre intelligibles dans cet endroit* Or la recti-< 
fication que nous proposons est la plus simple; 
elle est fondée sur les nombreuses fautes de co- 
pistes que renferme ce précieux monument. Ainsi 
le nom de Feurs est écrit Forum Segustavarum 

(1) Cet ouvrage, dont Timpression avait été commencée 
depuis plusieurs années, aux frais de M. le marquis de Fortia, 
n'a paru qu'après sa mort, en 1 voL in-4<', imprimé par (es 
presses de Tlmprimerie Eojale, 



4s6 HtflÉMOlRE 

au liea de Forum Segusiavorum^ circonstatice 
dont n a pas manqué de s'emparer M. Walckenaer: 
suivant cet académicien, il y aurait eu dans 
le même pays deux villes du nom de Forum. 
Quant à nous, qui savons combien les conru- 
sions de lettres sont familières aux copistes, sur- 
tout dans les noms propres et dans l'écriture go* 
thique^ où IV sans point et l'o ont beaucoup de 
rapport avec le t et Ta, nous sommes moins facile 
à dérouter, et nous rejetons l'étrangeté de cette 
orthographe sur l'ignorance d'un des nombreux 
scribes entre les mains desquels a dû passer ce 
monument pour arriver jusqu'à nous. Nous nous 
étonnons même que le v de Segusiavorum n'ait 
pas disparu dans cette transformation, et nous 
l'invoquerons id comme un nouveau témoignage 
à l'appui de notre opinion sur l'orthographe du 
nom latin des anciens habitants du Lyonnais ^ 

Passons maintenant à la troisième route, celle 
de Rodez à Lyon. D'abord nous laisserons de 
côté tout c^ qui, se trouvant trop loin du Lyon- 
nais, ne peut être vérifié paf nous* Arrivons de 
suite à Revessio, que chacun reconnaît être Saint* 
Paulien en Vêlais, ancienne capitale des Télaves, 
qui tire son nom actuel de celui d'un de ses évè* 
ques du VII* siècle ; car c'est là qu'était jadis le 
siège épiscopal dont on a plus tard doté le Puy. 
Les tables portent, comme on a vu, de Revessio 

(1) Yoy» cèf que tioii^ avons dît âur ce sujet au cha- 
pitre 1er. 



SUR LBS ORIÔnfBS Dtf LTOIfNAlS. 4^7 

^k Icidmagtiâ, 1 7 lieues ; d*Jcidmagus à Aquœ Së^ 

naer^ qui a cfaimgë Forum de place, est forcé*^ 
pour gagner la position qu'il lui a assignée, d'in- 
cliner sa route brusquement à Test; et ne trou* 
vant, dans cette direction, qu'Issengeaux dont té 
nom ait quelque rapport avec celui à'Icidmagus^ 
il place là son étape; mais, comme il n^y a qu'une 
fort petite distance entre Saint-I^utien et Issen^ 
geaux , il croit lever la difficulté en corrigeant le 
cbiffre 17. Arrivé là, il cherche Tangle qui répond 
à 1 7 lieuefe gauloises d'f ssengeaux ^ et à 9 de Par^ 
nay, où il a fixé Fbrum^ et trouve Saint-Étlenne. 
En conséquence, il n'hésite point à placer Aquœ 
Segestœk Saint-Étienne, ignorant sans doute que 
cette ville n'était^ il y a trois siècles, qu'un village 
sans route^ perdu dans des montagnes arides, et 
. quelle ne posséda jamais aucune source d'eau 
minérale, comme le demandent le nom à*Aquœ 
et le monument représenté sur lès tables théodo- 
siennes ^. 

Pour nous, nous procédons différemment. 
Nous partons de Lyon, et venons droit à Feurs, 
sans nous préoccuper du chiffre que portent les 
tables, lequel a été évidemment tronqué par les co- 
pistes. Arrivé là, nous cherchons dans la direc- 



(1) Dans 17/iiienmtfm de M. deFortia, on a mis, sans 
plus de raison, Aquœ Sêgt$UB à Aurec, petite ville sitaée K 
trois lieum au snd-^uesi de Saidt-Étieane^ 



4^8 M£MOIBE 

tioD du midi une localité placée à 9 lieues gauloîseï 
de J'eurs^ el offrant les autres circonstances qui 
devaient se rencontrer à Aquœ Segestcs. En sui* 
vant une ancienne voie romaine dont il restait 
encore des vestiges avant la révolution, et; qui 
était alors désignée dans le pays sous le nom de 
via ferrata ^, nous trouvons, un peu au nord 
de Saint-Étienne, sur la route ancienne de Lyon 
à Toulouse, l'antique ville de Saint-Gai mier, qui 
possède des eaux minérales assez estimées. Pour 
nous, voilà Aquœ Segestœ. Il s'agit maintenaut 
de trouver Icidmagus. Nous le placerions bien 
volontiers à Issengeaux, car nous n'avons pas 
de parti pris dans la question ; mais nous y trou- 
vons deux difficultés : c'est qu'Issengeaux est à 
plus de 17 lieues gauloises de Saint-Galmier, qui 
est bien certainement Aquœ Segestœ^ et à beau- 
coup moins de 17 lieues de Saint-Paulien, qui est 
incontestablement Revessio. D'ailleurs nous sa- 
vons que la route de Toulouse passait jadis la 
Loireà Saint-Rambert, où se trouvait un ancien 
pont * que les crues du fleuve ont rompu vers 

(1) Voyezle Journal de MorUhrison ixL 4 mai 1844. 

(2) On le croit de fondation romame; mais la légende de 
Saint-Rambertf que nous mentionnerons ailleurs, semble 
prouver que ce pont n'existait pas encore auXP siècle. Alléon 
Dulac, qui en parle dans un de ses manuscrits ( àla Bibliothè^ 
que Roy.)y le croit seulement dnXIII^ siècle. Il était si étroit, 
dit-il, que deux voitures ne pouvaient y passer de front. 
Voici au surplus quelques détails sur ce monument , dont 



SUR LES ORV&IlTRft OU LYONNAIS. 4^^ 

1^ «nilieu du XYIV siècfe ^, et que dé Ik elle gâ-* 
gnait SaiDt-MarcelliD et Saint^^Bonnet-le-Cbàtel, 
qui a perdu son oom de Casirum Vari dans une 
circoodtance dont nous- parlercHis plus loin. Nous 
nous dirigeons donc de ce côté, et nous trou- 
vons à 17 lieues gauloises de Saint^Galmier la 
ville d-Usson... Serait-ce là IddmagusP Voyons 
la contre-épreuve. Nous poursuivons noire route 
du côté de Saint-^Paulien, et, passant la petite ri- 
vière d'Aace à Ponitmpératy en latin Ponsimpe-- 
waloris (pont de Fempereur), nous arrivons à 
YsLnl\€[\ieR€vessio^ après ;avoir parcouru un trajet 
<Je j4 lieues gauloises. C'est pFécîs^oient le chif- 
fre que doit porter ritinéraîre, suivant M. Wai* 

nous avous étudié les restes un jour où la Loire était fort basse* 
Kous avons compté dix piles, y compris la culée qui est du 
côté deSaint-Just, et qui sert de lieu de réunion aux mariniers. 
Chacune d'elles a ënviroà 10 pieds sur chaque pan, éperon 
d*anaoBt, pile proprement dite et éperpa d'ayal, ou 97 pieds 
d'une pointe à l'autre, le tout eu beMes^ pknoes de taille, 
du moins dans la partie fondamentale qui veste ; car il pa* 
raît que le haut était bâti en moellons noyés dans la chaux, 
st on en juge par quelques débris épars dans le lit du fleuve. 
La largeur de chaque arcade était d'environ S2 pieds. 

(1) Ce n'est qu'après la rupture du pont de Sdnt-Ram- 
bert qu'on gagna Toulouse par Saint-Étienne. On améliora 
alors ce chemin, auquel on travaillait encore en 1702. Jus* 
que-là Saint-Étîenne siérait trouvé presque sans voies de 
communication. Cette ville a bien rattrapé le temps perdu ! 
elle est traversée aujourd'hui par deux routes royales » et 
est le point de départ de trois chemins de fer. 



43o uiwoam 

dkeoator^ el omi 17, coaime on lit dans la pre- 
jDÎèrË édition de ce précieux monument. 

Tout concorde donc parfaitement. Mais nous 
ne tiou$ sommes .pts contenté de ces preuves 
morales, nous avons voulu en avoir de matériel* 
les, ei pour o^ nous nous sommes adressé an 
dépôt de kl guerre^ où sont conservée les rap- 
ports des ingénieurs chargés de rédiger la carte 
de France. Là on a satisfait à noti^' demande avec 
cet empressement qui: caractérise la vraie science, 
et nous avons pu pareourîr les cahiers envoyés 
par ces messieurs. Deux d^entre eux nous ont 
fouk'ni des détails très curieux que nous résume- 
rons dans les lignes suivantes. 

On trouve au nord de Saint-Paulien , à droite 
et à gauche de là route de Craponne, les vestiges 
d'une voie romaine appelée indifféremment de 
CQ$ trois UQips ; M chemin de César, la Boiène, 
laBaman0*. Elle. passe ^ d'abord à Saint-Génies, 
puis près de Chomelis, ok sont les fuiiies d^un 
pont qui porte encore le nom de César ^. De là 
elle va traverser, en face de Chomelis, la route de 
Crapoone, puis arrive vis-à-vis du village de 
Montdouilloux^ où existait une colonne milliaire. 



(1)1^011$ ferons remarquer , en passant , que le Qom de 
César ne s'applique pas seulement dan^ le langage du peu- 
ple à rillustre général qui a conquis la Gaule, mais à tous 
lès empereurs, auxquels il a eu la gloire de transmettre ce 
nom comme un titre de leur puissance. 



SUA LKS ORlOmS 0U LTONKA1S. 4^1 

fille continae par Âotreux, Semgerhos/'Atfbvis^ 
son et le Pontîmpérat, où elle vient aboutîY/ 
Passé ce pont, elle entre dans le département de 
lu Loire, et se continue par l3ssot> et Saint-Bon-' 
net-le-Chàtel ^ Cette voie forme une chaussée 
large de i8 ou ao pieds, enlièrement cailloutée,' 
et se composant de quatre couches superposées. 
La couche inférieure est formée par désosses et 
larges dalles; la deuxième, de pierres un peu 
moindres, recouvertes de terre grasse durcie ou 
d'un ciment assez dur; la troisième, de petites* 
pierres de la grosseur d'un œuf ou d'une noix 
placées dans le ciment. La quatrième est un gra- 
vier dur, et tel qu'on l'emploie aujourd'hui sur 
les routes. 

Viennent ensuite quelques détails sur les pier- 
res sculptées et inscriptions trouvées à t^ontim- 
pérat et sur une borne milliaire abandopo^^. 
entre le moulin et le pont en bois de Chomelis^ 
L'inscription de cette borne porte qu'elle était à 
i!2,ooo pas de Res^essio^ chiffre qui correspond, 
en effet, à la distance existant entre les deux lo- 
calités. Cette même inscription fait mention d'A- 
lexandre Sévère, ce qui, ajoute le rédacteur de la 
Qote^ rapporte au règne de cet empereur la res* 

(1) Il paraît qu'elle se bifurquait après Saint-Bonnet, et 
dirigeait une de ses branches vers Moind; car nous voyons 
mentionnée une via Bolena dans un acte de 1 885 , relatif 
aux limites de la seigneurie du château de la Garde , près 
de Saint-Thomas-le-Monial. 



43a MEMOIRE 

tauration de la voie, c'est-à-dire à Tan a349 ^po" 
que de son expédition en Gaule ^. 

De son c6té, de la Mure nous apprend qu'on 
a trouvé au XVII*siécle, près d'Usson, une autre 
borne portant le chiffre i4,ooo(m. xiiii^, et dont 
Tiûscription, comme celle de Feurs, renferme 
réloge de Maximin, ce qui prouve que la restau- 
ration commencée par Sévère fut achevée par 
son successeur. 

Voici le texte de cette inscription, imprimée 
pour la première fois par de la Mure*, et rectifiée 
par Dulac de la Tour-d'Aurec ^, car nous n'avons 
pu voir par nous-méme ce monument, dont on 
a aujourd'hui perdu la trace, et qu'on croit dé- 
truit: 

État actuel Restitutim. 

IMB. CAG8AR.... loiperator Gsesar Joli- 

va XAXixi.... usMaximinos 

FBUx. AVG, p. M. felîx AugastDS pontifex maximns 

PROCOS. PAiM. (consal) proçoDsalque primum 

ET F. E. ivL. VERV. et fiUus ejus Julius Yeras 

(1) La plupart de ces détails sont, au reste, consignés 
dans la Description 'statistiqtte du département de la Saute- 
Loire , de M. Denbier de Cheissac, imprimée au Puj en 

1824, in-8«. 

(2) Histoire du pais de Forez 5 p. 129 et suiv. 

(3) Précis historique et statistique du département de la 
Loire ^ 1. 1, p. 13ô. Cette rectification consiste dans les lettres 
TIS que Dulac dit, avoir lues au commencement de la hui- 
tième ligne, au Heu de VS. 



Èm actuel (sittle). Jlrilil4«<M (miite). 

Nomuasiaivs nobilMmiu 

Tis V£TVSTAT. COU tis vietvuM^ eonli^^MQ . < rtap* 
RESTiTVERVNT. rostitoerunt. 

M. xiiii* Milliarequaterdecimum. 

Nous rétablissons cette inscription autrement 
que nos devanciers. De la Mure y a ôrli voir la 
preuve que Maximin avait restauré un temple à 
Usson, et Duluc, que cet empereur avait restauré 
la ville même de ce nom* Certes la restauration 
d'une ville est un fait assez imf^ôrtant pour 
qu'on oe se soit pas contenté de le rappeler sur 
une colonne milliaire placée à une distance plus 
ou moins éloignée de cette viUe. D'ailleucs rien 
dans l'inscription n'autorise ces versions, et 
voilà pourquoi aous proposons de rapporter la 
restauration faite par Blaximin et son fils soit k la 
route, soit à un pont, dont on s'explique jusqu'à 
un certain point l'absence de toute mention sur 
une borne milliaire , monument particulier 

(1) OvLConlapsum poniem. 

(2) VJlmanach de Lyon de 1760, qui donne cette înscrip- 
tioiiy porte ici MR. XXIIII. Il y a âu moins une erreur dans 
cette ligne : c'est un R pour un P (patsus). Quant au chiffre 
XXini, il s'accorderait assez avec celui de 17 que portent 
les tables de Peuttinger , entre Bâsi^essio et Jcidmagits , car 
17 lieues gaul<Hses répondent à 25 ou 26 milles romains; mais 
nous doutons qu'on ait fidèlement copié, parce que, quelque 
ondulée qu'on, suppose la route dans ce pays de montagnes , 
il est difficile d'admettre qu'elle ait eu 17 lîeu^s gauloises. 

XVIII. 28 



/|34 ivr^irotiiR 

aux route», stirlûitt lorsque la meolton se trouve 
sur une borne prteétiki^l», comme dans le cas 
présent. En eflfet, on a troavé sur lA mClme rotite, 
et k un milte environ de Saint-P^ulien, une au- 
tre borne milljaire mutilée, mais qui porte en- 
core ces mots explicites ' : 
• ' . . ' ^ . 

. (Le QomoQiencement comme sar 

la colonne d'U^on , jusqu'à la 

sixième ligne nohilissxmui, 

tkMêkti VKincÉPS Oa^sar prtnoeps 

iwBirr TiAfl ST jdvaiÉQtis vka «t 

yaHTEA v«TU9 pontes TCUlS- 

TATE coNiAPa^a. WiQ çonlapsas {conk^toê?) 

RESTiTv... I. restitueront. Milliare I. 

Le musée du ^ly possède encore une autre 
l)orne tafflmîré t^oitVéè sur la h>ute de Saitit-Pau- 
lien k Uason, et près de la première ie ces^ villes. 
Soh îttscription porte qu'elle était â 5,ooo pas 
( M. p. in. ).de Reves^ld*. 

On le toit,peade routes romaines nous ontlaissé 
tant et de si positives preuves de leur existence. 

On s'étonnera peut- être de voir les distances 
marquées en milles sui* les colonnes que noua ve- 
nons de faire coanaUre» et partieulièrement «ur 
celle d'Uaaon, tandis qu'elles le sont en lieues sur 

( 1 ) Noua devon» la connaissante de cette inserîplioii à l'obH- 
geaaoe de AL Francisque Mandet, correspondant do ninistére 
de l'inalriictton publique pour tes travaux ktstoriqoet an Poy. 

(3) Yoyes le oatalogue du musée du Puy ^ »** 1 et 1 des 
Antiqmlh TQmmme^ 



SUR LES ORICIMIS OU LYONNAIS. 4*i6 

les colonnes de Feurs^ La différenoe provient 
de ce <)Me ces deux vUl«s 3e trouvaient autrefois 
dans des. pays bien distincts. Feurs ëtait dans la 
Cleltique ou Lyonnaise ^ tandis qu'Ussop , aujour- 
d'hui englobé dans le département de la Loiro, 
^ppwrtenaU à la Gaule aquU^inique, où les tradi- 
tions ^hIqîms s'effacèvent le plus promptemenf. 
QuMt à la route d'Autun, nous avons déjà fait 
remarquAf pliifjyeuift foi» le désaccord qui exista 
entre les deaxitinéfairw anciens: nous devoiisdirp 
loutefoi» quQla différence n'est pas réelle jeUç gtt 
unifuevient dansone erreur de détail iacUe k rec- 
tifier, fin effets l'itinéfaire d'Antonin et les tables 
théodosienties sont d'acooird sur la distance u>r 
taie entre Mâcon et Lyon : toua.deuiX U partei»t k 
3o lieues gauloises ou 4â)00€ pm rMWNoei feu- 
lement le dernier doomnent supprime la st9tî<»i 
d^jtsfii Paulini^ el place celle de Lunma oa £mJ^ 
à niMilstance, e'e&i-àrdire à 16 lieu«s de Lyon et 
A. i4 de Mâccn. Cette erreur en a caiisfé beaucoup 
d^aruires. Tons ceux qui se soail occupés^ des Ud>les 
de Peutêin^er, dévoyés par cette indication erri>- 
née et «rompes d'MUeurs par l'existence d'une 
autre route dont nous parlerons bientôt, et qui 
.garait Atttun à jtrav^rs les montagne9 du Beau- 
jolais, mit voulu trouver de ce côté la station de 
ritinéraire théodosien. Nous ne relèveront pas 

(1) Le mille romain éudt de 7S5 tmses % pieds, c'att-è- 
éire le tiers moins grand fve la lieue gauloise, qui avait, 
comme nous Pavons dil déjà, 1,189 toises 1 pied a pouces* 



436 M^lfOfRS 

toutes les hypothèses qui ont été émises à ce su- 
jet , elles sont par tropbizarres^ 11 était pourtant 
bien facile de découvrir la vérité^ il ne s'agissait 
pour ainsi dire que de la chercher. Nous allons 
le prouver. 

Les 3o lieues gauloises des itinéraires équiva- 
lent à 34,020 toises, qui, réduites en niètres, don^ 
nent 66 kilomètres 3o6 mètres. Or le livre des 
postes, publié par l'administration, porte à 67 ki- 
lomètres la distance qui sépare le relais de Lyon 
de celui de Mâcon, lequel se trouve à l'extrémité 
nord de cette ville; les cbifires étant, comme on 
voit, identiques, toute déviation un peu considé- 
rable de la route actuelle, qui suit la ligne droite, 
conduit donc à une erreur. 

Maintenant que nous connaissons la direction 
de la voie romaine, cherchons de bonne foi les 
lieux d'étape. L'itinéraire d'Antonin indique à 
i5 milles ou 10 lieues de Lyon jésa Paulini. 
Nous prenons le compas, et à la distance indi- 
quée*, nous trouvons la ville d'Anse, où l'on voit 
encore les restes d'une fortification romaine et 
de beaucoup d'autres monuments anciens. Après 

(1) Les uns ont vouln trouyer Lunna à Lurcy, sur la rive 
gauche de la Saône ; les autres àLugny, au delà de Mâcou; 
d'antres encore à Beuiujeu ; quelques-uns même à Cluny. 

(3) On ne trouve que 1 1 ,000 toises, sur la carte du dépôt 
de la guerre, au lieu de 1 1,340 que donnent les 15 mUles ro- 
. mains , à 756 toises par mille, suivant le calcul de Banville, 
mais il faut bien tenir compte des sinuosité de la route. 



SUR LES ORIGINES DU LYONNAIS. 4^7 

oela, ritinéraire indique Lunna à to lieues ^Asa 
IPaulini : nous décrivons un demi-cercle avec 
la pointe libi*e de notre compas, et elle tombe au 
sud de Saint-Jean*d'Ardières,et au nord de Belle- 
^ille, si nous inclinons un peu à droite de la route 
actuelle. Mous laissons pour le moment la ques» 
iion indécise entre ces deux localités, et nous 
poursuivons notre route du cote de Màcon. L'iti- 
néraire porte encore à lo lieues gauloises la dis- 
tance de cette ville à Lunna y c'est aussi celle qu'on 
trouve de Belleville à Mâcon*. 

Ayant ainsi constaté l'exactitude des mesures de 
ritinéraire d'Ântonin, en ce qui concerne la por- 
tion de la route d'Àutun établie dans la Ségusia- 
vie, nous fixons les étapes ainsi qu'il suit : de 
Lyon à Àsa Paulini ( Anse), lo lieues; A^Asa 
Pauiinik Lunna (Saint-- Jean ou Belleville), la 
Heues; de Lunna à Matisco ( Mâcon ), lo lieues; 
de Matisco à Tenurtum (Tournus), i4 lieues; 
de Tenurtum à Cabillo (GhèXou)^ 1 4 Heues; de 
Cabillo à Augustodunum ( Autun \ âa lieues. 

Tout cela est parfaitement exact et naturel. Si 
on adopte, au contraire, les termes de l'itinéraire 
théodosien, on arrive tout de suite à une impos- 
sibilité. On commence par faire d'une seule traite 
1 6 lieues gauloises au sortir de Lyon, pour arriver 
dans la plaine qui est entre Yillefranche et Saint- 
Georges-de-Reneins, où il n'existe et n'exista jamais 

(1) Même observation qu'à la note précédente. 



06 MÉMOIRE 

aucune localité pouvant servir de lieu de refi^^, 
et pour cela faire on saute par-dessus Ânae, qui 
offrait toutes les conditions d'une bonne étape. 
A la vérité, quelques auteurs, forçant ou rédui- 
sant les distances au gré de leur désir, mettent 
Lunna, les uns, à Viliefranche , les autres, à 
Saint-Georges; mais nous savons que la première 
de ces localités n'existait pas encore au X* siècle, 
et que la seconde portait alors le nom deRonnenr- 
oum^ qui n'a aucun rapport avec celui de l'étape 



romaine ^ 



Reste un point à éclaircir. Lunna correspon- 
dait-il à Saiot-Jean-d'Ârdières ou à Belleville? 
Plusieurs circonstances plaident en faveur de cette 
dernière localité : la principale, c'est que la route 
de Màcon passait autrefois dans fiellevilie méme^ 
qu'elle laisse un peu à droite maintenant; de là 
vient qu'on appelle encore les deux extrémités 
de la rue qui traverse cette ville du midi au nord 
porte de Villefranche et porte de Màcon. Mais, 
d'un autre côté, les distances ne conoordent pas 
parfaitement avec celles de l'itinéraire. 

Quant à Saint-Jean-d*Ardières, sa position et 
son nom moderne, qui, comme tous ceux tiré^ 
du calendrier, ne remonte pas avant le X* sièci^^ 

{\) C'est un Bujet que nous traiterons ailleurs. 

(I) C'est senlement èti iTBè que fntétit életéi^ k'S thaos^ 
SM^ «Mit «a tuM teft au niai 4e •Sti&t^Jkàiit «mmî hkn 
que le pont qu'on voit dans cette localité. Voyez VAlmanach 
de Lyon de ilW^ 



SUR LES ORlOllfËS DV LYONNAIS. 4*^9 

éppque ovi ce. ^nre ée idénonpiDation oonuiiença 
h s'introduire soiu l'influeDce des idéas reli»^ 
gieuses, se préteut assez à l!a&siinUatîoa; uiais 
on peut lui opposer deux faits importaots : le pre- 
mier, c'est que la rau te n'y pa^isç que depijiisi765, 
et le second, qu'on n'y \oit aucune trace du sé^ 
jour des Humains. Le doute est doqc, permis*. 

11 y a, suivant nous, un moyen de toqtcoupi^ 
Uer^ c'est de ne pjacer Lunm^ ni à Belle vUle xti À 
Saint-Jean précisément, mais entre ces dfux e»* 
droits, au hameau de la Commandefie, situé. U4 
peu au nord du premier et à l'est du ^eçondi sur 
les bords de TArdières^. Les .raisons qti'^n pei^ 
f^ire valoir sont: {""que lenpm pioderne fie Com^ 
çpanderie, du à q|U.e}q\ies maisons de rordjre de 
Saint- Jaan-de- Jérusalem, ne s'accorda AuUemeut 
gvec l'ançieupeté dv^ liam, ou qn trouve « ^sse^ 
fréquemment des dé))ris. pu pl^t$ d'aqtiquitf^ 
romawea^ tal$ qM ncios^ïqu^ss^ ^attiett^es ^i m4n 
dailles^; v> ;»** gae c'est près de ^.qu^ vie^t^bpnthr 
une Autre yoi^rowûu^ 4p^^ ^^ ttiAeraires iiep«r-. 
)ent pas^ mai» que Im rédacfei^r^ 4fi )^ i^^ d^ 
Fraiioe opt ^içjaflée% et dwil «pua^lloiwi dir^ uq, 
^ol}çu ...;..: 

'••.••• ) 

(0 , Vgprez une ia^ércsisante brçcl^ure ivt^t,\j\é^ : Hfçhe/^fJM 
sur Vemplacem^nt de Lunna ef sur les deux voies romaines 
traversant la partie norel du departetnenï du Rhône j par 
M. tfAigtiepteriïî ; 17 pages m-^, Lytto,' ï^4\ ( Extrait deà 
AmMèr yde Uê iMfiM afagkcuitû^^'^ ëtd:^ )fèî^rk.) 
01) lodllfe vmét te tMDtW cmrda éipM i« U fsmttè. 



44o MÉMOIRE 

Les tables de Peuttinger Ibnt aboutir la route 
dont nous venons de parler à Autun ; mais <^'est 
grâce a un embranchement que Timportance de 
cette ville avait sans doute fait établir à Chàlon 
postérieurement à la construction primitive. En 
effet, suivant Strabon, celte route conduisait au 
Rhin ; elle inclinait par conséquent plutôt à droite 
qu'à gauche. Nous avons d'ailleurs la preuve que 
ce n'était pas là le chemin direct d'Autun ; car il 
en existait un^ autre beaucoup plus court , qui 
s'embranchait sur cette voie à Lunna. Cette an- 
cienne route subsiste encore. En partant du tiord 
de Belleville, elle se dirige sur Saint-Jean-d'Ar- 
dières, traverse la route de Paris, poursuit son 
cours sur les communes de Villié, Avenas et Ou- 
roux, d'où elle gagne Autun par Saint-Jacques- 
des-ArrétSy Germolleâ, Tramayè, Saint-Point et 
Cluny. Elle est cotinue dans le Beaujolais sous les 
noms de chemin ferré et chemin des Romains. 
Outre ces deux noms, attestant son origine ^ elle 
conserve encore^ à l'appui dé son antiquité, quel- 
que reste de pavés, particularité que ne présente 
aucun autre chemin du pays. On peut ajouter 
que la manière intelligente dont elle est tracée 
empêche de la confondre avec les chemins vici- 
naux, dont la direction accuse l'absence de toute 
espèce de combinaison. C'était une de ces routes 
secondaires, que le» itinéraires désignent sous 
le nom de cQmpemlium, littéralement chemin 
abrégé, L'avaQUiga qu'avait 4»ette route d'être plus 



SUR LES ORIGINES BU i-TONNAIS, 44^ 

courte la fit préférer, dans le moyen âge, par les 
voyagears allant de Paris à Lyon, et réciproque- 
ment. Nous avons un témoignage assez remar- 
quable de son importance ancienne : c'est un 
monument connu sous le nom à^auiel (TJf/enas, 
qui rappelle l'offrande d'une église faile à Saint- 
Vincent par un roi de France nommé Louis, 
qu'on croit être Louis-le-Débonaire, mais qui est 
probablement Louis, frère de Carloman. L'inscrip- 
tion porte la date du mois de juillet ( sans indi- 
cation d'année ), qui se rapporte évidemment à 
un passage du prince, car on ne peut croire que 
ce dernier serait allé chercher un misérable vil- 
lage perdu dans les montagnes, si la grande route 
ne l'y avait conduit naturellement. Nous revien- 
drons ailleurs sur le monument d'Avenas. 

Nous ne dirons rien de la voie militaire qui 
allait de Lyon à Vienne, car elle ne peut être le 
sujet d'aucune discussion, et d'ailleurs touchait 
à peine au territoire des Ségusiaves ; elle suivait 
la rive gauche du Rhône , comme la route ac- 
tuelle, qui a probablement conservé le même 
tracé. 



54 -a MCMoiai! 

CHAPITRC YI. 



Des localités de la Sdgusiavie où passaieat les voies rooi^Bes, 
et des principaux monuments qui s'y trouvent. 



Nous avons fixé aussi exactem^ot qu'il iious a 
été possible les lieux d'étape indiqués par les iti- 
néraires, en nous basant presque uDiqueAli^t wr 
les chiffres de ces précieux documents géographi- 
ques; il s'agit maintenant de vérifier si pos don- 
nées s accordent avec l'histoire et les moiiuiuents^ 
et pour cela nous alIon;s conduire le lecUor suc- 
cessivement dans chacune des localités men- 
tionnées au prëçédent cb^itr^. Mais avai^t nous 
insisterons de nouv^eau ici S4iir la routa 4» l^yQB à 
Feurs^ parce qu'elle ^ert d^ basiB à n<otr« systeioe. 
Cette rouie romaine, dont M. WaAcJk;.dQaer n^ pudb 
pas, mais qui est indiquée sur la carte u"" ft6$ du 
dépôt de la guerre^ vi^qt i^onfirm^r tout «e que 
nous avoiis jdit de 1^ ville de. Fears« Ea effets «ik 
montre que c'est bien là qUe be réuniâsaieot les 
autres voies. Or ce fait que, sur cinq grandes WRH 
tes qui touchaient à la Ségusiavie, trois passaient 
par Feurs avant d'arriver à Lyon, suffirait seul à 
prouver que la première de ces villes est bien l'an- 
cien chef-lieu de la province. Cela prouve aussi 
que lorsque Lyon fut devenu la capitale de la 
Gaule, on ne crut pas nécessaire de refaire à grands 
frais, pour gagner quelques lieues, toutes les rou- 



I 



SUR LES ORiOfWftft ©U LYONNAIS. ' 44^ 

tes du poy^^ oii ée coolenta d'atnéiiot^r celles qui 
coaduisaiéni de lacapUale des Ségusiaves à celles 
des Vékves, des Arvernes, des Héduens, etc., et 
d*ep établir une nouvelle qui allât de la nouvelle 
à Tancienne ville. 

Cette dernière voie, sur laquelle se tronvaieut 
sans doute les quatre colonnes niilliaires décou- 
vertes entre Feurs et le Palais S d'où parlaient 
probablement toutes ka routes ségusiaves, a été 
remplacée «n partie par une route moderne moinâ 
mMUu^ise; mais^ comaie Tancienne est plu^ 
courte que k nouvelle, elle est encore fréquentée 
aujourd'hui par les voyageurs à pied et les nom- 
breux marchands de bestiaux de Feurs qui appro- 
visionnent la ville de Lyon ; car c'est toujours ua 
des prÎTtiéges du vieux Forum^ dont un quartier 
s'appelle eoeore Im Boaterie^ , en souvenir d'un 
marché aux bœufs qu'il possédait jadis, à l'exem**- 
ple de Rome (fotum boarium) ^ de fournir de. 
vjaade ie marché de la métropole. 
k\x surplus^ cette route est la seule marquée sur 

(1) Ces colonnes furent découvertes au milieu du XVII* 
siècle. Elles étaient enfouies en terre dans Tenclos des ursu« 
lînes de Feurs , qui se trouvait a\ix pbitë& de la ^illê, t^xt \e 
di^tnb coîiÀulsàkit au l^ala». Cet ëvclbs aj^Artîettt flirildpi- 
tftl dcfnt» If âS, éfoqvé où M; <de Saint^cikigCf , larofasviéf 
que àe.l^t%j vmmt les ursuliâes de <E«^i|s à celij^s de llpm-. 
brisou. L*ancien hôpital de Feurs, qui tombait en ruines, 
fut alors installé dans les bâtiments du couvent abandonné. 

(&) Il ti^y a (Sas de doute qu^ ce hiot vient 6è hot^ Wùf , 
eomme înHàu^j bùhtifhj 



444 HEHOIRK 

la carte de Gassini. Elle passe à Saint-Barthélemi 
et à Saint-Martin, deux localités dont le surnom 
de Vestra la signale encore, et où elle est aban- 
donnée par la route actuelle; de là elle gagne 
Courzieu, où elle arrive par un chemin presque à 
pic, Saint-Bonnet-le-Froid, ainsi surnommé à 
cause de sa situation sur une haute montagne ex- 
posée à tous les vents, et le pont d'Alaîs, qui doit 
peut-être ce nom à la femme d'un des comtes de 
Lyon ; elle entrait dans Lyon par la porte Saint- 
Irenée , suivait la rue des Farges, longeait le pa- 
lais des empereurs (rÂntiquaille), dont elle est 
séparée maintenant parla rue du Chemin^Neuf, et 
venait aboutir sur la place Saint-Jean, ou plutôt 
sur celle de Roanne, qui lui doit peut-être son 
nom, car cette routeconduisait aussi, comme nous 
avons vu, à la ville de Roanne. Sidoine Apolli- 
naire, mort évêque de Clermont, mais né à Lyon, 
qu'il habitait vers le milieu du Y® siècle, nous ap- 
prend qu'étant allé se promener un jour sur cette 
voie^qui menait en Auvergne, il aperçut des malfai- 
teurs violant la tombe d'un de ses aïeux, ancien 
préfet du prétoire, placée, suivant l'usage du temps, 
sur le bord de la route, et qu'il alla les châtier de 
sa propre main. Ce fait, consigné dans les lettres 
du saint prélat^, explique pourquoi on retrouve 
encore aujourd'hui tant de monuments funéraires 

(1) Yojei les Œuvres de Sidobe Apollinaire, publiées par 
MM. Grégoire et GoUombet , 8 vol. in-SSLjon, 1836. 



MU tss OAiomss DIT tYoïrirAid. 44S 

dans rëglise SainMrenée^, située jadis sur le grand 
chemin le plus fréquenté de Lyon^ parce qu'il con- 
duisait au nord, à l'ouest et au midi de la Gaule. 
L'existence de cette route n'est pas seulement 
prouvée par de muets monuments : la tradition 
rapporte qu'au YIU® siècle elle fut honorée du pas- 
sage des reliques de saint Bonnet, évéque de Cler- 
mont, qui, de Lyon, où était mort ce prélat, fu- 
rent rapportées dans sa ville épiscopale, ce qui 
donna occasion au changement de nom de plu- 
sieurs localités. Ainsi Saint- Bonnet-le-Froid reçut, 
dit-on, le nom du saint évéque, en souvenir de ce 
que ses reliques y firent leur première station.. On 
ignore le nom primitif de ce village, mais il parait 
que sa chapelle était auparavant dédiée à Notre- 
Dame K La seconde station fut à Saînt-Bonnet-les- 
Ouïes, qui s'appelait auparavant, si nous ne nous 
trompons, Duas Olchas (les deux oules3) ^ et la 
troisième à Saint-* Bonnet-* le- Châtel, nommé ja- 
dis Castrum Vari (le château de Varus). 

(1) Le conseil municipal de Lyon les a fait enlever ré- 
cemment pour les mettre dans le musée de la ville, au 
palais Saint-Pierre. 

(2) Yojes VAlmanach de Lyvn^ année 1760. Saint-Bon- 
net-le-Froid est situé sur les confins de ti^xw paroisses qui 
se disputaient jadis sa possession : Chevinay et Cpurzieu. 

(8) Dêubs Olchas est souvent cité dans le cartulaire de 
Savigny, aux X*etXr siècles, ce qui prouverait que les dé- 
nominations actuelles sont postérieures à cette époque. On 
appelle oulesy dans le pays, une $orte de pots de terre dont 
oft fabrique one grande quantité à SaintrBoiinct. 



44^ HfÉumîîtB 

Cette tradition vient à Tappaî êe rexpKcatiMi 
que nous avons <lonnée de l*if înëraire tbéodosien. 
En effet, pour aller de Sâînt-Bonnét-le-Froid k 
Salnt-Bonnet-les-Oules, il (allait nécessairement 
prendre la route de Lyon à Feurs, puis celfe de 
Fettrs à Saint-<îalmier, car Saint-fionnet-fe-FNnd 
est plus loin que le coude de fa route de Lyon à 
Saint-Galmierjet pour aller de Saint-Bonnet-le»- 
Odies à iSaiût-Bonnet-Ie-Chàtel, il fallait passer à 
Sain t-Rambert, oà se troti vait un pont, c*es^à-drre 
suivre la vieille route de Toulouse, qui passarre j«- 
dis par Usson. Quant à Saint-Bonnet-le-Cottrrean 
(ou mieux tes Carreaux j du mot latin Quadrilfh\ 
qu'on dit être la quatrième station des re)ique9, 
nous doutons qu'il ait rcscu son nom ^e celle cvr^ 
eonrdtaDee. H nous ramènerait bîeti en Auvergne, 
mais en nous faisant §me im z^îgfsag «eonaidbâni^ 
ble; BOUS aimons mieux eratt*e qu'oe ails rejoî»- 
"dre par Usson la route qm devait exister eiifreiSf- 
vessio^ la capitale des Vëh^ves, et Atègmùomê'- 
metum^ la capitale des Arvernes. 

Tout ce qui précède prouve suffisamment, nous 
le croyons, que Feurs est bien leForum de$ tables 
de Peuttinger, comme Lyoïa eu e&k le Lmgdmnum. 
Nous n'ajouterons rien ici à ce que notrs avons 
dit sur ces deux villes. 

Quant à Roanne, qui est accepté par tout le 
monde pour le Rodumna de Ptolémée et pour le 
Roidomna des tables ihéodosiennes^ nous n'en 
dirons qu'un vbkA , car il .n« pe^e* plu# aiaciifi 



StJlt LES ORIOIKIS 0U LYONNAIS. 44? 

moDunieiit ronaii) dans cette ville, doni la situa- 
tioQ jusli&e d'ailleurs rootiquité ; elle se trouve 
sur l0 bord de la Loire, à Teodroit où ce fleuire, 
délivré de son Ut de rochers, commence à être 
véritabJejMient nai^igable. 

La première localHéque le» tables de Peuttioger 
iQ^ntîooiïeDt aprèe Makiomna esl Mediolanum. 
Ce iirW ptt^MBs motif que nous «voqs placé cette 
ét^pe À Afoiod. Outre un grand nombre de me« 
4aiUea foi^aaines des pretntets empereurs, des 
4goulSt m ptaoonnene, des cobnoeaée tuarbre^ef c^ 
qu'on e. découvatta à Mokid^ tt exisAe à rtweat de 
ca villai^^ qui ae trouve à la porte de Monibrîson, 
et peptètreoonsidéré^oommeun fauherm^g décatie 
viUe^ un vieuJi pan de muraille appelé parle peuple 
nm^d0$ Sarrminsj, M dans les obartea, paéttium 
"vetêês (anden palaÂs), mais qui eet le reste d'us 
(hégire antique. L'hémicycle est encore parfaite- 
ment visible^ grâce aux fondations qui retiennent 
lea terres voisines un peu plut éfevées que l'inté- 
rieur. Ce théâtre pouvait avoir tifio pieds de lon«- 
gueur sur la scène, qui regardait le midi ; la lai^ur 
de cette dernière , marquée par deux pans de 
mur faisant saillie sur la portion de l'enceinte 
encore debout à l'angle oocîdental, est de i5 ou 
ao pieds au ]:4us.On voit aussi, dana la muraille, 
et à une certaine hauteur, une des portes donnant 
entrée au public. On y arrive de l'extérieur par 
un massif en maçonnerie en pente qui semble 
être le reated'un eaoalinr ouefcÂ^é A Vintérif ur. 



448 MAMome 

le ttiur pr^êDte de distanee en distdti<;é des tMus 
destinés à recevoir les poutres qui supportaient 
les gradins, car tous les agencements intérieurs 
devaient être mobiles, comme dans la plupart des 
théâtres antiques construits dans les lieux où se 
trouvaient des eaux thermales ou minérales, et 
qui n'étaient guère fréquentés qu'à une certaine 
époque de Tannée. Après la représentation, les 
banquettes étaient enlevées, ainsi que \evelarium, 
qui servait à mettre les spectateurs à Tabri, et 
•déposées dans un local à ce destiné, jusqu'au 
moment où on devait s*en servir de nouveau. 

Le mode de maçonnerie employé pour cette 
construction est Visodomum, composé de lignes 
de moellons de même épaisseur, couchés hori- 
zontalement. Le bâtiment était épaulé par de nom-» 
breux contreforts. La tradition rapporte qu'il s'é- 
tendait autrefois jusqu'à une église voisine, qui 
porte, en effet, dans les titres anciens, le nom de 
domus palatii {maison du palais), et qui est évi- 
demment construite sur des substructions ro- 
maines. 

Les ruines dont nous venons de parler prouvent 
que Moind a joué jadis un r6Ie important, quoi- 
que on n'en trouve nulle trace dans l'histoire. 
Quant au nom de palais qu'on leur donne dans 
les chartes, il se rapporte sans doute à un édifice 
voisin plus important, mais ruiné plus tôt, dont 
les dépendances s'étendaient fort loin, et dans les- 
quelles était compris le théâtre. Mous ne serions 



SUR LES ORIGIIIBS J>tJ LYONNAIS. 449 

paa éloigné de croire que, lors de l'invasioQ des 
barbares, les légions romaines, forcées d\Aànr 
donner aux fiurgondes la ville de Lyon et lar^por-» 
tion de son territoire qui renlermait Feurs^ vin-* 
rent «'établir pendant quelque tempsaMoind pour 
leur disputer la rive gauche de la l^ire, et qu'on 
y construisit un palais- pour le magistrat delà prot 
vince.... Moind était parfaitement placé pour oalft;» 
il se trouvait à la portée de plusieurs routes qui 
conduîsiâent dans toutes les diceotions, et per-^ 
mettaientt ainsi de se porter facilement à la revk* 
contretie Tenvemi. 

La route de Roid0mna à Mediblanùm nmy^ist. 
probableroMt'le tracé de Ifi' route actuelle dd 
Ro^ni^e k Monthrison. Seulement npus pfénsoMi 
qu'ellepf^saitàlaBouteress^yOusetrouvaîtencore; 
au XYIII® siècle un pont de bois sur le Lignon, 
et non à Boéri, dont le pont d^ pierre n'a été con» 
struit qu'en 1745. LaBouteriCSse, où se tient une 
foire rurale fort considérable et où on a trduivé de 
nombreuses traces du séjour des Romains, est un 
petit hameau sans importance aujourd'hui, mais, 
placé dans une vaste plaine, et jadis à cheval sur 
4eux grandes routes, celle de Montbrison à Rp^n*- 
ne, qu'on lui a retirée , et celle phis importante 
de Lyon à Bordeaux, qui y passe encore et le met 
en relation directe avec Feurs* Cette ville,ancienne . 
capitale du pays, n'est éloignée que de a 5-kilome- . 
très de la Qouteresse, en suivant la route atctueliei 
tracée en ligne droite. 

XVIII. î9 



4&» MrfltOIIIB 

D» Medmiamêm a Forum^ la Toie rornatn* 9tiÎ4 
nrti k route actuetie 4e MarnbriaoD à Feinrs^ #tt 
peQt-éti^9 ainsi cfve bous l'aTOQs dit plos haot^ ki 
TÎêiHe raute ck Mcmibriiott a Ljofi par Hiàêm^ 
fmm gagner Feura par la route de Segodunum^ 

Quoi qu'il eii Mit, celte dernière passait à Sakif^ 
Laitretil«]a4]omslie, ainai sutoomibé d'ut>e ta$t<! 
etiT^ eti pierre (toonoei) plaeée aujourd'hui sur la 
place puëlique du lie», et dont on ignore l'usine 
dfltta l'aErtiquké; à Mardi»}), oit o» a irantirf Vm^^ 
aeriptiott d«i dunuiVir Lmxittiis, et oè ou toîi etM< 
core les restes du tombeau d'un eHiirjrèif rôiaai» 
âmmmïmé Artéax (éoiirtigiux)^^ lytotici^end^ etc. 
O'iasf dette panie'de 'roote , do^t éo teti«ouve de« 
tt«oes Btfr toutes lëè efirtes, qui était e^pdé» pi^ 
les gens du pays, *tMt la rëvoluii^d, vimfkmm 
{^mkè fert*^), et qui cundiirisaft ii A^ni SegeHaii 
qM iioas «^byd«« être 9iBiillt^Gàlmie#. 

Bb eelu , t»dti^ ^i^iôH ë^t fondée âtir qMtna ift« 
dibes principauit : i^ )éa antiquités romainea qui 
ont été tfouvéee dans defie \iite ^ ji* sa dénomina^ 
tiofi moderne, qu'elle dd)t à un ëaint persot^nlige, 
BKldotnérus , n^ dan6 ses mursau Vlli* sièeie^ et qui 
donne la certitude d'un nom antérieur difMréfif^ 
3* les chiffres dds tabler de Pèuttinger, qui d'au» 
cordent parfiiitement, con^me un a pu voir, «vee 
1* aituiHiita de cMfe tille, laquelle ^e trouvait d^âil^ 
leurs ixxt randettue i^ute dé Lyon à Touloiise^ 
4"^ enfin lasoureéd'eau mnéralequi eiiarte à Mh^* 
Galmier, et qui est appelée FbntloH* Cette «Ml 



SUR LES ORlfitNBi UCT LYONNAIS. 4^' 

n'est plus 0mp\ojé€ aujourd'hui ^Cfua oomme bois- 

soB{ QWMellediniiratt^tpbb&blmMtitjadiBdas 

pismutts âhwmales ëooi «m 'VMnt db déoM wir ks 

rMtM •9$te^ieD ^ooDiemas. L'une d'ctttgfi 4^^54 

de Icu^ueur ift S^i^ de krgeiit; «a pn^^uécnr 

SMC deuK^tês est ée ov^go^ et ^ur iesoituK aoUpei 

de 0^S6é Au peint de véaniim^dcs^Bi^ltti «st 

pleeé wd tereaa«oIonDetteiftD*ciiDeiit,fa;àiitpfMir 

bm d'eaipécher il'acliDn de Teaa «or les feroM^ 

Trois marches de o%3o de latgs iseot inserilM 

dam r«i tt dte 'O0S ^ngles^ et les deux fyaMU ^pfi 

pnrtettldieolMcinlideieesjdsgnés scn^tdispmëssieti 

gnoiî&snilottt perle à orwe^fiieise scwt Jà tes 

restes ide iFétubtissemeM sntfiet im HmMms 

amiisiit donné ienoRi de la d^ise^éss nuM sas u s i 

iegesta, probableiBent'à cause de h propriété^ 

eondante attiibaiëe à ees eam. 

An sortir de Saint-^alniîer, la ixMiteifMMséK ta 
CxAêc 8»r«n pont nmain qui sulNii^le'ts«»foure^ 
et gagaak Sainl-Rattdoea, quî^s^piiait«e0eoM 
OcMMcum au X'^ nèoie^ ptfîs ;Sirînt-^liareelli«i, 
Slant-Bonmet «t Ctsson . 

•Nous n'ajouterons rien 'ÀH)ex{ue notfè avonë éit 
de^ostiedeitnMre looaiitë, carîl n'yepa6*de«dou«è 
^ue c'est laïque ^passait h route. NoiHsentstfieiit 
en y 'a 'troarë «me eoléhiDe «nriUtaire qiii le frôvve 
péremptoirement, mais on y déeewvre jonraeHe- 
des irestiges romains, tels que taises, mé- 
i^ *eto. 

'(f} Journal de TUontbrîson du l'4 décembre 1844. 



45ft MÉmonu 

Venons malmenant à la route d'Antun, sur la- 
quelle on trouvait Asa PauUni et Lunna. Pour 
ce qui est de la première de ces localilés, il n'y a 
pas de doute qu'elle répond à la ville d'Anse. En 
effet, cette petite ville, qui était encore souvent 
iqppelée jâsa au XP siècle, d'où vint le nom d'ager 
yaUis Asensis^ donné alors à un des cantons du 
Lyonnais, se trouve. bien à la distance indiquée 
par l'itinéraire d'Antoain. Elle renferme d'ailleurs 
les vestiges d'un camp romain dont on peut facile- 
ment suivre les lignes, et près duquel était, dit la 
tradition, un palais d'Auguste. On a décmivert ré- 
etimnent au midi d'Anse les restes- d'une magni* 
fique habitation parmi lesquels se fi>ht remarquer 
plusieurs mosaïques et des statues de marbre 
blanc de la plus belle exécution; maïs cda ne 
prouve rien, sinon qu'Anse était d'une certaine 
iisperlance à l'époque romaine. Peut«-étre même 
ces ridaes^ébris proviebnent*ils seulement de la 
i^idedce du personnage qui a eu l'honneur de 
donner longtemps son nom à la localité, grâce à 
un de ces tropes si commuais cbins le langage du 
peuple, l^es mots Asa (pour Ara) Paulini signi- 
fient pi!Qpi'ement asile de Faulinvs; ils servaient 
prqibiblemçpt d'abord à désigner quelque riche 
résidence, mais peu à peu ils s'élMudirent au camp 
voisin Jui-méme. 

. Quoi qu'il en soit^ M. Serrand, auteur d'une 
histoire d'Anse, qui a étudié les restes du camp 
avec beaucoup de soin, dit que ce dernier formait 



SUR LES ORlOIBrES DC LYOJVMAIS. 4&3 

UD carré long de i5o mèlres sur i lo; qu'il ^tait 
entouré d'un mur d'etK^eimte ayant eniDore dans 
certams endroits, malgré l'exhaussement du sol, 
9 niètres de hauteur et une épaisseur de d'^^Go à 
sa base. «Si on fouille autour des remparts, dît- 
il, même à plus de 8 mètres de profondeur, an 
trouve le mur couvert d'un parement identique 
a celui qui est hors de terre: leur hauteur totale 
a donc dû être dans quelques en droits d'au moins 
1 5 mètres, » 

C'était sans doute là une de ces fortei^esses que 
les Romains élevaient prés de& grandes vîUes'^ 
avant l'invasion des barbaresyqui les fèrceFeotéé 
se rapprcKherde ceiles*ct;» positioUiéMit parfw- 
tenaeDt> convenable. Placé sur- uciegradde ronte 
dont il pouvait barrer le paséage,-il sériait à dë^ 
Cendre le territoire des Ségus^iaves en même temps 
que la viUe de Lyon. Il offrait d'ailleurs toutes lés 
conditions recherchées par les' gétiéi<aUK de dét^ 
époque pour rétablissement d'un éàmp ? il se 
trouvait dans une vaste plaine, à portée d'un grand 
fleuve, la Sa6ne, et dans un parys doatlarfertilité 
est passée en proverbe. De là vient ce di^tôttf po- 
pulaire s i># Fill^anehe à Ame, {a plus heiïè 
lieue de France. ... : 

On voit encore dans l'ii!itérteur du'camp d'Anse 
un petit bâtknent oonsaoi^ jadis à saint Cypriên; 
wais que le genre de sa «onstvuetîon semble faire 
remonter à l'époque romaine^ et qui pourrait bien 
avoiv eervi ë'aboi«d au culte paie»; On aait qi»e 



4&4 MÉMaiBE 

c'était l'usaf e desRoiaaUis d'élever de petite ten»*' 
{4«t. dai^i.l^urs for(fr«4a«^ «t que lu plupart du 
temps les chrétieos con^ervèreut oes fflODUttents 
après en avoir çï^$hgé le patrôu. Las muliliitmas 
qu'a subies Ti^difl^een question depiûsua siède 
(Bt de^ qu'il œ sert plus au culte en cm fait dis^ 
paraître touJt caracJtère» mais la tradition rappfxrte 
que ce fut là la première ëgUse consacrée à la re* 
ligian clirctieone dauala cootrée. 

Quant à Lunna, nous avons dit tout oe ifàe 
iMHis saviodaa. Il peut rester quelques doutes dans 
l'écrit .du lecteur y mak noua oroiyoBs qu'il n'est 
pas passible de prpsienter uftehypotkèse plas sa^ 
tiiS^sante que ceUe que nous avons prûd<|ite ea 
la^yeur dc^laCoBMiaoderie^IezrAeUeviUe. Âureste, 
peu importa qu'09. lui préfère SaiottJaaa-d'Anlîè- 
win^ ou .A^ ville , puisque toutes oes localités se 
taPHiveut dans un espace de ft^odo mètres ou d^a 
4^mimevie au piiis* 

, .^ If o^& p'^vooa rieu à diro de la route en elle** 
tuéiiieé 

.Maia,^»eii terminant cette di$ttrlaii(ui » nous 
iH*oyaPs devoir répondre par avance à deuan objeo 
^ions qU'<9n pourrait nous fairey tendant à infirT 
mer Texactitude de nos données* 

I "" Du eoDtestena pea^^re qttdqiM8»uns<ieB0s 
oalnHils uniquement basée aov un ateeurage au 
MWpas^ Itous savons «eombien ce tiio]^n> qiâ ne 
toMt pas compte des âÛMK»sil»fr de la mole, est 
fhéfeetàieuM; nBÎa.q'estlesealiqiia naus ayensan* 



SUR LES ORieiKBS M7 LYOJNJVAIS. 4^^ 

jourdiiui. Au reste, il n'est pas aussi inexact qu'on 
pourrait le croire au premier abord , lorsqu'on 
opère eomme nou^sur de bonnes cartes \ et qu'il 
«'agît de voies •anoiennes de communication ^ 
parce que nos pères, et les Romains eux-mêmes, 
qui faisaient tout leur eomiperce à dos de mulets, 
ignorant Fumage de ces énormes voitures qui êiU 
lonnent nos routes aujourd'hui, n'avaient pasbe-* 
soin, comme nous, de graduer les pentes et de 
contourner les montagnes; le plus souvent Us 
gravissaient ceHes«^i à pic pour suivre la Kgiié 
fiboke : c'est oe que nous voyons dans les plijis an« 
eiennes MMiles.^ qu^oa a tant de peine à |idoa^i<.- 

fà"" Pourquoi doue alors , dira«-t-^n peut-étfej 
^itinéraire de Clermont k Lyon fuit-il tatit de làg^ 
£ags? pourquoi, pareKêimple,ne quitte-t-»il pas àlâ 
Bouteresse la route de M^ntbrison, pour gagivev 
directement Ffurs à t;ravers )a plaine? A œk 
nous répondrons qu'en allait bîeti diiiectement 
4*une ^pe à Psiotre, mais aoti pae d^un point dé 
la route à Fautif, parée que les chemitiia publiés 
ëtant tiatut^Uiâment moins eommtiiis qti^àujour-* 
d'bui , et C€>ulaKit 4br€ ober à ^ablir, ^fa ebercfaâU 
le plus souvent à utiliser c^% qui eni^taient déjà, 
même au prix; de quelques détoUrd. • 

Au resle^ i\ ne faut pas perdre éeviië quil levé 

(t) Nms povsi(mia)l!9«er!n dht Cff^e^^ 4«SftMnit de ^U^ 
4u àéfàt fle^guqrç 4éji p^ue&, ^j 4f ^ f apift dy^ fléjwt 
tement.dela Loire. Dubiiée |îçi.4 srjt^4^!f6<^Ue;, p2(r A^ Gq- 
defin, géomètre en chef du cadastre cians ce département. 



458 yçMoiBi; 

piles encore très solides, l-'une d'elles, surtout, 
se fait remarquer par sa largeur et soo épaisseur^ 
Les pierres dont elle est formée, de couleur cen^- 
drée et d'une qualité très dure, ont été tirées 
d'une carrière qui se trouve à l'extrémité du pont. 
Elles ne sont liées entre elles par aucune paatière; 
seulement elles ont été disposées avec tant d'art 
et d'habileté, que le meilleur ciuient n'aurait pu 
en faire une masse plus solide. Les besoins du 
pays, ajoute Papyre, font ch^quç jour sentir h 
nécessité de rétablir ce pont- L'eiLéçution d'yne 
pareille entreprise rendrait Içs plus |;rands s^* 
vices aux voyageurs et aux yoituriers, qui sopt 
exposé^ k toute sorte d'embarras au temps 4^ 
pluies et de la fonte des neiges. AlQr$, ^n efE^t, 
après avoir éprouvé de graqdes difïicultés poi^r 
le passage du Ligogui doi^t Iç çour^ est trè$ r|i« 
pide, et qui p'a qu'un n^auvais pont ^n bois Xm^ 
nant à peine, \lik arrivent h h Ivoire, q^'il leur e^it 
impossiijle de trayejisqri 4« ^rte qu'iU $Pnt 
obligés (Je perdre 4eiix ou trois jour», et quejf 
quefois plu^, k ij^tten^re rs^hais^ement d^s eaWf 
Le rapprochement deii deux riyes du fleuve ^r 
cet eqdroit offrirait biep d^$ facilitée pigur faînp 
un nouveau pont^ çt *i Toa W décidât k y fow 

Bibliothèque Royale , section des estampes, carton topogra- 
phique du département de la Loire. Ce plan donne aussi la 
difpoaitioB des piiet du poa^ de Piiiaiy, âonton vmt eneere 
tfiSfeitQsaur fiUce : elles 9001 de ladîneBêioB decellfes du peat 
Ae âaintfAAndMt, qu^ now «font décrites préoééemmeat 



iSUR LES ORICIIfKS IW LTOKNAIS. 4^9 

ex^outer oeliti dont le rai a ordonDé la construc^ 
tîop, je connais un architecte qui se charge^ 
roit volontiers de l'entrqmse aux conditions 
suiwiiles : an lui donnerait 3,ooo livres tour- 
noie, el le cinquième * sur les dépenses, suivant 
l'usage; de plus^ il percevrait à son profit, pen^ 
dapt quinze aqs, un pçage sur le bénéfice duquel 
il fie rendrait au fisc que €00 livres par année. »> 
Ici Papyre entre dans de longs détails sur le^ 
.dimensions de ce pcMit, jugé alors assez nécessaire 
fiour avoir été l'objet d'uqe décision royale , et 
dont cependant on ne cponalt pas même aujour* 
d'hui la deslinatLOB . Tout ce qu'on peut dire, c'est 
qu'au teinpB de Masson la ra»ute conduisait d^un 
eâlé à Montbrison, puisqu'il fallait passer le Li- 
gnon sur un pont de bois qui ne peut être autre 
que celui de la fiouteresse telle condiiisait proba*- 
blement aussi de ce côté à Thiers et à Clermont; 
itiaîs de Tautre il est inpossible de dire avec eer- 
ikude quel étail; son aboutissant. Nous croyons 
«euleinpnt que le pont de Pinay était établi sur 
un Qompendium allant de Lyon à Cleraiont(i4»- 
gustonemeium). 

On voit avec quelle rapidité se perd le souve- 
ijir et ju8q^'à la tracç des rput^çs ^^p^dpm?4esi, et 
^)l€i$! k) dont dès que les populations trûu<veoitailr 
leur» plus de sécurité ou jdqs de facilités, ia rup-- 

(1) Çe^t ^nsi que nous crojfoi^s devoir trjidajîre ^jE^'^^^i^f 
adèUtis^ dont 1q sens Aep9\is ^aur^^t |^s ^ç^ç ), ^ff'jt'. 



46o MI^MOIRE 

ture du pont de Pinay ayant forcé les voyageurs à 
chercher une autre voie , la première fui peu à peu 
tout à fait délaissée. C'est ainsi qu'après la <^ue 
d'eau extraordinaire qui renversa une des ai'cbes 
du pont de Saint-Rambert, vers le milieu du XVIP 
siècle, les voyageurs allant à Toulouse prirent 
la route de Saint-Etienne pour gagner le Puy par 
Bas-en-Basset^et abandonnèrent entièrement celle 
passant par Usson , dont il ne fut plus question 
cinquante ans plus tard. Aussi le gouvernement, 
au lieu de réparer le pont de Saint-Rambert^ qui 
acbevaitde se détériorer, donna4-il tous ses soins 
à la route de Saint-Étienne, qu'avait adoptée le 
commerce avec d'autant plus de facilité qn^il trou- 
vait à exploiter là une nouvelle mine industrielle 
d'une grande importance. En 170^, on fit de 
grandes réparations à cette route entre Saint- 
Étienne et Lyon *. 

Au nord de Pinay, et à mi-distance environ de 
cette localité à Roanne, on voit encore les ruines 
d'un autre pont connues sous le nom àe piles de 
Saint-Maurice^ et dont l'origine romaine nous 
est révélée par la présence de nombreuses 

(1) (Test à tort que quelques auteurs ont cru que la route 
de Lyon à Toulouse par Rive*de-Gîer et SaiBt-Étietine ne 
datait (;fue de cette époque» puisque le mémoire de d*Her^ 
bigny la mentionne déjà en 1 696. Seulement il paraît qu'elle 
fut alors entièrement restaurée. Voyez quelques détails à ce 
sujet dans les Recherches historiques sur Rive^^e-Gier , par 
J.-B. Chambeyron (in-a^^Lyon, 1845), p. 89. 



SUR LES ORI6IMBS OU LYONNAIS. i^6i 

tuiles ADliqMes. Ces ruions . consistent ^ en trois 
piles et une culée à peu près de même hau- 
teur^ environ i5 pieds. La pile du côté droit est 
assise sur un Ilot de rocher; la culée qui lui 
faisait . face , moins solidement assise, n'e&iste 
pJUis : on ne voit que celle du côté gauche , au 
bas de Saint-Maurice. Un peu plus loin on 
aperçoit une partie de pile que la Loire a détachée 
dans quelque grande crue, car ce bloc est énorme. 
Peut-être est-ce le rest^ de la pile qui servait à 
réunir Tllot au rivage. Il jest plus probable cepen* 
dant que ce soit xm morceau détaché d'une des 
piles subsistantes, lesquelles devaient être très 
élevées pour laisser un libre passage à U Loire 
dans cette gorge étroite ' et poufr pouvoir joitidre 
les deux: rives fort escarpées. Ce b)oc parait, . en 
effet, de même maçonnerie que le haut des piles, 
c'est-à-dire qu'il est en petites pierres, tandis que 

(1) Ce renseignement remonte à l'année 1886, époque où 
nous visitâmes ces lieux. Quelques personnes croient que 
cette construction avait seulement pour but de conduire à 
une chapelle bâtie sur le rocher qui se trouve au milieu de 
la Loire ; mais c'est une erreur. Papyre Masson, qui écrivait 
à la fin du XVI* siècle, dit que les piles de Saint-Maurice 
sont les restes d'un pont : uhiponsaliusetiamfuit, [Descrip- 
tio fluminum Galliasy p. 22.) — L'arrêt du conseil de 1711 
déjà cité, lequel ordonne la construction de la digue de Pi- 
nay et deux autres, en dit autant. 

(2) De Pinay à Roanne, la Loire est encaissée entre deux 
murs de rochers très élevés, ce qui a donné lieu à la tradition 
que ce passage avait été frayé de main d'hommes au fleuve. 



46* xtiiimiie 

k bfts est en pierres de lâillé et gnM ftttielieRM« 
Ûb igaorecomplétenieDtaojoufd'hliiii qlft)i|ioil» 
tait bervir ce pont, où ki'abootit pltii auaiûé i-eMë. 
Toutefois, il n'est pas douteux ^%l iëtrôuvaît mt*^ 
trefeis sur un grand chemin. Oti é trouvé ^Mré 
CordeHe et Jeuvre, vilbges situés pré» de SsA«^ 
Maurice, Boais de Tauiré c6té du fiéuve , é% pt^èê 
d'«iD pavé indi^tfànt une aftciènfie Vbiè, «rfl pM 
de terre ^enferf]hânt uiie grande quantité éé mé* 
dailies en w de la plus haute antiquité '. Bitot-» 
être est*^e ïà que passait en dernier lîèu la rbbté 
dii Bourbonnais ddnt parie 'd'HéAîgny, et "épn 
allait dé Régny à Safnt-Haôn. 

Qnoi qn 'il en soit, on voit qiie lé^ ro ù téé pdftêes 
9iir lés ittnéi^aireil â^iéns n'étaient pas les iéùlbfs 
qui etistassènt du temps dei Komâinâ. Èùlfà 
n'entrerons pas dans de plii^ grands détàiiilj^ 
peut«*étre même nous sommes-^hous beatrcotip 
trop étendu sur ce sujet un peu hypothétique; 
mais nous tenions à bien faite coDBa^e l'état 
aticien du pays, complètement ignm*é jusqù'ief . 
Pour rendre notre travail plus clair, nous don- 
nons ci-contre une carte accompagnée de quel- 
ques explications en regard. 

(i) Voir Hhtoirè du iPoh?2, t. !, p, 3(J. 



THE NEW YORK 
t^UBLIC LIBRARY 



ABTOK, LENOX AHD 



W.f% % 




StIB LES ORIGINES DÎT LYONITAIS, 4^3 

EXPLICATION DE LA CARTE 

Comprenant la Ségusiavie et les antres petites nations gauloises 
fondues dans lepagus Lugdunensis (ancien diocèse de Lyon}.' 



NotM de pmphi i 

E.i.oBitOGisiS, te AUobrog«s« 
MBABRi, les Ambarres. 
AVBRNi, les Arvernes* 
Ebbvi* les Héduens. 
Ielvetii, les Helvétiens. 
Isi.vn» lei» Belvtt. 
teBVsiANi, les Sëbusiens. 
^EGVSiAVi, lesSéigunAves. 
Ieovani, les Séquaues. 
ITbulati, les Vélaves. 

koms de lieux : 
kQVM Sbgestje, Saint-Galmier. 
AsA Payuni, Anse. 
PoBVM Seovsiavorym, Fcurs. 
GpNBVA, Genève. 
IciDM Aavs» Usson. 

LVG0tWV*, LfOB. 

LvNifÀ» Betlerilie. 
ilATiscOf Mâcon. 
Hbdiolanym , Moind. 
BoiBôMflA, RoBtnié, 
Ryessiq, Saint'f Uli^ii. 
TiNVRTYM, Tournus. 
YiENNA, Vienne. 

Homs de Hvièrei et lac: 
Araé, PL», Arar (Saône), fifière. 
Iudys^ vl., Ain, rivière. 
LIGBl^ FL., Loire^ fleuve. 
Rhodanys, Pi.., Rhône, teuve. 
Lacys LmiHiYS, lac du Lémaa. 

Ifoms de montagms : 
Bamys montis Gebennb, rameau 

des Céveilnes. 
MoNS lYBA, chaîne du Jura. 



Signn: 

Lts traiU eti zCgiaf marquent 
l'emplacement de la fortifica- 
ttOB élerée^ptr César près de 
Genève. 

,Liê traité rmnptu indtfiieiit la 
route suivie pair les fielvéâéhs 
ponr sortir dft Mur pays. 

Les traits alternés de points 
itBéiqttent la route suivie par 
César pour aller attaquer les 
Helvétiens. 

Les grands traits droits indi- 
quent les routes romaines. 

Lespoints» les limites de^ peuples 
g;auiofs (oà n^a pa§ marqué céÀ 
limîtea lorsqv^elto se coniaÉ^ 
deut avec celles du pa^iuft, fonr 
éviter h cohésion). 

Enfin les troix alternées ati#c dit 
points indiquent les limite]^ dd 
pagUêLi*gàunenMê,iBvi» iBtfuil 
sout entrés les territoires des 
Ségusiaves, des Sébusiens et des 
Ambarres,et ttne partie de eélUi 
d«3 Séquanes» 

N.B. L'échelle Inscrite sur la carte n*e«l 
«leslinëe qu'S mesurer les grandis s«v- 
faoes.EIle ne peut servir à évaluer les dis- 
tauees UlndralriBs, toutes les routes éMdt 
ici tracées en ligne droite, vu rinpossi- 
mHb a^fiéuréf iei ilniMtél éi ttsÉ^ràlb. 



POUR LA MÉDAILLE, y(ff^ p. â4i, âOT et tf*. 

FIN PU MBMOIBB SUR LES OBIOIMES PU LTONHAIS, 



L 



PIÈCES INÉDITES 

DES XIII», Xnr* ET XV" SIÈCLES , 

PROVENANT DE L'ANCIENNE CHAMBRE 
DES COMPTES DE PARIS; 

Commonlqaéef par H. DBPPIN G, membre honoraire. 



Les pièces qui vont suivre, et dont les ôHginauic 
sont conserves parmi les manuscrits de la Biblio- 
thèque royale^, ont échappé à l'incendie de lySS, 
qui détruisit une grande partie des archives de la 
cour des comptes de Paris, d'où elles proviennent 
Il n'y a aucune liaison enfre elles, et elles datent 
même de divers siècles. Ce ne sont pas des pièces 
historiques; je croîs néanmoins qu'elles peuvent 
présenter quelque intérêt à ceux qui aiment à 
connaître les usages et coutumes des temps passés. 

La pièce n* i, dont j'ai déjà fait connaître ail- 
leurs une partie^, est un compte d'équipement, 
d'armement et de vêtement pour la croisade. Elle 
est datée de 1269. Comme ce fut à cette époque 

(I) Carton 480, RR. 

{2)Re9ue Smcjclopédique ^ 1881. 



AKCIBirif £ CHAMB. 0B6 COMPTBS BE PARIS. 4^5 

qoe Louis IX se prépara ponr^OD Sfocond voyage 
d'outre^^iaer qu'il efTeclua l'aDûée suivante, et 
comme la cour des comptes ne vérifiait que les:^ 
dépenses de la maison du roi, il y a tout lieu de 
croire que le compte en question a rapport aux 
.prépars^ifs de ce prince pour sa seconde croi- 
sade* On peut même conduredu mot d'j^rmigeri, 
écrit au revers de la feuille, qu'il s'agit ici spécia- 
lement des dépenses faites pour les écuyers qui 
devaient accompagner leur maître. L'encre a tek* 
lement pâli que quelques passages en sont deve- 
nus difficiles à déchiffrer; aussi les sommes ne 
s'accordent pas toujours avec Tensemble des dé-> 
tails tels qu'on peut les lire encore. Une autre di£> 
ficulté git dans le rapport qu'on y établit entre fat 
livre tournois et la livre parisis. 11 est générale* 
ment admis et avéré que ce rapport était comme 
4 à 5; d'après le compte de 1269 il semble au 
contraire que le tournois était au parisis comiée 
7 à 6, en sorte que le tournois, au lieu d'avoir 
moins de valeur que le parisis, en aurait eu dtt* 
vantage. 

Ce document fait connaître le prix de divers 
objets dç commerce et d'industrie sous le règne 
de Louis IX. J'en vais indiquer quelques-uns. De 
tous les chevaux achetés pour l'expédition d'où» 
tre-mer, le plus cher est un cheval acheté en lor- 
raine. Ou cette province possédait alors une race 
de chevaux supérieure^ ou bien le cheval acquis 
pour la croisade avait été amené d'une autre pro* 
XYIIL SO 



irince aux foires de Lorraine^ car aujourd'hui la 
race chonraKne de Lormiâe est loin d'êtt*e la plus 
belle S 

La livre de cdtofi filé est ëvahiéé à i3 deniers^ 
•t la bourre de soie à 5 sols et demie Une aobe de^ 
toile dlnde^c'est-à^ire-de eototi teint ëto ifidigo^ 
toàtait I toi et demi. Il (fallait que le cotnifierce 
du Levaot fût établi déjà sur un pied régulier 
pour qu'une mardiândise vendue eti France âpres 
avoir passe par la mer Rouge et par la Syrie, ou 
par rÉgypte, pût être vendue à un prit ausdi peu 
41evé< Toutefois ce pOUtait 4tW ud« tôiiéd'fiufbpe 
tsinlmen omileur indienne; La toile éct*ue (on ne 
-dit pas si elle était de lin ou de chanvre)^ ti^^ée 
probablement en France i était ëncol^ à bien 
nieillear diaréhé, pukqué la pièdë entière ne coû- 
uût qoe i Sdla tt éèMii et une pièce de toile blàn- 
«he que 6 soU 5 deniers. Mais è'étaiènt peut-étre 
de petites ptiôèi d'une demi^dôu^aine d*aunes; 
iaftr«>n toit par un compte de 1266, aus^i k peu 
près eontempurain^ qu'en Ftaiidre l'aune de toile 
pour faire des rochels aux prêtres coûtait ûô Ae- 
niers^et Taune de toile pour chemisèti 16 deniers; 
encore était«ce la petite aUdë de FlandfèS. 

La piêeè n^ ^ e^t un compte des recettes Ae h 
sénicbausaée de Toulouse et Aibi depuis TAscëu- 

(1) Foy. Tart. Cheval^ par Huzard, dans le Now^ Dictionn. 
éPBistoire naturelle^ t. VI. t^aris, IStS; et Du mauvais état 
âès Cà'evaux dans le àepart. de la Afoselle, Metz, 1824, iii-8*. 

(S) SiiMrt dé mit. l^ari», 1764, ^. ité. 



^ion de Dm 1387 jusqu'à la même fêle 4e ran«- 
xiée suivante. C'est donc le courte d -Mie anuëe 
enlière, rendu ^par le ^néçbal qui avait dans ses 
attnbutîons à'ia foisla justice, radmiuislratioii^et 
la peroepiidn. Ge ^eooiple est écrit wr unegvaade 
feuille detparchetaiio dont malheureusenieut une 
-pai<tie«a ëla coupée. Au révèles on a écrit ieeompte 
^s ameodes «judiciaires perçues dans le niéine«ea- 
ipace'detenat)i5. Si île /rôle était complet, oe.a^aît 
«mdoomneul de statistique j«idioîaîre,/{aîsM)tv0«r 
-le nombre et la iqualîjbé des crîaiN^^ âélîta^^Ollf 
-mis à ramenée quî^ daoa le cours rd^uvieanmii) 
ont été jugés par le sénéchalienfIiaKi§[u^QA.;nttM- 
qoeile rèle «est tnconlplel, je n'ai.pbs l^ru devoir 
(tninaoriiîB dièaae tout ce qui len vèsia, et ^e «Imb 
4uis borné à relever Jesdi^vers genres^de détils qui 
olit occupé le^jtige. Ge qui frappe d'abord diuis ce 
registre du greffe, c'^eat la singulière «ipprëeiation 
pëcunîaîredeadélilis. Ainsi 1- adultère et le viol ae 
sont pas punis plus sévèneoiait qu'un vol de la- 
:pins« Le vdl d'une brebis «est puni comme un 
cmme capital, ainû quill'élait encore ne|;uèpe en 
Angleterre. Il est patlé/plusîeurs fois-de^ns ^pen- 
dus; deux fois l'autorité municipale est mise à 
l'amende pour «voir pendu indûment. Un mar- 
dbaod est mis à ramende pour avoir mélangé 
<i'eaiu la boisson qu'il vendait. 

Ge qui -résulte encore de ce compte, c'est que 
les recettes de la sénédHiussée étaient affermées 
À des traitants : c'étaient dés <k>mp4gMes 4e Lom* 



46& AlfCIENNE CÊikUÊÊiM DES COMPTES; 

iiards OU spéculateurs italiens qui se chaînaient 
ée ces entreprises financières. 

J'aurai peu à dire sur les autres jnèces. Le n 3, 
klont la date est rannée i349, ^^^ ^° ordre du tî- 
comte de Rouen, ou plutôt de Jean, filsatné du roi 
de France, duc de Normandie et de Guienne, comte 
de Poitou, Anjou et Maine, pour délivrer 60 char- 
retées de bois de sa forêt de Rouvray aux frères 
nifneurs du couvent de Rouen. Get ordre est 
adressé aux deux marchands de bois dit duc pour 
la forêt de Rouvray, ce qui veut dire apparem- 
ment ceux qui avaient pria à bail r«xploitation fo- 
restière éé ce domaine. 

Le n^ 4? ^^^ ^ ^'^^ ^^7^j ^^ ^^^ quittance 
da panetier de la reine, en sa quakté de yercHer 
ou inspecteur de la forêt de Beauvoir en Lyons 
(dans la vicomte de Gisors en Normandie). On 
voit que le verdier avait pour ses gages 2 sols par 
jour, et qu'il avait sous ses ordres cinq sergents 
payés à raison de 6 deniers. 

Dansle n^ 5, le lieutenant général dubailliagede 
Rouen et de Gisors communique à l'un des vicom- 
tes du ressort duditbailliagerordre textuel adressé 
parlé roi au bailli, pour expulser de la Normandie 
les Navarrois que le roi de Navarre y avait menés 
avec lui pour occuper les places fortes, et dont 
plusieurs avaient agi hostilement, aprèsla soumis- 
sion de la province, en prenant parti pour les An- 
glais. Ceux qui ne seront pas sortis de la province 
dans le délai de huit jours seront arrêtés , et 



JDE PARIS. 4^9 

leurs biens saisis. L'ordre du roi est de 1378. 
N^ 6. Une quittance du sommelier du duc de 
Normandie, du XIV* siècle, mais sans date pré- 
cise; cette quittance roule entièrement sur les 
cliaussures fournies à la petite cour du prince; 
on y voit que les chambellans recevaient à la 
Toussaint, comme droit d*usage, chacun une paire 
• de bottes feutrées; ainsi on n'avait pas encore dé 
rogé entièrement à la coutume des anciens ducs 
de Normandie, de faire don de vêtements, lors 
des grandes fêtes, aux gens de leur cour : 

Chascun jur urent livraifnns, 
Et as granz festes dras «t diuis. . , . 

(Roman de Rou^ t. I, p. 303. ) 

On sait que la cour de France dî s tribuftte ^giM- 
lement, iors des grandes fêtes de Tannée, des vê- 
tements aux personnes de la cour, même ailT' 
princes et princesses ^. - - :» 

Dans le n'' 7, Marie d'Anjou, femme idte'^hlM^i 
les VII, roi de France, assigne, en l'an i446} » ^^ 
fois, f>ar une association bizarre, deux i^tQiftésji 
dont k plus forte est pour payer 5o tonn^yk àd 
Ytn envoyés en Flandre pourles écHangei* cô«ilii^' 
des marchandises, et la plus faible pooriiMleél^/ 
niser un matireen médecine^ nommé Jaèques^ 
Perdhet, qu'elle avait envoyé à 'Troyes pour 

. (1) Sovi le i^oin de rpbe$ iieuves.(/7of<s rojlm} et^ Mi^^V^y 
Voy. les note» de Dùcange sur THistoire de s^îat LoMÎ^ V^i 
lé sire de Joioville, Dissertai. V. 



4jA ANCIENNE CHAMBRE DES COMPTES 

traiter sa, belle-fille malade, qui mourut qqelque, 
temps après. 

Par le n^ 8, Louis XI, qui t^oait une ménage- 
rie, comme on sait, assigne uti à^compte à un Por- 
tugais poyr les frais de transport dles animaux 
s^uvag;es que le roi de Portugal avait donnés au roi 
de France. 

Le n® 9 est une quittance de l'orfév^'e du roi, 
pour le paiement de 12 bracelets qu'il a fournis, 
par ordre du roi, pour servir d'étrennes aux de- 
moiselles de la reine, en 149^- 

Dans le n"" 10 il est assigne, en Normandie, de 
petites sommes pour la copie et l'envoi d'un or- 
dre du roi, de juillet i5o4, par lequel il est en- 
joint aux autorités de chasser les vagabonds con- 
nus «aw.le nom d'Egyptiensu 

A ees pièces, j'ai joint, sous. le n"" ti, un aîioien 
QKlKaik de& rqgislires de la chanibre des couiptes, 
qui se trouve dans le vol. III des. mànctîres sn^r les 
pwii9nieitts.dai)alaoolleetioB dit^ des Ciàq-Cents 
<te Cqlb^rt ;ce sont de petites noies diétaeliées, oà 
il y^chpowtinit qudiqjuies renseigiMoients à puisw* 
^^9^91 sous la date du i3 ipai il^iiy il y est ftÂt 
nmamo^ 4e Gb^isikie de Pista^ cpiî^ psat^étr^ t^ 
çnft sAf^As UA ^eaours de b Fiwiic» dim» msm Uàsifi 
y^mw^ Comme l'époque. d^ M mo^ derosftti^ 
(^Jf(m^ célèbre est igiw>réet, a» ^ww* par ]» Xt^» 
qu'au moins dans les premiers mois de l'an i4i i 
ell« vivkit eticore. On est surpris de trouver 
mfehbfioûbées Ie$ lettres, de naturaUté a<pcq»rdé^es 



DE PARIS. 471 

en 1 5 19 à Calheritie de Médicîs. Il n'a jamais été 
d'usage, autant que je sache, d accorder la natu- 
ralisation aux étrangères qui épousent des princes 
en France, parce que le mariage suffît pour les 
naturaliser, et j'ignore pourquoi on a fait une 
exception pour Cathermede Médicis. Je ne crois 
pas qu'aucun historien fasse mention de cet acte, 
d'autant plus si«jçuU^r qu'il a été «xpédi^ U« mf>'^ 
après la naissance de oelle qui en est Tobjet, ël 
i 4 ^ns avant son tnariage. Qn ne savait pas davai^- 
lage qwe l'hisjgjiçn écossais, Qpprgps RviQbao^f^, 
dont La vie a éiéuce suièe d agitaiions^ et de mcit»- 
^*ements de fortune, se fût fait natiiraliserenFrance 
en ip57, ce qui ne Tempécha pas, quelque temps 
après, de reto^rneff au Éooase^^l'yanii brasser k ra- 
ligion protestante, de s^attatcher d'abord à Bfarie 
Stjiiart^ pui^ 4^ tf^yj^i^lSf- à.li flertq^ç pçlfc^ ffr^Çk- 

On y vôllenfid que rbistorltti PattKÉâHile était 

pensipppé p;jr la cour i^é France, [ 

.•>... .j i 

•',.•■., ':.''.'• '■' 

- . . . •; ,! . , . •• • ■/? 



' hî:v M . .. } ., 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



I. àrmtgeri ad aseeiisioiieiti pro Terra Sancta. 
Ce3t pour lef ehe«raiis d'outre-mer, et toiles et cendaus» et 
armeures contées au conte de l'Âscensioni MCCLXIX, 
Chevaus achetés à Provins, la feste qui doit estre à Laigni. 

I destrier mourel bacent xxvin et x b>n tom. 

For un destrier l>run mautaiit. . xxvnlivr. toro. 
Pespen^ viii livr. et ne sols. 



SoiBfte 000 et xviii livr. et ix sois tom f ., et valant xii et 
xun livr. .et xy sols. et ii den. paris. 
Chevaus achetés à Bar. 
?or m chevaus, i bais, r liart, i noir bâcént ce et x livr. tom. 

Por I cheval noir bacent xxvi livr. t^m. 

I cheval noiv d'fispaign^. »,.■.,: t .» •\* xxvi livr. torn. 
I cheval noir de Lorreine. . . ... .' . lx livr. tom. 

Por II chevaus, i sor blon, i noir. . . . c • livr. 

I cheval d'Bspaigne xlt livr. 

Por I cheval sor de Puille merqué. . . • liiii livr* tom. 

Por despens de ces chevaus tx livr. 

Por loîer des valets et por houces. . • . xiii livr. et vs. 

Somme tip im livr. et xt sols tora., valant vi« et xxti lirr. 
etxn sols paris. \ 

Pour armeures. 

Pour II haubers et T artch<ue$ et i chacons et i hauberion et une 
ooife et une gorgière; pour lafaçon de la forge,et pour le fil,et pour 

(i) On voit qull manque dans le compte rénonoé de l'adiat d*aiiU«8 cbe- 
^ux,car let deux qui sont indiqués d^essus n*ont coûté que 73 11 v 9 s. Il y t 
ideléSIiY. 



ANCIENITE GHAM6. DES COMPTES DE PA.BIS. 47^ 

le fil trère et poar toutes autres choses qui i afière. c et x livr. 

Pour III corsez de fer et pour la façon de cou- 
'vrir ïx livr. et x sols* 

Pour dons as haubergiers viii livr. 

Pour soie a fère roiz, xvii livres de soie, la livre 
▼aient xliiu sols, xxxvii ]ivr. et viii sols. 

Pour la façon viii livr. et x sols. 

Por ce et xiiii livr. de coton, xiii den. la livre 
valent xi livr. et xi sols et x den. 

Pour XX livres de bourre de soie, la livre v sols 
et VI den . c et x sols« 

Pour la façon de un aucotons un livr. 

PourxLY aunes de telle jaune, xxviii den. Faune, c et y sols. 

Pour un aucoton de baleine xx sols. 

Pour cendaus. 

Pour iiii cendauA et i demi, i vermeil, i noir et i inde blanc et 
I demi noir xiiilivr. etyisols* 

Pour H cendaus veirz flebes lvi sols. 

Par xn aunes de teile inde xvinsols. 

Por noiaus d'argent à corsez. ....... xx sols. 

Pour un corsez de menu veir xLVtsols. 



Somme ce et xxi livres et x deniers. 



Cendaus achetés à Paris. 

Pour XIII pièces xv livr. et xii sols. 

Par un pièces et demi de cendaus fort. • xn livr. et xvi sols. 

Somme xxvui livr. et vin sols. 

Cendaus achetés à Bar. 

n 

• • • la pièce xx» sols vu livr. et xiii sols. 

micendaus yermeus, xxxiuisolsla pièce, vi Itvr. et xvi sols. 
Por iiii cenîdaus forz. . . xi livr. et xtih sols et vi den. 
Pour xai bongaevans. ...••• vi livr. et iiii sols. 

n 

Por un et ii| pièces de teile teintes lxvi liv. et xii s. et vu d. 

SX 

Por xn et II pièces de teile crue, y sols et vi den. 
là pièce. .. ^ ....*...* . LXTi livr. et XI sols. 



474 ANCIENNE CHAMBRE DES COMPTES 

Por L . . pièces de teile blanche, vi sols et v dcn. 
]a pièce xviii livr. et xii «ois et n des. 

Por courtier et pour aufier et por chargicr et pour 
voiture xx livres. 



Somme CGC et xx:fyii livr, vu sol^ etïu den. tprn., 

n 

valent. .... xiii et ix tivr. et xvii sols et x den. paris. 

Le séjour. 

Pour les chevaus d'outre-mer, xxiiii jours, xin 
chevaus par jour , ccc et xii chevaus, 
avoints II rouis viii livr. et xvi soto. 

Bran, fèves et orge u sols et ni den. 

Fein c et un sols. 

Pour litière . klv sols et vm dei. 

Pour les mengures et pour les râteliers afétier et 
por perches « xh sels et ini des. 

IPour ointures et peur oiBgRement. . . iin sols et x des. 

Pour lumière. - vi sols. 

Pour l^h/)tel de Ghampigni. nxvn sols. 

Gages des valets , . tasL sols. 

Loierdes viilez . xxi sots. 

Pour cuir a fère siaus et cuves et i^^nucèles et ba- 
lais, et pour voiture et pour courir xl livr. paris. 

Somme xiiip et ulvii livr. et xxni dea. 

IL Cîopjpatus f ^çptorunpi ;^9^9«i^lM P^WW* ^t AMWW» 
tam de tempore Philippi de Fontanis, quam etiam Alberti Bal- 
doiii de socfetate Sealarum, et Philippi Gucii de societateFranzeD . 
pro domino Eustachio de Bello Marchesio miUte, leiiesç. ^9(919^0 
et Albiensi, de terQ;^ino Ascensionis Domini^ anno ejusdeon 
NdC O9tage|»ii0i> 9eiltifno.usque.ad aliud «e^piftWS fafltpa Ascevs. 
ilPinûii «jnidfm aono MCC oatagMinu! û(Ut«« 

Becepte extra baUîvûiA. 

Ha «edio quartume frumeuti, et medio q«iié<|M ooiet et no 
dolio vini quae fuerunt de partionibus terrarum de Foleavalle. 

xii soL turoD. 

De magistro Laarentjp de Terrerio» ^rq qua^lfp ^o^P <l^fp 
emitadom.sepescallo. • • » • If. . ' « • ▼ilibr. toroD. 



DK PARIS. 4?^ 

De magistro B» rnartfo &e Wîila Folgtieyrîa, procnta<ore rîvo- 
srum it faiiibit&Va^oo^î»; iniUqap.oce <iuo xacAvit lociis sms. 

xxxijiid Ifib. VIII sot. tufon, 

De castellano de Buzeto pro. uu^ d9ttii& mi y«i| ipsj^in xen- 

^itis, qiUB f<jieiiw4 de ^ink^is de Q|i%<to. dje ai^&o. praeliecUo. 

viii lib. II sol. turoD. 

9#.9ei:«APdq Fabji de M^efïiWI^XV liferv toïoo.. q«^bab^e- 

:Dat ab bQn)ifiib^ Alt» Ripi^a pco paiite toi R^i^ de xi. Ul»r. 

li^fioii* qv^ d^erunt D.aM*.^!^ Bipp« pi?<^ nou^^ sp^catifgi 

dliioti. lœ». 

Hi» wi^ua N4Tarra> facto quibusdam iM>^libu8i sene&e^lt^ia^ 
Tholo^Mna^^ (piorum partes si^^ a, t^rg^ i^%ï^ lotiili. 

yj^ip*. i^i«>^}(XmUbn. yij^*>l..vm d|9u. imon. 
A^ gagi^ quprumdam. nobilium qui fuerunt in exerciti^ As4r. 

xuV' XLY libr. xyii sol. y^ d^o«. tur^MO^^ 

De; ^alii^ Tholos. ^ tmypi;^ pç^teriit^ «. xx libjC«, |ui:qd. 

m ^m^ i«l^ii,taj^jl^im ^U9 «Pjiot, afiilf dpmimi ia f^a 

r9C«wn<Hr.9W«- .,....,.• .^ i^ 1^1^^ XII $oL t|V^9H 

qH^r^ioa^mfuiit,aiiM9 PJf^^rit;^. 4«l, ç/>W»Ul4ÂM^UMï.. 

. Un, 4i»hJ4^,^ ¥«#1*4^0 pro>q^^4¥ft ^W **<^a^ faw»<tat 

. m. lotii^ jq^orum qi^rw^ pa;i;tej3, SN^t 4 ^«rei>- 

I^H^ lU>r. içip; 90^. tMfflp, 

1 ■ ■■ ■ ^ _ I ■> 

H. C. 

SiiaiBM iiii itu xvm Hbr. vm sol^ n dti». top^D. 

Vomiolimi pvo toto-anno. ^ 

Be iMimo 'tholos. enn saHiio>llMrtti GaîBçarèi. |i<^H1»v. thel. 
'Hé guidona^is et leudis Tholos. . . y*' lxx Mt»*. ihoL 

De obiih Tholos ex lib*. thel. 

Be ba|Hli& Fani Jovis vi''- x libr. thol. 

/ * De bajulia àé Laiiraoo% .«..,•. ^ xuf^ Wb9% tM. 
DihajbMaCastriiioyi de Arrio. . • nr* xxv libr. thol. 
BemeroatoèistrifiiovfdeArrio. ..... xTi libr. thaï. 

De bajulia Ayinionis iip- nn T libr. thol *• 

(i) fiulf eot Ictiautrai baDBage», 



476 ANCIKNNE CHAMBRE DES C031PTES 

I>ê bijuUa Florent!» aichtl, quia tradita fuit régi Anglias. 

De salino Caramani vu libr. x soi. tho! «. 

Ex pleeta seoeseallie Tholosane. 

De Gaill<^. de Tezaco de Gimonte pro gladio abstracto. 

zx ho\* taron. 

De Gttill*. de RÎTac pro firiao teitimonio. • vi libr. turoD. 

De Beroada d'Eofilhol pro residao xl libr. toron., iD qoibus 
foiloondempnataprofalsaiDeDSttrayîai. . . xix lib. taroB. 

De Bernardo Gausberti de Gasconia pro pignoribus recussM 
lenrientibus de Buzeto viii libr. x soi. turon. 

De Guill® Dalgras pro sanguine x soi. toron*. 

De Guill» de Buffiis et Raimondo Vital de Buffas pro fractione 
▼i». LX soi. turoD. 

De Poncio de Caîtte pro portatione armortim quam facefat 
apnd Molinade lxx soU taron'. 

De Raimuado de Sarardono pro adolterio. . xx aol. turon. 

De Raimundo de Pena de Kapistagno pro excesso ficto Hugoni 
Yeteri, de x libris in quibus fait condempnatus. Tit libr. turon. 

De Arnaldo de Petro Achoris pro banno fracto. xxx sol. tur. 

De Arnaldo paratori quia temptavit per vim cognoseer&quan* 
dam mulierem xlsoI. turon. 

De Arnaldo de Montcero pro excessn. • . xx sol. turon. 

De consuKbas de Montevalenti quia suspenderant quendam 
hominem ultra deffensuoi domini senescalli , de l libris turon. 
in<|uibu8 fueruot coadempsatî. x¥Llibr. sm fioU un den. tur. 

De consul ibus Aliae Bipps, quia suspenderant quendam ho- 
minem auctoritate propria lui'^-Ubr.tttren. 

De abbate Dennos pro exceasa quem geutea su» fecerant ar- 
chipresbytero de Murello xx libr. tucan. 

De Petfo Baimondi de Agasaato pro faiso testimooio^ 

LX. libr. tu09P. 

De bonis Ysaac judasi fogitivi, pro fal30 lestimoaio. 

XYiiiibr. xmi sol. toran. 

De Giraldo de Labonia, quia aecosabatur de morte BaiaMiBiii 

Cub^ : nue- libr. turon. 

(1) Là le r61e est coupé, en sorte que la fin des recettes manque. Le délai 
des amendes perçues est écrit au revers, 
(t) n y a beaucoup d^amendes semblables. 
iê) Qoatfe antres individus sont oondamnésfpour teiméme délit. 



DK FABfS. 4^^ 

1^ iHiMBéade Bayssteo, qmk poinertt aqiâiEi in tuo qàod 
*iP«iideb«fc ,....•. XX iol. turoo. 

Oe Petro de Bordes pro bamo fracto. . . mi libr. turon. 

DeBentrdodeCriioe. • . visol. tnr* quo» debebot INio 
^'Atigerii siitpeoso. 

'D»0<nU<> de BecoorniH pro «rboiibae eeiris in foresta de Graz- 
mkaao ix sd. turon. 

De Bertrando Gordorerîi protorra qaaa émit, que fiierat Rai- 
■Mnuii Viiiieia auapeasi. . * xV80l.tiiroD« 

Be Getll^ de Salsaeo pro falsis mensnris» . x sol. tnfOn. 

De bonis Raimundi Vaurelas suspensi per mamim GnHl^ Giiil- 
temonis. • . . . zmi soK turon. 

De Ademario de Biippe pro bonis qn» fuerant Pétri fratris saf 
Mvpend Tiu libr. turon; 

De bonis Gordoni suapensi per manooi Raimundi Calveti. 

iiii libr. turon. 

De Bernardo Reg. pro fnrto cujusdam ovis. xviu iibr. turon. 

De Barthc^maBO Pabro. ^ . . ui soi. qoos habuerat de 
quodam murtrerio fugitivo. 

De Pétro Blanguerii quia projieiebat' lapides, xl M. turon. 

De Raimuudo Furnerii quia Invaserat quoddam hospitium in* 
débite. xmi libr turoo. 

DePoncio Delamor de GalliȔo quia portabatbaculum pictum. 

c sol. turon. 

De Rairanndo Ghariberti pro cunicuHs eaptis indciiite. 

XL sol. turon. 

lU* Ordre de ta tieonté tte ftonen pour dëliTrer du bois. 

B9bert Lefeure lieutenant du viconte de Rouen à Johen de 
Bt. Martin et Clément Pehiguet marchands de boys Monsgr. le 
duc de Normendie en la forest de Roufray, saint. 

SaToier tous fisisons nous, avoir veues les lettres du duc 
nostre sire, contenant la ibnrme qui ensieut : 

« Jehan aisnë filz du roi de France duc de Norme ndie et de 
« Gieraie, comte de PoitoU) d'Anjou et du Maine au viconle de 

• Rouen ou en son lieu tenant salut. Nouz vouz mandons que 
« soixante chaartées de bnche contenant chascune ebaartée qua- 

• tre moules lesquelles nous avons donné et donnons caste ïofs 



47® AVGIENNE GSAArBRKDZS COMPTES 

"^^eignm €épéeim\ pûfmWm et en anmosiift %m H^m êiSt n&ars 
rdu souvent de Rouen poar leur ardoir, vous leur bUflHéi^t 
i^déKvrés, îaiÊês bailler et dëlivrer-ou 'à leor ehArtttin eoVdiiJkn- 
'«'^itwift'eii iM i it r e id^e^t^de^oureray fur les nriardiMÉ'dè la 
• dite forest en rabattant au dis marchans donae deniers fwr. pfmr 
^!4MMëB«Mfiille<«4a'iBMiièfle^^ <itt aeonsfiuné àiiâre^Qe- 
«qml prfsnoiiB voulons estre allouées 4sn tes conpes deto^^ >i. 
«eoifl», ét^riNitti de te reocpte paît mm ataiéé et*féailiig|fcMi de 
*>noBVso«ptes sanz contredit, non obstnt ordenaawe k « ■ w 
«tmire. Donné à Lavy ^eX%l\ jotir de septenibM lHlii<dè giMe 
'•'mil CC&KUX), aouB^nosIfe pet&i^).^ 

Far yérlu «desquelles lettres nous tous mandons que ««*dii 
kères Tolis'bMiiés^ délrrrés les dites iol tfHiartées'dè bois en 
la manière 'qae4esegneur le mande. Si fiiitessi,et4>arteite*B»- 
nièrequeilafr ^outs iA ayet defAïute. IH)Méà>Roiien le nL^\^nr 
dfeoetobre latine grâce MCCC XLIX. 

IV. QvItaMe fhi panetier d&la¥«iBe€lattebfe^ 

SaduAt Mt que i je Viguerenx de Waiiins pmetiers 4e «na 
dame k royne Blan^, ft vetdiers die Beauvoir en Lions me 
.tie«g*a bienfpaié de Guillaume le Barbier viconte et reche?«Mir 4e 
la vioonté de ^ora pour SMidtcte diOM la roqrn^ ^ la^soaime 
.de m/vjilivr.lxini sols paris., en quoy il estoit tenus à moy et as 
sergensde4a dicte varderie an terme lâe 4a St.^'Midiel darr^aier 
passé pour les causes et en la manière qui sensuit. C'est, assa» 
voir: 

Poorineagaagesdeiisoisfiaif jdiMP^oitr (V-iiioisx^odfe jours. 

XVII livr. un sols paris. 

llem>fK>iir partie de robe, % . u r. >. . . . . Liols. 

item pt\» M gagc^ de v«sergeiis^ sont soabs moy ^n %i 
dicte verderie, pb«r eimculi sergent Vi'deB.»[toor joum. 

XI Mvr. x5ols paris. 

Item pour les despens du- jDiir dn4aiè[. . . -• xl sols. 

Ilem pour tresmutîel*. ..•>.•..%. xx sols. 

Mem 'pour le salaire eu clert. ..'..•>. ssx sels. 

•ItiettpoHr^estofrpper 11X1 (nlisqui sont en fa dite garde. *xx ^Is. 

liaqneile somme d'argevt ma esté fiaié en la «anière^i s'en- 
tait sfelttitiamfoir 



itattritfegieipMsitidittèttne. . « . txTiilliVfiXf s61«. 

Item pour forfidtBré «t metitle bois tetidu. 

-i iz li¥r. mt sol^ itii deti. 

Bt êù detiterli «ôtb^tadÉ I kniiy payés t>At Iftdlt tfiboritë; 

tJtlifhïtnlëOhVktticleti. 

Btparmy èe j« en <)ûiUe le dit ticônttft de là tlomnté dessOs 

^ietei^ et proideil à àquittfer enfers touâ qui autiiiiè chose lay en 

vomlreteM demander. En teiiiioing dé ce jày tàii mott scel ft 

. «iiestê présenté ^nittànctle, dttt)uei je use et tietig à Mer. Che fp 

isit le . . Jour de novettibre Hn mil GC€LXXIX. (£e stiéM à iU 



V. Ordre d'expulser les Nàyarrois dn bailliage de Kollen et dé 
Qleolt. 

Gnillaiime Marguerie lieutenant général dn bailly de Rntten et 
de Gisors an Tieentedn Pont^Auton, eu à son iieutenent salut. 
Nous afotts bny reeeui les ietlres du rey nostl« sei^ienr eonté- 
Banteettefonraee 

« Chartes par la graee de Dieu roy de Frantie àii bttiHi de 
« Rouen ou à son lieutenant saM. Comme en la rendue et r0- 

• eouvrement des forteresses i|ue nostre ennemy le my de fkk- 

• Târfe souloit oecuper eU nostre pays de Normendiey plusieM>8 
« Navarrois lors estans eé dites forteresses fussent venues en 

• nostre obéissance ; et fait serment d'estre bons et vrays obéis- 

• sans à nous, et demotirer en nostre royaume comme bf^b véii- 
« lent d'iceliuy^ et sur ce nostre amé et féal oimgnoistable, leur 

• eust donné leitres de saufcouduit, et il soit venu à uia cognois- 

• samie qUe aucuns d*iceuls iHavarroys se sobt bagafrë rendus 

• nos ennemis eb tenant le parti des Àngloys et en enfràingbabt 
« ieur dit serment et saufbonduft, qui est de très màuVàiè exem- 
kple, nous pouf obvier à tous lès péHl2 et incobvéniens qui 
k par les dis l>9aTArroys pourroient avenir, se plus leur Soufrions 
« à demottrer et eontersek* en nostre dit royaume, avons ordeués 
« par délibération de nostre eohskil que doresnàvant aucuns Nâ- 

• tarreys ne MieM plus l>ètmeflli!e lie soUfTertl à demôurer en 
ft nosire dit royaume. 9y vous matadbils et estrbitemebt eâjoib- 

• gnons que lantost et sans delay ces lettf éi tenes tous facblez 
k trier par mus lièbjt ftecoûstumés an dit bAffllàgë que toiill iHh 



4Bo ANGIENNS CaAMBHS P£S COMPT2S 

• yarroys nez dn royAome de N&mre se dé^ttmit ou s'en miUcnt 

« hors de nostre royaume, et par esf^eial de aostre ^t daehié 

• de Normendie, dedans huit jours, après ce que signifié leur a 
« esté, sur peine d^estre réputez pour traistres* Et en cas que 
« aucuns en pourront estre trouvez les huit jours passez après le 
« dit roy, iceulxf prenez et foites mettre en nos prisons, et leurs 
m biens mettre en nostre main par bon inventaire, sans en faire 
« aucunedëlivrauce, jusques à ceque autrement en aioas ardemié* 
« Car ainsy le voulions nous, et avons ordonné estre fait^ non 

• obstant lettres de saufconduit qu'il aient de nous ou de nostre 

• dit congnoistable ou autres quelconques, lesquelles nous ajons 
« rappellëes et adnullées en la présence de nostre dit congnois- 
« table en plein de conseil, et par ces présentes rappelons et ad- 
«nullons, et pour cause. Donné à St^-Germain-en-Laye le 
«XXVI« jour de décembre, l'an de grâce mil CCCLXXVIII et le 

• quinzième de nostre règne. • Ainsi signé par le roy. J. Gelée, 
Si vous mandons et, se mestier est, commettons que tost et 

sans délay ces lettres venez, toqs faohiez le contenu es dictes 
lettres crier et publier, et en sourplus l'accomplissez bien et 
deubment de point en point selon la fourme et teneur des dictes 
lettres partout où il appartient par delà si diligemment et telle- 
ment que par vous n'y ait deffauto. Donné à Rouen le mardi 
Xr jour de janvier l'an de grâce mil CCCLXXVIII. Signé Collon. 

(Le sceau manque.) 

VI. Quittance du sommelier du duc de Normandie. (Sans date, 
mais du XIV" siècle, sur une bande de parchemin.) 

Sachent tuit que je, Jehan de Moustier, someiier du corps de 
mons. le duc de Normandie ay eu et receu de Jehan de Sens^ cor- 
douennier et varlet de chambre de mon dit seigneur, la somme 
de vingt et six paires de soleis pleins et escolètes, six paires de 
feutrés qui valent xii paires de pleins, quatre paires de coleis 
d'écoppes qui valent vi paires de pleins, deux paires de bottes 
feutrées, deux paires de galoches à liège. Item pour mon dit 
seigneur trois paires d*estivaux avec dehors. Item xim paires 
portées à Reins. Item trente paires laissées aux semmelien/ 
Item m paires d'estivaux pour mon dit seigneur. Item unes ga- 
loches k liège. Item douze paires de soleis et uns estiianx pour 



D£ PARIS. 481 

mon dit seignenr. Item pour mess, les cbambellsns pour leurs 
droiz do la Toassains six paires de bottes feutrées; c'est assa- 
voir pour mess. Pierre Domont, Jehan de la Rivière, Philippe 
de Savoisy, Jetian de Bergiiettes et Guillaume de Nefeun, à cha- 
scun d'eux une paire, lesquelles choses j'ay receues par la main 
du dit Jehan de Sens depuis la St. Remy d'an passé jusques à 1^ 
saint Jehan en|snivanz. En tesmoing de ce j'ay mis mon scel h 
cette cddnie. (On voit les tracée du cachet) 

VU. Assignation d'une somme d'argent par Marie, reine de 
France. (Sur une bande de parchemin.) 

Marie par la. grâce de Dieu royne de France à nostre amë et 
féal trésorier Pierre Bérart, salut et dilection. Nous voulons et 
vous mandons que la somme de neuf escus trente livres tour- 
nois, laquelle Jehan Pasquier nostre receveur dn quart de sel en 
Poictou par nostre ordonnance et commandement a ja pieça 
baillée et distribuée pour les causes qui s'ensuivent, c'est assa- 
voir : pour le payement de cinquante tonneaux de vin que avons 
fait acheter par luy et autres noz serviteurs en la ville de la Ro- 
chelle pour charger,une nostre nef, et la mener en Flandres pour 
par eschange d'iceux avoir d'autres marchandisefl nécessaires 
pour nostre hostel qui est au pris de xviu livr. tourn. le tonneau ; 
neuf escus, livr. tournois; et à maistre Jacques Perchet maistre 
en médecine pour son viage d'avoir esté de Poictiers à Tours et 
ilec séjourné par auoun temps pour visiter nostre belle ûlk Ra- 
ponde que Dieux absoille, qui lors estoit malade» trente livr. 
tourn., qui fait le tout ensemble la dite somme de ix«- zxx livr. 
tourn., vous icelle somme souffriez et consentiez estrealouée et 
comptée et rabatue de la recepte de dit Jehan Pasquier par nos 
tf«z cbers et bien amez lès gens des comptes de Monss. , ausquels 
nous mandons ahisy le faire sans contredit ou difficulté, en 
rapportant ces présentes et quittance du dit maistre Jacques 
Pei^t tant seulement, non obstant que de l'achat des dits vins 
ne de la distribution d'iceulx par quittances ou justifiealions il 
a'appère autrement que par ces dites présentes et qaelceoB4iae8 
ordonnances, mandemens ou. deffences. Donné à Maillé soobz 
.w>sXKt seel le vi** jour de novembre l'an mil CCCC qnarante-'Six. 
P-ir Ifi reyneY BonaUw. (JjC seean eft mkvé.) 

XVIÏI. 31 



! 



/^8i ANCIENNE CHAMBRE DES COMPTES 

A celte ordooDanee est jointe ta quittance de maître Jacques 
Perchet, lequel « confeMe aroir receu de maistre J. Pasqoier, 

• recereur duquartdeselde Poictou, la somme de xxx livr. tourn., 
« laquelle somme luy a est^ ordonné pour ung yeyage qu'il fait 

• présenteuient partant de cette ville de Poitiers à Tours, devers 

• madame Rapoiide, laquelle est indisposée de sa personne, pour 

• la curer, etc. • (ÇeiU qmttanM. têt de Van 1444) 

y III. Assignation d'une somme pour le transport de bétes 
sauvages (bande de parchemin). 

Les généraulx conseillers du roy nostre sire sur le fait et gou- 
ternement de ses finances ont fait recevoir par Jehan Briconnet 
receveur général des dites finances, dé maistre Jehan Bourdin 
receveur des assises huitiesmes et eqnivallant au pays de Poic- 
•toù, sur ce qu'il pourra devoir pour cause des premiers et plus 
ttlers deniers du premier quartier de sa recepte de l'année qa' 
eemmenoera le premier jour d'octobre, et dont le dit receveur 
général a pour te baillé sa cédulle au contreroolleur de la dite 
recepte générale, et en ceste mis son signe, la somme de soixante 
qni«2e livres doute solz six deniers tournois, par Pierre de Ba- 
relie natif du pays de Portugal pour partie de la somme décent 
cinquante escns d'or que le roj nostre dit sire luy a donnez pour 
6<ts peines et travaulx dealer quérir et amener plusieurs et diver- 
ses bestes sauvages du pays de Guinée, que le roy de Portugal 
doit envoyer au roy nostre dit sire. Bscript le xxix» jour de sep- 
tembre l'an mil GCCC soixante-quinze. 

Signé Maillort, Briconnet, Girard. 

IX. Quittance d'une somme employée de ta part^ roi, pour . 
étrennes (bande de parehemim). 

En la présence de moy notaire et secrétaire dn roy nostre sire, 
Jeaa Gallant orfièvredu roy nostre dit sire a confessé avoir recne- 
,€99ftfitontéesire Jehan Lalemant conseiller du d. Seigneur et re- 
«eeveur général de ses finances en Normandie, la somme de qnatre- 
jringt^quatorze livres dix sols tourn. qui lay a esté ordonnée 
par icelluy seignenr, ponr sont paiement de douze bracellett 



«tW qae Ift dit seignrar Iny a ontenné hâte à sm p^kîsir et dcrii, 
pour donner aulx damoiselléi de la royne poor leurs Mtreynes 
du premier jour de l'an, et ce par marche fait avec le dit Gai- 
lant, compris or et façon. De la quelle somme de iiii" xiv livr. 
X sols tourn. le dit Jehan Gallant orfèvre est tenu et tient pour 
content et bien payëe, et en a quitte et quitte icelluy receveur 
général susdit. Tesmoing mon seing manuel cy-mi2 à sa reqneste 
le vr jour de février Tan uni OGOG quatre-^ingt-quinze. 

Signé Aubretot. 

X. Assignation do paiement âeafraisd'nnordreaontrelea-Égyp- 
tieiis (sur une bande de pareheonn, sotao etlavé, mauvAiae iéfi- 
ture). 



Hugues Bureau (lieutenant ou veeeteur) gtaéràk de- 
homme monseigneur le bailly de Rouen au vicomte du ditiîw 
ou à non commis à la recepte ordinaire du ... 4^ vteomte^ salut. 
Nous vous mandons que des dtoiert de vostte reœplê rom 
paiiez, bailliez et délivriez à Jehan-Rismoè. «. Atéommede tiiigt 
sols tourn. à luy allouée et ordonnée pour sa peine et saUvoe 
d'atoir escript en parehetnttt quatre mândeÉiena adrssaés uuk 
quatre vicomtes du dit baHli4g6, ^^qiMlzestoientiooorporéef les 
lettHea missives du rof nostrer seigMitr, domiëesàChanalont le 
jcxvif* j'oui' 'de juillet dernier pasvé^ par lesquelles estait matidé 
à mon seigneur feMiHy où son lieu(efiasrt,«oy enquérir .e»t««te 
dilligence se ez limites du dit bailliage y avoit aucuns yntcttslrl* 
cëbonds quf se Asdént tm nommoient Égiptiens| at se iueuns 
estoient heormis, <}ifMls fïrs^At chaffsez, destrousset «I vnydëz 
hors, non o!)rtémt a^eiriaeé lettre qu'ilz pourroient avoir du dit 
seigneur, lesquelles oiit e!^ etts^ées et adtmlléès, et n'y doit 
estre foy ajèu^ëe, aittsy <{tte ces choses et anfitres sont pluaan- 
plement contenues et desclarées ez dites fetii^s. KeiA è Henly 
Robillart l^^omtne'dé di£ 80ls tourn., pMr avoir porté Fuii des 
dits mandemens au vicmntè de Bayenx^ou à-80ii'li<titeiNtet#lten 
à Jehan Ai»aut messager à ehe val la somme >âer<{ufiflM4als4o«H-n., 
pour avk^ifpdttë Vnn ées-d. mandentensa»! VJwumtS' de Vire fw k 
son: ikuteuant, at é Aickart Lefrmio senbleaient méssâgef l^che- 
val., pour avoir porté aembiableaMllidemeiii.au- vicomte de Fa- 



484 ANCJfiNIiE CHAMBRE DES COMPTES 

laîse ott à son lieutenant, U somme de éonxe sols six deniers. 
Donne an Graee le viii^ jonr d*aoiist mil cinq cents et quatre. 

Signé Bureau. 

\I. Extrait des registres de la elMMibre des comptes. 

— Ordonnance de Charle8»le*Bel, touchant la mounoye, où 
il est dit que nuls orfèvres ne autres dn royaume ne soyent si 
osez de faire vaisselle d'argent pesansplus d'un marc, sinon ca- 
lices, outre la licence du roy, sur peine de confiscation et puni- 
tion, A Sfint-Saphoritt-le*Cliastel, à la St.-Martin, 1322. 

•^Medici pirisienses impetrarunt a rege unam cfaartam in 
eera riridi, datam Parisiis meose decembris 1352« quod nullus 
aut nuUa audeat dare medicinas, cristerâs, etc. , nisi per consi- 
lium et ordinationem magistroruui liceiiciatorum in arte medi- 
», et «rat signata per regem» Mellon, et fuit reddita sine fi • 



. -«-Jean de THospital ekrieus balUtariorum, suivant un 
eompte^ k la chambre, desdesf»euses par luy faictes en la guerre 
de Gascogne* A Jeao de l'Hospital seigneur de Rouer- le-Bourgis, 
par inandemènt du roy, du 5 mars 13S9, quatre mil francs d'or 
pour marier sa fiile^ et pour ses services (cette parlye est rayée, 
et est escrit en marge ; ioquatur^ qmë dofmm est excesêivam.) 

— !>'•. Christine de Pisan, veuve de maistre Estienne du Cas- 
tel, jadis clerc notaire et secrétaire du roy ; fille de Thomas de 
Bouio^e^ conseiller et astrologien du feu roy Charles V, 13 may 
Uli. 

«**-La reyne Isabeau de Bavière, concierge du palais-royal, à 
Parts« en U place d'Antoine des Essarts, 1412. 

^ Copie de privilège d'arrest donné par le roi Ckarlcs VJ aux 
habiiaos de Troyes, où il est .dit qu'il y a grand trafic de blés, 
vins, toiles, piip^rs, draps de lain?, iéi^ieeries» noix, etc., à 
Troyes, février 1410. 

«N-I^ofaâlitatio iacobi Cordis, argentajrii I>»> régis, per litteras 
régis, datas Lauduni mense i^>rilis, 1440. 

•^A madame de Beauté (Agnès Sorel), haillé trois mil livres 
qne le roy luy a ordonné pour sa.pension de Tannée 1447. 

^k |l. Paulus £miliiis, oraiteur et ciiroAiquenr Lombard, 
pmir5apension,nenf:vingÉsilivtes,146#. . . 



DE PARIS. 485. 

— Lettres de naturalitëde Catherine de Médicis, fille de Lau- 
rent de M4$dieis, duc d'Urbiu, données par le roy François L à 
Saint*Germain-en-Layc, en may 1919. 

— Item de maistre André Alciat, docteur en droits, natif de 
Milan, demeurant à Bourges \ données à Paris en novembre 1529. 

— Item de George Buchanan, natif d'Ecosse, précepteur des 
fîls du maréchal de Brissac, à Paris, août 1557. 



LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ROYALE 

DES 

ANTIQUAIRES DE FRANCE 

ÀHaÉTÉE LE 9 DÉCEMBRE 1846. 



MEMBRES RÉSIDANTS. 

MM. 

1. JORANDy peintre, rue du Faubourg- Montmartre, 4a. (9 dé- 
cembre 1822.} 

9. Taillandier , député, conseiller à la Cour royale de Paris, 
rue de TUoiversité, 8. (10 mars 1828.) 

8. Gilbert , rue Chanoinesse, O ( 9 mars 1832. ) 

4. Beaulieu ^, rue du Cherche-Midi, i3. (9 mars i832.) 

5. Constant Leber ^, ancien chef de bureau au ministère de 

riutérieur, rue du Bac, 53. (9 mars i832.) 

6. G.-F. de Martonne, ancien magistrat, rue Cassette, 20. 

(29 mars x833.) 

7. Paulin Paris ^, membre de l'Institut (Académie des 

Inscriptions et Belles-Lettres) , conservateur adjoint des 
manuscrits à la Bibliothèque royale, rue Neave-des« 
Petiu-Cbamps, la. (9 juin |833.) 



LISTE Mi MBMBfiES^ CTG. 48? ^ 

MM. 

8. J. Rbt^9 boulevard Monceaux, 4, aux Batîgnolles (9 

Dovembre i833.) 

9. Fbart, architecte, rue de Bondy, 88. (3o mars i835.) 

10. Mabt-Lafon, rue de Lille, 9. (9 août i836.) 

11. Artliur NoUAiL de la VillegilLE ^, 9ecrétaire du comité 

historique des monuments écrits de Thistoire de France, 
rue de Lille, 3 bis, (19 novembre i836.) 
1 3. Adrien Prévost de LongpÉRIER, premier employé au ca- 
binet des médailles de la Bibliothèque royale, rue Tait- 
bout, 33. (9 avril i838.) 

13. Ernest Breton, rue Cadet, 19. (19 décembre 1 838.) 

14. Adolphe Aubenas, aux Batignolles. ( 19 janvier 1839.) 

15. Le comte Ch. de L'Escalopier , conservateur honoraire 

de la bibliothèque de l'Arsenal, place Royale, 25. (9 
mars 1839.) 

16. Eugène Labat, archiviste de la Préfecture de police, rue 

Notre-Dame-d es- Champs, 46 bis, (9 janvier 1840.) 

17. Adolphe DuchalatS, arcUviste paléographe, employé au 

Cabinet des médailles, rue de Seine, 45. (9 ao6t 1840.) 

18. Félix BouBQUELOT, archiviste paléographe, avocat à la Cour 

royale de Paris, rue Laffitte, i. (9 juin 184 1.) 

19. Léon Lacabane^, premier employé aux manuscrits de la 

Bibliothèque royale, rue Hillerin-Bertin, 8. ( 9 jnln 
1841.) 

20. J. Marie Guichard employé à la Bibliothèque royale, me 

de l'Université, 6. (9 août 1841) 

21. Léon Dessalles, employé aux Archives du royaume, me 

de Savoie, 4- (9 naars 1842.) 
23. Bottée de Toulmon^ , bibliothécaire en chef du con- 
servatoire de musique, rue des Saints-Pères, 5. (9 avril 
184a.) 

23. Leroux deLlNCT^);^, ancien élève de l'école des Chartes, 

rue de Yerneuil, 5l. (9 avril 1842.) 

24. Alfred Maurt , sous-bibliothécaire de l'Institut , avocat à 

la Cour royale de Paria, me Bautefeoille, 9* (9 avril 
184a.) 



4Sâ LISTE DES intMBRES 

MM. 
95. Alexandre Teul^t, eaiployé skux Archives du royaoïiie, 
qaai Napoléon, 23. ( 9 juin 184%.) 

36. Alfred d'AFFBY DE h\ Monkoye, chef de bureau à la pré- 

fecture de la Seine, rue des Francs -Bour^eois-SainU 
Michel, 8. (9 juin i84ii.) 

37. Charles Bataillabd, avocat à la Cour royale de Paris, rue 

du Sentier, 14. (9 août 1842.) 

39. Alexandre-Joseph -Hydulphe Vincent ^, professeur de ma« 
thématiques spéciales au collège royal de Saint-Louis, 
rue Saint-Jacques, 284. (9 novembre 1842.) 

39. JaUiMARlON, archiviste paléof^raphe, rue Taranne» 9. (9 fé- 
vrier 1843.) 

80. Hîppolytc Gaucbeaàuji» quai d*Orsay, 29 (9 février 
1848.) 

31. P. Chabaillb, correcteur attaché aux comités historiques, 
rue de TEst, 33. (9 mars 1843. ) 

82. Louis de la Saussaye ^, membre de l'Institut ( Acad. des 
Inscript, et belles- lettres), rue des Saîots^Pèrea , 38. 
(9 mars j843,) ' 

88. Auguste Bebnabd , rue LepeUetier,23. (10 avril i843.) 

34. Eugène PfOT, directeur du cabinet de V Amateur^ rue Laf- 

fille, a. (9 mai j843.) 

35. Jérôme PicBON, aucien auditeur au Conseil d'état, rue Blan- 

che, 5. (9 mai 1843.) 

80. Charles Lenormant^, membre de rinstîtut (Académie des 
Inscrip. et Belles-Lettres), conservateur des antiques de 
la Bibliothèque royale, rue INeuve-des-Petits-Champs, t3. 
(9maix846.) 

87. Philippe Le Bas ^, membre de l'Institut. ( Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres), conservateur de la biblio- 
thèque de la Sorbonne, rue deCondé, 3o. (9 mai i845.) 

38. Jules QuiGBBRAT , archiviste paléographe, rue Saint-Jeaa- 

de-Beauvais, lo. (6 mai i845.) 

39. Léon RÉMBR, directeur de la Revue de PhUologief ruade 

Beaune> 8. ( 9 mai 1845.) 

40. Edouard BiOT, correspondant de i'Acadéipie royale de 

Turin, rue Cassette, 33. (9 juin 1845. ) 



DE LA. SQCliTÉ ROYALE DÇS AiNTIQUAiRES. 4^9 
xMM. 

4 1 . Ludovic LàLanne, ancien étève de VÉcoIe des Chartes , 

rue Férou, 18. ( 19 janvier 1846.) 

42. Etienne Cartier, rue de Vaugirard, 67« (19 janvier 

1846.) 

43. Eugène Grksy, correspondant du comité historique des 

arts en monuments, rue Joubert, 13. (29 mai 1846. ) 
•44. Ernest de Fai ville, archiviste - paléographe ^ rue de 

Vendôme, 15. ( 9 avril 1846. ) 
46 



MEMBRES HONORAIRES. 

1. F. GuiZOT (G.C. ^), ministre des affaires étrangères, dé- 
puté, membre de l'Institut, au ministère. 
9. Jalet, graveur, rue Chapon, 3. 

8. Desgr ANGES , ancien professeur de mathématiques, r«w 

IVeuve-Saînt-Denis, i3. 

4. Le vicomte HÉRICABT de Thury (G. ^), membre de l'hislilut 

(Académie des sciences), quai d'Orsay, 3. 

5. Amédée Jaubebt (C. ^), pair de France, membre de Tin- 

stitut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), rue 

Lepelletier, i8. (i833.) 
6^ Le baron de Ladoccette (O. ^), député, ancien préfet, 

rue Saint-Lazare , 7. ( i836. ) 
7. L'abbé Labouderie , grand-vicaire et chanoine honoraire 

d'Avignon, cloître Notre-Dame, ao. ( 1840.) 

9. Deppino^, rue de Sèvres, 4. (r845.) 

ASSOCIÉS CORRSSPOliDAKTS XATIOBfAUX. 

Ain. SiKANU, jtige au tribunal de i** îoslaiice, à Bourg. 

(9 avrU i846.) 
Aisne. M. Lobin (Théodore); . i Yambi^^prè^ Soissons. 



l^ LISTB DES MEMBRES 

Algérie M. André, juge au tribunal civil, à Alger. (3o novem- 
bre 1829.) 

Aube, M. Benoît, juge au tribunal de 1" instance de Pfo- 
gent sur Seine. (9 août 1845.) * 

BoucheS'^U" Rhône, M. Rouabd ^, bibliothécaire de la ville, à 
Aix. (9 novembre i834<) 

— M. EsTBANGiN^, avocat, à Arles. (19 décembre i835.) 
Cahados, M. de Caumont (Arcisse) ^, correspondant de Tln- 

stituty à Caen. (9 mars 1826.) 

— M. Lehaistre, ancien inspecteur général des poudres 

et salpêtres, à Saint-Martin- de-Ia-Lieue, près Li- 
sieux. (9 février i8ai.) 

Cantal, M. Déribieb du Chatelet, maire, à Ides. (29 mars 
1823.) 

Câie-d'On M. Peignot (Gabriel)^,ancien inspecteur de l'Aca- 
démie, à Dijon. 

— M. BouBÉB, médecin et bibliothécaire, à Châtillon- 

sur-Seine. (9 février i83o.) 

Cdlesmdu'Nord» M, de Kergabiou (le comte) j^, propriétaire, à 
Granville, près Châtel-Audren. 
-^ M. Deschamfs (I^ui^), ittgéAieur des ponts-et-chaus- 

sées, à Giomel. (19 février x839), 
-«^ M. Barthélémy (Anatole), ancien élève de TÉcole des 
Chartes, conseiller de préfecture à Saint Brieux. 

Creuse. M. Dugenest, à Guéret. (9 décembre 1837.) 

DordogMC. M. Mbrlhtag (6ii«ibert de), ancien olBcierde ma- 
rine, à Pazayacy prèsLarche. (9 novembre 1829.) 

Doubs, ' M. DE GoLBE^T (O. ^), député, correspondant de 
rinstitut, procureur général, à Besançon, (10 dé- 
cembre 1821,) 
~- M. Pesche, ancien juge de paix, au Russey. (10 no- 
vembre 1828.) 

Eure. M. Le Prévost (Auguste) O. ^, membre de VInstitut 
(Académie des inscriptions et Belles- Lettres), dé- 
puté à Bemsy. (19 février xSao.) 

Eure-et-Loir. M. de Boisthibaui^t (BdUBtET), «vocat, à Char- 
très. (19 février 18»$.) 



DE LA SOGI]ÉT]é ROYALE D£S ANTIQUAIRES. 49^ 

— M. DE BoiSYiLLETTE (Guérineau ) ^, ingénieur en 

chef des ponts-et-chaassées, à Chartres. (i9aTrii 

i835.) 
-— M. Roussel, dît Roux , professeur de rhétorique, 

au collège de Chartres. (9 décembre i843.) 
Finistère. M. de Fréminyille (le chevalier}^, ancien capitaine 

de frégate, à Brest, (gmars 1814O 
Gard. M. Pelet (Auguste) ^, conseryateur du musée à 

Nismes. (19 mars i83i.) 
•^ M. HoMBBE FiRMAS ( le barou d* ) i|^ , correspondant 

de rinstitut ( Acad. des se), à Alais. (9 janvier 

1845.) 
Hérault. M. Delmas, ancien maire, àMarsillargues, près Lunel. 

(19 mars i835.) 

— M. Renouyier (Jules), à Montpellier. (29 juin i83i^.) 

— M. JUBINAL (Achille) ^, professeur à la Faculté des 

Lettres, à Montpellier. (19 mars i835.) 
llle'et-Fiiaine.M. Dubois, inspecteur de PAcadémie, à Rennes. 

(19 décembre 1840.) 
Indre-et-Loire. M. Jeuffrain (André), homme de lettres, à 

Tours. (19 août i833.) 

— M. Gabtieb, directeur de la Revue de numismatique ^ 

à Amboise. (29 avril i834*) 
Isère. M. Pilot, bibliothécaire de la ville , à Vienne. 

(30 novembre 1846.) 
jura. M. MoNNiER (Désiré), conservateur du Musée, à Lons- 

le-Saulnier. (9 juin 182X.) 
Loir-et-Cher. M. Duplessis, homme de lettres, a Blois. (9 avril 

1840.) 
Loire {Haute-). M. de Taleyrat (le baron), homme de lettres 

à Brioude. (29 juin i83o.) 
Loire 'Inférieure. M. Desyaux, ancien directeur du Jardin des 

Plantes d^Angers, à Nantes. (9 mars 181 4.) 

— M. Cailliaud, (Frédéric) ^, conservateur du Musée, 

à Nantes. (29 mai z83o.) 
M. Verger, ancien néf^iant, à Nantee, (19 janvier 
i835.) 



49^ LISTE DES MliMBHES 

M. BiZEUL, à BUin. (19 août 1841.) 
LoiïïeU M. VBBaNAUD-RoMAGNESl, bomoie de lettres, à Or- 
léans. (9Juio 182G.) 
•*«- M. Mantellibb, substitut du procureur général de la 

Cour royale à Orléans. (10 février 184 5.) 
<— M. RoGEE (le baron) G. ^^ député, ancien gouverneur 
du Sénégal, à Gien. (29 mai 1839.) 
Manche, M. de Gebviixe^, correspondant de Tlnslitut (acad. 
desinsc.) à Yalognes. (9 mars 1822.) 

— M. Mangon de la Lande ^» ancien directeur des 

domaines, à Avranches. (ao août 182 1.) 
Miume, M. Paeis {Louis) ^, à Reims. (9 février i835.) 
Marne (HautC'). M. de Saint-Febjeux (PiSTOLLET),àLaDgres. 

(10 avril 1837.) 
Meurthe. M. Noël, notaire honor.^ à Nancy. (10 décemb . 1 838. ) 

— M. Beaupbb , vice-président du tribunal de pre- 

mière instance» à Nancy» (9 avril 1844.) 

— M. Lepage ( h. ) à Nancy. (9 janvier 1845.) 

— M. Guillaume (l'abbé), à Maizièrcs-les-Vic. (10 avril 

1843.) 

— DiooT (A), avocat, à Nancy. (18 janvier 1846.) 
Meuse. M. Denis, homme de lettres, à Commercy. 

M. DuMONT, juge suppl. au tribunal de i** instanct 
lie Saint-Mihiel. (20 juillet 1844.) 
Moselle. M. d*Attel de Luttanges, homme de lettres, à Mets. 
(9 mars 1829.) 

— M. BuFRÉNE, avocat, à Metz. (19 juin 1841.) 

— M. Simon (Victor), vice-président du tribunal de pre* 

mière instance, à Metz. (9 novembre 1841.) 
«— Michel (Emmanuel) $ conseiller à la cour royale 
de Metz. (19 mai 1846.) 
Iliord, M. Le Glat ^, archiviste, correspondant de llnsti- 
tut (Acad. des Insc), à Lille. (9 octobre i8a4.) 
— * M. Lbbbau, présidîent du tribunal civil, à Avesoes. 
(9 novembre i83i.) 
Pas'dt'Calais. M. A. d'Héricourt (le comte), à Arras. 
(9 décembre 1846.) 



DE LA SOGllÎTÉ ROTALS DES AIMTIQUAIAF.S. 49^ 

I^uy-dcDôme. M. Tailhand^, président à la Cour royale, à 
Rîom. (19 juillet 1824-) 

— M. BouiLLET, homme de lettres, à Clermont-Ferrand. 

(19 mars i836.) 
JiJun{BaS'). M. Leybault (Louis),, receveur des contributiona 

directes, à Obernay. (9 décembre iS43.) 
Rhône. M. Rey (Etienne), peintre et architecte, à Lyon. (9 

mars 18 34») 
Seine, M. dbLacbûix, à Ivry. 

— M. DE ROSNY (Lucien), homme de lettres, aux 

Balignolles. (19 février 1839.) 

— M. DE Chateaugiron (le marquis) 0. ^, à Aulnày, 

près Sceaux, consul à Nice. 

Seine-et-OtAcM. BoucHiTTÉ (H.), inspecteur de l'Académie de 
Paris, à Versailles. (9 novembre i$4a.) 

Sèpres {Deuœ-). M. Arnault (Charles), à Niort. (9 juin 184a.) 

Somme, M. Dusevel (H.), à Doullens. (9 janvier i83i.) 

-^ M. RiGOLLOT, docteur médecin, à Amiens. (9 avril 
i836.) 

Tarn^et' Garonne. I^. Marcellin (Pabbé), président de l'Aca- 
démie, à Montauban. (9 décembre i843.) 

— M. Chaudruc de Grazannes (le baron) 0. ^, corres- 

pondant de rinstitut, sous'préfet, à Castel -Sarrasin. 
Fienne. M. DE LA Fontenelle de Vaudoré ^, correspondant 
de l'Institut, conseiller à la cour royale, à Poitiers. 
(9 décembre ]833.) 

— M. Lbcointre -Dupont (G.), à Poiiicrs. (9 janvier 

1844.) 
-^ M. BOURGNON DE Layre, 0. ^, conseiller à la Cour 

royale, à Poitiers. (29 mars 1844*) 
Fienne (Haute-), M. Ardant (Maurice), à Limoges. (9 février 

i838.) 
Vosges, M. Richard, bibliothécaire de la ville, à Hemiremont. 
Yonne, M, Tarbé (Théodore), à Sens. (20 janvier i34o.) 



494 ^'^l*^ ^*^ lifRMftltl>:!4 

ASSOCIÉS CORRESPONDANTS ÉTRANGERS. 

Angleterre, Ellis (Sir Henry) , secrétaire de la Société des 
Antiquaires, à I^ondres. (19 décembre 1829.) 
— • M. ÀKERHAïf (John-Yong\ secrétaire de la Société de 
Numismatique, à Londres. (19 novembre 1841.) 

Jutriche, M. WoLF (Ferdinand), fan des directeurs de la Bi- 
bliothèque impériale, à Vienne. (9 janvier i834.) 

Bade. M. ScHRElBER (Henri), professeur à Fribourg en 
Brisgaw. (10 juillet i8A3.) 

W'irtemberg, M. WarnkOENIG, professeur de droit, à l'université 
de Tubingue, correspondant de Tlnstitut. (9 août 
1834.) 

Belgique, M. de Reiffenberg (te baron), conservateur de la 
Bibliothèque royale, correspondant de l'Institut, à 
Bruxelles. (9 octobre 1824*) 

— M. Marchal, conservateur de la Bibliothèque de 

Bourgogne, à Bruxelles. (9 avril i836.) 
-— M. SeHAYESy employé aux archives, à Bruxelles (9 
mars 1842.) 

— M. Vamder-Meersgh, archiv. de la Flandre, à Gand. 

(9 mars i845.) ' 

— Roulez, professeur d'archéologie à l'université de 

Gand, membre de TAcad. royale de Bruxelles. 

— J. DE WiTTE, correspondant de Tlnstitut de France, 

à Anvers et à Paris, rue Saint-Florentin, n. 12. 
Danemark, M. E.ngelstoft, professeur, à Copenhague. 

— M. Finn-Magnusen, archiviste, à Copenhague. 

(9 décembre 1829.) 

— M. Rafn, secrétaire de la Société des Antiquaires du 

Nord, à Copenhague. (9 décembre 1829). 

— M. D^Abrahamson (le chevalier), aide-de-camp du roi 

de Danemark, à Copenhague. (9 décembre 1829.) 
Hollande, M. de Westrenen de Tuielandt (fe baron), direc- 
teur de la biblioth . roy. à La Haye. (29 juillet 1 823.) 
Italie {^Etats Sardes). M. Cibrario (da Costa) ^, membre de 
r Académie royale , à Turin. (20 août x832.) 



DE LA SOCfKTK AOYALE ]>ES AKIIQUAIBES. 49^ 

-— ' M. DB FoBTift (le eomui), à Turin. (9 octobre iS%Z*) 

— M . BaWNBFOT ( rabbé), curé de Jàrsy (Savoie)* (9 mars 

Italie. M. PE Abbatb ( le comte Viocent ), à Gènes. ( 

i8a4.) 

— {Royaume Lombardo-Fénitieny M. MoBBIO (le comte 

Charles) y secrétaire perpéloel de TAcadémie royale, 
à Milan. (9 mars 1839.) 

— ( Toscane) . M . Gb abebg de Hemsob ^, correspondant 

de rinstiftit, bibliothécaire du Grand-Duc, à Flo- 
rence. 
Portugal, M. de Santabem (le vicomte) ^, correspondant de 
l'Institut, à Lisbonne et à Paris, rue Blanche, u® 36. 
(9avrili8a8.) 

— M. le commandeur de Macedo ( da Costa ), secré- 

taire perpétuel de l'Académie royale, àLisboone. (9 

décembre i836.) 
Russie, M. de Labanoff (le prince), à Saint-Pétersbourg. 

(9 février 1827.) 
Suisse. M. BfiiDEL, pasteur, à Montreux. 



M. Dumoulin, libraire de la Société, quai des A«- 
gustins. . . > 



LISTE 



DB8 SOCIÉTÉS FRANÇAISES ET ETRANGERES AVEC LESQUELLES LA 
SOCIÉTÉ ROYALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE EST EN RAP- 
PORT. 

SOCIÉTÉS FRANÇAISES. 



Amiens, 



Beziers, 
Caen. 
Cambrai. 
LePuy. 



Académie des Sciences, Agriculture, etc., du dé- 

parten^ent de ta Somme. 
Société des Antiquaires de Picardie. 
Société Archéologique. 
Société des Antiquaires de Normandie. 
Société d*ËmulatioD. ] 

Société d'Agriculture. 



496 LISTE DES MEMBRES, ETC. 

' LiUe. Société roy.d« Sciences, d'Agric. et des Arts. 

Limoges, So.ciété Archéologique du Limousin. 

Niort, Sociélé de Statist. du départ, des Deux-Sèvres. 

Pari*. Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. 

— Institut historique. 

— Société de l'Histoire de Franee. 

— Société phtlolecfani^ûe. 
Poitiers. Société des Antiquaires de l'Ouest. 
Reims, Académie. 

Toulouse, Académie royale des Sciences, Inscriptions et 
Belles-Lettres. 
— Société archéologique du midi de la France. 

SOCIÉTÉS ÉTRANOÉRBS. 

Bdle. Société nationale des Antiquaires. 

Samberg, Société historique. 

Bruxelles, Académie royale des Sciences et Belles-Lettres. 

Copenhague, Sociélé royale des Antiquaires du Nord. 

Lisbonne. Académie royale des Sciences. 

Londres, Société des Antiquaires. 

Madrid, Académie d'histoire. 

Munich, Académie royale des Sciences. 

Odensée, Sociélé littéraire de Fionie. 

Philadelphie, Société philosophique américaine. 

Saint'' Péiersbourg. Académie impériale des Sciences. 

Stockholm, Académie royale des Inscriptions^ Belles*LettreSy 

Histoire et Antiquités. 
Turin, Académie royale des Sciences. 



Président. 
Vice-présidents. 

Secrétaire. 

Secrétaire-adjoint. 

Trésorier. 



BUREAU POUR 4845. 

MM. DE LA VlLUSGILLB. 
DE LA SAUS8AYE. 

Taillandier. 
Leroux de Lincy. 
d*Affry de la MomiOYE. 
Vincent. 



Bibliothécaire-archiviste 



de m a ETONNE. 



DE LA SOCIÉTÉ LOYALE DES ANTIQUAIRES. 497 
COMMISSION DES IMPRESSIONS.] 

MM. GUICHARD. 

A. Maury. 
Depping. 

COMiMISSION DES FONDS. 

MM. Leber. 

Bottée de Toulmont. 
Rby. 



BUREAr POUR 1846. 

Président. MM. DE LA Saussatb. 

Premier vice-président. Taillandier. 

Deuxième yice-président. Cir. Lenormant. . 

Secrétaire. d'Affry de la Monnoyb. 

Secrétiire- adjoint. L. Renier. 

Trésorier. Vincent. 

Bibliothécaire-archiviste. À. Maury. 

COmiISSION DES IMPRESSIONS. 

MM. Depping. 

DE LA YlLLEGlLLE. 
DE LONGPÉRIBR. 

COMMISSION DES FONIIS. 

MM. Bottée de Toulmont. 
Rey. 
Comte Ch. de Lescalopier. 



XVUI. 32 



LISTE ALPHABÉTIQUE 

DBS 

MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ROYALE 
DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 

• AU I*' finLUET 1844 ^ 



MM. 
Abbatb (comte de), A. C. E. États Sardeê^ Gênes. 
Abrahamson (chevalier d'}, A. C. E. Danemark, Copenhague. 
Affby de la MoNi«OYE(d'),R« rue Francs-Bonrgeois-Saiht- 

Michel, 8. 
Akerman, a. c. e. Angleterre, Londres. 
André, A. C. N., Algérie, Alger. 
Ardant, a. c. N. Vienne (Haute-), Limoges. 
Arnaijlt (Gh.), A. C. N. Serrée (Jkux-Jy Niort. 
Attel de Luttanges (d^), A. C. N. Moselle, Metz. 
AuBENAS, R. aux BatignoUes. 

Babthélemy, a. c. R. (30), CôteS'dU'Nord^ SaintBrieux. 
Bataillabd, r. rue du Sentier, t4. 
Baudot, A. C. N. Côte-d'Or^ Dijon. 
Bbaulieu, r. rue du Cherche-Midi, 18. 
Beaupré, A. C. N. Jlfcwrffcc, Nancy. 
Benoît A. C. N. Auhe, Nogent-sur-Seinc. 
Bernard, R. rue Lepelletier, 23. 
Biot (Ed.), R. rue Cassette, 33. 
BiZEUL, A. C. N. Loire-lnfériewre^ Blain. 
BoisviLLETTE (de), A. C. N. Eure-et-Loir, Chartres. 

(I) R.— Membre résidant. (Le chiffireeotreparoDUkèie indique le rang d'a- 
près la date de la réception. ) 
H. -—Membre honoraire. 
A. G N.» Associé correspondant national. 
A. G. b. * Aitodé correspondant étranger . 



tlSn pM MfiMBRE^ ETC. 499 

MM. 
60NMÉFOY (l'abbé)) A. €. B» État$ Surdêê, J«i«y (Savoie). 
BoucHiTTB, A. C. N. Setne-et-OiM, YeratiUet. 
BouiLLET, A. C. N. Puy-de-Dàme, Clermont-Férraiid. 
BouRGNON DE Layrb, A. C. N. FtMiM» Poïtiert. 
BouRQUELOT , R/rue Laffitte, 1 . 
BouRËE, A. G. N. CôU-d'Or^ Chatilloii-iur-SiMae. 
Breton (Ernest), R. (14), rue Cadet, 19. 
Cailluqd, a. c. ni Loir^lfÊfêimrey Nantes» 
Cartier (E.), R., rue Yaugirard , 67J 
Cartier, A. C. M» JMre-et-Loîrey Amboise. 
Caumont (de), A. C. N. Caltadoê^ Gaen. 
Chabaille, R. rue de l'Est, 33. 

Chateaugibon (marquis de), A. €. N. •Sains^AttlBay, prèsSoeaux. 
Chaudrug de Gbazannbs (baroB), A« C M. TwnHt^Qoimmmp 

Gastel-Sarrazin. 
Cibrabio, a. c. E. Etaù Sardei, Turin* 
Delmas, a. €• N. HérauU, Marsillargues, près Lunel. 
Denis, A. G. N. Meuse, Commercy. 
Depping, h. (9), rue de Sè?res, 4* 
Debibieb du Chatelbt, a. g. N. OuUmI^ Ides. * 
Deschamps, A. G. N. Côtes-du-Nord^ GtomeL 
Desgbanges, h. (3), rue Neuve-Saiot-Deois» IS. 
Dessalles, R. rue de Savoie, 4« 
Destaux, a. g. n. Loire-If^ériewre^JHàuteSé 
Doublet de Boisthibault, A. G, N. E^tre-et-Mr^ Cliartres. 
Dubois, A. G. N. lUe-et-Vilaine, Reanes» 
DucHALàis, R. rue de Seine, 45» 
DuFBÉNE, A. G. N. Meurthe^ Toul. 
DuGENEST, A. G. N. Creme^ Guéret 
Dumont, a. g. n., Meuse^ Saint-MihieK 
Duplessis, a» c n* Loêr^-Cher, Blois. 
DusEYEL, A. G. N. 5otnme« Amiens. 
Ellis (sir Henry), A. G. Jfi. Angleterre, Londres. 
Engelstoft, a. g. £. Danemark, CopenliagiKS. 
Escalopieb (le comte de T), R», place Royale, Sft. 
EsTRANGiN, A. G. N. Bonniiee^di^Rhànet Arles. ^ 
Finn-Magnussn, a. g. E. D^nemark^ Cafeobagiif. 
Fontenelle de Yaudobé (de la), A. C. JN. Yieme, PoitifBi». 
FoRTia(comtedicOtA.CS.£lals A«r4a,I«rin. . 
Frary, R., rue de BoiMly^€3. 



5oO LISTE DES M1?MBRES 

MM. 
Frémintille (chcvalter de), A. C. M. FinUtère, Brest. 
Fbévillb (E . d . , rue de Vendôme, . 
Gervillb (de), A. C. N. Manehe, Valogues. 
Gilbert, R., rue Chanoinesse , 6. 
GOLBÊRY (de), A. C. N. Doués, Besançon. 
Graberg de Hemsoe, A; c. E. Toscans, Fiorenee. 
GcicHARDvR.) place BeUe-Ghasse, 25. - 
Guillaume (l'abbé), A. C. N. Mmrthe^ Maizîèrcs*les-Vic. 
GuizoT, H. (l), boulevard des Capucines. 
HÉRicouRT (comte Achmet L') A. C. N. Pas-de-Calais^ Arras. 
HoMBRE-FiRMAS ( barou d' ), Gard, Alais. 
Jalby, h. (2), rue Chapon, 3. 
Jaubbrt (Amëdëe), h. (5), rue Lepelletier, 18. 
ImiFFRAiN, A. c. N. Jndrt'ei'Lûire, Tours. 
Jorand, R. , faubourg Montmartre, 42. . 
Jubinal, a. c. n. Hérault^ Montpellier. 
Kergariou ( comte de ), A. €. N. CôieS'dU'Nord^GrànYÏWe^ près 

Châtel-Audren. 
Labanofp (prince de), A. C. E. iliaste, Saint-Pétersbourg. 
Lâbat, R., rué Notre-Datme-Kies-Champs, 46 bis. 
Labouderie, h. (7), Cloître-Notre-Dame, 2<<. 
Lacabane, R., rue Hillerin-Bertin, 8. 
Lacroix (de), A. C. N. Seine, Iny. 
Ladoucettb (baron de), H. (8), rue Saint-Lazare, 7. 
Lalanwe (L,), R., rue Férou, 14; 
Lebas (Ph.), R., rue de Condé, 80. 
Lebeau, a. c. IS.Nord, Avesncs. 
Leber, r.) rue du Bac, 53. 
Lbcointre-Dupokt, a. c. m. Tienne, Poitiers. 
Le Glay , a. c. n. Nord^ Lille. 
Lemaistrb, a. c. n. Calvados^ Saint-Martin-de-la-Lîeue, près 

Lisieux. 
Lenormant (Ch.), R., li la Bibliothèque royale. 
Lepage (H), Meurihe^ Nancy. 
Le Prévost (Aug.), A. C. N. Eure, Bernay. 
Levrault, A. C. N. HAin (Bas-), Obemay. . 
LiNCY (Leroux de), R., rue de VerneuH, 51. 
LONGPÉRiER (de)^ R., rue Taitbout, 38. 
LoRiN, A. C. N. Aisne, Vauxbuin, près Soi8Sons« 
Macbdo (de), A. C. E. Portugal, Lisbonne. 



DE LA SOGl£T£ EOTALB DES AUXiQU AIRES. 5pl 
MM. 

SIan€m>m de la Lano5, a. C. N. Manche^ Atranckes. 

M'ANTELLiER. Loirct, Orléans. Substitut du procurear géDërah 

Mabcbun (l'abbé), A. C. N. Tam-eUGaronne^ Moot^ubao. 

Marchal, a. c. E. Belgique^ Brmelles. 

llARioN, &., rue Taranne, 9. 

llARTONNE (de), R. {7)y rue Cassette, 20. 

Mary-Lapon, R. (il), rue de Lille» 9. 

Maur^ (Alfred), R., rue Haotefenille, 9. 

Mbrlhiao (Gaibbrt de), A. G..N. Dorâogne, Pazaya^. 

Michel (E.) A. C N. MosêlU, Metz. 

Monnier, a. c. N. Jnra^ Lons-le-Saubiier.' 

MoRBio (comte Charles), A. C. E. royaunu LomharithYéniUpn 

Milan. 
NoBL, A. G. N. Meurthe^ Nancy. 
Paris (Louis)^ A. €. N. Mame^ Reims. 
Paris (Paulin), R. (t), à laBibliothèqu&i'oyale. 
Peignot, a. €. N. Côte-d'Or, Dijon. 
Pelet (Auguste), A. C. N. (rord^Mmes. 
Pesche, a. c. N. Dott5s, Le Russey. 
PicBON, R., rue Blanche, 5. 
PioT R., rue Laffitte, 2. 
PiLOT, A. C. N. hère^ Vienne. 

PiSTOLLET de Saint-Ferjeux, A. C. N. MaffU (Haute-) f LaAgres. 
Quicherat (J.), R., rue Saint-Jean-de-Beauvais, 9. 
Bafn, a. c. e. Danemarky Copenhague. 
Rbiffemberg (baron de), A. C. E. Belgique^ Bruxelles. 
Rbnibr (Léon)} R. rue de Beaune, 8. 
Rbnoovibr, a. c. n. Hérault, Montpellier. 
Rey (Et.), a. c n. Rhône, Lyon. ^ 
Rey (J.), R., Boulevard Moncean,*4, aux Batignoles. 
Richard, A. C. N. Vosges, Bemiremont. 
RiGOLLOT, A. G. N. Somme, Amiens. 
Roger (baron), A. G. N. Loiret, Gien. 
RosNY (Lucien de), A. G. N. Seine, Batignolles. 
BouARD, A. G. N. BoucheS'dU'Rh&ne, Aix. 
Roulez, A. G. E. Belgique;Omd. 
Roussel (dit Roox), A. G. N. Eure-et-Loir, Chartres. 
Samtarbm (vicomte de), A. G. E. Portugal, Lisbonne. 
Saussaye (de la), R., rue des Saints-Pères, 38. 
Schayes, a. g. e. Belgique^ Bruxelles. 



5oa LISTA DES MUBHKS, STC. 



ScnsiBSB, A. C S. 0raiMl JMcM 4b #Mle J 

Smcm, A. C H. MaaUe, Mets. 

TAiLKAifii, A. C. H. PiÊff-ée-D&ÊÊêy fikm. 

TAiLLAifBm, R., rue de ITJDnoertité, S. 

Tautbat (baron de), A. C N. Loire {Hwê 

Tabbb (Théodore), A. C. N. Fomm, Sess. 

Tbdlbt, R , quai Napoléon, 93. 

Thubt (TieDaite Hébicakt de), H. (4), me raniTenittf, If. 

TouLMOH (BoTTÉB de), R. (2S), me des Saints^Fèits, S. 

Vbb6eb^ a. €. N.fcLoîre-M/'Artaire, Nantes. 

VBBOif AUiKRoiiAoïiB», A. G. M. Loitet^ Oriéans. 

TiUJMrLui (Arthur de la), R., me de Lille, S bis. 

VmcEifT, R*, me Saint-Jacques, 2S4. 

Wabbeoeiiig, a. c. E. Tubingue. 

WssTBEiiBii DB THttLAiWT (baros), A. €. E. EMwnéê» La Aaye. 

Wrtb (J. de) , A. €. E.^ ^«I^iifiis, AnTeis et à Paris, rue 

Saint-Florentin, 12. 
Woup, A. C E. iMlrîdbe, Vienae. 



OfrMiv«iJM. La SoelM royale det AadqaalMi &m PkanM, mpaatt appril 
qiM cOTtaiiMt pcnonnet qni ont été bq Bowbi* d* Mt iiMmW«i» malt qil 
MBt tortiM de foa eeia pow n'avoir peint rempli les obUgatione qae leor 
titre leur imposait, cootinaaient néanmoin* à s'intituler membres de la So- 
elété, croit devoir les prévenir que dans le cas où elles prétendraient coa- 
serrer eette qoaliSeation m ensongère, lear nom serait signalé an pnbUc. 



OUVRAGES 



A LA SOCIÉTÉ ROYALE DES ANTIQUAIRES 
DE FRANGE 

DU 9 AOCT 1845 AU 19 DÊCEmniK i8M. 



Archéologie et Mythologie. 

Diffaurf vicomte de Pibrac. Mémoire sur quelquei» antiqui- 
tés de Beaune-la*Rolande. Orléans, 1844^ ia-S^*. 

Mex, Arman. NotrerDame d'Ajaccio, arcbéologie^ et his 
toire et légendes. Paris, 1844, iQ-8<». 

CL'Fr, Denisn L'iilustriùion destinée à la montagne de 
Montsu. Commercy, 1844, iD-8^. 

Mfred Màuty* Recherches .sur l'ongin^ des représenta- 
tions figurées de la psychostasie ou pèsement 4e^ loa^^* (t^- 
trait de la Revue archéologique, H juillet 1844«) lf^^S\ . 

L» de La Saétssajre. Mémoire sur les antiquités delà Solognf 
blaisoise. Paris, 1844, part. I, iii-4o. 

P. Mérimée. Peinture de l'église de &«iQt*Savin. Paris, 
1844, 1'* livraison. 

^•*/.-£f. finoenu Musique des Grec^. Paris, 1845, in-So. 

Du même: Dissertation sur le rhytbqEie cbe|i l^s anciep^. 
Paris, 1845, inT^^ 

E. Cartier. De la peinture à l'encaustiipie d^s anc^ei^s* 
(K)(|rMt4# U Revue archéologique, 1845^) 



5o4 OUVRAGES PRIÊSENTÊS 

X, FiUt. Moaographie de liotre-Dame deNoyoD, Paris, 
Impr. roy.y 1846, in^\ 

MoDOgraphie de la cathédrale de Chartres. Atlas, 3, liv. 

U. Durif, Notice sur tes peintures de l'ancien hôtel de 
Noailles,àAurillac. In-8®. (Extrait des Tablettes historiques 
de l'Auvergne.) 

Jiug, Pelet, Des amphithéâtres antiques et en particulier 
de celui deCapoue. Montpellier, 1843, in-8°. 

Thibaud de LineUerre, Essai sur Torigine de l'antique 
tombeau de Neuvy-Paillard. Cbâteauroux, 1845, in-4^ 

Sirand, Courses archéologiques et historiques dans le dé- 
partement de TAin. Part. I, Bourg-en-Bresse^ 1846, in-8^ 

jé,'/,'H. Vincent, De la notation musicale de Técole d'A- 
lexandrie. (Extrait de la Revue arcli^éologîquey 8* année.) 

Fergnaud'^Romagnesi. Mémoire sur une sépulture gallo- 
romaine trouvée i Métresy* 1845, in>-8o. 

Baron Chaudrue de Crazannes. Notice sur un vase religieux 
du moyen-âge. 1845, in-8«. 

Piiot, Précis statistique des antiquités du département de 
l'Isère. Vienne, in*8». 

Tergnaud'Romagnesi. Mémoire sur les monuments élevés 
eh l'honneur de Jeanue d'Arc. Orléans, 1846, in*8^ 

F. Bourquelot. Histoire des arts plastiques en France. 
1846, in-13. (Extrait de l'ouvrage intitulé : Patria.) 

Notice sur les fouilles exécutées à Neuville, près Dieppe, 
en 1845. Rouen, 1845, in<^«. 

A, BarMlemy. Recherches sur la formule funéraire Sab 
ascia dedkapit, (Extrait des Mémoires de là Société des 
antiquaires de l'Ouest.) 

BeauHeu. Antiquités de Vichy-les-Bains. 2* édit, Paris, 
1846, in-8o. 

De Càumonu Rapport sur quelques antiqiiité$ du midi de 
la France. Caen, 1845, in-8*. 

F. de Persigny, De la destination des pyrànkides d'Egypte» 
Paris, 1845, in-8<». 

Affred Mamry, Quelques observations sQr le Mythe du Uoft 



A LA SOCIÉTÉ Ew i845-i 846. So6 

de WéiHce. (Extrait de la Revue archéologique, déeémbra 

J. A, Piiot. Recherches sur les antiquités dauphinoises. 
Crrenoble, 1838, 2 vol. in-S». 

Madame Félïeie dAyzac. Symbolique des pierres précieuses 
ou Tropologie des gemmes. Paris, 1846, m-4». 

Lecointre-DuponL Notice sur un manuscrit relatif à la 
peinture sur verre. 1846, în-8o. 

Le Chien primitif, aperçu nouveau sur Porigine du culte 
des animaux. Nantes, 1846, in-1 3. 

Numiifnatique et glyptique. 

Lecointre- Dupont. Lettres sur l'histoire manhtàré de U 
Nonnandie et tlu Perche. Paris, 1846, in-r8*. 

Hacher. Monnaies françaises, suppléaient à ressaisur le» 
monnaies frappées dans le Maine. Desquillots, 1646, in*6«. 

D.'-J.'B. Barthê. Coleccion de documentos para la hiaUuia 
monetaria de Espana. Madrid, 184S,T. I, in-8«. 

Sichel, Cinq cachets de médedns ocalistes romains. Pans» 
1845, in-S. 

Baron Chàudmc de Crautnnes. Sur une Bionnaie gauloise 
inédite de Lucterîus chez les Cadurd. 1846. (Extrait de la 
Revue de numisniatique.) 

Du même. lîotzce sur quelques méduUes antiques et quel- 
ques monnaies du moyen-âge inédites, rares, etc. Castél«Sar-> 
razin, 1846,ill•8^ • 

E. Cartier. Recherches sur les monnaies au type chartraia^ 
Paris, 1845, in-*>8«. 

A.^ieuffrain. Essai d'inlerprétation de qaek}ues nédail* 
les muettes gauloises émises par les Celtes gaulois. Tours, 
1846,in-8o. 

6iii7/£r/7io/. Catalogue dès légendes des monnaies mérovin* 
giennes. La Rochelle, 1845, in-8«. 

Gallois^. Notice sur des médailles romaines, gauloiée» el 
françaises trouvées dans la Nièvre. Mevets, 1845, in-S^. 



SftC OUVEIlOES PBiSBNTBS 

JL jàêkermanu* The numUmalic chroaicle and jaurnal ol 
the numismatic Society. Octob. 1845. 

HiiUnre de France. 

Lerou» de Lincy» Procès-verbal des délibératioiis tenues à 
V)idtei-de-¥iUe de Paris pour la captivité de François I*'. Pa- 
ris9l844,in-8o. 

Galeries historiques du musée de Versailles. T. VI et VII, 
Paris, 1844, 1846, in-S'^. 

Mary Lafon» Etistoire politique, religieuse et littéraire du 
midi de la Franccr T. H» Paris, 1842, in-8o. 

Eusèbe Castaigne. Lettres inédites de Henri IV. Angou- 
léme, 1M4, mmS\ 

Jules Canonge. Nolîce lûstoiique sur la ville des Baux, en 
Provenœ, et sur la maison des Baux. Paris, 18^4, in*8^» 

NoeL Mémoires powr servir à l'histoive de Lorraine, n* •• 
Kmey, mr%\ 

F. JBourqueloL Coivespendânèe entre bi eommane de Paiîs 
et celle de Sioyon. Paris, lft46,in-»8*. 

Négociations diplomatiques entre la France et FAutriciie. 
T. I etn. (Doeuments sur l'Histoire de France.) 

Chronique dés ducs de Normandie. T. IIL (Idem.) 

Chronique des religieux de Saint*Denis« T. V. (Idem.) 

Archives l^slatives de la ville de Reims. ft« part., T» L 
(Mdem.) 

Mermet. Ancienne chronique dé Vienne. Vienne, 1846, 
itt-lf. 

i?. de Frétille, Des grandes compagnies au XIV* siècle. 
Paris, 1845* (Extrait de la bibliodièque de l'école de Chartres.) 

B. Michel. Histoire du parieme&l de Meta. Paris, 1845, in-S*. 

F. JBourquelot, Notice historique et archéologique sur U 
prieuré de Vnulton, près Provins. Puis, 1845, in-8^. 

Beaupré, Essai historique sur la rédaction ofBdelle des 
principale» coutoimes et sur les asseniblées d'Etat de la Lor* 
raine ducale et du Barreis, Nanejr, 1844, iii-8»t 



▲ LA SOCIÉTÉ EN 1 845- f 846. 5o7 

iV. Lepage. Coup^cPceil général sur rhûtoire des Voiges. 
I11-80. (Extrait de la Statistique des Vosges pour 1845.) 

lAug, Bernard, Notice historique sur les seigneurs de Beau- 
jeu. In-8<», 1845. (Extrait de la Revue de la noblesse.) 

^d, Duehalais. Dissertation sur une charte inédite de l'an 
1 138 relative au vicomte de Melun. Paris, 1846, in-S^. 

JV: /. de Rheims. . Compte de recettes et de dépenses des 
chevaliers-baillis de Calais; année 1307. Calais, 1846, in-8^. 

J, Marion. Ra{>port adressé au roi sur les doléances du 
clergé aux états généraux de 1418. In-8*. (Extrait de la Bi» 
Jbliothèque de l^cole des chartes pour 1845.) 

7. J. Pîhu Histoire de Grendble et dé ses envinms. Gre* 
noble, 1819. in-8». 

Dupdnt-fFhite. La ligue à Beauvais. Paris, 1846^ fn-8*. 

Comte Jehmet dHérieourt. Les sièges d'Arras. Paris, 1846, 
in-8<». 

Du même. Manuel de Fhistoire de France. Paris, 1846, 
3 vol, in-8*. 

Hisiùire ancienne^ du moyên^ge et moderne, 

Ed, Êiot. De l'abolition de ^esclavage àncrén en Occident. 
Paris, 1840, in-80. 

Mémoires militaires* relatifs à la succession d'Espagne. 
T. VI. (Documents sur l'hbtoire de France.) 

Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle. T. V. (Documents 
sur l'histoire de France.) 

Ed, Siot, Essai sur l'histoire de l'instruction publique en 
Chine. L, part., Paris, 1845, in-8*. 

De Frétille, Ambassade de don Pèdre de Tolède. Paris» 
184. (Extrait de la Bibliothèque de l'École des chartes.) 

Géographie et ttatiiiique. 
Tableau de la situation des établissements françab en Al* 



5o8 OUVRAGES PftésEKTKS 

gérie pour les aimées 1343-43, 1843-44» 1844-4â, 3toI. io- 
folio. 

H* Lepage. Statistique historique et administrative du dé< 
partement de U Meurthe. Nancy» 1845, in-8o. 

JBizeui. De quelques voies romaines du Poitou. Nantes, 
1844,in-8^ 

Du même. Des voies romaines sortant de Blain. Nantes, 
1845, in*8o. 

Recherches statistiques sur la ville de Paris et le départe- 
ment de la Seine. Tome Y. Paris, 1844, in-4''. 

Ch.^Chr, Rafiii Mémoire sur la découverte de TAmérique 
au dixième siècle. Copenhague, 1843, iurS^" (en danois). 

Z>. Monnier, Annuaire du département du Jora pour l'an- 
née 1841 , in-8«. Lons-le-Saulnier, 1841, in-8o. • 

iH.V. Itebeau, Bavay. Valenciennes* 1843,in-8o. 

Alfred Maury. Examen de la route que suivaient les Arabes 
pour aller en Chine «u neuvième siècle, de notre ère. Paris , 
avril 1846. (Extrait du Bulletin delà Société de géogiraphie.) 

Morel^Diâque, Le Portus Itius revendiqué par le Galaisb, 
mémoire publié et augmenté de notes par U> /. de Reims. 
Calais, 1844, in-8». 

De Fréminville. Le guide du voyageur dans le département 
du Finistère. Brest, 1844, inrl3. 

jiug, Bernard. Des divisions administratives du Lyonnais 
au dixième siècle. Lyon, 1845, in-8«. 

Estrangin. Description de la ville d'Arles antique et mo- 
derne. Aix, 1845, in-1 2. 

Chenapard^ Relation d'un voyage fait en 1832-33 idans U 
Grèce et dans le Levant. Lyon, 1842, in-8<*. 

Annuaire statistique du département d'Eure-et-Loir pour 
1844. Chartres, 1844, in-12. 

Jurisprudence^ 
Berriat'Saint-Prix. Méqioirc sur la révocation des do|ia- 



A hk socïiri KTi 1845-1846. ùog 

tions par survenance d'enfants. (Extrait des Comptes-rendus 
de l'Académie des sciences morales et politiques.) 1844yin»8o. 

Du même. Coup d'œil sur les lois de la France et des États- 
Unis. (Extrait des Comptes-rendus de l'Académie des sciences 
morales et politiques. ) 1844, in-8^ 

Les OHm, publiés par le comte Arthur Beugnot, Tome III, 
partie I, in-fol. 

7. Marion, Procès criminel intenté & Jean de BeauRremont 
par la commune de Dijon. (Extrait de la Bibliothèque deVE- 
cole des chartes , 1 846. ) 

Doublet de Boist/iilHtuU, Bu régime cellulaire préventif et 
pénitentiaire. Paris, 1869, in-8°. 

Littératures ancienne et moderne, 

Longi pastoralia.e codd. mss. duobus italicis primum 
graece intégra, edidit P.-L. Courier, exemplar romanum 
curavitZ).*S/«/ier.Parisiis, 1829, grand in-8^ 

No vus SS. Patrum sœculi IV delectus recensuit et adnota- 
vit L.de Sinner. Parisiis, 1842^ in- 12. 

y. Quicherat. Fragment inédit d'un versificateur latin an- 
cien sur les figures de rhétorique. Paris, 183.9. (Extrait de lu 
Bibliothèque de l'Ecole des chartes. ) 

A, /• H. Vincent, Lettre à M. Rossignol sur le vers dech- 
miaque. Paris, 1846, in-8<*. 

A. JubinaL Alonzo de Ercilla. 1846. (Extrait de la Revue 
indépendante). 

Schmidt. Les Romans en prose des Cycles de la Table- 
Ronde et de Charlemagne, traduits de l'allemand et annotés 
par le baron F. de Roisini 1844. (Extrait des Mémoires de la 
Société des antiquaires de la Morinie,) . 

Pensées de la reine Christine. Une feuille in«8^ , 

A.JubinaL Le poëme du Cid. 1845, in-8. 



Biographie. 

Â, JubiMai. "Notice sur le baron Taylor. Montpellier, 1844f 
in-8. 

Doubiet de JBoistkibault. Notice sur Hérisson. (Extrait du 
Bibliothécaire. ) 

Attg:Digoi. Éloge historique de Ch.-L. Hugo. Nancy, 1845, 
in-8». 

Du même. Éloge historique de R.-P.-Bçnpît Picart. Nancy, 
1846,in-8o. 

Du même. Éloge historique de Fr-«-Domin. de Mory d'El» 
yange. Nancy, 1845, in-8°. 

Du ift^m^. Éloge historique de J.-Léon baron de Bourcier. 
Nancy, 1843, in-8o. 

L ud, Lalanne. Curiosités biographiques. Paris, 1 846 , in-1 3. 

/. Quicherau Thomas Basin , sa vie et ses écrits, t^aris, 
I842. (Extrait de la Bibliothèque de TEcole des chartes.) 

Du même. Vie de Rodrigue de Tillandrando. Paris, 1 845. 
(Extrait du même recueil. ) 

Du même. Etienne Marcel. Paris^, 183d, in-8^ (Extrait du 
même recueil.) 

Doublet de BoistkihauU. Notice sur M. ï^hilîppe Dupin. 
Paris, 1846, in-ia. 

A. Schmid, Ottaviano dei Petrucci , da Fossombrone. 
Vienne, 1846, in-8« (en allemand). . 

Peigne: Notice historique sur Gilbert Filhet de la Curée. 
(Extrait des tablettes historiques de l'Auvergne.) 1846. 

Bihliographit. 

Beaupré. Notice sur quelques iiwes rares imprimés an 
monastère de Clanrlieu-lez-Nancy. Saim-Nieolas-du-Port , 
1844, in-80. 

P.^C. Van der Meersch. Recherches sur la vie et les travaux 
de quelques imprimeurs belges. Gand, 1844, in*8». 



À La société eu 1 845- 1846. 5i i 

Du méfne. Du prix des livres en BelgifseiKEktHdt du Bul- 
letin du bibliophile belge. ) 1844. 

Du même. Une édition gantoise inconnue , imprimée en 
1490. Gand, 1844, in-80. 

Catalogue de curiosités bibliographiques 1 par le biblio» 
phile voyageur. Paris, 1844, in-8«, 8* année. 

X. Lalanne. Curiosités bibliographiques. Puris, 1844 
ia-12. 

Inventaire des manuscrits de ran(cienne bibliothèque des 
ducs de Bourgogne. Bruxelles, 1839, T. I, in-4«*. 

UAbrahamson, Description des manuscrits âr^uiçais du 
moyen-àge de la bibliothèque royale de Copenhague. CSo^ 
penhagué, 1844, in-4<>(en danois). 

Ach, JttbinaL Lettres à M. de Salvandy sur quelques-uns 
des manuscrits de la Bibliothèque royale.de La Haye. (Extrait 
de la Revue dii Midi. ) Montpellier, 1845. 

Notice et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque royal*. 
Partie H, T. XV. Paris, 1846. 

Philologie et linguietifUê. 

De Sinner, Traité de l'accentuation grecque , trad. de C- 
F. Merlener. Paris, 1843, in-80 

Kevue de philologie, de littérature et d'hbtoire anciennes, 
publiée par Z. Rénier, Paris, 1846, n« 1 et 2, in- 8°. 

Desgranges. Grammaire sanscrite' française, Tom, I. Paris, 
1844. in-4°. 

fiarrois. Éléments carlovingiens, linguistiques et littérai* 
res. Paris, 1846, in-4*. 

J. J. B. Vincent, Sur le mot w'iUç. (Extrait de laVevue de 
philologie, janvier 1846.) 

Sciences, arts et philosophie. 

J.'F. Mauduit. Emploi de Tairain à défaut de fer çhex 
la plupart des peuples. Paris, 1844, 



5 j a onVEAGCs PttbcHTÉs 



A.'Jé'Bé FmeetÊi, De lamosiqoe daos la tragédie grecque, 
à l'occanon de la représeotatioa d*Antîgoiie. (Extrait da 
Jonmal del^nstmctionpobliqoe.) Paris, in-S*. 

Ed. Biot, Notes sur la direction de Ta^nille aimantée ea 
Ghine et sar les aurores boréales observées dans ce même 
pays, (Extrait du Tom. XIX des Comptes-rendus de TAca- 
démie des sciences.) 

Alfred Maury. De l'hallacination envisagée au point de 
▼ue htstorique et philosophique (Extrait des Anùales médico- 
psychologiques, mai 1845.) 

Alffed.Maujry. Considérations pathologîco-histonques sur 
les hallucinations, à propos de l'ouvrage de H« €almeil sur la 
folie. Paris, mars 1846. (Extrait des Annales médioo-psy- 
chologiques.) 

A.'J.-H. Fineeni, Sur une méthode proposée par M. Am* 
père pour extraire les racines des fractions. (Extrait des 
Annales mathématiques, 1846, in-4^) 

Ed. Bioi. Catalogue des comètes observées en Chine, de 
Tan 1380 à Tan 1640 de notre ère. (Extrait des additions à 
la Connaissance des temps pour 1846.) 

Du même. Eechei'ches sur les mesures des anciens Chi* 
nois d*après le Chi-Kîng. (Extrait du Journal asiatique.) 
Paris, 1844, in-8^ 

X. Lalânne, Recherches sur le feu grégeois. 3« édit* Paris, 
1845, in-4». 

A.^J.-H» Finteni. Lettre à M. Letronne sur un abacus 
athénien. (Extrait de la revue Archéologique, 3^ année.) 

Mauduii. Proposition pour l'achèvement du palais des 
Tuileries. Paris, 1846, in-8». 

Mémoires de Soeiéti savantes. 

Bulletin du Comité archéologique des arts et monumeafs. 
Années 1845 et 1846. 



A Lii SOCIÉTÉ EN 1 84 5^1 846. 5lS 

Bulletin et Annales de l'Académie d'arehéologte de Belgique • 
Année 184 S. Tom. I. 

Séance solennelle et publique de la Société royale d'iinr*' 
tieulture, pour les années 1844 et 184S. Pa^is; m*8*/ 

Bulletins de la Société des antiquaires de TOéiest. ^Anaéet 
1844, ÎUS et 1* trimestre 1846. 

Bulletins de la Société d^histoire de France. Années I844| 
1845 et 1*' trimestre 1846. 

Société des sciences' naturelles et d'antiquités de la-Ow ys e, 
Guéret, 1844, in*8% 4* et 5« bulletin. 

^ Mémoires de la Société des antiquaires de PicariKe. T«ni. 
VI. Avec atlas. Amiens, 1843, in*8o. Et BnUetiû de Ja^iéme 
Société, 1846, in*8*. . 

Transactions of the American philosophical Society. -VoU 
IX. Part. 1 et 3. Philadelphia, 1848, in-*4«/ ' • 

Proceediugs of the American philosophical Socîei7.r fUkttf 
ddphk, 1844 -1846, in-80. 

Bulletins des séances de TAcadémie royale de firas^lei. 
Années 1844 et 1845. 

Mémoires de l'Académie impériale des sciences de Snint** 
Pétersbourg. Tom. TI et Vil. 1848 et 1844» in-4^ 

Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie. 
3« série, Se vol. Paris, 1844, in-4o. 

Société de sutistique des DeuauSèvres, 1"* et r livndattis, 
1848-1844. Niort, in-80. 

Méinoires de la Société des aniiqttttMft du Nord. 1840- 
1844. Copenhague, 1844, in-8^ (en danois).. 

Gnidn des Antiquités Scandinaves, publié par la Société ! 

des antiquaires du Nord. 1837, in-80 (en alleauttd)^ j 

Bnlielin trimestriel . de la Société du Yar , 1 1^ aimée. Dra- i 

guignan, 1844. ^ 

Ajmaks^de la Société d'agriculture de la Charente* Tom, j 

XXV. In.8^ 

AnnuMBe de Ja. Société. philot/echnique» 1845. Top- VI. 
in-18. . , . 

XVIII. SS 



3l4 OUVRAtGKS PRlEsiirTÉS 

. A<:ehaB9kigiii, memoiff oC tkc Society of uitk|uaries, of 
LoDdoQ. Tom. XXVIII, XXIX, XXX et kidex, S toL 
ii^4*. Toni. XXXI. 

Mémoires de U Soeâélé d'eigricuitiire de Bejeux. 1 S44 

Balletms de la Société d'agrieakwe de Limoges. T* XXIiI« 

Mitm^es de U ^kè^iitèbiaikm^t deBamberg. têZB^tUS, 
5 vol. in-S"* (en allemand). 

. Shvd buUetio of proceedings of tke nadenal iastitute for 
the promotion of science. Washington^ 1846| iu^S*. 

Mèmoîves de k fio^ié des antiquaires de Zurîcfa. 1945, 
aw 7«9^ iB^"" (en ailefiiand)« 

Mémoires de la Société d'agriculture, eeiences el arts de 

Annuaire des Sociétés see^anlé» de là Fraiiee pour 164<. 
l«rii|i»*i»»4 ' 
Annuaire de l'Académie royale de Brnsette^ 11* innéi. 

Bulletins des séances de la Société d'agriculture du Puy. 
publiés |iar Ayaiard» 

ArchaeoIegia^'Voni. XXXI. Lendon, îêMf ilt-4% 

Ménoîres de la Société loyak dee «ati^uairee du Merd. 
Copenhague^ 1844. 

BuUetin de la Société «rehéologi^tte et historifiiie du li* 
mousin. Liv. 1-3. 

MémoireedelaSoeiéiéarGhéoiegiquedumidide la Frauce 
Tom. V. liv. 6-7* 

MéHlofarei de r Académie royale de Tookittae. !)• sMe. 
Tom. II., iaH4\ 

Mémoifee de l'Aaadénie royale de» iisoripiioas el belks* 
lettres. Tom. XIY. 

Mémoire» de TAcadémie royale de Di^ lKje% IM, 

liléAoièeepféseméB à PAeadémie royale des ÎHMiiplieDs 
et belles-l|pttres par divers savants étrangers. T. I, partie I» 
Paris, 1S4(^, in-8*. 



A.hk SOCIÉTÉ EN 1 845- 1 846« 5 1 5 

BuUedas de la Société archéologique de Béliers. 18S6-44, 
6 vol. in-8«. 

Recueils piriodiquei et journaux. 

Journal des savantSi années 1845 et 1846. 
Écho du monde savant , année 1845 et l*' semestre 1846. 
LlnvestigateuTi journal de Tlnstitut historique , années 
1845, 1846. 
L'Institut, 3« part. , années 1845, 1846. 
Tablettes historiques de 1* Auvergne, 1'* année. 
La France algérienne, 10* année, n® 115. 
L'Abolitionmste firançab, n~ 1 1 et 1!2. 
Le Correspondant, t Xy 7^ livraison. 

Théologie et eonêroveree religieute. 

Suschy Découverte d'un bibliophile, ou Lettres sur diffé- 
rents points de morale religieuse enseignée dans quelques 
séminaires de France, t^ édit. Strasbourg, 1848, in-8*. 



TABLE DES MATIÈRES 

1 
CONTENUES 

DANS CE VOLUME, 



Rapport sur les travaux de la Société royale des . 

antiquaires de France pendant ra«iRiée 1844^ par 

U.J, àîauiyr. i 

Rapport sur les. travaux 4^ la Société royale d^a . an - -, 

tiquaires de ..France pendant Tannée 1343» par 

||f, /. Bourquelot.^ . , ^ ... • .^ ..xyii 

N^M^ sur la y^e «t )es. ouvrages. d« Ci»^n« Jdiw^ ,\ 

par ^, Bp(mUe9r .. v . • -..-,:. • \ . Kxxzi ' 
Tïolioe sur la vie et I.es ouvrages de. J.-fi»*Prasper. . 

Jolloisy par Qf. 4* 'Vau/y. • • . * •.. ..^x^vur' 

Notice sur la vie et les trayaus^ de Jlf . B^rriat-^aijit- 

Prix, par lE. Taillandier, . ♦ -. • • <,. -M^^.i 
Notice nécrologique sur M.. C^A. Gcapelet, par 

Mi J.'M. Guifhan(. . . . Wixjtyijy^ 

Sur la véritaUe position duJSriva^es^PordOLS de Peo« 

léinée, p^ur Bf. Lfesvftux^ cqirosl^oiidaiitir ... ... :, : .4 

Mémoire sur la jnontKIpie.^u grand Saint *« Bernard, . . r 

pons la 4on)ina|ion. roipaiqe, par ]Vf. Jley, . . ...'r^9 

Recherches sur 1e;ii piKi||ri^|tûrei9 $K,U% huilants 4vk .;'. 

^ais dfs Thermes et.de.l'hétel de ÇAmy dans , > - ■ 

rintervalle dçs -aiwté^ I8ti8.à (609, par %. Z>- 

Tfmx de,LincYx i » • • i t • • >«. 33 
Obseryadoos' sur. rofîgiilP ,(U l^i^j^onde di^ Sai^t^ ... 

Giaial, par M • ilfar^p/tii^. •. « ^ • •\.•^ • -\ .^ 
Rapport suraiMfiHiille foit», le 30 sfpftmbre H4ai^ ; ^ . , /i 



5 1 8 TABLV DBS MATIÈRES. 

dans une tombée 4e h |nr(nft« de CraiMols dé- • 
partement da Pimstère, par M. de PréminpilUf 
correspondant . . • • • ^ . • . « gS 

Obsenrations sur TÉcole des germanistes à Toccasioa 
des travaux de V. Kfefîg^if artrr, onie^inifnt les 
origines germaniques du droit civil français, par 
Ch. BaiaiUard, . • . . , ^ « . • . • 102 

Notice sur un sceau du treizième siècle, trouvé dans 
les environs de Dédze (Nièvre), par M. E. Cotê^ 
gny^ correspondant. ••...*., IM 

Notice arcliéologîqne tnr la ville df Are-en^Banois 
'(Haute-Mame)i parM. Z)e//?/f»^ ISO 

Observations sur les cachets des médeeins oculistes 
anciens, à propos do elnq pierres «g^Iaires, par 

M. J. DuchalaU 161 

^Bû séjour des Sarrasiaf en Savoie, par M. JBeauUen. 9tf 

Mémoires sur divers objets antiques, par M. ^<pr- 
gnaud Roméignési, correspondant S47 

Noëoe «ùr une inscription latine inédile, par M, de 

Longpérier, . . . * 2SS 

La eonsécratoin de la massue d'Hercule, par M. *de 

^Ff^e, oonespondanl S66 

niMice sur le monument druidique du Port-Fessan 
et sur quelques pièces portant des figures gravées» 
jMur M. Bizeul^ cotf e sp o itdant f74 

Notice sur Tenoeinle de Pénm, par M. ^mA)i de 
'Bourgogne . • • • 98S 

Notes relatives aux nouvelles IbnOles Mtes à Pénxïf 
par M. Oeslùt de Bourgogne. •••••• 99$ 

Notes sur les murailles de Sainte-flailame , par 

M. Mérimée. « • « . . SI3 

Notice sur la Grmig6-«w*DlÉieé , à Frovlna, par 
M. Bourqueloi. « SU 

Rapport de M. Me mmÊ^Wf commliêiitr^ «liargé de 
rendre compte de deux mémoires sur des cercœiU 



TABLE DES MATIÈRES. 5 1 9 

en pierre trouvés en 1846 au foubourg de Saint- 

Maury de Toul (Meurthe) 836 

^Rapport adressé à M. le préfet de la Seine sur les 
antiquités romaines trouvées au Palais de Justice, 
dans le courant des mois de juin et juillet 1845, 

par MM. Due et Dommay 831 

«"itfemoire sur les origines du Lyonnais , par Jug. 

Bernard 841 

Pièces inédites des treizième, quatorzième et quin- 
zième siècles , provenant de l'ancienne chambre 
des comptes de Paris, communiquées par M. Dep-' 

;w>v- 



464 



fm DI LA TABLE DBS MATliDRIS. 









ERRATA. 


Page 353,llgDi 


) 10, au 


lieu de 


: È'Ycord , lise%: £>«««. 




'— 


18, 


— 


iTOuaià-yoi — i'^waïk'^^t. 




— 


JO, 


— 


TfT&u«avoi — TtTooaiauoî. 


— 355 


— 


16, 


— 


Valais, — Vêlais. 


— 358 


— 


2, 


— 


le Lyon, — Lyon, 


— 37J 


— 


21, 


— 


Tanay, — Tenay. 


— 403 


— 


27, 


— 


Folchëron, — Flachéron. 


— 412 


— 


22, 


— 


une igné, — une ligne. 


— 430 


— 


!•, 


— 


Bomane, — Romane. 


— 444 


— 


28, 


— 


Voyez les. — Vay. t. F', p. 278 
de l'édition des. 


— 456 


— 


li. 


— 


Hegny, — Rigny. 



4X. it' 






^^^10 m^ 



; 1^